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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 07:56

A une époque où les musées associatifs ferment les uns après les autres, où les collections publiques, par manque de moyens, ne sont que très partiellement ou pas du tout accessibles au public (Versailles,Compiègne,….), il faut saluer le courage de la famille Lacroix qui, contre vents et marées, accueille des visiteurs dans son musée de Marcigny.

Cette superbe collection de plus de 80 voitures offre la particularité de  rassembler, en un même lieu, tous les types de véhicules hippomobiles ( voir article "Musée de la voiture à cheval de Marcigny" )  de l’humble camion de marché à la voiture de luxe (voir article "Clarence de Marcigny".)

C’est un endroit incontournable pour tous les passionnés de patrimoine hippomobile. Au delà des aficionados, nous ne pouvons que recommander à tous les vacanciers de faire un détour pour visiter ce lieu qui les fera voyager dans une France inconnue de beaucoup, celle où le cheval était Roi.

 

Du 15 Juin au 15 Septembre, le musée est ouvert tous les jours de 14h à 18h

Plus de renseignements en cliquant sur. 

Musée de la voiture à cheval

 

Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Entre autres curiosités, vous pourrez découvrir le très beau regroupement de voitures d’enfant que possède ce musée. Avant de vous présenter cette partie de la collection, nous allons resituer les utilisations et l’origine de la construction de ce type de véhicule.

Commençons par citer un souvenir de la sœur ainée de Charles de Gaulle publié dans le n° d’Espoir de Juin 1981:


    « Nous étions aux Tuilleries sur le bord du grand bassin, regardant les bateaux des enfants. Mes parents se sont brusquement retournés : Charles n’était plus là. Mon père est parti d’un côté avec mon frère aîné, ma mère de l’autre avec moi. Après une longue recherche, nous retrouvons enfin Charles, jouant avec d’autres enfants. Je me souviens seulement qu’il a dit, tranquille, souriant, aimable, ne pouvant comprendre ni l’inquiétude ni les reproches de mes parents : « J’ai suivi la voiture aux chèvres ». C’est le premier souvenir de Charles, enfant, qui est demeuré dans ma mémoire. Je le vois, je l ‘entends, disant : « J’ai suivi la voiture aux chèvres ».

 

Ces petites voitures de parc attelées à des chèvres, moutons, poneys ou ânes, ont séduit, comme avec Charles de Gaulle, bon nombre d’enfants de la fin  du XIX° jusqu'à nos jours. 

Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon
Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon

Photos provenant de la collection de Mr Jean Michel Bruchon

Vous trouverez de nombreuses autres cartes postales sur son site

"Les chèvres en folie"

 

 

Ces humbles voitures de parcs et lieux de loisir pour enfants étaient, comme vous avez pu le constater dans l'album ci-dessus,  de toutes tailles et de tous modèles. Les voitures les plus élégantes provenaient de carrosseries industrielles comme la Carrosserie Retif. Les plus modestes étaient réalisées par les propriétaires de ces petites entreprises de location. Vous trouverez en annexe de cet article l'histoire d'une de ces entreprises qui anime toujours les jardins des Tuileries.

Certaines des voitures présentées au musée de Marcigny ont une toute autre histoire. Avant de vous le préciser, il est interessant de revenir à l'origine des modèles réduits de voitures hippomobiles. De fait, ces modèles réduits apparaîssent en même temps que les voitures.

"Les modèles réduits de voitures hippomobiles sont aussi anciens que les véhicules qu'ils reproduisent à petite échelle. Des véhicules miniatures, en céramique ou en bronze, ont été fabriqués dés l'antiquité. Leur signification et leur usage, souvent indéterminés, sont sujet à diverses interprétations: objets de culte, offrandes votives, funéraires, ou simples jouets d'enfants?

Peu présentes et rudimentaires au moyen age, les voitures pour le transport des personnes ne sont guère en usage en France avant le milieu du XVI° siècle"

Au début du XVII° siècle, elles ont déjà des répliques de dimensions réduites destinées au divertissement des enfants. -Jean Louis Libourel-

Ces modèles réduits sont destinés aux loisirs des enfants des cours royales ou princières, soit comme jouets, soit comme voitures de promenade.

 

 

Les enfants du prince et de la princesse de Galles jouant avec une voiture à chien (1846-1856)

Les enfants du prince et de la princesse de Galles jouant avec une voiture à chien (1846-1856)

Frans Hals (1580-1866) Enfants jouant avec un char à chèvres.

Frans Hals (1580-1866) Enfants jouant avec un char à chèvres.

Ainsi, le jeune Louis XIII jouait-il avec des chevaux et charrettes en carton, une voiture de poupée,...et avec un carrosse automate qui marchait avec des ressorts. Il possédait également un petit carrosse rouge tiré par des valets ou attelé à ses dogues.

Voici, ci-dessous, deux exemplaires de voitures conservées au chateau de Versailles et photographiées à l'exposition "Roulez carrosses" à Arras:

Berline de promenade du premier fils de Louis XVI, le dauphin Louis Joseph (1781-1789)

Berline de promenade du premier fils de Louis XVI, le dauphin Louis Joseph (1781-1789)

Calèche qui aurait appartenu au dauphin Louis Charles (1785-1795)

Calèche qui aurait appartenu au dauphin Louis Charles (1785-1795)

Ces voitures de parc, destinées aux héritiers des monarchies, étaient de véritables oeuvres d'art d'un grand raffinement. On retrouvera cette recherche de l'exellence pour les voitures d'enfant des Cours européennes tout au long du XIX°. Les voitures conservées au "Royal Mews", en Angleterre, en sont un très bel exemple.

Voitures de parc du "Royal Mews" à Buckingham (photos J Wasselin)
Voitures de parc du "Royal Mews" à Buckingham (photos J Wasselin)
Voitures de parc du "Royal Mews" à Buckingham (photos J Wasselin)
Voitures de parc du "Royal Mews" à Buckingham (photos J Wasselin)
Voitures de parc du "Royal Mews" à Buckingham (photos J Wasselin)

Voitures de parc du "Royal Mews" à Buckingham (photos J Wasselin)

L'utilisation de ces répliques réduites s'étendra à la noblesse puis, au XIX° siècle, à la classe bourgeoise, alors en pleine expansion.

 

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Comme nous l'avons vu avec la collection du Royal Mews, les plus grands carrossiers du XIX° s'emploieront à réaliser ces modèles réduits avec la même recherche de qualité que pour leurs modèles les plus aboutis.

En voici une illustration avec ce sociable, qui pouvait être attelé à un ou deux petits poneys, que vous retrouverez au musée de Marcigny.

Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Cette petite calèche pour enfants de type sociable a été construite par

Léon ROLLAND, Carrossier. 9, 16 & 18 rue Watteau, Paris 13ème.             

Voitures pour enfants du musée de Marcigny
Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Malgré ses dimensions réduites; hauteur 1m23, longueur, 2m06, roue av 49, ar 60, cette voiture présente toutes les caractéristiques d'une voiture de taille normale provenant des plus grands ateliers:

Caisse bateau à portes latérales, passage de roue en col de cygne. Garde-crotte cintré, garni de cuir et tablier en cuir. Banquette avant à l’anglaise à jupe en cuir sur coffre fermé. Deux banquettes arrière en vis-à-vis, capitonnées de drap gris, dont une avec capote en cuir à compas cintrés.

 

 

Voitures pour enfants du musée de Marcigny
Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Avant-train à rond à sasseoire ; ceinture à douille de timon, sellette et lissoir cintrés, ressorts à pincettes à mains à l’anglaise. Arrière-train à ressorts à demi-pincettes à crosse à mains à l’anglaise réunis à un ressort de travers avec jumelles, sur moutonnets en bois à crosses feuillagées. Essieux cintrés. Roues à bandages en fer (diam. av. 49 cm, ar. 60 cm). Paire de brancards cintrés.

Paire de LANTERNES de forme ronde, en tôle peinte, intérieure en cuivre argenté. Ouvertures avant. Cheminées à chapeaux et timbres ronds, lunettes rondes, oreillons carrés, verres biseautés. (usures à l’argenture, manque un verre de lunette) Haut. : 34 cm.

 

Le musée de Marcigny expose également des voitures à tirer ou à atteler avec un chien comme ces trois 'vis à vis' avec, pour le dernier; ressort en C et une magnifique flèche à col de cygne.

Voitures pour enfants du musée de Marcigny
Voitures pour enfants du musée de Marcigny
Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Vous trouverez également à Marcigny des exemplaires de voitures attelée à des poneys, anes , chèvres,... utilisées dans les propriétés privées ou par des entreprises de location (Vous trouverez un exemple de l'histoire d'une de ces entreprises de location en annexe.)

 

 

Break wagonnette et charrette anglaise
Break wagonnette et charrette anglaise

Break wagonnette et charrette anglaise

Texte:

figoli

Photos ; J.M. Bruchon, J wasselin, F. Lacroix, Y.Dauger, J§B Whips, courtoisie, figoli

Documentation

 

J§B whips 

Iean Louis Libourel voitures d'enfants/Roulez carrosses"

Yves Dauger /Fiche rechnique 

ANNEXE

 

LA SAGA DES GASCARD-BOULANGEOT

 

En 1890 la famille Boulangeot se trouve ruinée : Après le décès accidentel de Charles Mathieu , de son gendre Lucien Boulangeot et la destruction par le feu de la scierie installée en Lorraine, sa fille Berthe doit trouver de nouveaux revenus. Le frère de celle-ci, qui est carrossier à Nancy et qui exploite des voitures à chèvres au parc de la Pépinière est un ami de Jules Ferry et il lui obtient une concession à titre précaire et révocable de voitures à chèvres dans les jardins des Champs-Elysées. Et c’est ainsi que madame Boulangeot et sa famille viennent s’installer à Paris début 1898. Mais il faut aussi compter avec la concurrence ! En 1906, madame Royet est autorisée à exploiter des ânes sellés sur les Champs-Elysées. Afin d’obtenir une compensation de la Ville de Paris, madame Boulangeot négocie une concession de 4 voitures à chèvres au Champ-de-Mars ; elle l’obtient en 1910, mais, en janvier 1911, madame Royet est aussi autorisée à y promener ses ânes. La concurrence est rude et chacune défend vigoureusement son côté d’allée. Avec l’arrivée de la guerre de 1914, l’exploitation n’est plus possible à Paris. Madame Boulangeot, les chèvres et les charrettes se réfugient à Dinard, en Bretagne, où elle organise des promenades sur la plage de l’Ecluse. Suzanne Boulangeot, sa fille, la rejoint pour l’aider, mais continue à donner des cours de musique et de chant car les chèvres ne suffisent pour vivre. En 1917, tout le monde rentre à Paris. Madame Boulangeot, aidée de sa fille, reprend l’exploitation familiale et obtient une concession supplémentaire dans les jardins des Tuileries.

Champs Elysées 1930

Champs Elysées 1930

En 1921, madame Boulangeot décède. Sa fille Suzanne Boulangeot reprend les concessions et quelques années plus tard épouse Georges Gascard, pianiste et chef d’orchestre au Théâtre Sarah Bernhard. Par l’arrêté du 19 septembre 1925 les concessions sont au nom de Madame Gascard. Et bientôt un autre membre de la famille vient s’installer à Passy : en août 1935, Lucien Boulangeot, frère aîné de madame Gascard, obtient une concession d’ânes sellés dans le parc du Ranelagh. Son écurie est installée rue Bellini dans le XVI° arrondissement derrière le cimetière de Passy.

 
Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Mais bientôt arrive la deuxième guerre mondiale et il faut à nouveau quitter Paris et reprendre les promenades sur la digue de Dinard. En septembre 1940, l’administration allemande demande à la préfecture de Paris de faire revenir les chèvres "pour soutenir le moral des Parisiens". Et c’est le retour à l’écurie du 12 rue Jean Nicot. Chaque chèvre se voit attribuer une carte de rationnement donnant droit à une poudre alimentaire que les chèvres n’aimaient pas. A la fin de la guerre, l’écurie est partiellement détruite : il n’y a même plus d’eau ; heureusement la caserne des pompiers voisine fournit les seaux d’eau nécessaires pour les chèvres. Ce n’est qu’en mai 1950 qu’une écurie convenable sera trouvée au 12 de la rue de la Sablonnière dans le XV° arrondissement. En 1953, Lucien Boulangeot décide d’arrêter son exploitation et transmet sa concession à sa soeur madame Gascard. A la mort de cette dernière, en novembre 1961, c’est son fils, également prénommé Georges et que nous appellerons Georges II pour plus de compréhension, qui reprend l’exploitation. Il a alors 4 concessions : Champs-Elysées, Tuileries, Champ-de-Mars et Ranelagh.

Voitures pour enfants du musée de Marcigny

Vers 1964, l’administration des Domaines propose à monsieur Georges II Gascard de reprendre la concession du jardin des Plantes. Mais l’écurie située rue Buffon est petite, insalubre et compte de nombreux rats ; de plus il n’y a pas d’eau potable, uniquement de l’eau de Seine ; enfin il y a les nombreuses plaintes de quelques vieilles personnes, n’ayant aucune connaissance des animaux mais toujours prêtes à s’apitoyer, qui, jugeant les chèvres trop maigres (a-t-on jamais vu une chèvre grasse ?), accusent monsieur Gascard de mauvais traitements, sans savoir que celui-ci est membre honoraire de la Société Protectrice des Animaux. C’est à la suite de toutes ces critiques que les chèvres furent peu à peu remplacées par des poneys à l’embonpoint plus évident (il faudra reconstruire toutes les charrettes pour les adapter au nouvel attelage). Et pourtant pas un spectacle, opéra ou film, avec chèvre ou âne ne se faisait à Paris sans l’aide de monsieur Gascard. En 1966 Georges II Gascard achète une ferme en Normandie. Depuis cette époque, les petits ânes et les poneys de Paris passent des vacances dans les beaux prés de Normandie même si parfois, confie monsieur Gascard, ils semblent regretter un peu l’activité parisienne. En 1975, la Ville de Paris décide de réformer le quartier de la rue Cambronne et de la rue Lecourbe : l’écurie de la Sablonnière est expropriée. Les "Poneys et Ânes de Paris" sont relogés au rez-de-chaussée d’une HLM au 42 de la rue de l’Amiral Roussin dans le XV° arrondissement. Le 31 décembre 1999, Georges II Gascard transmet à son fils Georges III Gascard les rênes de l’exploitation familiale. C’est lui maintenant qui invite les enfants au Champ-de-Mars, aux Tuileries, dans les jardins du Luxembourg et du Ranelagh, chaque mercredi, samedi et dimanche de 11 h 30 à 18 h sauf les jours de pluie, afin de faire, comme leurs parents ou leurs grands-parents, une promenade à dos d’âne ou dans les charrettes à poneys que fabrique encore, avec passion, Georges II Gascard en Normandie. Aujourd’hui les "Poneys et Ânes de Paris" sont la seule exploitation à Paris qui nous permette de goûter aux plaisirs enfantins de nos grands-parents.

 

Merci à Chantal et Henri Baup de nous avoir communiqué ce texte d'annexe parru dans J§B Whips.

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commentaires

Julie Wasselin 02/07/2014 09:46

J'ai eu la chance, il y a bien longtemps, de monter à bord de ces attelages de poneys. Il y avait aussi, sur le grand bassin des Tuileries, des voiliers que poursuivaient les enfants à l'aide de bâtons, et puis le Guignol en plein air qui engendrait des cris de joie… tout cela existe toujours et perpétue la poésie de Paris.
Merci pour ce merveilleux article.