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De l’origine du mot….. Fiacre.
Texte : Figoli
Que nous soyons meneurs ou collectionneurs, l’histoire de l’attelage, des voitures, de l’utilisation des chevaux est si longue et si complexe que nous nous satisfaisons souvent de faciles certitudes.
De maigres informations se transforment en vérités, qui, elles mêmes, deviennent vite des dogmes. Et alors,
de toutes parts, naît une multitude de croyants, d’apôtres même, qui de ces dogmes construisent d’immuables règles. Cela leur permet de pourfendre celles des autres , qui d’ailleurs, le leur rendent bien.
N’étant point dogmatique ni enclin à de ferventes
croyances, je dois avouer prendre un certain plaisir à l’écoute ou à la lecture de ces luttes intestines (ce qui ne m’empêche pas de m’y laisser prendre). Un exemple : murmurez
« Tandem » et, de clochers, minarets,… descendra un lourd tumulte sur l’origine, le type de voiture utilisée,…. Même les prépositions « en » et « à la » feront l’objet d’âpres discussions.
Etant ce jour d’humeur badine, je me suis amusé à essayer de
suivre le cheminement de la construction de nos certitudes. Je croyais ne pas prendre de risque en choisissant un sujet, qui, me semblait il, faisait
consensus : « L’origine du mot Fiacre ».Funeste erreur !
Je fus tout de suite confronté à la pertinence et à la fiabilité des
sources. La disparition d’écrits originaux, la réécriture de certains textes édités post mortem,… renforcent la confusion.
Pour faire « jeun..sss », l’amusement du départ risquait de se transformer en « prise de tête… gra…aaave »
Parlons de notre fiacre. Dans des temps lointains, on pensait que ce mot était lié au pèlerinage à St Fiacre
en Brie, où le pèlerin implorait le Saint homme de protéger son… fondement. La
légende dit que, pour se reposer, St Fiacre (env. 630 - 670) s’assit sur une pierre qui se ramollit et pris la forme de son fessier. Dans son
histoire de Meaux, Don du Plessis observe « que dans la chapelle du saint, il y avait une pierre sur laquelle venaient s’asseoir les
pèlerins pour guérir du fie, du mal de St Fiacre », autrement dit des Hémorroïdes. Il était
donc entendu que les carrosses de place, qui servaient à voiturer régulièrement les pèlerins de Paris à
St Fiacre, furent de ce fait appelés : fiacres.
Ménage (1613-1692) donne une autre explication dans son livre
« L’origine de la langue française », édité en 1650 (réédité en 1694 sous le nom de « L’encyclopédie étymologique » par son neveu
l’abbé Ménage). Il affirme que le nom Fiacre vient du fait qu’un loueur de voiture avec cocher, nommé Sauvage, avait installé son bureau de location
dans un hôtel particulier doté d’une enseigne à l’image de St Fiacre. Ce bureau de location était situé rue St Antoine. Son service étant de qualité et très renommé, d’autres loueurs, pour profiter de l’élan ainsi donné, auraient utilisé (certes de façon peu honnête) cet enseigne de St Fiacre, d’où le nom de fiacre qui devient la
dénomination de ce type de voiture .
La confirmation que l’origine du fiacre vient de la « pratique » de Sauvage dans la
rue St Antoine est faite par Richelet 1631-1698, dans son «dictionnaire françois » En voici les textes originaux mentionnant le nom
de la rue et qui vous feront partager le plaisir de lire ce français d’autrefois:
Ménage : « ….On appelle ainsi à Paris, depuis quelques années, un carrosse de louage, à cause de l’image de St Fiacre qui pendoit pour enseigne à un logis de la rue St Antoine »
Richelet « …Carrosse de louage auquel on a donné ce nom à cause
de l’enseigne d’un logis de la rue St Antoine de Paris ou l’on a premièrement loué ces sortes de carrosses. Ce logis avoit pour enseigne un Saint Fiacre »
M Causse dans son livre de 1972 « Les fiacres de Paris au XVII° et XVIII siècle » estime que cette entreprise s’est créée entre 1612 et 1630.
A ce stade, nous aurions donc deux origines. Peut être pas ?
Dans son « dictionnaire historique », de 1781, Feller
ne voit pas d’opposition entre les deux hypothèses en supposant « …que le maitre d’auberge n’avait pris St Fiacre qu’à cause de la première
destination de ses voitures pour ce pèlerinage; la rue Saint Antoine est précisément sur le chemin de Paris à St Fiacre. Par la suite, il en étendit l’usage dans le service des rues de
Paris. »
Dans un livre « Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris », probablement écrit vers 1656, mais édité en 1724,
Sauval (1623-1670) confirme l’hypothèse sur l’origine du mot lié à l’entreprise de Sauvage, mais la situe rue St Martin. Le fait que Sauval ait eu la particularité de faire lire ou réécrire les
données de son ouvrage à des éminences de l’époque, a convaincu certains historiens que cette hypothèse de la rue St Martin était la bonne. Cependant, les travaux récents "Si le roi m'avait donné
Paris .." (1995)de M Fleury, B Billaud, G Dormann, relativisent cette certitude. En effet ils affirment que l’ami de Sauval, Jean Claude Rousseau, avait partiellement réécrit l’ouvrage avant de le faire éditer en 1724, ce qui questionne la
fiabilité de la source.
Considérant que cette différence était bénigne et que le sieur Sauvage avait pu ouvrir lui-même un autre bureau (ce qui est confirmé par d’autres auteurs) pour étendre son activité, je croyais avoir terminé ma narration, et patatras : c’est là que tout bascule et qu’une nouvelle polémique
commence.
Conscient de l’insupportable suspense provoqué par ce
retournement de situation, je vous laisse respirer quelques instants, en écoutant cette chansonnette reprise par Georges Brassens .
Cette différence d’adresse, attribuée au bureau de location de M Sauvage, intrigua Edouard Fournier, un
auteur très reconnu à l’époque pour ses qualités d’investigation, dans « les énigmes des rues de Paris » de 1860. Après une longue enquête,
il déduisit que le dénommé Sauvage n’était pour rien dans l’origine du mot fiacre et que le nom venait du patronyme d’un autre loueur d’équidé : Monsieur Fiacre. Sa
démonstration prenant un paragraphe entier de son livre, je ne prendrai qu’un seul élément qu’il met en exergue et qui a fait hésiter ses contemporains.
Il s’agit d’une mazarinade. Elle fut écrite en 1652 par Nicolas Damesme et avait pour titre : « Le souper royal de Pantoise fait à messieurs les députés des six corps de
marchands de cette ville de Paris »
On
y lit dans une présentation burlesque de ces marchands :
C’étoit pour avoir des carrosses
Où l’on attelle chevaux rosses,
Dont les cuirs tout rapetassés,
Vilains, crasseux et mal passés
Représentoient le simulacre
De l’ancienne voiture à Fiacre.
Qui fut le premier du métier ;
…
Son hypothèse fut dénoncée par Eugène Auriae dans un paragraphe entier de son livre « Histoire anecdotique de l’industrie française » en 1861. Il démonta la construction de
Fournier mais butta sur l’explication de la mazarinade. On peut penser avec lui, que
Monsieur Fiacre n’était surement là que pour ajouter au burlesque puisque cette dénomination était déjà très ancienne en 1652. Il n’y eut donc point
de Monsieur Fiacre.
Arrivé à ce stade de mon « enquête», je pensais qu’à travers les siècles, le « françois » ne « changeoit » pas, toujours prêt à la controverse, mais que notre sagesse et
notre science nous permettaient de rétablir « LA » vérité et de réfréner nos élans passionnés.
De fait, tous les dictionnaires sont unanimes et je ne citerai que celui de l’académie française :
« Fiacre.n.m.XVII siècle. Tiré du nom de Saint Fiacre, dont
l’effigie se trouvait au XVII siècle, sur l’enseigne d’un hôtel parisien de la rue St Antoine, devenu maison de carrosses de
louage…… »
Donc voilà « la messe est dite » : Quoi que ?!!!
Bernard Causse affirmait en 1972 dans son livre « Histoire des fiacres » (déjà cité) que l’enseigne se trouvait rue St Martin….Cette
affirmation est reprise par de nombreux articles de journaux, et sur le net, dont
wikipédia.
C’était celle également
retenue entre autres par le guide du carrossier voir Le Guide du Carrossier/ Omnibus
public 1 …
J’espère que vous aurez eu autant de plaisir à lire cet amusement que moi, à l’écrire.
Mais, d’un seul coup, un nœud me serre la gorge, le cœur. L’angoisse, la peur m’envahissent,
…..Aurais-je par mégarde rouverte la boite de Pandore !?
Pour vous détendre de la tension entrainée par cette "épineuse question" je vous propose la même chanson "le fiacre"enregistrée par le Jazzman
Moustache
Si on ne vous avait pas, il faudrait vous inventer.
Bravo !
Je crois nécessaire de recommander au passage l'ouvrage de Rosine Lagier : "Il ya un siècle… le cheval", qui raconte avec force photos l'histoire des femmes cocher.
le sieur Sauvage, Nicolas de son prénom était à l'origine un facteur du maître des coches à Amiens (selon Sauval dans son ouvrage"histoire et recherches des antiquités de la ville de paris") et il aurait créé son entreprise en 1640;
pour sa localisation F marcevaux écrit:ue Saint Martin, vis à vis celle de Montmorency dans le 3ème arrondissement
A ce propos , je signale que, sur le mur de la boutique "Peps" réparateur de parapluies à Paris , située passage de l'ancre royale qui donne sur la rue St Martin, est apposée une plaque commémorant l'installation du service des fiacres en ce lieu. Il faut aller y voir ...
La chanson "Le fiacre", a été écrite en 1888 paroles et musique par Léon Xanrof, chantée d'abord par Yvette Guilbert , reprise par Jean Sablon et par bien d'autres comme le fait entendre Figoli à suivre
En 1612 le nommé Sauvage imagina le premier de faire construire à ses frais et dépens des carrosses et de les donner à louage au public"
Alors? qui croire ...
Tout a fait d'accord pour les chaises à porteur mais des voitures de location existaient déjà dans l'empire romain.
J'en profite pour féliciter CH B ET JGH pour leurs excéllents articles dans attelage magazine.
Puisque c'est ainsi que tout le monde en parlait.
Pourquoi sapin? plutôt que bruyère, mimosa,....
Bien que... quelle poésie, quand même, d'imaginer un fiacre en bois de mimosa.
Le fiacre cependant, compte tenu de ce qu'il s'y passait parfois, quand on recommandait au cocher d'aller où bon lui semblait, était peut-être fait de
" bois de trousse-chemise ", mais ça, l'histoire ne le raconte pas !
La réponse est beaucoup moins poétique car en effet pour en réduire le coût les premiers carrosses de louage étaient construits en bois de sapin.
Je crois d'ailleurs que je vais faire un article sur l'histoire des voitures de location. On pourra se rendre compte que la frénésie de réglementation de l'administration Française n'est vraiment pas récente. Comme ne l'est pas non plus l'avidité du ministère des finances envers les voitures: taxes, amendes et impots, une trés vieille recette que nos radars ont certes perfectionnée. (Mais toujours au nom de la sécurité,...)Mais je vous promet de le raconter de façon fleurie!!!
Merci pour votre réponse.
dictionnaire ethymoloqique allemand signé walther von wartburg:
-locataire d'une maison XV -XVIII°.siècle
-au XIX° celui qui loue des voitures des chevaux.
comme celui qui loue les voitures. L'utilisation de cette définition apparait en 1875 (sous réserve)