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Quelques éléments sur l’évolution de la suspension des voitures.(1° partie)
La recherche d’une suspension efficace palliant à l’inconfort des voitures est surement aussi ancienne que leur
invention. Une des premières solutions fut de créer un plancher souple, fait en lattages ou osier, fixé à la structure de base par des liens en cuir assurant une certaine flexibilité.
Char du Pharaon Toutankamon
Les roues à rais participaient également à donner une certaine souplesse aux chars.
Une des constructions les plus finies semble être celle des chars celtes. Voici par exemple une intéressante reconstitution d’un char celte par Andres Furger-Gunti, à partir des fouilles des différentes « tombes à char » de la Champagne et de la Rhénanie.
La plate forme, formée d’un lattage de bois est indépendante de la
structure porteuse et y est fixée de façon souple par des sortes de soupentes.
Chez les romains on retrouve des traces de voitures suspendues. Les vestiges trouvés sont essentiellement d’origine Thrace. Voici la structure d’une voiture thrace trouvée à Siskovsci en Bulgarie
datant de l’empire romain.
D’après J Venedikov, « les clous » du coté étaient suffisamment puissants pour soutenir la caisse. Voici sur 2 plans la reconstitution qu’il en a
faite.
Ces voitures ne survécurent pas à la chute de l’empire romain. Cela pourrait être lié à la fragilité de la voiture et à détérioration du réseau routier.
En fait, on va revoir des voitures suspendues que beaucoup plus tardivement; au moyen âge. Au XIV siècle, en Hongrie, un véhicule nommé « Kotschi ou Gutsch » est apprécié pour son luxe et sa vitesse, mais ne possède pas de caisse suspendue. Il a une forme particulière très élevée à l’arrière (surement inspirée par les voitures hollandaises de voyage).
Cette voiture fut ultérieurement suspendue ce qui améliora son « confort ». En voici la représentation la plus ancienne, par Jeremias Schemel.Pour plus de
précisions voir;Voiture de "type Hongrois"
Le mot Kotschi devint coche et rentra dans le langage courant. Il désigna différents types de « chars branlants ».
Nous pouvons constater dans ces deux exemples la légèreté des caisses des premiers coches.
La première citation de l’utilisation du char branlant apparait en 1343 dans la description du voyage de la
reine de Hongrie pour aller voir son fils « le roi de Naples ». Il est à noter que les contemporains n’appréciaient pas obligatoirement ce
véhicule dont le balancement pouvait être assez désagréable.Il fut utilisé essentiellement comme voiture de luxe et de
parade et il ne se développa que très progressivement. La suspension par anneaux de fer et chaîne céda la place à une suspension par courroie. Les
caisses s’alourdirent, les potences de soutien des soupentes, appelées moutons, se renforcèrent.(entre autre par l'ajout d'arc-boutants en fer).Voir également l'article:Coches "Les Caisses de vérone" et l'album:
coche-et-charriots
Coche construit pour le mariage du duc de Luxembourg et de la princesse du Danemark en 1560 conservée au musée de Cobourg.
Ces voitures avaient la forme d’un charriot bâché, à caisse droite, et s’étaient écartées de la forme du Kotschi Hongrois .
Dans un deuxième temps, la forme se modifia pour devenir plus carrée avec une bâche en forme de baldaquin.
Coche de Philippe II d’Espagne utilisé pour son entrée à Lisbonne en 1619 (conservé au musée de Lisbonne.)
L’évolution suivante est la fermeture complète des voitures. Elles seront appelées « Carrosse » et utiliseront les mêmes éléments de suspension, le bois et le cuir.
Carrosse datant de 1700-1750 conservé au musée de Vienne
Plus tard des voitures seront dotées de deux « Brancards de caisse » ce qui limitera la chute de la caisse en cas de rupture des soupentes ; ces véhicules seront nommés
« Berlines ».
Elles étaient aussi, de par leur conception, plus confortables que les Carrosses : « Les longues soupentes de cuir de la Berline jouaient le rôle de ressorts pour amortir les cahots, et
les brancards plus larges qu’épais, auraient pu être désignés comme des ressorts de bois » (M. Terrier ed Persée.)
Berline de gala 1735 conservée au musée de Vienne
Les techniques de montage des soupentes seront diverses :
Voiture de campagne datant de 1780 conservée au musée de Leek
L’utilisation de l’acier fut beaucoup plus tardive. Certains auteurs furent abusés par les formes particulières de certains moutons recourbés en forme de
C.
Gravure de Nicolas Solis présentant le mariage du prince électeur de Bavière en 1568
Dans son article « L’invention des ressorts pour les voitures » ed : Persée, Max Terrier précise leur fonction : « …Il s’agit certainement de
« ressorts en bois », car seul le bois a été ainsi employé pendant deux siècles qui ont suivi. La même suspension se voit déjà sur une gravure du Vigile de Sébastien Brandt publié à
Strasbourg en 1502. »
Un autre système, s’appuyant sur des ressorts en bois, était utilisé dans les vinaigrettes. Une des trois personnes qui avaient obtenu le privilège royal pour l’utilisation des brouettes, « Mr Dupin », avait inventé une suspension originale, ainsi décrite par Max Terrier, dans l’opus déjà cité :
Le secret de cette voiture «… consistait en une articulation qui liait l’essieu des roues à deux ressorts ; cet essieu pouvait monter ou descendre, au gré des
obstacles, dans deux fentes de carrosserie, placées plus bas que le siège du voyageur »
La seule caisse de vinaigrette sauvegardée (musée Chablais de Thonon) est équipée d’un ressort en bois. Monsieur Dupin n’est donc pas le créateur du ressort en
acier.
D'aprés l'auteur, cette "caisse" pouvait être montée sur roue ou sur
Brancard.
Une autre utilisation de la flexibilité du bois était utilisée sur certaines « Chaises ». La caisse est placée devant les essieux sur des brancards assez longs. Cette technique rend la
voiture plus souple mais fait peser tout le poids sur le dos du cheval.
Dessin extrait
encyclopédie Diderot d'Alembert
En 1664-1667, Robert Hooke, expérimentateur de la Royal Society de Londres, eut l’idée de doubler les brancards d’un brancard oblique
sur lequel est fixée solidement la caisse. Un véhicule beaucoup plus récent, d’origine anglo-saxonne, la « Chaise de Boston » reprend cette technique de ressort.
D'autres voitures présentent d'autres innovations, qu'il est quelquefois difficile à interpréter, comme ce dessin de la voiture de voyage de Richelieu.
L’acier était bien utilisé à la Renaissance, mais il n’y avait pas encore de solution permettant de
l’utiliser de façon convenable. Les moutons entièrement en acier étaient trop rigides et se fendillaient sous l’effort. L’innovation attendue est le
ressort à lame, mais il aura une place très particulière sur la voiture dans sa première utilisation.
A suivre dans le prochain article
Bravo!
Notons au passage toute la poésie de ces voitures
équipées de crapauds, de poupées, d'écrevisses et de
moutons…
Nos équipages modernes restent dans le droit fil,
puisque les meneurs à quatre chevaux se munissent de
" grenouilles " afin de manier leurs guides plus aisément.
Notons au passage toute la poésie de ces voitures équipées de crapauds, de poupées, d'écrevisses et de moutons…
Nos équipages modernes restent dans le droit fil puisque les meneurs à quatre chevaux se munissent de
" grenouilles " afin de manier leurs guides plus
aisément.