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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 19:16

 La cloche

 

 cloche

 

Vous avez d’abord vibré aux abords des rectangles de dressage, des obstacles de marathon et des terrains de maniabilité.

Passant le garde-fou, vous avez trouvé, difficilement, où apprendre les rudiments de l’attelage, une vieille voiture, un harnais fatigué, puis LE cheval, solide, philosophe et déjà dressé, bien ou mal, ce n’est pas précisé sur l’étiquette.

Vous découvrez ensuite qu’il va vous falloir une remorque, un camion et, pendant que vous y êtes, une boîte à outils, un poste à souder et j’en passe, car l’attelage vous enseignera à élargir un essieu ou bien à décoincer un treuil, par exemple, à défaut de savoir “ bien “ mener.

Vous vous prostituez ensuite, surtout quand il fait froid, pour convaincre un voisin, un frère, un copain de venir vous groomer…

Ou comment devenir diplomate.

Vous participez à moult stages qui vous expliquent plus ou moins la même chose et dont vous ressortez la cervelle embrouillée, mais ça n’a pas beaucoup d’importance, votre cheval est patient… il sait, lui, que vous finirez un jour par vous dire : “ Bon sang, mais c’est bien sûr…”

Vous finissez par vous en sortir à peu près.

Là, deux cas de figure : ou vous avez du génie, ça arrive et tous les espoirs sont permis… y compris de prendre la tête au carré.

Ou vous êtes mauvais et si, en concours, car vous allez en concours, vous êtes invariablement dans les choux, ce sera la faute de votre cheval ou bien celle des juges qui sont incapables ou de parti pris. C’est clair, on ne vous aime pas…

Soyons honnête, il arrive de rencontrer des génies modestes et des meneurs maladroits que leurs exploits font rire et qui arrosent le campement quand, par hasard, ils trouvent plus nul qu’eux.

Profitez bien de ces moments parce que ce sont les meilleurs.

Après avoir usé quelques chevaux, changé de voiture, de remorque et de camion, acheté un harnais de grand couturier et amassé péniblement quelques plaques et quelques flots que seules les mouches liront, afin de renvoyer l’ascenseur ou parce que vous vous en croyez capable, vous décidez de devenir juge.

 

Ça vous paraît facile et, peut-être, même, une position sociale enviable…

Vous découvrez alors que les places sont chères et chèrement gardées.

Á vous les réflexions  perfides sur votre façon de  juger le dressage…

Á vous la surveillance des phases de pas où vous ne voyez rien du spectacle. Á vous de planter sur le terrain de mania, debout pendant des heures, le talkie à la main.

Un jour, au pied levé, on vous bombarde à la présidence, parce que le responsable a un empêchement… comme à l’Armée du Salut, mais on ne vous demande pas de chanter, vous vous retrouvez  avec, à la main, une cloche qu’il va falloir utiliser avec circonspection… vous commencez à flipper.      

                                                                         

Car tous ces concurrents qui ont traversé la France pour venir chercher leur qualification en  championnat, ne plaisantent pas.

Ça leur coûte cher, tout ça… vous le savez, vous y êtes passé.

Vous découvrez que vos anciens concurrents et néanmoins amis ont soudain le sourire forcé et que ceux qui vous ignoraient sont devenus tout miel avec vous.

Oubliez le temps des pots au campement avec vos copains… on vous taxerait de favoritisme. Quant à écluser un godet au cul de tous les camions, c’est une option qui demande du métier.

 

Vous avez autre chose à faire.

Trouver des bénévoles sur les phases, par exemple, car il en manque la moitié…

Á pas loin de minuit, ramer encore dans le contrôle des papiers des chevaux, vaccinés, pas vaccinés… convoquer les coupables :

- Ah oui, on a oublié les papiers…

dans le contrôle des licences, avec ou sans certificat médical.

- Ah oui, on a oublié les licences… ah bon, il faut une licence pour le groom… et un certificat médical ?

Et vous vous arrachez les cheveux, entre ceux à qui vous allez devoir dire qu’ils ne prendront pas le départ et l‘organisateur qui n’envisage pas d’avoir seulement trois clampins sur le terrain.

-  Les sponsors vont faire la gueule et la buvette… vous n’y pensez pas, les gens ne vont pas rester. Sans la recette, je ne boucle pas !

- O.K.

Si vous cédez et que l’un des contrevenants se retrouve à l’hôpital, vous, vous vous retrouverez au tribunal.

Alors, là, vous bottez en touche :

- Au fait, vous savez, dans le nouveau règlement,

( le règlement change tous les ans… ), c’est l’organisateur qui est responsable à présent.

Ça calme le jeu.

Passons sur tout ce qui ne va pas et ce qui n’a pas été préparé…ça peut vous occuper une partie de la nuit, sans boire et sans manger.

 

Arrive le jour, où, juge confirmé, reconnu, estimé, à qui on ne la fait plus parce que, justement, les peaux de bananes, on vous les a déjà glissées sous les semelles, on vous programme, sur deux jours, 85 concurrents.

Si vous ne le savez pas c’est beaucoup, beaucoup trop.

Vous êtes 5 juges, et le terrain est vaste, heureusement.

Vous faites monter un deuxième rectangle de dressage.

Ce serait plus simple d’embrayer sur la mania, mais l’organisateur ne veut pas :

- La buvette…

- O.K.

Vous faites démarrer le marathon alors que le dressage tourne encore. C’est faisable parce que, une fois n’est pas coutume, le toubib s’est pointé à l’heure… vous n’aurez pas, comme ça vous est arrivé une fois, en l’absence du médecin, le risque de voir un malotru se mêler de faire partir le marathon dans votre dos, alors que vous l’avez formellement interdit.

 

Vous avez craint le pire lorsque le responsable du bureau des calculs, après avoir clamé que c’était un jeu d’enfant, quinze jours avant le concours, a commencé à vous téléphoner pour vous dire qu’il n’était pas sûr de s’en dépêtrer…

Vous aviez raison d’avoir peur.

Quand vous lui demandez les résultats qui permettraient de lancer la mania, il est planté dans son logiciel… et vous, à la barre, vous êtes vent debout.

Au lieu de s’affoler, le monsieur décide de tout plaquer et d’aller déjeuner !

Là… la moutarde vous monte au nez et, pour la toute première fois, vous sortez de vos gonds  :

- C’est une honte !  hurlez-vous…

Inutile de lui expliquer qu’il est au service des concurrents et que, lorsque l’on ne sait pas faire, on ne fait pas… Focalisé sur son ego, il-ne-com-prend-pas.

L’heure tourne, il est urgent d’accélérer, surtout qu’il vous faudra ensuite vous coller aux résultats, à la main, comme au bon vieux temps et que les concurrents de la mania piaffent d’impatience à l’entrée de la carrière.

La bonne détente pour un cheval, ça vous a des airs de: “ Avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure c’est plus l’heure…”

Vous découvrez alors que la juge qui est censée vous seconder en tribune,  se défile pour tenir les grilles de pénalité. Elle préfère tenir le chrono… évidemment, c’est moins risqué.

Vous avez, en compétition, découvert que le stress vous rendait pointu, là, à défaut de bouffer le micro, vous découvrez que la colère vous rend efficace à 200 pour 100, vous assurez.

 

La remise des prix se fait avec 3 heures de retard, mais on peut entendre une mouche voler. Pas de réclamation.

Droit dans vos bottes, vous êtes allé jusqu’au bout.

La réputation du concours est sauvée.

Pas sûr qu’on vous en remercie…

Le monsieur des calculs tord le nez. Pas grave, vous n’êtes pas mariés.

 

Vous rentrez chez vous, c’est loin, vous arrivez crevé et, devant votre portail, vous vous dites:

- Faut-il que je sois cloche pour m’empoisonner la vie avec ça… j’aurais mieux fait de rester chez moi et d’atteler ma jument.

 

Julie Wasselin

 

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