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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 16:24





LA RIGOURDENE DE “ 118... 218 “


dédié à FIGOLI












C’est une race bien à part.
La plus ancienne, puisque son “ stud book ” remonte à l’an 1884.

Le Baudet du Poitou, le velu, avec ses haillons de poils pendouillés que l’on croirait coiffés avec un pétard.
Même qu’il a failli disparaître, le drôle. Mais il a l’oeil tendre, le bourriquet...
Alors il est en passe d’être sauvé.

C’est qu’il a rendu de fiers services, il n’y a pas si longtemps.

Et qui s’en allait dans les marais salants charruer le sel en l’île de Ré ?
Affronter les moustiques, enculottés de jambières à rayures ou à carreaux... sinon les bourrins à bretelles qui se disaient du coin de l’oeil :
“ Ô, l’é signe de rousée si les moustiques piquent ce soir “

Qui, sous la roustée, quand les ranchettes passaient rique et raque dans la valène, s’en allait charessiant le sart épancaillé su l’sab ine marée, s’occuper de l’émorlaison, le chapia su l’nez?
Sinon “ l’âne culotte “, le baudet, le bon bourriquet dans ses braies.

Qui mieux que lui connaît les forêts d’argélas, le bois Henri IV, celui du Lizay, et de la Combe à l’eau... et puis Trousse chemise que l’on a tant chanté ?
Lui.

Lui, en ce nouveau siècle, c’est “118, 218 “, c’est son matricule.
Ça fait rigoler son Rhéta qui en a oublié son vrai nom.
D’ailleurs il ne lui parle plus qu’en se trémoussant et en chantant “118... 218 “. Il est “ brave “...

Alors, “ 118, 218 “ armé d’une philosophie qui remonte à l’aube des temps se félicite du temps de repos que cet accès de bonne humeur lui procure et en profite pour roucher une thiulote à piat.

D’ailleurs à présent, il ne travaille plus guère que pour enfiler ses pantalons, aller faire le joli coeur devant les roses trémières et prendre la pose pour les vacanciers...

Il n’a même plus besoin de braire, son propriétaire s’en occupe...

Même que certains jours il lui vole la vedette, mais bon.

 Julie wasselin





Chère Julie, j’ai à coté de moi une experte en âne nommée Nolly. Anesse de Gascogne de son état, ( entre nous, race non reconnue mais, chut... )  elle est assez susceptible quand  on parle de l’histoire des « longues oreilles ». Donc je vous la laisse raconter, à sa façon l’histoire des ânes à l’ile de ré.
























" L'ile de Ré a toujours été un immense jardin, essentiellement
 travaillé à main et à dos d'homme.
 Le maraîchage en est donc l'activité principale puisqu'il n'y a
pratiquement pas d'élevage. Ni bœufs, ni chevaux.
 Cependant, nous, les ânes, étions présents depuis fort longtemps,
 preuve en est un petit fer à âne daté du treizième siècle, découvert
 dans le territoire de Bois.
 C'est à l'orée du seizième siècle que des petits chevaux vendéens ont
 été importés pour assurer les transports.
Au début du dix-huitième, ils sont déjà nombreux : à Ars, par
 exemple,on en dénombre 128 pour seulement dix ânes !
 En 1812, on en compte 638, et toujours aussi peu d'ânes !
 Mais au milieu du dix-neuvième siècle vient l'heure de la revanche :
 l'âne s'impose au détriment des chevaux dont l'entretien
 s'avère trop coûteux.
 L'âne importé vient du Poitou.
 "Seigneur Baudet" ne prendra pied sur l'île que bien longtemps après .
 Le petit âne du Poitou va devenir indispensable pour transporter sur
 de courtes distances le raisin, le varech, et le sel, bien entendu.
 Il se dit que c'est au milieu du dix-neuvième siècle qu'une brave
 femme d'Ars, se rendant compte que nous étions dévorés par les moustiques, imagina de fabriquer des culottes à son âne avec une
 vieille chemise de son mari. On ne sait pas ce qu'en a pensé le mari .
Et voilà!

 Pour notre ami le Baudet, on raconte qu'il viendrait d'Espagne où son
 exportation était sévèrement contrôlée, car il permettait l'élevage de mules magnifiques.
 Ce n'est qu'au seizième siècle qu'il fut introduit en France. Dès 1717, sa renommé de reproducteur mulassier est déjà reconnue.
Son stud-book est créé à Niort en 1884.
" Monsieur " le Baudet représente donc la noblesse de la gent asinienne...ce qui n'est pas mon cas, humble porteuse de pigne de pin  que je suis.

Enfin, c’est ce que j'en dis, moi, la petite Nolly ".



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commentaires

Julie Wasselin 20/06/2009 13:45

Eh oui, eh oui… plus je connais les hommes, plus j'aime les ânes…
Gentils, intelligents, et qui sait, peut-être sensibles à cet humour si chichement partagé ?

Ce récit a été rédigé, bien sûr, en patois de "là-bas".

Une ricouère, une ricouène, une ricassoune, (sympa, la ricassoune, non ?), une rigourdène, c'est un propos joyeux, une calembredaine, une blague, une fable, une chanson.

Cette ritournelle nous rebattait les oreilles à l'époque où notre ami "Figoli" m'a mise au défi d'écrire une histoire pour les ânes.
Alors pourquoi pas ?
Á présent que les "ânes-culotte" ne travaillent plus que pour se faire photographier, j'avoue que je vois bien cette scène devant des touristes ébaubis.

Il faut si peu pour réjouir nos âmes… pardon , nos ânes, voulais-je dire ! Mais vous aurez rectifié.

Chantal 16/06/2009 14:15

Charmant reportage mais que signifie La Rigourdene avec un seul n et le rapport avec le 118 218 des deux abrutis ?
Je viens d'apprendre(en cherchant !) que l'église de Saint-Suliac renfermait un bas relief où étaient représentés des ânes dits de Rigourdenne, métairie proche de l'église. Tous ces ânes y étaient figurés la tête retournée en arrière ; effet, selon l'ancienne légende, de la malédiction que leur avait donné l'abbé Suliac, pour les punir d'être venus plusieurs fois manger ses légumes dans son jardin !


Post scriptum d'Arba : Juju devient une grande spécialiste des ânes !. Attention à ne pas donner raison au dicton :
"Asinus asinum fricat"