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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 09:08

 

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 Les attelages de prestige;

 

 

gala, d'Aumont,...

 

 

 

Depuis quelques années, certains meneurs de tradition ont la  volonté de reconstituer des attelages de prestige. Ces louables initiatives pêchent parfois par quelques erreurs dans la présentation. Les petites inexactitudes sont en grande partie explicables par le manque de documentations écrites regroupant l'ensemble des modalités de réalisation de tels équipages. Sachant que les propriétaires de voitures attelaient souvent selon leur bon plaisir, la seule référence à des photos anciennes peut être, en effet, cause d’erreurs.

J’ai retrouvé dans un Sport universel illustré de 1895, sous le titre "voitures de gala", un article signé Hippomane, bien référencé, qui, bien que concis, décrit l'ensemble des caractéristiques de chaque type de ces grands équipages ; gala, d'Aumont. En voici quelques édifiants extraits.

 

Coupé de gala de Maria II du portugal (Musée des carrosses de Lisbonne)
Coupé de gala de Maria II du portugal (Musée des carrosses de Lisbonne)

Coupé de gala de Maria II du portugal (Musée des carrosses de Lisbonne)

 

 

"Voitures de gala"

 

 

Hippomane 1895

 

 

 

Attelage de gala.

 

 

 

L’on peut distinguer, en attelage, deux genres de gala : le gala français et le gala anglais. "Le genre français, écrivait de Curnieu (leçon de science hippique t. II p 338), avait un style particulier de mérite et de magnificence. Le gala anglais ne s’en éloignait pas autant qu’on le croit."

Berline de gala collection privée
Berline de gala collection privée

Berline de gala collection privée

 

Le premier fut certainement antérieur à l’autre et c’est à lui qu’appartient la luxueuse berline à six glaces, à siège à housse, flanquée de quatre lanternes, à marchepied à portefeuille avec la tablette postérieure  destinée aux deux laquais debout, se tenant aux lanières, vêtus en culotte, bas blancs, souliers à boucles d’argent, habit à la française chamarré de galons d’or, coiffés de la perruque à marteau poudrée surmontée du chapeau à corne. Son excellence le nonce du pape, qui a rang d’ambassadeur, fait monter derrière la berline trois laquais ainsi costumés.

 

Berline de gala à 6 glaces (Collection privée)
Berline de gala à 6 glaces (Collection privée)
Berline de gala à 6 glaces (Collection privée)

Berline de gala à 6 glaces (Collection privée)

 

Cette berline peut être attelée à quatre, à six ou à huit chevaux.

Dans l’attelage à la française-(a consigné feu M.E.F Van Hunbeck, écuyer du roi des belges,  dans son ouvrage pratique:  le cheval  Bruxelles 1884)- les deux chevaux de timon sont menés en guide par un cocher, les chevaux de volée par un postillon sur le cheval de gauche, dit porteur ; celui de droite se nomme sous main ou sous-verge. Les chevaux de timon sont attelés avec les traits de la longueur de l’attelage à l’anglaise ; un point, deux au plus, qu’à l’attelage simple ou sans volée.

Les chevaux de volée ont les traits fixés sur une balance sans palonnier attachée au timon. Les traits du porteur doivent avoir à peu prés 2m64, ceux du sous verge, 2m61. Pour cet attelage et ceux qui suivent, les chevaux de timon doivent être garnis d’avaloires.

Quand à l’attelage à six, un cocher qui mène les quatre chevaux en guides, lesquels doivent être attelés comme dans l’attelage à l’anglaise ; un postillon mène les chevaux de volée, qui sont attelés comme la volée à la Daumont.

Il y a encore deux palefreniers de conduite à pied, qui marchent un de chaque côté de la tête des chevaux de volée en guides pour relever les traits des chevaux du postillon dans les tournants.

Enfin  pour un attelage à huit, il y a un cocher qui mène six chevaux en guides, un postillon, comme dans l’attelage à six, et quatre palefreniers pour relever les traits des quatre premiers chevaux. Ceux-ci sont attelés comme dans la Daumont, les quatre derniers comme dans l’attelage à l’anglaise.

On attelle, dit on dans Le parfait cocher -(ouvrage attribué au Duc de Nevers  Liege 1777 p 57)- les chevaux de carrosse deux à deux jusqu’à six. Le roi et les princes en mettent jusqu’à huit. Les deux du cocher attelés au timon s’appellent chevaux de derrière(1), les deux ensuite se nomment chevaux de volée parce qu’ils sont attelés à des palonniers tenant à une volée qu’on attache au bout du timon ; les deux autres sont appelés chevaux de devant et à huit chevaux de sixième. »

 A six ou à huit, ajoute de Curnieu, "il n’y avait qu’un postillon et les guides des chevaux dits de volée et sixième étaient bouclées sur celles des chevaux de timon, en sorte que, dans aucun cas, le cocher n’avait en main plus de deux guides. »

 

Attelage de gala à la Française  de la voiture dite de la couronne

Attelage de gala à la Française de la voiture dite de la couronne

Voiture dite de la couronne; travail anglais 1824 (Musée carrosse Lisbonne)
Voiture dite de la couronne; travail anglais 1824 (Musée carrosse Lisbonne)
Voiture dite de la couronne; travail anglais 1824 (Musée carrosse Lisbonne)

Voiture dite de la couronne; travail anglais 1824 (Musée carrosse Lisbonne)

 

L’étiquette de cour réglait, sous l’ancien régime, le nombre de chevaux qu’on pouvait atteler à la voiture suivant la qualité du maître de l’attelage ; " Autrefois, en effet, le évêques n’avaient droit qu’à trois chevaux de front, les ducs, marquis et autres à quatre, les princes à six et le Roi pouvait en employer huit" -.Manuel du cocher, p 31, Paris Delarue 1894)-

 

Coupé de gala de Porto Covo (Musée des carrosses de Lisbonne)
Coupé de gala de Porto Covo (Musée des carrosses de Lisbonne)
Coupé de gala de Porto Covo (Musée des carrosses de Lisbonne)

Coupé de gala de Porto Covo (Musée des carrosses de Lisbonne)

 

Arrivons à l’attelage de la berline de gala à l’anglaise.

Les chevaux du timon s’attèlent un peu plus long dans leurs traits que pour l’attelage simple -un point ou deux au plus.

Les chevaux de volée ont les traits attachés à une balance à palonniers fixée à l’araignée du timon (2), ils doivent être attelés aussi court que le permet le mouvement de l’arrière-main.

Les quatre chevaux sont conduits en guides par un cocher.

 

Equipage de la cour d'Angleterre mené à l'anglaise.

Equipage de la cour d'Angleterre mené à l'anglaise.

 

En Angleterre, les chevaux de volée sont très serrés par les guides du dedans (3), ce qui est plus commode pour la grande circulation de Londres. Mais les chevaux qui " épaulent" quoi qu’ils aient un brillant factice se fatiguent davantage ; les membres qui sont à l’intérieur se ruinent plus tôt, sont sujets aux molettes.

  1. En attelage moderne, ils sont dénommés chevaux de timon, timoniers, et wheeler par les anglais, ou chevaux de roue.
  2. Nommée plus souvent la trompe du timon.
  3. Nommées les entre-deux ou croisières.

 

Le film ci dessous présente les différents types d'attelages utilisés lors de l'ouverture du parlement par la reine d'Angleterre. 

 

 

Attelage à la Daumont ou d'Aumont.

 

Entrée de la reine Wihelmina à Amsterdam le 5 septembre 1898. (Otto Erelman Collection Ritjksmuseum)

Entrée de la reine Wihelmina à Amsterdam le 5 septembre 1898. (Otto Erelman Collection Ritjksmuseum)

Calèche crème cour royale de hollande. (Het Loo)
Calèche crème cour royale de hollande. (Het Loo)

Calèche crème cour royale de hollande. (Het Loo)

 

 

Venons-en au fameux attelage à la Daumont, qui fit son entrée en France à l’époque de la restauration et jeta son plus vif éclat sous le second empire.

Mais, d’abord, quelques  notes historiques sur l’introducteur de ce fastueux attelage, empruntées à notre étude : Monographie de l’attelage, parue dans la Revue des haras de février 1890.

" Louis Marie-Celeste, duc d’Aumont, longtemps connu sous le nom de duc de Piennes qu’il garda jusqu’à la mort de son oncle le duc d’Aumont en 1799, était jeune encore en 1814. Il n’avait que 44 ans et sa vie avait été bravement remplie. Tout à fait jeune homme avant la révolution, il ne s’occupait que de chevaux, de modes et son existence était une suite de jours de joie et de plaisir. Rien n’était plus élégant que ses habits…, tous les jeunes gens de la cour le prenaient pour modèle et la veste ou l’habit dont la broderie aurait été blâmée par lui ne se reportait jamais. Ses chevaux étaient de pure race anglaise, tous ses équipages ainsi que ses gens, lui étaient envoyés de Londres…Ses écuries étaient construites avec un luxe dont peu de personnes aujourdhui croient l’époque du XVIII°  siècle susceptible. Les fenêtres étaient en grandes glaces de bohème, les auges en marbre blanc, et les râteliers et tout ce qui était bois en bois précieux des iles…Le duc de Piennes et le prince Joseph de Monaco, à une grande course de chevaux, dans bois de Vincennes, vêtus tous deux en jockeys disputèrent le prix. Le duc de Piennes, tout en se moquant du public, conduisait lui-même son diable(1), on appelait ainsi une voiture découverte, dont les marchands de chevaux et les cochers se servent pour dresser le chevaux. Le duc de Piennes montait dedans le matin, mais en jockey et conduisait quatre chevaux à grandes guides...c'était alors la mode de faire le maquignon" -Duchesse d’Abrantes Mémoires sur la restauration-  

Quand à l’attelage à la Daumont, ou plus exactement à la d’Aumont, il doit être composé de quatre chevaux accusant beaucoup de sang, il peut l’être aussi de six chevaux.

 

Le Roi d'Angleterre et la reine Marie se rendant aux courses d'Auteuil dans un attelage à la d'Aumont(Delton 1914)

Le Roi d'Angleterre et la reine Marie se rendant aux courses d'Auteuil dans un attelage à la d'Aumont(Delton 1914)

 

Il faut un jockey par paire de chevaux, ayant un fouet monté à la fontaine, très court de manche, les traits de chevaux de volée qui sont bien longs ne sont pas fixés sur des palonniers mais bouclés aux grands boucleteaux des chevaux de timon. La voiture la plus classique sur laquelle on met cet attelage est la calèche à huit ressorts dite de Daumont ou le landau bateau à huit ressorts, l’un et l’autre dépourvus du siège du cocher qui fut remplacé au début par un petit coffre fermé et fixé à sur l’avant train. En Angleterre, dans la suite , on l’a supprimé, ce qui fait ressortir davantage, la légèreté, la sveltesse de cette voiture.

 

Landau sans coffre du comte de Lambertye attelé à la  d'Aumont (Delton 1866)

Landau sans coffre du comte de Lambertye attelé à la d'Aumont (Delton 1866)

Calèche avec petit coffre du prince Radziwill  attelée à la d'Aumont (Delton 1906)

Calèche avec petit coffre du prince Radziwill attelée à la d'Aumont (Delton 1906)

 

 Un à trois piqueurs, dont un chef d’attelage, doivent  la précéder à quarante mètres des chevaux de volée. Lorsqu’ils sont à trois, deux se tiennent ensemble, le troisième les précède. Les piqueurs doivent trotter à l’anglaise, bien en cadence, aussi ont-ils soin pour s’enlever plus facilement de leur selle, d’ajuster court leurs étrivières. Leurs chevaux doivent être garnis de la bride à œillères en cuir fauve et de la selle anglaise comme les chevaux des jockeys de Daumont, ils portent le petit fouet d’attelage.

Les piqueurs  portent la jaquette, sont coiffés du haut de forme noir à cocarde, en culotte de peau de daim et chaussés de bottes à revers.

Pour que cet attelage soit irréprochable, deux valets d’attelage montés suivent cette voiture.

 

 

Attelage en grande d'Aumont de la cour royale d'Angleterre.

Attelage en grande d'Aumont de la cour royale d'Angleterre.

 

Si un chef d’attelage accompagne, il ne peut jamais porter le bicorne qui détonne dans cet attelage moderne, il doit être en haut de forme. Le bicorne est réservé pour la berline, le grand coupé de gala ; en un mot il appartient à l’attelage à la française, il est un anachronisme dans l’attelage à l’anglaise.  

 

( 1)On désigne actuellement cette voiture par le mot : un squelette.

(2) On sait que ces voitures à double suspension, si moelleuses pour les occupants, fatiguent beaucoup les chevaux, par le mouvement de vannage.

 

 

Vous trouverez d'autres informations en lisant l'article de J.l. Libourel;

 

"L'attelage à la d'Aumont: royal !"

 

 

 

 

Patrick Magnaudeix

 

Documentation (Collection de l'auteur)

"Sport universel illustré du 1° octobre 1895" -Hippomane-

"Le Monde du Cheval" -Jolivet Delton-

 

Photos

Collection de l'auteur, courtoisie,...

 

 

 

 

 

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commentaires

bruneau didier 30/03/2020 14:53

super