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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 09:15

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Vous trouverez d'autres artcles sur la  pratique de l'attelage dans le thème favori: "Coaching, sport, loisir."

 

 

L'influence d'Howlett dans l'évolution de l'attelage.

 

d'aprés Donatien Levesque

Edwin Howlett

Edwin Howlett

La pratique du menage «  four in hand »,  préconisé pour tout équipage à quatre de bonne facture, n’est en fait véritablement pratiqué en France que depuis moins de 150 ans.  Son initiateur est Edwin Howlett dont vous avez pu lire l’histoire dans l’article: "Edwin Howlett 1835-1914". Pour mieux discerner l’influence de cet homme dans l’évolution de la pratique de l’attelage, je vous propose de lire ce que disait de lui l’auteur des "guides" et des "grandes guides"; Donatien Levesque. Cet  article a été édité dans le "sport universel illustré" d’Avril 1905 intitulé "Coaching".

 

 

« Coaching »

 

« Quand Edwin Howlett commença à donner des leçons, il se forma deux camps parmi ceux qui s’adressaient à lui.

Les uns – c’était en général des novices qui ne s’étaient jamais essayés à ce genre de sport- étaient enthousiasmés; les autres, dont plusieurs avaient déjà l’habitude de mener tant bien que mal, se trouvaient probablement vexés de la démonstration qui leur était faite en une séance qu’ils menaient plutôt mal que bien, et, n’ayant pas le courage  de se remettre à l’étude, dénonçaient le professeur comme imbu de fausses doctrines.

La querelle dura longtemps, mais peu à peu la supériorité des élèves, hommes et femmes, formés par sa méthode, s’affirma d’une façon si régulière et si absolue qu’il fallut se rendre à l’évidence.

Ceux qui la critiquaient jadis sont les premiers à la prôner aujourd’hui. Elle s’impose.

Il y eut avant lui des individualités brillantes, douées, je n’en doute pas, de qualités personnelles très grandes ; mais j’ai bien de la peine à trouver la trace tangible de leur enseignement.

Comme je demandais un jour à quelqu’un qui se disait l’élève de l’une d’elles, quels étaient les principes de son maître.

 

« Oh ! me répondit il, il avait des façons à lui. Souvent, il vous donnait la  leçon avec des attelages de  grand prix qui lui étaient confiés. Un jour, comme il me faisait circuler dans des rues fréquentées, il s’aperçut que j’étais embarrassé au milieu des encombrements et devenait nerveux. Faites  attention, me dit il, songez que vous avez dans les mains des chevaux de 25000 francs »

 

Et ajoutait mon interlocuteur ; Vous « comprenez (?) cela vous remontait.

L’enseignement d’Howlett est moins fantaisiste assurément. Aussi ses élèves gardent sa marque de fabrique, il les estampille.

 

« Demandez ceci ou cela, vous dit il comme ceci ou comme cela, et les chevaux vous répondrons ceci ou cela. »

 

Et se servant d’une des expressions si démonstratives qu’il a su s’approprier :

 

« Quand vous avez fait une demande attendez la réponse »

 

J’avais eu l’occasion de rencontrer, dans une réunion de province, le comte d’Untel, sportman et gentleman du meilleur aloi, qui menait son coach et m’avait paru assez embarrassé dans le maniement des guides et du fouet. A première vue, j’avais reconnu le selfmade-coachman, l’homme qui a appris tout seul, ou, pour mieux dire l’homme qui n’a pas appris du tout.

Je dis au baron Lejeune ;

 

« Vous qui connaissez si bien le chemin qui va chez Howlett, vous devriez l’indiquer à notre ami pour qu’il aille y faire un tour et apprenne à mener. Il a tout ce qu’il faut pour faire un bon cocher, ce serait dommage de le laisser s’endormir dans l’ignorance. Je lui ai donné le conseil, me répondit Lejeune, mais ça n’a pas pris, il ne veut rien entendre »

 

L’année suivante sur le même hippodrome, je revis mon gentleman, mais quantum mutatus ab illo !

Son fouet et ses guides étaient bien dans sa main et ses chevaux attentifs à leur ouvrage vinrent à travers les rangées de voitures prendre leur place en face des tribunes, coulamment  selon la pittoresque expression du maître.

Quand le comte d’Untel eut débarqué ses élégantes passagères et déposé ses guides au flan du timonier de droite, je m’approchai de lui et entre quatre-z-yeux 

:

« Vous êtes donc allé chez Howlett ?  Lui dis je

Parbleu ! me répondit il, oui j’y suis allé, pas assez à mon gré, que voulez vous ? on n’a pas le temps de tout faire ; mais enfin j’y suis allé. Ça se voit donc ? »

Et il ajouta avec un certain mépris ; « Je fais ce que peux pour y envoyer trois étoiles mais il ne veut rien entendre »

 

Si le goût du cheval et du sport est plus répandu en Angleterre qu’en France, quand nos compatriotes s’y adonnent, ils les pratiquent avec autant d’entrain que nos voisins, avec plus de finesse et souvent avec plus de talent.

Howlett, né anglais, avait par son origine le goût, l’intuition. Il s’est affiné en vivant chez nous, c’est un exécutant de premier ordre, mais sa qualité est de savoir enseigner.

Edwin Howlett donnant un de ses cours

Edwin Howlett donnant un de ses cours

Nul professeur ne sait mieux professer que lui, nul n’obtient de meilleurs résultats ni surtout si rapides.

Il donnera six leçons pendant six heures consécutives le matin et deux encore dans l’après midi sans un moment d’impatience, sans qu’il lui échappe un mot trop vif, même en présence des plus grandes maladresses mettant parfois sa vie et ses attelages en danger.

Et il ne faudrait pas s’imaginer que ces journées de huit heures ne sont pas des journées de travail, car il n’a jamais laissé passer une faute sans la redresser.

Il y a vint ans, ceux qui se risquaient au menage à quatre n’osaient guère entreprendre de tenir les guides et le fouet à la fois. Ils déposaient ce dernier dans un étui ou le confiait à un complaisant camarade assis à côté ou derrière.

On a dit d’eux qu’ils avaient l’air d’un aveugle sans bâton. Et c’est un peu l’effet que font encore les cavaliers qui se promènent à pied avec une cravache et la quittent pour monter à cheval. Tous ceux qui se sont présentés dans la soirée des coaches tenaient leurs fouet en main à la manière pratiquée en Angleterre et préconisée par Howlett, et cet outil n’avait dans aucun cas les dimensions fantastiques qu’on lui voyait jadis et qui le rendait inutilisable.

Les chevaux de volée étaient si perçants qu’il n’y eut guère d’occasion de s’en servir déplié à leur usage, mais il était enroulé comme il convient à l’usage, mais il était enroulé comme il convient à l’usage des timoniers.

Parmi les exécutants, il y avait des élèves directs d’Howlett. Il était facile, en voyant d’autres faire des pelotons sur leurs guides pour tourner autour des bornes, qu’ils avaient  trouvé moyen de se faire transmettre sa méthode, qu’ils étaient ses imitateurs. Il éclatait aux yeux qu’aucun n’avait échappé à son action directrice. Et ce fut avec un extrême plaisir que j’entendis auprès de moi dans la tribune du comité, les organisateurs formuler cette pensée qui me venait au bout des lèvres et contre laquelle personne ne proteste plus :

« Tout cela est dû à l’influence d’un seul homme : Howlett »

Le Comte d'Yanville et Monsieur du Bouet  élèves d'Edwin Howlett entraînant leurs équipages

Le Comte d'Yanville et Monsieur du Bouet élèves d'Edwin Howlett entraînant leurs équipages

Dés la première leçon, l’élève est placé bien d’aplomb, bien assis sur le siège, toutes les guides dans la main gauche, le fouet dans la main droite.

Et cette main droite qui reste libre et indépendante, qui devra prendre dans la main gauche immobile, la guide réclamée pour un raccourcissement ou un allongement dans un changement de direction ou une modification d’allure. Les guides, raccourcies au moyen d’une boucle spéciale appelée peloton, resteront dans la main gauche toujours immobile, et qui laissera cette boucle se défaire d’elle-même quand le moment sera venu. La droite, qui n’aura été occupée qu’une seconde à cette manœuvre, sera devenue libre pour la manœuvre suivante »

 

« Donatien Levesque »

 

 

Ce texte de Donatien Levesque montre que cet art de l’attelage qu’est « le four in hand » ne s’est imposé en France que très tardivement à la fin du règne de Napoléon III ( Howlett ne s’est mis à enseigner qu’en 1866). La pratique du « four in hand » aura son heure de gloire en France dans le dernier quart du XIX° et perdurera au début du XX°.  Elle sera la règle jusqu’à la disparition progressive de l’attelage à quatre comme activité sportive.

La renaissance de l’attelage sportif sous sa forme contemporaine n’a pas amené le renouvellement de sa pratique.

Espérons que cette manière de mener qui prime autant  par son élégance que par l’équilibre de l’équipage, puisse devenir la règle en  attelage de tradition.

 

 

Texte

Figoli

Documentation

Sport universel illustré du 23 avril 1905  (coll Cuvreau)

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