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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 09:06

"La vieille dame oubliée"

                                       Berline dans son environnement vers 1780

Elle est là, dans son abri ouvert, qui rêve peut-être au faste de sa jeunesse. A ses pieds, un chat ronronne en lapant son bol de lait. Elle monte la garde à l'entrée du musée Dupuy-Mestreau à Saintes.


On ne connait pas trés bien son histoire. Les quelques éléments amenés par la transmission orale ne sont pas toujours vérifiés par les textes de l'époque.




Elle serait une copie de la "berline coupée  de voyage" de l'ambassadeur de Prusse en France.
Bien que les données soient contradictoires, on trouve sa trace pour la première fois  vers les années 1780 (sous réserve). Elle fut achetée par Isaac Basset, négociant à Pons. Ce bourgeois avait eu droit d'avoir des armoiries "5 petits bassets superposés". 
On ne sait pas si ce premier propriétaire connu en avait passé commande à un carrossier de province (éventuellement de Bordeaux), ou s'il l'avait achetée d'occasion. Elle passa par mariage aux Pandins de Lussaudière.



        Brevet de compagnon carrossier (musée Dupuy- Mestreau.Saintes)

Regardez la bien. Comme moi, depuis ma plus tendre enfance, je suis sûr que vous tomberez  sous le charme.
Certes, ce n'est qu'une humble berline coupée de voyage. Elle n'a pas le luxe de la "berline coupée de gala" de la famille Tanari (musée de Compiègne), du "grand coupé" de la présidence de la république (musée des carrosses de Versailles) ou des "coupés" du musée des carrosses de Lisbonne.
Cependant, elle porte en elle tout le savoir faire technique et artistique des carrosiers, tapissiers, bourreliers, sculpteurs,.... de la fin du 18°. Elle est le témoignage des innovations et de la compétence technique des compagnons de ces différents corps de métiers.

Mais j'arrête de parler pour vous laisser la regarder et, peut-être,  vous aussi ...succomberez à son charme.

                                                                                                          


 La caisse du coupé est  jaune sinon ocre,sans aucune ornementation.
L'intérieur est tendu de velours d'Utrecht à ramage bleu sur un fond clair


                                                        


Entre les flèches parralèles, dites "Brancards de train", on remarque la "cave". On y a accés par une trappe placée dans le fond de la voiture sous les pieds des passagers. Cette cave servait à stocker les victuailles mais aussi les objets de valeur et les armes.
Les bagages  quant à eux, étaient placés dans une galerie située sur le "pavillon" (toit ) de la caisse.

 
  

















      
                                                                                                                                                                                 
A l'arrière, se situe une planche pour arrimer les malles . Elle porte  le nom de "planche de magasin" du nom des paniers  en osier utilisés pour les voyages et appelés "magasins".
On distingue la "soupente" qui relie la "béliére", fixée au ressort en C, au coin de la caisse.
Situées au niveau de la ceinture de la caisse,  les "courroies de guindage" limitent le gite provoqué par ce type de suspension. 





Notez la délicatesse des piqûres sur les cuirs.
Derrière  le ressort en C est situé le "cric de soupente".
                                                        
                                      



Au XVII°, le bandage  n'était pas formé
d'un cercle de fer soudé posé à chaud.    
Les jantes étaient protégées et assemblées par des bandes de fer, posées bout à bout, et maintenues par des clous. Cette pratique était encore utilisée fin XVIII°





Cette voiture est également remarquable par les sculptures ornant les différentes parties du train.



















































Elle n'est certes pas aussi bien conservée que sa "soeur"  du Musée municipal de Thouars.

 Berline coupée de Mr de ligners par Thouet, France 1770-1780. Musée municipal de Thouars


Elle ne peut être ouverte ou déplacée sans risque. De plus, elle est actuellement attaquée par des insectes. Les responsables du musée et de la Mairie ont bien l'intention de la sauvegarder, mais ne trouvent malheureusement pas les moyens financiers. Le seul traitement sous vide, contre les attaques d'insectes, coûte, à lui seul, une fortune.

Alors, la vieille dame, pas vraiment oubliée (car les responsables déjà cités  cherchent  des solutions), attend ...avec son chat.
Malheureusement elle n'est pas seule. Malgré les efforts d'experts (messieurs Roche, Libourel),...de mécènes (messieurs Guerlain, ....), d'associations (les amis de Chambord, l'Association Française d'Attelage, la société des amis des haras Nationaux,...), la sauvegarde du patrimoine hippomobile français, y compris dans nos musées Nationaux, est problèmatique. Les moyens financiers manquent. Le problème est le même au niveau européen. Ainsi, des musées de grande envergure se sont unis dans l'association: Carriage Europe.
(Les associations sont  accéssibles par les liens du Blog).

Alors, notre vieille dame, berline de voyage "ordinaire", face à la misère des moyens donnés à la sauvegarde des véhicules hippomobiles, risque fort de se détériorer jusqu'à.... ne plus exister.
 
Je me suis senti impuissant de voir dans cet état le "carrosse" de mon enfance.
Je me suis alors dit, que de faire connaître sa situation, est un moyen de participer modestement à son sauvetage.

 
Texte, photos: Figoli

 

 

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commentaires

Anne FAIVRE 21/01/2013 16:44

"La vieille dame oubliée"
Voici ce qu'écrivit mon arrière-grand-mère dans ses "Souvenirs de famille", se remémorant ses visites d'enfance au château d'Ardennes à Fléac-sur-Seugne chez ses lointains cousins Pandin de
Lussaudière :
Pendant des années je vis dans un hangar ouvert à tous les vents, le vieux carrosse des ancêtres Pandin de Lussaudiere, encore solide, avec ses ressorts recourbés et très hauts, encadrant la
planche destinée aux valets de pied, par derrière; ses larges courroies en cuir souple qui suspendaient la caisse du carrosse, lui donnant l'élasticité d'une balancelle, d'un hamac. Que de fois,
avec mon cousin Edmond Tondut nous sommes-nous amusés à grimper dans cette vénérable voiture et à nous y faire bercer en sautant sans respect sur les coussins ! A la mort du vieux M. Pandin, ses
enfants se partagèrent meubles et souvenirs de famille, ce qui fut un peu regrettable, dépareillant des ensembles. Le carrosse resta à Ardennes jusqu'au moment où le fondateur du Musée Saintongeais
à Saintes, M. Guimet, demanda de l'acquérir. Henri Pandin n'y consentit pas, mais le prêta au Musée, où je le revis et où il doit être encore. Le jour de leur mariage, le pasteur Maillard et sa
jeune femme quittèrent les Forges dans le carrosse en question, qui fut traîné par des boeufs jusqu'à Pons où les nouveaux époux prirent la diligence pour Bordeaux. Ce fut la dernière fois que ce
véhicule fut utilisé comme moyen de transport, et attelé de façon aussi pittoresque qu'inaccoutumée !