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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 11:43

 

 

2013-05-30 230037

La remise du flot

 

 

            - On a gagné, on a gagné !

            Ben oui, ça n'arrive pas qu'aux autres…

            On est tous là, en rang d'oignons, alignés par séries devant le jury.

            Un tantinet fatigués, enfin moi surtout, car mon meneur, à présent, fouet planté dans la crapaudine et guides abandonnées sur les genoux fait des sourires au public et roucoule avec la meneuse de la voiture d'à côté.

            Heu-reux.

            Mais, quand même, c'est moi qui me suis tapé tout le boulot.

            Alors, à lui la coupe du Conseil Général, les fleurs, les bouteilles et les compliments… le sac de vingt-cinq kilos de granulés, ça, c'est pour moi, tout comme le seau avec un bouchon rose, ou bien une paire de guêtres bleu ciel qu'il me faudra sans doute porter… on s'en tire bien puisqu' une fois, on a ramené un infâme service à poisson et une théière en forme de citron  !

            Les lots vous ont parfois des allures de vide-grenier.

            Ensuite, ensuite, n'oublions pas  la  plaque de boxe qui commémore l'évènement — mon meneur y tient plus qu'à ses yeux — ainsi que l'in-con-tour-nable flot.

             Notez bien qu'il est souvent joli, ce flot, sauf quand il est vert et jaune, par exemple… enfin moi, je n'aime pas, mais ici, l'organisateur semble avoir donné libre cours à sa poésie et, du coin de l'œillère, je vois arriver la femme du sénateur avec un sourire emprunté — c'est sûr, elle a peur des chevaux — avec à la main un énÔrme flot de rubans feuille morte et azur du plus ravissant effet.

            Bigre !

            Vacillant sur des talons qui n'ont pas été conçus pour crapahuter dans le sable, à bout de bras, elle tente d'accrocher le bidule à ma sous-gorge. 

            Ça me chatouille l'épaule. J'ai hor-reur de ça.

           

            Là, ça fait déjà deux heures qu'on poireaute autour de la carrière de mania parce que nos meneurs ont eu la flemme de nous ramener au camion dételer… alors, en plein cagnard, passant d'un pied sur l'autre, on attend que le concours se termine, cernés de badauds qui, avec les meilleures intentions du monde, nous tiennent toujours le même discours :

            - Ce qu'il est beau votre cheval !

            C'est vrai ça… votre meneur finit par ne plus s'en apercevoir !

            - Et il a quel âge le cheval ?

            - Et comment il s'appelle ?

            - Et c'est une jument, ce cheval ?

            - Moi, mon grand-père, il avait un cheval…

            - Et le petit, il peut caresser le cheval ?        

            - Il peut monter sur la voiture pour faire une photo ?

            Tout ça alors que, sous nos airs fatigués, n'en doutons pas, nous sommes encore capables d'écrabouiller la poussette du petit si un taon mal intentionné vient brusquement nous titiller.

             C'est le pire moment du concours, un moment carrément dangereux, eh oui, que l'attente des prix.

            Alors vous pensez bien que ces bouts de ruban qu'on vient m'agiter sous le nez comme des banderilles, pour en finir, ça m'indispose tout de même un petit peu.

            Mais bon… mon meneur est un grand gamin, alors, bien que ça me plairait assez de me cabrer juste pour voir la brave dame basculer cul par dessus tête avec son flot à la main, je ne bronche pas et m'en retourne aux écuries, décoré comme un œuf de Pâques, encore heureux que le bidule en question ne se soit pas envolé lors du tour d'honneur… mon meneur n'aime pas ça… je suis gentil quoi… ou devenu philosophe, comme on veut, puis il y aura double ration ce soir, alors… et mon meneur sera tellement, tellement content, ce soir, de décorer l'un de ses abat-jours avec son, pardon… mon trophée !

 

 

 

  Julie Wasselin

 

 

 

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commentaires

geoffre 05/06/2013 15:14

Formidable ! Vous avez donné l'autre façon de voir les choses ...Coté Cheval ! Mais en fait, il est bien possible que votre écrit soit les pensées réelles du 'vrai gagnant'...Bravo !