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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 07:38

 

 

Petites perfidies…

 

Petites perfidies... Texte de Julie Wasselin

 

Il n’est pas donné à tout le monde de réussir l’ascension de la face nord des grandesJorasses en solitaire, et en hiver de surcroît.

Pénétrer dans le saint des saints, le cercle très fermé de ceux qui pratiquent la haute école, présente sans doute moins de risques, encore que…

Si, dans les deux cas, un bonheur intense couronne l’entreprise, un sentiment de solitude n’est pas rare et, s’il ne s’éprouve jamais en compagnie d’un cheval, suspendu dans le vide à une corde, ou dans le vide plus grand encore qui se lit dans le regard d’un homme que le talent a rendu arrogant, on peut se ramasser quelques escourgées[1].

 

Cela se passe en Hollande, dans un manège privé.

L’homme qui règne sur les lieux, s’il est reconnu comme l’un des héritiers de La Guérinière, n’est pas apprécié par tout le monde, il est craint.

En piste, un stagiaire venu de France pour quelques jours, à qui l’écuyer a confié l’un de ses chevaux d’école. Un entier.

Là, il est question de travailler le piaffer en main.

En longe, le cheval est donc équipé d’un caveçon, d’un surfaix et de rênes fixes. Tout se passe correctement, à une nuance près : le cheval bande, il est en érection.

De la tribune tombe un ordre excédé :

- Surveillez le sexe !

C’est plus facile à dire qu’à faire, et le stagiaire n’y parvient pas.

- Incapable ! Avec moi, ça n’arriverait pas !

Mais il ne suffit pas de le dire, encore faudrait-il vouloir expliquer…

Écœuré, le stagiaire plante alors le cheval au milieu du manège et s’en va sans dire un mot, sans se retourner.

Bouche bée, dans la tribune, le grand écuyer en a laissé choir sa bouffarde, outré qu’on ose le traiter ainsi.

 

 Dans sa luxueuse demeure, avant de passer à table, les soirées commencent invariablement dans un salon où trône un piano de grande renommée. Quand l’écuyer y fait son entrée, le stagiaire est installé au clavier. Mélomane, il le regarde et l’écoute jouer, puis, rancunier et jamais à court d’une vacherie lui susurre :

- Vous n’êtes pas un homme de cheval, mon cher, et vous ne le serez jamais… mais vous interprétez Liszt admirablement.

Le stagiaire lui répond alors avec un fin sourire :

- Certes, je ne possède pas votre finesse… par contre, votre culture musicale laisse à désirer : ce n’était pas Liszt, Monsieur, c’était Chopin.

 

 

[1]Coups donnés avec une sorte de fouet muni de plusieurs lanières de cuir.

 

 

Julie Wasselin

 

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