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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 23:16

 

Un livre illustré ambulant…
 

 

La charrette sicilienne, moyen de transport pour les marchandises et les personnes, est un véritable livre illustré ambulant. Au 19° siècle il servit à divulguer aux gens du peuple des sujets littéraires, historiques, mythologiques, des personnages surnaturels, à travers les peintures sur les côtés, sur les portes, sur les montants. Suite aux profondes transformations socio-économiques des dernières décennies, la charrette est tombée de plus en plus en désuétude et  a pris une nouvelle valeur symbolique, c'est-à-dire l’expression de la culture populaire sicilienne, en particulier pour les peintures et les décorations qui l’ornent.  

 

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Initialement la charrette en bois brut était traité à huile de lin pour la préserver des dommages provoqués par les agents atmosphériques. Les premiers témoignages de chariots peints sont relatifs par jours de fête, lorsqu’ils étaient utilisés pour les voyages d’agrément des familles de la moyenne bourgeoisie et  étaient montrés comme un « habit de  fête. »
D'anciens documents indiquent que le chariot était peint de couleurs monochromes, comme le gris et le jaune. Dans certains cas,  sur les côtés, il y avait des cercles ou des médaillons avec des images sacrées (St Joseph, la Vierge avec l'Enfant, St Georges tuant le dragon) sur fond bleu, et pour compléter la décoration, des liserés rouge et bleu.

 

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C’est au XIX siècle que le répertoire décoratif s'enrichit d’œuvre de "maîtres" de différentes écoles et de spécialisations, par exemple les peintres décorateurs de calèches et de brancards, les peintres de tablettes votives, les peintres sur verre, les artistes spécialisés en images sacrées (pincisanti), les peintres spécialisés dans la décoration des plafonds et les peintres d'affiches de « l’Opera dei Pupi ». (Marionnettes siciliennes)

 

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La peinture du chariot s'impose dans la culture populaire pour assumer différentes fonctions: tenir au loin les forces du mal (agressions incidents), ou les énergies négatives (envie, mauvais œil), se faire remarquer des acheteurs dans le cas de chariots utilisés par des camelots, souligner la richesse du propriétaire et raconter des sujets tirés de sources littéraires et historiques.
De 1800 à 1830 nous trouvons des décorations avec des liserés rouges et bleus et des visages de genre sacré, mais après 1850  des décorations apparaissent pour représenter les sujets tirés du répertoire épique-chevaleresque et d’épisodes de l’histoire locale ancienne et contemporaine. Il y a fréquemment des scènes d'œuvres lyriques en coïncidence avec la popularité du genre musical, des épisodes d'histoires romancées, des moments de vie quotidienne.
Dans la première partie du XIX siècle les illustrations sont bidimensionnelles, mais elles se perfectionneront de plus en plus. En Sicile Occidentale, les couleurs jaune et rouge sont plus répandues, sans demi-teintes et avec des motifs géométriques, alors qu’en Sicile Orientale le bleu et le vert prédominent avec des plantes et des animaux.

 

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Les zones stylistiques peuvent se diviser en 4: la zone qui comprend Palerme, Agrigente et Caltanisetta, le Trapanese (Trapani, Mazzara del Vallo, Castelvetrano), la zone de Catagna, la zone de Ragusa, Gela et Rosolini. Les motifs décoratifs changent aussi.
Le travail de peintre de charrettes se décompose en trois phases fondamentales: le coloriage du fond, la décoration avec des motifs différents, la figuration avec la représentation de sujets différents sur les surfaces extérieures de la caisse du chariot.

 

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Dans la boutique artisanale chacun a son travail : le maître exécute les figurations, le peintre le plus jeune les décorations. Le déroulement du travail consiste dans le passage d’une couche d'huile de lin sur le bois brut suivi d’une couche de mastic (imprimitura- impression) préalablement préparé avec l’argile de Sciacca (gris), avec du lithopone (blanc) et l’huile de lin, mélange qui s'étend sur toutes les surfaces pleines et, où il faut, sur les surfaces sculptées.

 

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Puis les artisans passent au coloriage en blanc de toutes les surfaces stuquées et au coloriage d’une partie des autres surfaces en jaune. Ensuite, c’est au tour des décorations avec le transfert par décalque du dessin choisi pour la figuration d'un sujet narratif.
La préparation de la palette des couleurs est aussi importante : elles sont obtenues en mélangeant les terres colorées à huile de lin. Les couleurs fondamentales sont : le blanc, le jaune, le rouge clair, le rouge laque, le rouge cinabre, le bleu paon, le bleu outremer et  le bleu de Prusse, le vert et le noir.
Pour l'exécution des fonds l’inspiration provient du ciel et de la terre : des montagnes des arbres, des campements. Puis il faut passer à la mise à-plat des personnages, donc à la définition des profils, des illustrations et des traits. 

 

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Actuellement ce sont les intellectuels, les historiens, les collectionneurs passionnés qui ont contribué à récolter des charrettes siciliennes : cela permet aujourd’hui un approfondissement, presque d'étrangers, de la connaissance de ces attelages uniques, produits de la culture populaire traditionnelle. Et c’est grâce à eux que l’on a vu naître le Musée Ethnographique Giuseppe Pitrè à Palerme, le Musée Ethno-anthropologie de la Valle del Belice de Gibellina(TP), le Musée Civique de Terrasini(PA).

 

Texte: Giuseppe Mignosi.

Traduction: Monique  Badiou

 

 

 

Nous remercions le Notizario, journal du Gruppo Italiano Attachi, de nous avoir communiqué et traduit cet article paru dans son numéro de Septembre, Octobre 2012.

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