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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 08:10

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Les voitures et la chasse

 

 

Jean-Louis Libourel

 

 

 

Parmi les occupations et les loisirs nobles la chasse tient l’une des premières places. Si le cheval comme monture des chasseurs y est le plus souvent associé, les voitures elles aussi y ont fréquemment pris part. Pendant plus de deux siècles, nombreux et très divers ont été les véhicules à se rendre sur les terrains de chasse.

 

 

Voitures de tous genres....

 

 

Du règne de Louis XIV au début du XXe siècle, toutes sortes de voitures ont été utilisées à la chasse dont beaucoup n’étaient pas conçues pour cela. Ainsi, Calèches, coupés de ville, milords, berlines, omnibus privés, phaétons, charrettes anglaises, maedowbrooks, transportent chasseurs ou simples spectateurs sur les terrains de chasse.

La calèche, voiture de promenade, est le meilleur exemple : elle est présente dans les chasses dès le XVIIe siècle.

Depuis qu’il s’était cassé le bras en courant le cerf à Fontainebleau en 1683, Louis XIV suivait la chasse dans une calèche « tirée par quatre petits chevaux qu’il menait lui-même à toute bride, avec une adresse et une justesse que n’avaient pas les meilleurs cochers, et toujours la même grâce à tout ce qu’il faisait » déclare Saint-Simon, admiratif. L’habileté du roi à diriger ses chevaux en forêt dans l’excitation de la chasse est confirmée par l’impétueuse Princesse Palatine, belle-sœur du roi, dans une lettre du 16 mai 1702 : « Il a une petite calèche et de tout petits chevaux, mais ils courent si bien qu’on suit toujours les chiens et qu’on ne perd presque jamais la chasse, comme si l’on était à cheval ». Un tableau du peintre Jean-Baptiste Martin l’Aîné, conservé au Musée national du château de Fontainebleau, montre le roi menant cette calèche basse montée sur un train rouge, attelée à quatre petits chevaux noirs, peut-être des napolitains, recherchés pour leur vivacité, dont les écuries royales abritaient plusieurs individus. 

 

Jean-Baptiste Martin l’Aîné : Louis XIV menant sa calèche à la chasse (Musée national du château de Fontainebleau)

Jean-Baptiste Martin l’Aîné : Louis XIV menant sa calèche à la chasse (Musée national du château de Fontainebleau)

 

Affaibli par les ans, le vieux monarque n’a pas renoncé au plaisir de la chasse qu’il suit toujours en voiture et cela jusqu’à la fin de sa vie. La Princesse Palatine s’émerveille encore de le voir le 9 août 1715, trois semaines avant sa mort, descendre « péniblement de la petite calèche où il conduisait lui-même, malgré ses soixante-treize ans [la Palatine fait erreur : né en 1638, le roi a alors soixante et dix-sept ans], un cheval rapide pour suivre la chasse ».

En 1724, pour Louis XV, Jean-Baptiste Oudry peint sur les panneaux d’une calèche à dix places des scènes cynégétiques : chasse au loup, au sanglier, au cerf et au renard.

Dans Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, l’une des neuf grandes compositions qu’Oudry consacre entre 1734 et 1745 aux chasses de Louis XV, le peintre a représenté fidèlement la voiture utilisée par le roi : une luxueuse calèche en bois doré, surmontée d’une impériale en cuir noir doublée d’une étoffe du même rouge que les roues, avec une ceinture chantournée et sculptée d’ornements rocaille typiques du style décoratif en vogue durant le règne de Louis XV.

 

Jean-Baptiste Oudry : Les chasses de Louis XV. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735 (Musée national du château de Fontainebleau)

Jean-Baptiste Oudry : Les chasses de Louis XV. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735 (Musée national du château de Fontainebleau)

 

C’est encore dans d’élégantes calèches montées sur des ressorts en C que les impératrices Joséphine, Marie-Louise, la duchesse de Berry et leurs dames de compagnie suivent les chasses.

 

Carle Vernet : Départ de Napoléon 1er et de Marie-Louise pour la chasse à Compiègne, dans une calèche, 1811 (Paris, Musée Marmottan)

Carle Vernet : Départ de Napoléon 1er et de Marie-Louise pour la chasse à Compiègne, dans une calèche, 1811 (Paris, Musée Marmottan)

Carle Vernet : Napoléon chassant en forêt de Compiègne, en calèche, 1811 (Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage)

Carle Vernet : Napoléon chassant en forêt de Compiègne, en calèche, 1811 (Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage)

La Duchesse de Berry et la marquise de Béthisy suivant une chasse en calèche. Curéedu daim dans la forêt de la Malmaison, 20 mai 1818 (Peinture sur un vase en porcelaine de Paris, d’après une lithographie de Carle Vernet)

La Duchesse de Berry et la marquise de Béthisy suivant une chasse en calèche. Curéedu daim dans la forêt de la Malmaison, 20 mai 1818 (Peinture sur un vase en porcelaine de Paris, d’après une lithographie de Carle Vernet)

 

D’autres voitures, tout aussi inadaptées à la chasse que la calèche, y participent aussi.

Plusieurs scènes de chasse dont le peintre Vittorio Cignaroli a orné vers 1740 les murs d’un salon du Palazzina di caccia de Stupinigi, près de Turin, montrent les dames de la cour de Savoie suivre la chasse dans de luxueuses chaises à deux roues richement décorées, en longue file les unes derrière les autres, ou en demi-cercle autour de la dépouille du cerf au moment de la curée.

 

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues au départ de la chasse (Stupinigi, Palazzino di caccia)

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues au départ de la chasse (Stupinigi, Palazzino di caccia)

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues à la curée (Stupinigi, Palazzino di caccia)

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues à la curée (Stupinigi, Palazzino di caccia)

 

Si Louis XV allait, comme nous l’avons vu, au « rendez-vous de chasse  du carrefour du Puits du Roi, en forêt de Compiègne » dans une calèche de style rocaille, son successeur Louis XVI se rend à ce même rendez-vous en berline, comme le montre une plaque de porcelaine de Sèvres, peinte en 1781 par Nicolas Pierre Pithou l’Aîné, qui reprend exactement la composition d’Oudry sans en rien changer à l’exception de la berline de forme typiquement néoclassique qui a pris la place de la calèche rocaille, et qui indique seule le changement d’époque et de règne.

 

Nicolas Pierre Pithou l’Aîné, d’après Oudry : Les chasses de Louis XVI. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735. (Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon).

Nicolas Pierre Pithou l’Aîné, d’après Oudry : Les chasses de Louis XVI. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735. (Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon).

 

Les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles conservent deux voitures de promenade de la fin du XVIIIe siècle ayant appartenu à la famille d’Arenberg, des doubles vis-à-vis de forme exceptionnelle, qui ont aussi servi pour les chasses.

 

Double vis-à-vis de chasse de la famille d’Arenberg (Bruxelles, MRAH)

Double vis-à-vis de chasse de la famille d’Arenberg (Bruxelles, MRAH)

 

Mais la plus incroyable voiture présente sur un terrain de chasse a été un Crane-neck-phaeton, pure et extravagante création de la carrosserie anglaise de la fin du XVIIIe siècle.  A cause de son instabilité dangereuse due à sa trop grande hauteur c’est la voiture la moins apte à rouler à travers bois hors des chemins carrossables sur un sol inégal à la suite d’un équipage de chasse.

 

Crane-neck-phaetonà la chasse. Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792 (Collection particulière)

Crane-neck-phaetonà la chasse. Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792 (Collection particulière)

Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792. Détail.

Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792. Détail.

 

Indépendamment de tous sortes de voitures utilisées au XVIIIe et surtout au XIXe siècle pour aller ou suivre la chasse, celle-ci a généré des voitures spécialement conçues pour sa pratique.

 

 

D’étonnantes inventions

 

 

C’est au XVIIIe siècle qu’apparaissent les premières voitures spécialement conçues pour la chasse. Elles sont étonnantes. La plus étrange d’entre elles est le Wourst ou vource. En 1756 dans son Traité des voitures Garsault le décrit ainsi : « voiture inventée et usitée en Allemagne. Elle est commode pour aller à des rendez-vous de chasse […]. Chacun s’assied dessus, l’un devant l’autre, jambe deçà et delà ». Le wourst est constitué d’une flèche axiale supportant un long siège découvert sur lequel les chasseurs sont assis à califourchon les uns derrière les autres, leurs pieds reposant de chaque côté sur un marchepied régnant tout le long de la voiture.

 

Wourst (Garsault : Traité des voitures, 1756, pl. XI, fig. 2)

Wourst (Garsault : Traité des voitures, 1756, pl. XI, fig. 2)

Wourst. (Roubo : L’Art du menuisier-carrossier, 1771, pl. 217)

Wourst. (Roubo : L’Art du menuisier-carrossier, 1771, pl. 217)

 

Certains woursts ont à l’arrière, pour les dames, une caisse de cabriolet abritée sous une capote.

Guère connu aujourd’hui qu’à travers des gravures et dessins, le wourst était souvent orné, sur le devant, d’une tête ou d’un avant-train de bête sauvage, dans la plupart des cas un cervidé, en ronde-bosse et grandeur nature illustrant la fonction cynégétique du véhicule.

 

Wourst, dessin de Pujin, vers 1770. (Musée des Arts Décoratifs)

Wourst, dessin de Pujin, vers 1770. (Musée des Arts Décoratifs)

Wourst, maquette de Maurice Leloir (Compiègne, Musée national de la Voiture)

Wourst, maquette de Maurice Leloir (Compiègne, Musée national de la Voiture)

 

Au château de Sceaux, le duc de Penthièvre possède un wourst, mentionné en 1793 dans son inventaire après décès comme « voiture pour la chasse peinte en vert, le siège de cocher en forme de cheval ». Ce siège « en forme de cheval » n’est pas un cas isolé. Il est aussi présent dans les années 1780 sur un wourst du roi de Bavière, dessiné par le carrossier strasbourgeois Johann Christian Ginzrot.

 

Wourst du roi de Bavière, orné d’une tête de cheval, vers 1780. Dessin de Jean-Christian Ginzrot

Wourst du roi de Bavière, orné d’une tête de cheval, vers 1780. Dessin de Jean-Christian Ginzrot

 

Dans les remises du duc de Penthièvre se trouve une autre curieuse voiture de chasse avec un « siège en forme de fauteuil tournant sur trois pivots peinte et garnie en vert aussi sur ses quatre roues ». Cette voiture bizarre est identique à une « voiture de chasse sur pivots », ainsi dénommée sur une planche d’un album de voitures du duc de Chartres (vers 1775) figurant un véhicule dont la caisse est une sorte de cage circulaire, renflée dans le bas, contenant un siège tournant en forme de fauteuil.

 

Voiture de chasse sur pivots, vers 1775. Album des voitures du duc de Chartres (Paris, CNAM)

Voiture de chasse sur pivots, vers 1775. Album des voitures du duc de Chartres (Paris, CNAM)

 

Le Musée des Voitures du palais de Schönbrunn à Vienne conserve une voiture de chasse, construite  pour le prince Léopold de Bourbon-Sicile, prince de Salerne (1790-1851), combinant de manière sans doute unique les deux types ci-dessus mentionnés : un wourst sur lequel se trouve un fauteuil tournant sur pivot implanté entre le siège du cocher et la longue banquette axiale où les chasseurs prenaient place à califourchon.

 

Wourst avec siège pivotant construit pour le prince Léopold de Bourbon-Salerne. Vers 1820  (Vienne, palais de Schönbrunn)

Wourst avec siège pivotant construit pour le prince Léopold de Bourbon-Salerne. Vers 1820 (Vienne, palais de Schönbrunn)

siège pivotant du wourst  du prince Léopold de Bourbon-Salerne.

siège pivotant du wourst du prince Léopold de Bourbon-Salerne.

 

Des voitures spécialisées

 

 

Le XIXe siècle est la période où des voitures ont été spécialement conçues pour la chasse. Construite en 1818 pour le duc d’Orléans, une berline figurée sur un dessin de Jean-Christian Ginzrot possède des aménagements particuliers qui font déjà de cette voiture une véritable voiture de chasse : compartiment à chiens sous le siège du cocher, longs coffres à fusils à l’avant et à l’arrière dans le fond de la voiture, galerie d’impériale grillagée pour déposer le gibier abattu.

 

Berline de chasse du duc d’Orléans, 1818 (dessin de Jean-Christian Ginzrot)

Berline de chasse du duc d’Orléans, 1818 (dessin de Jean-Christian Ginzrot)

 

Parmi les voitures les mieux adaptées pour transporter les chasseurs et leur équipement les breaks spacieux et commodes viennent en tête. Ils existent sous différents modèles de dimensions variables : break d’écurie, break-wagonnette, break à six places, break petit modèle, roof-seat-break.

 

Break d’écurie, attelé en poste allemande. Charles-Fernand de Condamy : rendez-vous de chasse.

Break d’écurie, attelé en poste allemande. Charles-Fernand de Condamy : rendez-vous de chasse.

Break d’écurie. Palmer : Rendez-vous de chasse

Break d’écurie. Palmer : Rendez-vous de chasse

Break d’écurie (Château d’Espeyran)

Break d’écurie (Château d’Espeyran)

 

Celui qui éclipse tous les autres et jouit de la plus grande faveur est le break grand modèle,le seul communément appelé break de chasse, tant son usage est étroitement lié à cette pratique. Il peut emmener huit passagers répartis sur ses quatre sièges dont le dernier, placé très haut sur des ferrures, lui donne un aspect imposant. Les breaks grands modèles possèdent souvent, sous leurs sièges, des compartiments pour les chiens.

 

Break de chasse: "Petite voiture de chasse attelée de 2 chevaux anglais sortie des ateliers de M. Mühlbacher Frères", dessin de Baslez.

Break de chasse: "Petite voiture de chasse attelée de 2 chevaux anglais sortie des ateliers de M. Mühlbacher Frères", dessin de Baslez.

Break de chasse attelé en poste. Lithographie. d'Albert Adam.

Break de chasse attelé en poste. Lithographie. d'Albert Adam.

Break grand modèle, par Ehrlerà Paris (château d’Espeyran)

Break grand modèle, par Ehrlerà Paris (château d’Espeyran)

 

La voiture de chasse idéale : le dog-cart

 

 

Le plus grand bonheur du chasseur est sans doute de rechercher et de traquer le gibier avec ses chiens. Pour aller sur le terrain avec ces fidèles compagnons à quatre pattes la voiture idéale est le dog-cart. Il existe sous deux formes : à deux ou à quatre roues.

 

Dog-cart à 4 roues, avec chiens. Dessin de Louis Lagard

Dog-cart à 4 roues, avec chiens. Dessin de Louis Lagard

Dog-cart à 4 roues, par Bourgeois à Paris (Collection privée)

Dog-cart à 4 roues, par Bourgeois à Paris (Collection privée)

Dog-cart à quatre roues avec boîte à fusils entre les deux sièges, par Montier & Lefebvre à Rouen (collection privée)

Dog-cart à quatre roues avec boîte à fusils entre les deux sièges, par Montier & Lefebvre à Rouen (collection privée)

Dog-cart à 4 roues par Rétif à Sancoins (Collection privée)

Dog-cart à 4 roues par Rétif à Sancoins (Collection privée)

Grand dog-cart, appelé Mail-cart, par Ferrari &Orsaniga à Milan (Ferrare, Incremento Ippico)

Grand dog-cart, appelé Mail-cart, par Ferrari &Orsaniga à Milan (Ferrare, Incremento Ippico)

Dog-cart à deux roues, lithographie de L. Caplain d’après une peinture d’Henri de Montpezat

Dog-cart à deux roues, lithographie de L. Caplain d’après une peinture d’Henri de Montpezat

Dog-cart à 2 roues, Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Dog-cart à 2 roues, Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon (France, collection privée)

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon (France, collection privée)

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon.Détail

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon.Détail

 

Les dog-carts se caractérisent par deux sièges pour quatre personnes, placés dos à dos, sous lesquels sont aménagés des compartiments pour les chiens. Différents systèmes permettent l’aération de ces compartiments : des jalousies, des claires-voies, des croisillons, des tôles perforées.

 

Jalousies. Dog-cart à 2 roues, par Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Jalousies. Dog-cart à 2 roues, par Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Croisillons. Dog-cart à 2 roues, par Vanvooren à Paris (France, collection privée)

Croisillons. Dog-cart à 2 roues, par Vanvooren à Paris (France, collection privée)

Claire-voie. Dog-cart à quatre roues, par Binder à Paris (Allemagne, collection privée)

Claire-voie. Dog-cart à quatre roues, par Binder à Paris (Allemagne, collection privée)

Ouvertures latérales. Dog-cart à quatre roues, par Lancenigo&Fabbro (Italie, Villa Maser)

Ouvertures latérales. Dog-cart à quatre roues, par Lancenigo&Fabbro (Italie, Villa Maser)

Barreaux. Dog-cart, par Witgham à Londres (France, collection privée)

Barreaux. Dog-cart, par Witgham à Londres (France, collection privée)

 

Dans les dog-carts à quatre roues un espace sépare les deux sièges pour placer un coffre à fusils.

 

Des voitures amenant les chiens à la chasse existaient bien avant l’invention des dog-carts proprement dits. Exécuté en 1779, un dessin d’Elie Janel représentant une voiture de chasse équipée à l’avant et à l’arrière de deux caisses percées de trous pour laisser respirer les chiens démontre que l’usage de mener les chiens à la chasse à bord des voitures remonte au moins au milieu du XVIIIe siècle.

 

Voiture de chasse avec caisses à chiens. Dessin de Janel, vers 1776

Voiture de chasse avec caisses à chiens. Dessin de Janel, vers 1776

 

Le mot dog-cart est attesté en Angleterre depuis 1803. « Le nom de cette voiture, d’origine britannique, signifie voiture à chiens. On doit chercher l’étymologie de ce nom dans l’usage que nos voisins d’Outre-Manche font de cette petite voiture de chasse, destinée non seulement à transporter les chasseurs, mais surtout les chiens d’arrêt et de chasse au vol » (Le Guide du Carrossier, 1861).

 

Les dog-carts présentent une grande variété de modèles. Dans les pays du nord et du centre de l’Europe aux longs hivers enneigés, il en existe qui sont montés sur des patins de traîneaux pour aller sur la neige.

 

Traîneau de chasse, par Scheurer à Dusseldorf, présenté à l’Exposition d’Amsterdam en 1877

Traîneau de chasse, par Scheurer à Dusseldorf, présenté à l’Exposition d’Amsterdam en 1877

 

Le dog-cart ne peut emmener que des chiens de petite taille et en nombre très limité. Pour transporter toute une meute on a recours à des fourgons spéciaux tirés par un cheval.

 

Départ de la meute en fourgon spécial

Départ de la meute en fourgon spécial

 

Parmi les voitures de chasse, certaines sont inattendues, tel cet omnibus à deux roues construit par le carrossier J. Grümmer, dont La Carrosserie Française publie le dessin dans son numéro du 15 juillet 1894, accompagné du commentaire suivant :« Cet omnibus est destiné à la chasse, et, bien qu’il ne contienne que cinq personnes, deux assises en omnibus derrière — c’est-à-dire sur deux petits sièges vis-à-vis placés longitudinalement — et trois en travers devant, le montage en cab formant plate-forme permet à deux autres personnes de s’y placer tant bien que mal ; mais, à la chasse comme à la chasse, et les chasseurs, on le sait, sont des gens habitués à s’accommoder de tout : après avoir arpenté les bois et la plaine, ou chassé le lièvre au chien courant, on se trouve fort heureux de rentrer au logis, même assis sur de vulgaires planches, qui paraissent à ces moments-là bigrement douces aux jarrets fatigués ». L’omnibus à deux roues étant une rareté typologique, dont nous avons donné la description dans l’article « La 2ème Route des Omnibus : Le salon de l’omnibus » (www.attelage-patrimoine , 2 octobre 2017), il est probable que peu d’entre eux aient réellement participé à des chasses.

 

 

Autre curiosité aussi surprenante : un tonneau de chasse ! Détournement sacrilège d’une innocente voiture de parc pour promener les jeunes enfants sous la garde de leur gouvernante, transformée en voiture chargée de chasseurs et de gibier abattu. Mais cet invraisemblable « tonneau de chasse » n’a sans doute été qu’une pure invention des rédacteur et dessinateur de la revue « LaCarrosserie Française » qui en a publié dans son numéro du 15 novembre 1901 (n° 72) un dessin et la description suivante : « C’est aux chasseurs que nous dédions ce modèle qui nous semble réunir tout le confortable désirable : la voiture contient six places à l’aise, des paniers sont fixés sous la caisse à l’aide de courroies, des trapes pratiquées dans le fond de la voiture permettent d’y avoir accès ; de même sur les ailes sont rapportés des paniers ; galerie d’impériale grillagée, le tout destiné à recevoir du gibier et de menus objets ; rideaux en toile caoutchoutée montés sur un robuste pavillon ; garniture moquette mouchetée, s’attellera à un fort cheval ».

 

 

Tonneau de chasse (La Carrosserie Française, n° 72, 15 novembre 1901)

Tonneau de chasse (La Carrosserie Française, n° 72, 15 novembre 1901)

 

Tout aussi étonnant, le Maedowbrook, voiture de ville très légère inventée en 1890 par Henry M. Willis à l’usage des New Yorkais pressés de courir à leurs affaires dans Manhattan  devenue voiture de chasse en Europe.

Maedowbrook à un rendez-vous de chasse. Karl Reille : L’équipage de la Grand’Garenne, aquarelle, 1914 (Collection privée)

Maedowbrook à un rendez-vous de chasse. Karl Reille : L’équipage de la Grand’Garenne, aquarelle, 1914 (Collection privée)

La marquise de La Roche suivant une chasse en meadowbrook en forêt de Meillant avant 1914

La marquise de La Roche suivant une chasse en meadowbrook en forêt de Meillant avant 1914

Meadowbrook, par Dousserin à Vierzon (Château de Bouges)

Meadowbrook, par Dousserin à Vierzon (Château de Bouges)

 

Voitures à gibier 

 

 

La chasse terminée, il faut ramener les prises, souvent très nombreuses. Des voitures furent spécialement conçues pour cela.

Charrette à gibier. La Carrosserie Française n°62, mars 1900.

Charrette à gibier. La Carrosserie Française n°62, mars 1900.

Tableau de chasse au château de Voisins (Yvelines) : 500 faisans tués en une après-midi chez le comte Frisch de Fels. Au second plan, une charrette à gibier (La vie au grand air, 8 décembre 1901)

Tableau de chasse au château de Voisins (Yvelines) : 500 faisans tués en une après-midi chez le comte Frisch de Fels. Au second plan, une charrette à gibier (La vie au grand air, 8 décembre 1901)

 

Le plus bel exemple de voiture à gibier est conservé au château de Bouges (Indre). Cette voiture, en parfait état d’origine, construite par G. Duchatelle à Creil, est montée sur deux grandes roues à très larges jantes ferrées pour ne pas enfoncer dans les chemins détrempés. Sa caisse entièrement à claire-voie, pour une bonne aération intérieure, est équipée de 315 crochets auxquels étaient suspendues les prises, comptabilisées par catégories « lièvres, perdrix, lapins, chevreuils, faisans, divers » sur un tableau fixé au revers de la porte située à l’arrière de la caisse.

 

Voiture à gibier, par Duchatelle à Creil, contenant 315 crochets pour suspendre les prises (château de Bouges)

Voiture à gibier, par Duchatelle à Creil, contenant 315 crochets pour suspendre les prises (château de Bouges)

Charrette à gibier par Ferre & Durand à Graçay : tableau de chasse, « Terre de Bouges : lièvres, perdrix, lapins, chevreuils, faisans, divers » (château de Bouges)

Charrette à gibier par Ferre & Durand à Graçay : tableau de chasse, « Terre de Bouges : lièvres, perdrix, lapins, chevreuils, faisans, divers » (château de Bouges)

Voiture à gibier (Romainvilliers, Domaine de Romainville)

Voiture à gibier (Romainvilliers, Domaine de Romainville)

Fourgon à gibier (Angleterre, Luton, Stockwood Craft Museum & Gardens)

Fourgon à gibier (Angleterre, Luton, Stockwood Craft Museum & Gardens)

 

Mais le véhicule le plus inattendu sur un terrain de chasse est sans aucun doute… une barque. Elle est indispensable quand le cerf « bat l’eau », c’est-à-dire lorsqu’il se réfugie au centre d’un étang pour échapper à la meute qui le poursuit. Pour le servir, les chasseurs doivent descendre de leurs montures et aller jusqu’à lui avec une barque amenée jusqu’au bord de l’étang montée sur un train à quatre roues  tiré par un cheval. Les dépendances du château de Chambord conservent l’un des rarissimes, peut-être même le seul exemplaire, d’une barque de chasse montée sur son train, portant la date 1865.

 

Barque de chasse du château de Chambord, 1865.

Barque de chasse du château de Chambord, 1865.

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

 

Les carrossiers ont imaginé toutes sortes de voitures répondant aux besoins ou aux caprices de leurs contemporains. La chasse a été l’un des domaines où ils ont exercé le plus ingénieusement leur créativité.

 

 

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commentaires

mario broekhuis 20/11/2019 12:56

Impressive article! Merci, Mario Broekhuis

j Berkhof 04/11/2019 10:14

Mercie beaucoup c,est formidable

J Berkhof Holland