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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 09:09

 

La « qualif »

 

 

Julie Wasselin

 

 

 

Dessin Norman Thelwell

Dessin Norman Thelwell

La « qualif »

 

Non, pas en championnats…

 

La « qualif », c’est cet avis brut de décoffrage qui vous épingle comme ça, de temps en temps.

Sans que vous ayez rien demandé.

C’est ça et rien d’autre.

Ce jugement simpliste qui vous résume dans l’esprit des autres et qui forcément ne souligne qu’une seule de vos facettes, celle qui se voit le plus.

 

D’un cheval, on entend dire :

- Lui, il est adorable.

- Elle, c’est une frappadingue !

- C’est un anxieux, il est pénible

- Méfiez-vous, il est dangereux.

- Il est froid. Il va falloir le porter !

- Il est dédaigneux.

- Lui, c’est une crème…

- Il est câlin… c’est une rareté

- C’est une cossarde. Vous allez cracher vos poumons !

- Ah lui, c’est un bonheur, il est généreux.

- Intelligent ? Il faudra l’être plus que lui et sans vouloir vous froisser, ce  n’est pas gagné !

- C’est un peureux. En extérieur, soyez sur vos gardes… méfiez-vous même des papillons.

- Maniable ? On vous l’enviera, on essaiera même de vous le piquer.

- Philosophe ? Vous l’avez certainement aidé à le devenir.

- Il est facile. Oui, oui… ça dépend avec qui !

- Bête… eh oui, il y a, tout comme chez nous les « humains », des animaux qui ne sont pas très malins. Et parfois c’est préférable.

- Méchant ? Non. S’il l’est, c’est qu’un homme ou une femme l’a rendu… méchant.

Il se défend.

- Aux ordres ? Bravo, vous avez su lui parler poliment.

- C’est une crapule… alors il est probablement drôle, et, en sa compagnie, si vous avez une bonne assiette, vous ne vous ennuierez pas.

- Il est mal élevé ? Là, je crois que ça vous concerne…

Etc.

 

La liste est longue, et nous n’en ferons pas le tour, surtout qu’il faut imaginer aussi les « qualifs » incompatibles :

« Froid et généreux », ça n’existe pas.

Mais, dans le manège où vous tentez de vous asseoir correctement sans trop en baver, des « adorables, philosophes et cossards », on vous en servira.

 

§§§

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 07:32

 

Les copains…

 

Les copains…

 

 

Il faut avoir connu l’ambiance des concours d’attelage qui se sont déroulés dans les années 90 en ligues Rhône-Alpes et Provence-Côte-d’Azur, entre Lyon et Marseille, pour avoir au fond du cœur le souvenir impérissable de ces rencontres où l’on se mesurait en s'entraidant et sans montrer les dents, où l’on s’entendait bien, où l’on chantait, où l’on dansait, où l’on s’amusait avant tout.

C’était la fête !

Peu importait notre âge, d’où nous sortions et la décrépitude de nos camions.

Deux fois par mois, quand arrivait le vendredi soir, nous traversions le sud-est avec nos chevaux, nos voitures en remorque et tout notre barda pour rallier ces terrains de concours, et, pour nous y rendre, il n’était pas rare que nous conduisions toute la nuit.

À vrai dire, nous allions aussi ailleurs de temps en temps… mais là, nous ne nous y rendions pas, nous nous y précipitions.

C’était chez nous.

 

Rendons grâce aux organisateurs de cette époque bénie.

Par ordre alphabétique  afin de ne blesser personne : Albert Berthoz, l’ineffable, celui sans qui presque tous ces concours n’auraient jamais eu lieu… Françoise Bartoux à Nans-les-Pins, Dominique Bayart à Ambierle, Daniel Boxberger aux Baux de Provence, Jean-Luc Bérard à Barbentane, Robert Chèze à Tupin-et-Semons, Christian Curinier à Aubenas, Jean Escudier à Aramon, Philippe Granier à La Roque-sur-Pernes, Edith de Craene et Kakie Janin à Castries, même si c’était en Languedoc-Roussillon, et parce que c’était juste à côté… Stéphane Meyson à Monteux, les Monnier à Camaret-sur-Aygues, Daniel Perret à Autrans, les Vernay à Noailly et Jean Vogel à Miribel-Jonage. 

Qu’on me pardonne si j’en oublie.

 

Longtemps après, alors que certains sont encore sur le grill, alors que d’autres ont dételé ou nous ont quittés à jamais… il me reste en mémoire des parcours dont je me souviens comme si je les avais dessinés la veille, des parcours où je menais dans l’enthousiasme le plus absolu mon merveilleux poney, puis ma belle jument… le souvenir d’incroyables péripéties, puis celui de soirées un peu folles, style « le collège s’amuse », tellement sages au vu de ce que l’on nous montre à présent

 Comme on rend les guides à l’arrivée d’un marathon, nous laissions passer une joie de vivre lumineuse, mais jamais débridée.

- Allez, allez, allez !

Quelle chance d’en avoir été.

 

Certains des abonnés à ces concours n’ont pas gagné grand-chose, c’est vrai, mais ils se sont amusés et n’est-ce pas ça le plus important ? D’autres ont été champions de France, une fois et même plusieurs fois… d’autres encore sont allés en championnats du monde !

 Quelle époque !

Le sud-est était une pépinière en ce temps-là, avec une quantité de jeunes inusitée dans une discipline plutôt pratiquée par des « vieux ».

 

Quand je suis passée juge, au lieu de me tourner le dos, ceux qui organisaient ces concours m’ont offert leurs tribunes.

J’avoue, c’est le fleuron de mon palmarès.

Être acceptée, c’est bien, mais être reconnue, c’est mieux… et surtout par eux.

Je ne leur ai pas toujours mis de bonnes notes pourtant, parce que, tout de même, il faut les mériter… mais je les ai beaucoup aimés et ils le savent bien.

 

§§§

 

 

Julie Wasselin

 

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 08:22
La pratique de l’attelage ne va pas sans quelques inconvénients

 

 La pratique de l’attelage ne va pas sans

 

quelques inconvénients 

 

 

 

 

 

Sous ses airs plutôt cool, l’attelage est dangereux, on ne le répètera jamais assez.

Mais tant qu’on n’a pas assisté à un crash, ou qu’on n’a pas eu soi-même une belle frayeur, personne n’y croit : c’est plan-plan.

C’est un sport... mais est-ce un sport d’ailleurs ? Plutôt un avant-goût du fauteuil roulant, puis c’est le cheval qui travaille, non ?

Un passe-temps pour papys.

Parmi les cavaliers on entend souvent dire avec un rien de condescendance :

- Oh, je ferai ça plus tard, quand je ne pourrai plus monter.

- C’est facile, il n’y a même pas besoin de savoir monter.

Voire...

L’attelage requiert infiniment plus de finesse que la monte, car sans les jambes et sans l’assiette, le meneur est passablement démuni.

Ou comment ne voir que la partie émergée de l’iceberg.

En compétition, à force de chercher la limite, un renversement ou un démarrage intempestif ne sont pas à exclure. Mais en balade aussi, la situation peut dégénérer.

Il suffit d’une fraction de seconde.

Un chauffeur qui vous frôle ou qui vous klaxonne, par exemple, persuadé que la compagnie d’un cheval rend sourd, un chien qui vous déboule dans les roues, un élément de la mécanique ou du harnais qui casse, sans compter ce que le cheval entend qui pourrait l’inquiéter... et que vous n’entendez pas. Puis, vos fautes de mains qui finissent un jour par le mettre en colère... entre autres.

Bien heureux dans ce cas, ceux qui sont éjectés sans dégâts, ceux qui ne subissent pas le supplice de la roue et ceux qui ne restent pas à la remorque, emberlificotés dans les guides.Bienheureux ceux qui viennent en sens inverse, en voiture ou à pied, et qui ne se ramassent pas cet attelage mortifère emporté au hasard, parce qu’il n’y a plus de pilote à bord.

 

Parfois les inconvénients sont cocasses et j’en finirai en évoquant l’un de mes souvenirs.

J’avais près de chez moi, du temps où je « tournais » en compétition, l’accès à quelques vieux obstacles de la Coupe Alpes-Danube à Cluny. Faute d’un équipier disponible et corvéable à merci, je m’entraînais presque toujours seule. Ce n’est pas recommandé, je sais... mais on ne fait pas toujours ce que l’on veut, ou alors on ne fait rien.

Bref.

Lestée de trois bidons de vingt litres d’eau sur le marchepied afin de maintenir un tant soit peu le train arrière de mon bolide au sol, comme j’attaquais une pente à fond les ballons, ma jument qui, ce jour-là, était en chaleur et d’humeur chatouilleuse, pila net et, croupionnant, couinant et fouaillant de la queue, me pissa droit dans les yeux.

Quand on s’assoit derrière une jument, c’est un risque à courir.

On s’en remet.

Menant façon marathon, les pieds calés à la base et aux extrémités du pare-crotte, j’encaissai le choc de cet arrêt inopiné dans les jambes et ressentis une vive douleur dans la hanche droite. Je terminai mon travail calmement, remballai, ramenai jument, remorque et camion à la maison et... pris une douche.

Je boitais sérieusement.

Comme d’habitude, j’étais persuadée que ça se passerait tout seul. Mais, incapable d’enfiler ne serait-ce qu’un slip sans d’horribles douleurs, dès le lendemain, je me procurai une ceinture dorsale qui m’apporta un soulagement moral.

Direction ce toubib chiropracteur qui a toujours su me remettre en état, qui ne s’étonne plus de rien quand il me voit arriver et qui, à force de m’entendre parler cheval, envisage d’en acheter un pour atteler...

- Vous viendrez m’aider ?

De la même façon qu’on désosse la cuisse d’un lapin, je m’étais déboité la hanche.

- Mettez-vous à quatre pattes, je vais vous remettre ça, et... désolé, mais je vais vous faire mal. Si vous continuez comme ça, faudra laisser votre squelette à la science, hein ?

Aussi délicatement qu’on claque une porte sur un mouvement de colère, il me remit la hanche baladeuse en place.

- Aïe !

Tout va bien depuis, merci, d’autant que la jument ne s’est plus jamais permis aucune fantaisie.

Ne croyez pas que je me sois éloignée du sujet.

L’attelage est indéniablement la discipline équestre la plus dangereuse, la plus coûteuse et la plus difficile, oui, mais c’est aussi la plus belle et la plus exaltante.

Elle a surtout des à-côtés qui vous entraînent loin des sentiers battus quand, au fil des concours, vous vous retrouvez au volant d’un dix-neuf tonnes que vous ne savez pas conduire... ou avec un chalumeau oxyacétylénique à la main — là aussi, vos compétences sont limitées, mais ça vous a intéressée —, ou bien encore enseignant le menage à un toubib que l’état de votre squelette n’a pas découragé... mais là vous avez quelques idées sur le sujet.

 

Julie Wasselin

 

La pratique de l’attelage ne va pas sans quelques inconvénients

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 07:58

 

 

 

Les Côtes rôties

 

 

 

à Jérôme et Robert

 

 

 

Les Côtes rôties

 

Sous un soleil de plomb, il y a concours d’attelage à Tupin et Semons.

Le vétérinaire et l’un des juges sont plantés là depuis plusieurs heures, en pleine cambrousse, officiant à la halte qui précède le marathon. C’est là que l’on contrôle le cardiaque des chevaux, là qu’ils se reposent un peu, là qu’ils se rafraîchissent.

Nos responsables se déshydratent en silence, n’osant boire l’eau où les chevaux se sont abreuvés.

Le voudraient-ils, d’ailleurs, qu’ils n’ont à leur disposition que des seaux.

Dans un nuage de poussière arrive alors la voiture d’un bénévole :

- Tout va bien ? Vous avez ce qu’il vous faut ?

- Euh… on n’a rien à boire et on crève de soif ! Déjà qu’on n’a rien pour s’asseoir et rien pour se mettre à l’ombre…

- Ah, mince ! Je vais voir si j’ai quelque chose dans le coffre de la bagnole.

Il en ressort tenant victorieusement une bouteille de rouge à la main :

- Tenez, je n’ai que ça, c’est une bouteille de Côtes Rôties… elle est chaude et elle a été bien secouée, mais si vous la voulez, je vous l’offre de bon cœur.

- Splendide !

- Seulement je n’ai pas de verres.

- Pas grave… vous avez un tire-bouchon ?

- Pas de problème.

Là-dessus, il s’en retourne chercher deux sièges et un parasol.

Le journaleux local a raté « la » photo du concours, parce que ce n’est pas fréquent de voir un membre du jury et le véto de service, perdus au milieu des blés, s’enfiler une fiole de Côtes Rôties au goulot.

 

Julie Wasselin

 

Les côtes rôties offrent l’un des plus somptueux vins de France.

 

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 08:24

 

 

Robes écrins (1)


 

Robes écrins de Julie Wasselin

 

 

Noires… marines comme une nuit de Florence en été.

Pangarées, rehaussées de fauve.

Fumées, granitées, floconnées, panachées, nuageuses, meringuées.

Rayées, bringées, marmorées, capées, tachetées, léopardées…

Pies noire, pies bai, pies alezan, pies sabino, pies ovéro, pies tobiano, pies tovéro, pies balzan !

Tenues de camouflage, pas très élégantes à mon goût, mais ce n’est que mon goût.

Zébrées, cap de Maure, des noms étranges qui font vagabonder, portant leur croix de Saint-André, affligées d’une raie de mulet.

Crins lavés.

Ah les crins lavés sur une robe alezan brûlé très foncée !

Boucles d’or, crins argentés.

Crinières envolées, simulacre de liberté.

Rouannes, aubères, fleurs de pêcher… dentelles, macramés.

Blanches, cremellos, perles, perlinos.

Chocolats, grises, truitées, tourterelles.

Qui n’a rêvé d’un cheval tourterelle qui roucoule quand il vous sent arriver ?

Plus ou moins claires, les baies.

Rouges, cramoisies, incarnates, pourpres, rubis, les baies cerise.

Isabelle, de sable et d’ébène mêlés.

« Souris »… sous des crins ténébreux une robe de velours gris.

Plus ou moins foncées, les alezanes, torrides, et cuivrées, brûlées, torréfiées, café au lait…

Cappucino-noisette[2]… on a le droit de rêver !

Palominos, poudrées d’or et balayées d’argent avec, parfois, de ces yeux bleu de lin à tomber.

 

Roses à pois verts, enfin, car peu importe la robe, pourvu que le cheval soit extra.

 

 

Julie Wasselin vous souhaite un joyeux Noël et une bonne année.

 

 

91Robes et crins. Dernière nomenclature pour les robes de chevaux.

92C’est juste un fantasme, cette robe n’existe pas !

 

Robes écrins de Julie Wasselin

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 01:02

 

 

 

Les tabliers

 

 

Eclectiques les tabliers…

 

 

Guy Charveriat et son habilleuse, Nick Buser à Lostallo.

Guy Charveriat et son habilleuse, Nick Buser à Lostallo.

 

 

Pour mémoire, et sauf à en oublier,  nous avons le choix entre les savants tabliers de pont en IPM[1] ou en béton précontraint, ceux qui obturent les conduits de cheminées quand on ne les utilise pas, puis encore ceux qui ceinturent élégamment nos baignoires. Le choix entre le tablier en peau de buffle des pionniers de la légion étrangère, puis l’ésotérique et précieux attribut des francs-maçons, les volants brodés qui ceignent la taille des soubrettes, sans oublier le tablier de cuir du maréchal–ferrant armé de son aimant à clous, celui des  cérémonieux sommeliers, puis le tablier de sapeur[2] qui n’a pas grand chose à voir avec les autres… mais qui se laisse dévorer dans les bouchons lyonnais.

 

Qu’il soit utilitaire ou symbolique le rôle du tablier est moins décoratif que protecteur.

 

Le seul qui m’intéresse, en fait, avec les gants et le chapeau, c’est le tablier qui fait partie de la panoplie obligatoire du meneur. Long tablier galonné, en principe assorti aux couleurs de la voiture — tout est affaire de goût —,  qui protège du froid, de la pluie, s’il est doublé de caoutchouc, de la poussière, de la boue, mais aussi, des crottins épris de liberté… et qui, souventes fois, dissimule bienheureusement de regrettables chaussettes de tennis blanches, ou des jeans que certains ont eu la flemme d’ôter. 

 

Enroulé autour de la taille du meneur, il présente même des avantages inattendus.

Pour avoir un jour, en escaladant trop vivement ma voiture, explosé  la couture d’une jupe droite et insuffisamment fendue, j’ai pris cet élément du folklore en sympathie…

Sauvée du ridicule par mon tablier, on ne m’a plus jamais entendu râler les jours de canicule, parce que :

- Vraiment, ce truc me fera mourir de chaleur !

 

§§§

 

Texte:

Julie Wasselin

 

[1] I Poutre Métallique. ( En forme de I )

[2]  Gras double… il faut aimer.

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 07:40

 

 

Fusionnelle

 

 

au général Pierre Durand qui vient de nous quitter.

 

 

Fusionnelle

 

Ma belle jument, au pré, ne fait pas de cadeau.

            Elle est la dominante et personne ne s’y trompe ni ne tente de lui ravir l’ascendant.

            D’un discret coup de nez, elle écarte l’intrus.

            D’un sabot à peine levé, elle chasse l’importun, surtout quand il s’agit d’approcher la mangeoire.

            Elle sait aussi marcher sur l’ennemi, lui signifiant clairement qu’il lui faut décamper.

 

            Elle a ses exilés, et puis ses favoris.

            À ceux-là, elle accorde sa protection et parfois même quelques privautés.

            Un « gratte-gratte » mutuellement partagé, c’est… hum, je ne vous dis pas !

 

            Ainsi que le général Durand le dit un jour à un journaliste qui lui demandait ce qu’il attendait d’un cheval :

            - Qu’il m’accepte comme l’un des siens…

            J’attends de ma jument cette relation affective, ce passage de l’autre côté du miroir, où elle devient mon reflet, où j’espère devenir le sien.

            Le général ne manquait  jamais de rapporter l’anecdote en ajoutant que ce journaliste avait dû le prendre pour un fou.

 

            Franchie la porte du pré, je deviens cheval, et ma jument le sait qui me suit comme un chien, dans la fusion, dans l’amour, dans le bien vouloir absolu.

 

            Elle blottit sa tête dans mon bras, je lui frotte les yeux doucement, pose mes lèvres dans le satin de ses naseaux, y souffle doucement et lui demande si elle vient travailler.

 

            Elle me répond qu’elle sera douce et qu’elle m’écoutera.

            Nous ne faisons plus qu’une alors, et partons atteler dans la joie.

     

Julie Wasselin

 

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 07:22

 

 

J’aime beaucoup ce que vous faites…

 

 

 

Pour Hans

J’aime beaucoup ce que vous faites… Pour Hans

Lors d’un concours de tradition, sous les frondaisons d’un parc à l’anglaise, non loin d’une demeure où Louis XIII est passé, c’est l’heure où s’ouvrent les précieuses panières en osier capitonnées de satin, emplies de porcelaines décorées de voitures attelées finement peintes à la main, de flutes de cristal et de couverts en argent fréquemment armoriés.

On a déployé des nappes en dentelle, des tables et des fauteuils en acajou, ouvert aussi quelques ombrelles pour fleurir les capelines, les melons et les canotiers.

On fait sauter des bouchons de champagne.

Une trompe de chasse et un clairon se répondent au loin.

Un brin de nostalgie noie le regard de vieux enfants qui se mordent la lèvre discrètement. Pendant une courte journée se reconstituent les fastes d’antan. Pour cela on a restauré une voiture dans les règles de l’art, on l’a surtout sauvée d’un monde où elle n’a plus raison d’être. On a fait œuvre utile, on se congratule,on se félicite, puis tout de même, on a sauvé quelques chevaux.

Au paddock, pendant ce temps, la groomette s’active. Il fait chaud et le routier[1] a laissé la trace des harnais sur les crins.Après les avoir pansés, notre femme de cheval est accroupie, occupée à graisser leurs pieds, quand soudain une voix lui demande si elle est bien madame Y ?

- Oui ? Oui c’est moi…

Elle lâche alors son pinceau, s’essuie les mains, se relève et découvre un personnage qui est manifestement ravi de la voir.

- Ach, prima ! Je vous cherchais…

Il se présente. Si elle ne le connaît pas de visu, l’homme est  célèbre pour avoir conçu le plus beau des sites européens consacrés au patrimoine de l’attelage. Une mine de savoir et la simplicité des êtres intelligents.

Puis c’est l’ami d’un ami…

Faute de grives on mange des merles et pour cette femme qui aborde le troisième âge, groomer est tout ce qu’il reste d’une vie passée en compétition ou dans les tribunes auprès des chevaux. On sait qu’elle les connaît, qu’elle peut les mener, qu’elle est pointue sur les règlements, qu’elle est capable de conduire un camion et de manier un chrono… c’est pourquoi on la sollicite, et la raison pour laquelle elle accepte encore de jouer les utilités. Ceux qui sont là n’ont pas son palmarès mais ils préfèrent l’ignorer…

Elle ? Elle la joue sobre, car ce qu’elle veut, même si elle sait que ça ne durera plus guère à présent, c’est être de temps à autre auprès des chevaux et frôler encore un peu ses rêves du bout des doigts.

 

Alors, ignorant les « happy few » attablés à quatre pas, après leur avoir demandé où la trouver, c’est à elle que le personnage s’intéresse :

- Ach, je passais dans la région et je me suis arrêté parce qu’on m’avait dit que vous seriez là. Je suis ravi de vous rencontrer… j’aime beaucoup ce que vous écrivez sur les chevaux… me permettrez-vous d’en parler ?

 

 

Comme quoi la reconnaissance n’est pas toujours là où l’on croit qu’elle sera…

 

 

Julie Wasselin

 

 

 

[1]Epreuve chronométrée d’une quinzaine de kilomètres dans la campagne, qui s’achève par le franchissement de cinq difficultés. 

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 07:38

 

 

Petites perfidies…

 

Petites perfidies... Texte de Julie Wasselin

 

Il n’est pas donné à tout le monde de réussir l’ascension de la face nord des grandesJorasses en solitaire, et en hiver de surcroît.

Pénétrer dans le saint des saints, le cercle très fermé de ceux qui pratiquent la haute école, présente sans doute moins de risques, encore que…

Si, dans les deux cas, un bonheur intense couronne l’entreprise, un sentiment de solitude n’est pas rare et, s’il ne s’éprouve jamais en compagnie d’un cheval, suspendu dans le vide à une corde, ou dans le vide plus grand encore qui se lit dans le regard d’un homme que le talent a rendu arrogant, on peut se ramasser quelques escourgées[1].

 

Cela se passe en Hollande, dans un manège privé.

L’homme qui règne sur les lieux, s’il est reconnu comme l’un des héritiers de La Guérinière, n’est pas apprécié par tout le monde, il est craint.

En piste, un stagiaire venu de France pour quelques jours, à qui l’écuyer a confié l’un de ses chevaux d’école. Un entier.

Là, il est question de travailler le piaffer en main.

En longe, le cheval est donc équipé d’un caveçon, d’un surfaix et de rênes fixes. Tout se passe correctement, à une nuance près : le cheval bande, il est en érection.

De la tribune tombe un ordre excédé :

- Surveillez le sexe !

C’est plus facile à dire qu’à faire, et le stagiaire n’y parvient pas.

- Incapable ! Avec moi, ça n’arriverait pas !

Mais il ne suffit pas de le dire, encore faudrait-il vouloir expliquer…

Écœuré, le stagiaire plante alors le cheval au milieu du manège et s’en va sans dire un mot, sans se retourner.

Bouche bée, dans la tribune, le grand écuyer en a laissé choir sa bouffarde, outré qu’on ose le traiter ainsi.

 

 Dans sa luxueuse demeure, avant de passer à table, les soirées commencent invariablement dans un salon où trône un piano de grande renommée. Quand l’écuyer y fait son entrée, le stagiaire est installé au clavier. Mélomane, il le regarde et l’écoute jouer, puis, rancunier et jamais à court d’une vacherie lui susurre :

- Vous n’êtes pas un homme de cheval, mon cher, et vous ne le serez jamais… mais vous interprétez Liszt admirablement.

Le stagiaire lui répond alors avec un fin sourire :

- Certes, je ne possède pas votre finesse… par contre, votre culture musicale laisse à désirer : ce n’était pas Liszt, Monsieur, c’était Chopin.

 

 

[1]Coups donnés avec une sorte de fouet muni de plusieurs lanières de cuir.

 

 

Julie Wasselin

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:21

 

Chaque mois, vous êtes nombreux à attendre avec impatience la chronique de Julie Wasselin. Vous retrouverez son élégante et piquante écriture dans un nouvel ouvrage qu'elle vient d'éditer aux éditions "L'Harmattan".

 

 

Ah, Les p'tits voiseaux! Chroniques Bourguignonnes.
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Voici un lien pour le commander en ligne 

 

Editions l'Harmattan

 

Mais vous pouvez également le trouver dans toutes les bonnes librairies et les grands distributeurs; Fnac, Amazon,... 

Ah, Les p'tits voiseaux! Chroniques Bourguignonnes.

 

 

N'hésitez pas à lire ses autres ouvrages de Julie Wasselin  parrus également aux éditions "l'Harmattan"

 

 

Ah, Les p'tits voiseaux! Chroniques Bourguignonnes.

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