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Voiture suspendue de "type
Hongrois"
Texte: Figoli
Photos : Rebecca Morris
Fond documentaire : Rebecca Morris, H.B.P, P.M,…
De plus en plus de lecteurs nous envoient des articles ou des documents et donnent ainsi vie à ce blog. Dernièrement, une série de photos nous a été envoyée par Rebecca Morris.
Ce nom ne vous est surement pas inconnu. En effet, cette collectionneuse américaine, spécialiste des voitures à chien, à chèvre…, a rédigé plusieurs articles, dans J§B Whips entre autres sur le musée des voitures de Winnil, les voitures de gitans,dog shafts,... (que vous trouverez sur ces liens:link/link…) C’est à la vente aux enchères de "Martin auctionner" du 16 octobre 2009, qu’elle a photographié cette étonnante voiture de campagne, dont la présence aux Etats Unis est assez surprenante (Elle a assurément été ramenée d’Europe mais nous n’avons pour l’instant aucune information sur son histoire.)
Effectivement, ce type de voiture se retrouve plus couramment
dans les pays de l’Europe de l’Est. Elle est très proche par son mode de suspension et sa structure en osier des premières voitures suspendues dont nous avons parlé dans l’article Quelques éléments sur l'évolution de la suspension (1) .
Voici une gravure, où l’on peut voir deux voitures de ferme de ce type, qui date de 1560
L’examen de notre exemplaire permet de mieux comprendre comment ces voitures fonctionnaient. Mais il faut
être prudent dans les comparaisons, car cette voiture a dû bénéficier de plusieurs influences comme on peut le voir sur la volée à l’aspect très moderne. D’autre part elle a été renforcée par des
madriers, sûrement pour la manipuler sans risque pour la suspension.
La caisse est posée grâce à des anneaux de fer sur des potences.
Ces potences en bois, de forme incurvée, sont fixées sur l’essieu. Une barre de fer reliée au train de la
voiture permet de les rigidifier. Elle sert en même temps de marchepied, et évite également aux roues de toucher la caisse dans les virages
Un autre dispositif, composé de butées latérales s’appuyant sur une traverse fixée au train, limite le
balancement.
On classe généralement ce type de véhicule, dans la famille des voitures de ferme, ce qui est, comme nous le verrons, assez réducteur. Ces voitures « régionales », qui ont été utilisées
dans les pays de l’Est jusqu’au vingtième siècle, prennent leurs racines dans les steppes.
En effet, les tribus nomades qui s’installèrent dans les Carpates étaient déjà accompagnées de
chariots. Ils leur servaient à transporter femmes et enfants mais étaient également utilisés comme outils de défense lors d’attaque des campements. Ce sont les nomades Magyars originaires de
l’Oural qui s’installèrent dans les plaines de Hongrie vers 896. Le développement de l’attelage a toujours été lié aux caractéristiques du terrain. Au XI° siècle, les plaines hongroises étaient
donc propices au développement de ce type de transport. Les charges lourdes étaient transportées sur des chariots nommés « Szeker » tractés par des
bœufs. Il existait également des chariots plus légers tirés par des chevaux. Ils étaient destinés au transport des petites charges et des passagers. Il ne subsiste cependant pas de
représentations iconographiques de ces voitures utilisées au XI° siècle. Une voiture plus légère et de finition plus soigneuse, réservée au transport des personnes, se développa au départ dans
les villes, puis s’étendit à la campagne. Si chaque région de la plaine des Carpates donne un nom spécifique à ces voitures, il en est un qui marqua à jamais le vocabulaire de l’attelage ;
le « Kocsi » ou « Kocs » qui doit faire référence à sa création par un charron de
la ville de Koc en Hongrie.
La partie arrière très relevée fait apparaitre l’influence des voitures hollandaises de voyage qui
circulaient à l’époque.
Dessin plus tardif faisant apparaître un arrière plus
abaissé.
Comme nous pouvons le constater dans ces différents modèles, ces caisses n’étaient pas suspendues. Ceci ne
veut pas dire qu’elles n’avaient pas de suspension. Ce magnifique modèle, du XIX eme siècle, conservé en Allemagne, est d’un confort étonnant.
En fait, les sièges pouvaient être suspendus par des courroies de cuir, puis ultérieurement, par des
suspensions à lame.
C’est vers 1490, qu’apparait en Hongrie un autre véhicule dont la caisse est suspendue. Il est nommé « Hinto szeker » en
référence à son balancement caractéristique.
Nous retrouvons sur toutes ces voitures la suspension caractéristique sur l’essieu précédemment décrite sur
les photos.
Lors de l’extension de leur utilisation vers l’Autriche, l’Italie puis toute l’Europe, le nom de
"Kocsi" fut donné à ces deux types de voitures hongroises. Ce patronyme de "Kocsi" transformé en coche devint le nom générique de toutes les voitures
à suspension. C’est donc sous le nom d’une voiture à caisse fixe « le kocsi » que se développèrent d’autres types de voiture à suspension.
Ces coches ou chariots branlants, qui furent au départ de toute l’évolution de la carrosserie Européenne, étaient-ils les descendants directs du « Hinto szeker » ? Je dois avouer
mon ignorance. Cette peinture conservée au château de La Manta, au nord de l’Italie, montre que dés 1420, existait une voiture suspendue
par chaine de type totalement différent. Les potences ne sont pas fixées sur les essieux mais sur le train, la caisse est suspendue par des chaines.Vous trouverez des informations complémentaires sur le sujet dans l'article: Coches "Les Caisses de
vérone" et des iconographies de différentes voitures dans l'album:
coche-et-charriots
Cependant la tradition de la construction de voitures sur la base des "Kocsi" et "Hinto szeker" se maintint
dans les pays de l’est. Elle se diversifia et concerna tous les types de transports, y compris les services de transport publics.
Ces quelques photos vous donneront un aperçu des différentes voitures créées sur cette
base et de leur utilisation.
Camion baché
Voiture à foin de la maison Köhler
Chariot
de récolte dont on peut admirer la solidité
Nous ne vous quitterons pas bien entendu sans parler des différentes
techniques d’attelage, si caractéristiques utilisées sur ces voitures. Les dessins de I Benyovszky vous présenterons mieux que des mots les manières d’atteler les chevaux à un, deux, trois,… en
timon ou brancards.
Bien sur, avec le temps, ces voitures incorporèrent des techniques issues de la carrosserie Européenne comme ici un avant train à rond qui remplaça tardivement le montage traditionnel du triangle.
Comme l’exprime cette gravure, ces voitures sont une composante de la culture de la Hongrie et plus
globalement des pays de l’est ; Pologne, Roumanie,….
Bibliographie:
"Chars, charrettes, et Charrois" de lLaszlo Tarr
"Alte ungarische" de Ernst Jozsef
"Voitures, chevaux et attelages" sous la direction de D Roche et D Reytier.
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