Partager l'article ! LA RIGOURDENE DE "118...218": ...
Chère Julie, j’ai à coté de moi une experte en âne nommée Nolly. Anesse de Gascogne de son état, ( entre nous, race non reconnue mais,
chut... ) elle est assez susceptible quand on parle de l’histoire des « longues
oreilles ». Donc je vous la laisse raconter, à sa façon l’histoire des ânes à l’ile de ré.
" L'ile de Ré a toujours été un immense jardin, essentiellement
travaillé à main et à dos d'homme.
Le maraîchage en est donc l'activité principale puisqu'il n'y a
pratiquement pas d'élevage. Ni bœufs, ni chevaux.
Cependant, nous, les ânes, étions présents depuis fort longtemps,
preuve en est un petit fer à âne daté du treizième siècle, découvert
dans le territoire de Bois.
C'est à l'orée du seizième siècle que des petits chevaux vendéens ont
été importés pour assurer les transports.
Au début du dix-huitième, ils sont déjà nombreux : à Ars, par
exemple,on en dénombre 128 pour seulement dix ânes !
En 1812, on en compte 638, et toujours aussi peu d'ânes !
Mais au milieu du dix-neuvième siècle vient l'heure de la revanche :
l'âne s'impose au détriment des chevaux dont l'entretien
s'avère trop coûteux.
L'âne importé vient du Poitou.
"Seigneur Baudet" ne prendra pied sur l'île que bien longtemps après .
Le petit âne du Poitou va devenir indispensable pour transporter sur
de courtes distances le raisin, le varech, et le sel, bien entendu.
Il se dit que c'est au milieu du dix-neuvième siècle qu'une brave
femme d'Ars, se rendant compte que nous étions dévorés par les moustiques, imagina de fabriquer des
culottes à son âne avec une
vieille chemise de son mari. On ne sait pas ce qu'en a pensé le mari .
Et voilà!
Pour notre ami le Baudet, on raconte qu'il viendrait d'Espagne où son
exportation était sévèrement contrôlée, car il permettait l'élevage de mules magnifiques.
Ce n'est qu'au seizième siècle qu'il fut introduit en France. Dès 1717, sa renommé de reproducteur mulassier est déjà reconnue.
Son stud-book est créé à Niort en 1884.
" Monsieur " le Baudet représente donc la noblesse de la gent asinienne...ce qui n'est pas mon cas, humble porteuse de pigne de pin que je
suis.
Enfin, c’est ce que j'en dis, moi, la petite Nolly ".
Je viens d'apprendre(en cherchant !) que l'église de Saint-Suliac renfermait un bas relief où étaient représentés des ânes dits de Rigourdenne, métairie proche de l'église. Tous ces ânes y étaient figurés la tête retournée en arrière ; effet, selon l'ancienne légende, de la malédiction que leur avait donné l'abbé Suliac, pour les punir d'être venus plusieurs fois manger ses légumes dans son jardin !
Post scriptum d'Arba : Juju devient une grande spécialiste des ânes !. Attention à ne pas donner raison au dicton :
"Asinus asinum fricat"
Gentils, intelligents, et qui sait, peut-être sensibles à cet humour si chichement partagé ?
Ce récit a été rédigé, bien sûr, en patois de "là-bas".
Une ricouère, une ricouène, une ricassoune, (sympa, la ricassoune, non ?), une rigourdène, c'est un propos joyeux, une calembredaine, une blague, une fable, une chanson.
Cette ritournelle nous rebattait les oreilles à l'époque où notre ami "Figoli" m'a mise au défi d'écrire une histoire pour les ânes.
Alors pourquoi pas ?
Á présent que les "ânes-culotte" ne travaillent plus que pour se faire photographier, j'avoue que je vois bien cette scène devant des touristes ébaubis.
Il faut si peu pour réjouir nos âmes… pardon , nos ânes, voulais-je dire ! Mais vous aurez rectifié.