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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 08:10

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Les voitures et la chasse

 

 

Jean-Louis Libourel

 

 

 

Parmi les occupations et les loisirs nobles la chasse tient l’une des premières places. Si le cheval comme monture des chasseurs y est le plus souvent associé, les voitures elles aussi y ont fréquemment pris part. Pendant plus de deux siècles, nombreux et très divers ont été les véhicules à se rendre sur les terrains de chasse.

 

 

Voitures de tous genres....

 

 

Du règne de Louis XIV au début du XXe siècle, toutes sortes de voitures ont été utilisées à la chasse dont beaucoup n’étaient pas conçues pour cela. Ainsi, Calèches, coupés de ville, milords, berlines, omnibus privés, phaétons, charrettes anglaises, maedowbrooks, transportent chasseurs ou simples spectateurs sur les terrains de chasse.

La calèche, voiture de promenade, est le meilleur exemple : elle est présente dans les chasses dès le XVIIe siècle.

Depuis qu’il s’était cassé le bras en courant le cerf à Fontainebleau en 1683, Louis XIV suivait la chasse dans une calèche « tirée par quatre petits chevaux qu’il menait lui-même à toute bride, avec une adresse et une justesse que n’avaient pas les meilleurs cochers, et toujours la même grâce à tout ce qu’il faisait » déclare Saint-Simon, admiratif. L’habileté du roi à diriger ses chevaux en forêt dans l’excitation de la chasse est confirmée par l’impétueuse Princesse Palatine, belle-sœur du roi, dans une lettre du 16 mai 1702 : « Il a une petite calèche et de tout petits chevaux, mais ils courent si bien qu’on suit toujours les chiens et qu’on ne perd presque jamais la chasse, comme si l’on était à cheval ». Un tableau du peintre Jean-Baptiste Martin l’Aîné, conservé au Musée national du château de Fontainebleau, montre le roi menant cette calèche basse montée sur un train rouge, attelée à quatre petits chevaux noirs, peut-être des napolitains, recherchés pour leur vivacité, dont les écuries royales abritaient plusieurs individus. 

 

Jean-Baptiste Martin l’Aîné : Louis XIV menant sa calèche à la chasse (Musée national du château de Fontainebleau)

Jean-Baptiste Martin l’Aîné : Louis XIV menant sa calèche à la chasse (Musée national du château de Fontainebleau)

 

Affaibli par les ans, le vieux monarque n’a pas renoncé au plaisir de la chasse qu’il suit toujours en voiture et cela jusqu’à la fin de sa vie. La Princesse Palatine s’émerveille encore de le voir le 9 août 1715, trois semaines avant sa mort, descendre « péniblement de la petite calèche où il conduisait lui-même, malgré ses soixante-treize ans [la Palatine fait erreur : né en 1638, le roi a alors soixante et dix-sept ans], un cheval rapide pour suivre la chasse ».

En 1724, pour Louis XV, Jean-Baptiste Oudry peint sur les panneaux d’une calèche à dix places des scènes cynégétiques : chasse au loup, au sanglier, au cerf et au renard.

Dans Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, l’une des neuf grandes compositions qu’Oudry consacre entre 1734 et 1745 aux chasses de Louis XV, le peintre a représenté fidèlement la voiture utilisée par le roi : une luxueuse calèche en bois doré, surmontée d’une impériale en cuir noir doublée d’une étoffe du même rouge que les roues, avec une ceinture chantournée et sculptée d’ornements rocaille typiques du style décoratif en vogue durant le règne de Louis XV.

 

Jean-Baptiste Oudry : Les chasses de Louis XV. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735 (Musée national du château de Fontainebleau)

Jean-Baptiste Oudry : Les chasses de Louis XV. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735 (Musée national du château de Fontainebleau)

 

C’est encore dans d’élégantes calèches montées sur des ressorts en C que les impératrices Joséphine, Marie-Louise, la duchesse de Berry et leurs dames de compagnie suivent les chasses.

 

Carle Vernet : Départ de Napoléon 1er et de Marie-Louise pour la chasse à Compiègne, dans une calèche, 1811 (Paris, Musée Marmottan)

Carle Vernet : Départ de Napoléon 1er et de Marie-Louise pour la chasse à Compiègne, dans une calèche, 1811 (Paris, Musée Marmottan)

Carle Vernet : Napoléon chassant en forêt de Compiègne, en calèche, 1811 (Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage)

Carle Vernet : Napoléon chassant en forêt de Compiègne, en calèche, 1811 (Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage)

La Duchesse de Berry et la marquise de Béthisy suivant une chasse en calèche. Curéedu daim dans la forêt de la Malmaison, 20 mai 1818 (Peinture sur un vase en porcelaine de Paris, d’après une lithographie de Carle Vernet)

La Duchesse de Berry et la marquise de Béthisy suivant une chasse en calèche. Curéedu daim dans la forêt de la Malmaison, 20 mai 1818 (Peinture sur un vase en porcelaine de Paris, d’après une lithographie de Carle Vernet)

 

D’autres voitures, tout aussi inadaptées à la chasse que la calèche, y participent aussi.

Plusieurs scènes de chasse dont le peintre Vittorio Cignaroli a orné vers 1740 les murs d’un salon du Palazzina di caccia de Stupinigi, près de Turin, montrent les dames de la cour de Savoie suivre la chasse dans de luxueuses chaises à deux roues richement décorées, en longue file les unes derrière les autres, ou en demi-cercle autour de la dépouille du cerf au moment de la curée.

 

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues au départ de la chasse (Stupinigi, Palazzino di caccia)

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues au départ de la chasse (Stupinigi, Palazzino di caccia)

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues à la curée (Stupinigi, Palazzino di caccia)

Vittorio Cignaroli : Chaises à deux roues à la curée (Stupinigi, Palazzino di caccia)

 

Si Louis XV allait, comme nous l’avons vu, au « rendez-vous de chasse  du carrefour du Puits du Roi, en forêt de Compiègne » dans une calèche de style rocaille, son successeur Louis XVI se rend à ce même rendez-vous en berline, comme le montre une plaque de porcelaine de Sèvres, peinte en 1781 par Nicolas Pierre Pithou l’Aîné, qui reprend exactement la composition d’Oudry sans en rien changer à l’exception de la berline de forme typiquement néoclassique qui a pris la place de la calèche rocaille, et qui indique seule le changement d’époque et de règne.

 

Nicolas Pierre Pithou l’Aîné, d’après Oudry : Les chasses de Louis XVI. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735. (Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon).

Nicolas Pierre Pithou l’Aîné, d’après Oudry : Les chasses de Louis XVI. Le rendez-vous au carrefour du Puits du Roi en forêt de Compiègne, détail, 1735. (Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon).

 

Les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles conservent deux voitures de promenade de la fin du XVIIIe siècle ayant appartenu à la famille d’Arenberg, des doubles vis-à-vis de forme exceptionnelle, qui ont aussi servi pour les chasses.

 

Double vis-à-vis de chasse de la famille d’Arenberg (Bruxelles, MRAH)

Double vis-à-vis de chasse de la famille d’Arenberg (Bruxelles, MRAH)

 

Mais la plus incroyable voiture présente sur un terrain de chasse a été un Crane-neck-phaeton, pure et extravagante création de la carrosserie anglaise de la fin du XVIIIe siècle.  A cause de son instabilité dangereuse due à sa trop grande hauteur c’est la voiture la moins apte à rouler à travers bois hors des chemins carrossables sur un sol inégal à la suite d’un équipage de chasse.

 

Crane-neck-phaetonà la chasse. Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792 (Collection particulière)

Crane-neck-phaetonà la chasse. Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792 (Collection particulière)

Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792. Détail.

Carle Vernet : L’équipage du comte d’Artois découplant chez le comte de Laborde, 1792. Détail.

 

Indépendamment de tous sortes de voitures utilisées au XVIIIe et surtout au XIXe siècle pour aller ou suivre la chasse, celle-ci a généré des voitures spécialement conçues pour sa pratique.

 

 

D’étonnantes inventions

 

 

C’est au XVIIIe siècle qu’apparaissent les premières voitures spécialement conçues pour la chasse. Elles sont étonnantes. La plus étrange d’entre elles est le Wourst ou vource. En 1756 dans son Traité des voitures Garsault le décrit ainsi : « voiture inventée et usitée en Allemagne. Elle est commode pour aller à des rendez-vous de chasse […]. Chacun s’assied dessus, l’un devant l’autre, jambe deçà et delà ». Le wourst est constitué d’une flèche axiale supportant un long siège découvert sur lequel les chasseurs sont assis à califourchon les uns derrière les autres, leurs pieds reposant de chaque côté sur un marchepied régnant tout le long de la voiture.

 

Wourst (Garsault : Traité des voitures, 1756, pl. XI, fig. 2)

Wourst (Garsault : Traité des voitures, 1756, pl. XI, fig. 2)

Wourst. (Roubo : L’Art du menuisier-carrossier, 1771, pl. 217)

Wourst. (Roubo : L’Art du menuisier-carrossier, 1771, pl. 217)

 

Certains woursts ont à l’arrière, pour les dames, une caisse de cabriolet abritée sous une capote.

Guère connu aujourd’hui qu’à travers des gravures et dessins, le wourst était souvent orné, sur le devant, d’une tête ou d’un avant-train de bête sauvage, dans la plupart des cas un cervidé, en ronde-bosse et grandeur nature illustrant la fonction cynégétique du véhicule.

 

Wourst, dessin de Pujin, vers 1770. (Musée des Arts Décoratifs)

Wourst, dessin de Pujin, vers 1770. (Musée des Arts Décoratifs)

Wourst, maquette de Maurice Leloir (Compiègne, Musée national de la Voiture)

Wourst, maquette de Maurice Leloir (Compiègne, Musée national de la Voiture)

 

Au château de Sceaux, le duc de Penthièvre possède un wourst, mentionné en 1793 dans son inventaire après décès comme « voiture pour la chasse peinte en vert, le siège de cocher en forme de cheval ». Ce siège « en forme de cheval » n’est pas un cas isolé. Il est aussi présent dans les années 1780 sur un wourst du roi de Bavière, dessiné par le carrossier strasbourgeois Johann Christian Ginzrot.

 

Wourst du roi de Bavière, orné d’une tête de cheval, vers 1780. Dessin de Jean-Christian Ginzrot

Wourst du roi de Bavière, orné d’une tête de cheval, vers 1780. Dessin de Jean-Christian Ginzrot

 

Dans les remises du duc de Penthièvre se trouve une autre curieuse voiture de chasse avec un « siège en forme de fauteuil tournant sur trois pivots peinte et garnie en vert aussi sur ses quatre roues ». Cette voiture bizarre est identique à une « voiture de chasse sur pivots », ainsi dénommée sur une planche d’un album de voitures du duc de Chartres (vers 1775) figurant un véhicule dont la caisse est une sorte de cage circulaire, renflée dans le bas, contenant un siège tournant en forme de fauteuil.

 

Voiture de chasse sur pivots, vers 1775. Album des voitures du duc de Chartres (Paris, CNAM)

Voiture de chasse sur pivots, vers 1775. Album des voitures du duc de Chartres (Paris, CNAM)

 

Le Musée des Voitures du palais de Schönbrunn à Vienne conserve une voiture de chasse, construite  pour le prince Léopold de Bourbon-Sicile, prince de Salerne (1790-1851), combinant de manière sans doute unique les deux types ci-dessus mentionnés : un wourst sur lequel se trouve un fauteuil tournant sur pivot implanté entre le siège du cocher et la longue banquette axiale où les chasseurs prenaient place à califourchon.

 

Wourst avec siège pivotant construit pour le prince Léopold de Bourbon-Salerne. Vers 1820  (Vienne, palais de Schönbrunn)

Wourst avec siège pivotant construit pour le prince Léopold de Bourbon-Salerne. Vers 1820 (Vienne, palais de Schönbrunn)

siège pivotant du wourst  du prince Léopold de Bourbon-Salerne.

siège pivotant du wourst du prince Léopold de Bourbon-Salerne.

 

Des voitures spécialisées

 

 

Le XIXe siècle est la période où des voitures ont été spécialement conçues pour la chasse. Construite en 1818 pour le duc d’Orléans, une berline figurée sur un dessin de Jean-Christian Ginzrot possède des aménagements particuliers qui font déjà de cette voiture une véritable voiture de chasse : compartiment à chiens sous le siège du cocher, longs coffres à fusils à l’avant et à l’arrière dans le fond de la voiture, galerie d’impériale grillagée pour déposer le gibier abattu.

 

Berline de chasse du duc d’Orléans, 1818 (dessin de Jean-Christian Ginzrot)

Berline de chasse du duc d’Orléans, 1818 (dessin de Jean-Christian Ginzrot)

 

Parmi les voitures les mieux adaptées pour transporter les chasseurs et leur équipement les breaks spacieux et commodes viennent en tête. Ils existent sous différents modèles de dimensions variables : break d’écurie, break-wagonnette, break à six places, break petit modèle, roof-seat-break.

 

Break d’écurie, attelé en poste allemande. Charles-Fernand de Condamy : rendez-vous de chasse.

Break d’écurie, attelé en poste allemande. Charles-Fernand de Condamy : rendez-vous de chasse.

Break d’écurie. Palmer : Rendez-vous de chasse

Break d’écurie. Palmer : Rendez-vous de chasse

Break d’écurie (Château d’Espeyran)

Break d’écurie (Château d’Espeyran)

 

Celui qui éclipse tous les autres et jouit de la plus grande faveur est le break grand modèle,le seul communément appelé break de chasse, tant son usage est étroitement lié à cette pratique. Il peut emmener huit passagers répartis sur ses quatre sièges dont le dernier, placé très haut sur des ferrures, lui donne un aspect imposant. Les breaks grands modèles possèdent souvent, sous leurs sièges, des compartiments pour les chiens.

 

Break de chasse: "Petite voiture de chasse attelée de 2 chevaux anglais sortie des ateliers de M. Mühlbacher Frères", dessin de Baslez.

Break de chasse: "Petite voiture de chasse attelée de 2 chevaux anglais sortie des ateliers de M. Mühlbacher Frères", dessin de Baslez.

Break de chasse attelé en poste. Lithographie. d'Albert Adam.

Break de chasse attelé en poste. Lithographie. d'Albert Adam.

Break grand modèle, par Ehrlerà Paris (château d’Espeyran)

Break grand modèle, par Ehrlerà Paris (château d’Espeyran)

 

La voiture de chasse idéale : le dog-cart

 

 

Le plus grand bonheur du chasseur est sans doute de rechercher et de traquer le gibier avec ses chiens. Pour aller sur le terrain avec ces fidèles compagnons à quatre pattes la voiture idéale est le dog-cart. Il existe sous deux formes : à deux ou à quatre roues.

 

Dog-cart à 4 roues, avec chiens. Dessin de Louis Lagard

Dog-cart à 4 roues, avec chiens. Dessin de Louis Lagard

Dog-cart à 4 roues, par Bourgeois à Paris (Collection privée)

Dog-cart à 4 roues, par Bourgeois à Paris (Collection privée)

Dog-cart à quatre roues avec boîte à fusils entre les deux sièges, par Montier & Lefebvre à Rouen (collection privée)

Dog-cart à quatre roues avec boîte à fusils entre les deux sièges, par Montier & Lefebvre à Rouen (collection privée)

Dog-cart à 4 roues par Rétif à Sancoins (Collection privée)

Dog-cart à 4 roues par Rétif à Sancoins (Collection privée)

Grand dog-cart, appelé Mail-cart, par Ferrari &Orsaniga à Milan (Ferrare, Incremento Ippico)

Grand dog-cart, appelé Mail-cart, par Ferrari &Orsaniga à Milan (Ferrare, Incremento Ippico)

Dog-cart à deux roues, lithographie de L. Caplain d’après une peinture d’Henri de Montpezat

Dog-cart à deux roues, lithographie de L. Caplain d’après une peinture d’Henri de Montpezat

Dog-cart à 2 roues, Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Dog-cart à 2 roues, Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon (France, collection privée)

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon (France, collection privée)

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon.Détail

Dog-cart à deux roues, par Collomb à Lyon.Détail

 

Les dog-carts se caractérisent par deux sièges pour quatre personnes, placés dos à dos, sous lesquels sont aménagés des compartiments pour les chiens. Différents systèmes permettent l’aération de ces compartiments : des jalousies, des claires-voies, des croisillons, des tôles perforées.

 

Jalousies. Dog-cart à 2 roues, par Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Jalousies. Dog-cart à 2 roues, par Muhlbacher à Paris (Espagne, collection privée)

Croisillons. Dog-cart à 2 roues, par Vanvooren à Paris (France, collection privée)

Croisillons. Dog-cart à 2 roues, par Vanvooren à Paris (France, collection privée)

Claire-voie. Dog-cart à quatre roues, par Binder à Paris (Allemagne, collection privée)

Claire-voie. Dog-cart à quatre roues, par Binder à Paris (Allemagne, collection privée)

Ouvertures latérales. Dog-cart à quatre roues, par Lancenigo&Fabbro (Italie, Villa Maser)

Ouvertures latérales. Dog-cart à quatre roues, par Lancenigo&Fabbro (Italie, Villa Maser)

Barreaux. Dog-cart, par Witgham à Londres (France, collection privée)

Barreaux. Dog-cart, par Witgham à Londres (France, collection privée)

 

Dans les dog-carts à quatre roues un espace sépare les deux sièges pour placer un coffre à fusils.

 

Des voitures amenant les chiens à la chasse existaient bien avant l’invention des dog-carts proprement dits. Exécuté en 1779, un dessin d’Elie Janel représentant une voiture de chasse équipée à l’avant et à l’arrière de deux caisses percées de trous pour laisser respirer les chiens démontre que l’usage de mener les chiens à la chasse à bord des voitures remonte au moins au milieu du XVIIIe siècle.

 

Voiture de chasse avec caisses à chiens. Dessin de Janel, vers 1776

Voiture de chasse avec caisses à chiens. Dessin de Janel, vers 1776

 

Le mot dog-cart est attesté en Angleterre depuis 1803. « Le nom de cette voiture, d’origine britannique, signifie voiture à chiens. On doit chercher l’étymologie de ce nom dans l’usage que nos voisins d’Outre-Manche font de cette petite voiture de chasse, destinée non seulement à transporter les chasseurs, mais surtout les chiens d’arrêt et de chasse au vol » (Le Guide du Carrossier, 1861).

 

Les dog-carts présentent une grande variété de modèles. Dans les pays du nord et du centre de l’Europe aux longs hivers enneigés, il en existe qui sont montés sur des patins de traîneaux pour aller sur la neige.

 

Traîneau de chasse, par Scheurer à Dusseldorf, présenté à l’Exposition d’Amsterdam en 1877

Traîneau de chasse, par Scheurer à Dusseldorf, présenté à l’Exposition d’Amsterdam en 1877

 

Le dog-cart ne peut emmener que des chiens de petite taille et en nombre très limité. Pour transporter toute une meute on a recours à des fourgons spéciaux tirés par un cheval.

 

Départ de la meute en fourgon spécial

Départ de la meute en fourgon spécial

 

Parmi les voitures de chasse, certaines sont inattendues, tel cet omnibus à deux roues construit par le carrossier J. Grümmer, dont La Carrosserie Française publie le dessin dans son numéro du 15 juillet 1894, accompagné du commentaire suivant :« Cet omnibus est destiné à la chasse, et, bien qu’il ne contienne que cinq personnes, deux assises en omnibus derrière — c’est-à-dire sur deux petits sièges vis-à-vis placés longitudinalement — et trois en travers devant, le montage en cab formant plate-forme permet à deux autres personnes de s’y placer tant bien que mal ; mais, à la chasse comme à la chasse, et les chasseurs, on le sait, sont des gens habitués à s’accommoder de tout : après avoir arpenté les bois et la plaine, ou chassé le lièvre au chien courant, on se trouve fort heureux de rentrer au logis, même assis sur de vulgaires planches, qui paraissent à ces moments-là bigrement douces aux jarrets fatigués ». L’omnibus à deux roues étant une rareté typologique, dont nous avons donné la description dans l’article « La 2ème Route des Omnibus : Le salon de l’omnibus » (www.attelage-patrimoine , 2 octobre 2017), il est probable que peu d’entre eux aient réellement participé à des chasses.

 

 

Autre curiosité aussi surprenante : un tonneau de chasse ! Détournement sacrilège d’une innocente voiture de parc pour promener les jeunes enfants sous la garde de leur gouvernante, transformée en voiture chargée de chasseurs et de gibier abattu. Mais cet invraisemblable « tonneau de chasse » n’a sans doute été qu’une pure invention des rédacteur et dessinateur de la revue « LaCarrosserie Française » qui en a publié dans son numéro du 15 novembre 1901 (n° 72) un dessin et la description suivante : « C’est aux chasseurs que nous dédions ce modèle qui nous semble réunir tout le confortable désirable : la voiture contient six places à l’aise, des paniers sont fixés sous la caisse à l’aide de courroies, des trapes pratiquées dans le fond de la voiture permettent d’y avoir accès ; de même sur les ailes sont rapportés des paniers ; galerie d’impériale grillagée, le tout destiné à recevoir du gibier et de menus objets ; rideaux en toile caoutchoutée montés sur un robuste pavillon ; garniture moquette mouchetée, s’attellera à un fort cheval ».

 

 

Tonneau de chasse (La Carrosserie Française, n° 72, 15 novembre 1901)

Tonneau de chasse (La Carrosserie Française, n° 72, 15 novembre 1901)

 

Tout aussi étonnant, le Maedowbrook, voiture de ville très légère inventée en 1890 par Henry M. Willis à l’usage des New Yorkais pressés de courir à leurs affaires dans Manhattan  devenue voiture de chasse en Europe.

Maedowbrook à un rendez-vous de chasse. Karl Reille : L’équipage de la Grand’Garenne, aquarelle, 1914 (Collection privée)

Maedowbrook à un rendez-vous de chasse. Karl Reille : L’équipage de la Grand’Garenne, aquarelle, 1914 (Collection privée)

La marquise de La Roche suivant une chasse en meadowbrook en forêt de Meillant avant 1914

La marquise de La Roche suivant une chasse en meadowbrook en forêt de Meillant avant 1914

Meadowbrook, par Dousserin à Vierzon (Château de Bouges)

Meadowbrook, par Dousserin à Vierzon (Château de Bouges)

 

Voitures à gibier 

 

 

La chasse terminée, il faut ramener les prises, souvent très nombreuses. Des voitures furent spécialement conçues pour cela.

Charrette à gibier. La Carrosserie Française n°62, mars 1900.

Charrette à gibier. La Carrosserie Française n°62, mars 1900.

Tableau de chasse au château de Voisins (Yvelines) : 500 faisans tués en une après-midi chez le comte Frisch de Fels. Au second plan, une charrette à gibier (La vie au grand air, 8 décembre 1901)

Tableau de chasse au château de Voisins (Yvelines) : 500 faisans tués en une après-midi chez le comte Frisch de Fels. Au second plan, une charrette à gibier (La vie au grand air, 8 décembre 1901)

 

Le plus bel exemple de voiture à gibier est conservé au château de Bouges (Indre). Cette voiture, en parfait état d’origine, construite par G. Duchatelle à Creil, est montée sur deux grandes roues à très larges jantes ferrées pour ne pas enfoncer dans les chemins détrempés. Sa caisse entièrement à claire-voie, pour une bonne aération intérieure, est équipée de 315 crochets auxquels étaient suspendues les prises, comptabilisées par catégories « lièvres, perdrix, lapins, chevreuils, faisans, divers » sur un tableau fixé au revers de la porte située à l’arrière de la caisse.

 

Voiture à gibier, par Duchatelle à Creil, contenant 315 crochets pour suspendre les prises (château de Bouges)

Voiture à gibier, par Duchatelle à Creil, contenant 315 crochets pour suspendre les prises (château de Bouges)

Charrette à gibier par Ferre & Durand à Graçay : tableau de chasse, « Terre de Bouges : lièvres, perdrix, lapins, chevreuils, faisans, divers » (château de Bouges)

Charrette à gibier par Ferre & Durand à Graçay : tableau de chasse, « Terre de Bouges : lièvres, perdrix, lapins, chevreuils, faisans, divers » (château de Bouges)

Voiture à gibier (Romainvilliers, Domaine de Romainville)

Voiture à gibier (Romainvilliers, Domaine de Romainville)

Fourgon à gibier (Angleterre, Luton, Stockwood Craft Museum & Gardens)

Fourgon à gibier (Angleterre, Luton, Stockwood Craft Museum & Gardens)

 

Mais le véhicule le plus inattendu sur un terrain de chasse est sans aucun doute… une barque. Elle est indispensable quand le cerf « bat l’eau », c’est-à-dire lorsqu’il se réfugie au centre d’un étang pour échapper à la meute qui le poursuit. Pour le servir, les chasseurs doivent descendre de leurs montures et aller jusqu’à lui avec une barque amenée jusqu’au bord de l’étang montée sur un train à quatre roues  tiré par un cheval. Les dépendances du château de Chambord conservent l’un des rarissimes, peut-être même le seul exemplaire, d’une barque de chasse montée sur son train, portant la date 1865.

 

Barque de chasse du château de Chambord, 1865.

Barque de chasse du château de Chambord, 1865.

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

La barque de chasse du château de Chambord ramenant la dépouille d’un cerf (carte postale ancienne)

 

Les carrossiers ont imaginé toutes sortes de voitures répondant aux besoins ou aux caprices de leurs contemporains. La chasse a été l’un des domaines où ils ont exercé le plus ingénieusement leur créativité.

 

 

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 07:50

 

Dans un précédent article,

nous avons insisté sur la diversité et la qualité de construction, de décoration, des voitures commerciales des grandes entreprises de la fin du XIX°. Comme nous le déplorions dans cet article, seuls quelques rares exemplaires ont été conservés. Heureusement certains collectionneurs privés et musées conservent encore dans leurs archives un certain nombre de représentations photographiques.

Nous vous proposons donc de découvrir la beauté de ces voitures de commerce en feuilletant un album photo (1880-1920) de fourgons du carrossier Mayer à Munich; photos conservées au Deutsches Museum de Munich. Elles nous ont été communiquées par l'incontournable site allemand " http://www.tradition-fahrkunst.de/ " animé par notre ami Hans Paggen. 

Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich
Catalogue de voitures de commerce; Mayer à Munich

 

 

 

Source:

Culture et technologie Deutsches Museum München http://www.deutsches-museum.de/

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 08:25

 

Les voitures des haras nationaux.

 

 

Chefs d’œuvres en péril

 

 

 

 En 2010, après diverses pérégrinations, l'administration des haras nationaux est absorbée dans un  établissement public administratif: "l'Institut Français du Cheval et de l'Equitation".

Progressivement, l'IFCE se sépare de la majorité du parc immobilier des  haras. Le patrimoine historique conservé dans ces établissements; voitures hippomobiles (dont 68 voitures classées ou inscrites au patrimoine des monuments historiques), harnais et autres matériels, est laissé dans l'abandon le plus complet avec pour corollaire, malheureusement, la disparition de certaines pièces de la collection. 

Malgré de nombreuses sollicitations, l'IFCE a maintenu le secret sur le devenir qu'elle envisageait pour cet exceptionnel parc hippomobile. L'avenir de la plus grande collection française de voitures hippomobiles; plus de 300 véhicules représentant l'oeuvre de 150 carrossiers, était donc jusqu'au printemps 2018, totalement inconnue.

A cette époque, lors d'une réunion confidentielle, l'IFCE a enfin présenté son projet de valorisation et de conservation du patrimoine des haras. Ce projet inquiétant intègre la "déconstruction" de certaines voitures et confie la politique de restauration des autres véhicules au personnel des haras; personnel dont la restauration d'art n'est pas le métier!.

Dernièrement, un petit film diffusé sur facebook nous a appris que le projet était amorcé et qu'une centaine de voitures avaient été regroupées dans un hangar métallique non climatisé, situé à Uzes. Deux voitures ont déjà été "déconstruites". 

De  nombreuses personnes et associations s'inquiètent de cette situation. Elles demandent que ce patrimoine unique soit préservé "dans le cadre d'une politique raisonnée, capable d'assurer la meilleure conservation à ces voitures et de garantir leur existence".

Sur cette question de la sauvegarde du plus grand ensemble hippomobile conservé en France, nous vous conseillons de consulter la revue Attelage magazine  N° 120 de Février Mars 2019, qui a ouvert le dossier en proposant pas moins de six interventions  sur ce sujet.  

 

Patrick Magnaudeix 

 

Nous vous proposons, dès à présent, de découvrir la contribution de Jean Louis Libourel.

 

 

Les voitures hippomobiles des Haras Nationaux :

 

 

un patrimoine unique…. très menacé

 

 

 

 

 

Les Haras nationaux possèdent à eux seuls la majeure partie du patrimoine hippomobile public français : entre trois cents vingt et 350 véhicules, constituant le plus important ensemble de voitures anciennes conservé en France.

Depuis leur création les haras ont toujours possédé des véhicules hippomobiles. Jusqu’au début du XXe siècle, ils étaient indispensables à la vie des haras et à leurs activités quotidiennes, alors totalement dépendantes de la traction animale, qu’il s’agisse du déplacement des personnes ou du transport de matériaux et de charges diverses.  

Des premières voitures, les plus anciennes, il ne subsiste plus aucun exemplaire. Celles qui sont actuellement conservées ne remontent pas au-delà de 1850.

 

Constitué à une époque où les voitures à cheval étaient encore les seuls moyens de locomotion terrestre, le parc hippomobile des haras nationaux se compose majoritairement de voitures sportives ou de service, pour le dressage, l’exercice,  l’entraînement des chevaux, et la vie quotidienne des haras. Parmi elles, certains modèles, par leur répétition et leur présence systématique,  apparaissent comme voitures « emblématiques » des haras nationaux : les breaks grands modèles (32  exemplaires), les squelettes de dressage (41 exemplaires) et les grandes wagonnettes dites « breaks d’écurie » (25 exemplaires), les omnibus (22 exemplaires), les charrettes anglaises (67 exemplaires), les tilburys (9 exemplaires).

 

À ces véhicules, historiquement liés au fonctionnement des haras, se sont ajoutés quelques autres plus luxueux, de ville, de voyage ou de loisir, donnés par des propriétaires qui n’en avaient plus l’usage. Parmi eux, un coupé de voyage des carrossiers Berlioz et Gouillon à Paris, un road-coach de Holland & Holland à Londres, un milord fermé de Jacques Rothschild & Fils à Paris, donnés tous trois au haras du Pin, un Carrick à pompe de Peters & Sons à Londres (Haras de Saint-Lô), une calèche transformable à huit-ressorts de Clochez à Paris (Haras de Tarbes), un grand Break par Bail Jeune à Paris (Haras de Cluny).  

 

Ainsi s’est constitué le plus grand ensemble hippomobile conservé en France : 320 voitures anciennes, soit les deux tiers du patrimoine hippomobile public français. Ces voitures étaient jusqu'à une période très récente réparties dans les différents sites des haras nationaux.

 

A travers une riche typologie, ce parc hippomobile constitue l’échantillonnage le plus significatif de la carrosserie française de la deuxième moitié du XIXe et du début du XXe siècle. Il réunit en effet des œuvres de 150 carrossiers identifiés : 35 carrossiers parisiens, dont les célèbres Bail, Belvalette, Binder, Mühlbacher, Rothschild, Victor Lelorieux, et 115 carrossiers provinciaux. Il constitue en quelque sorte un  véritable musée de la carrosserie française réunissant un vaste panorama typologique et géographique alors que les grandes collections publiques, le Musée national de la voiture à Compiègne, la Galerie des carrosses à Versailles et le château de Chambord, ne conservent que des voitures parisiennes de haut-luxe.

Il témoigne des techniques et des habiles savoir-faire des métiers de la carrosserie, du charronnage et de la sellerie et constitue  une indéniable richesse culturelle.

 

Jusqu’alors simples outils de travail, ces voitures vieilles aujourd’hui de 80 à 150 ans, ont maintenant le statut d’objets d’antiquité et sont désormais des éléments du patrimoine hippomobile national. En effet, comme tous les moyens de transport ayant plus de 75 ans d’âge, elles entrent toutes dans la catégorie « véhicules de collection », définie par la réglementation sur la circulation des biens culturels visés par la loi européenne du 31 décembre 1992.

Aujourd’hui, 68 voitures des Haras nationaux bénéficient d’une protection au titre des Monuments historiques.

 

L’état actuel du parc hippomobile des Haras nationaux doit être l’objet d’une réflexion sur son devenir, indispensables pour établir une politique raisonnée, capable d’assurer la meilleure conservation à ces objets et garantir leur existence le plus longtemps possible. Les réparations « maison », les rénovations sauvages, nées d’initiatives sans doute bien intentionnées mais souvent incompétentes, ne peuvent plus être acceptées pour des objets reconnus désormais comme éléments du patrimoine. Il ne s’agit plus de réparer, de rafistoler au coup par coup, mais bien d’organiser, de planifier un authentique travail de sauvegarde d’un patrimoine unique. Par-delà les habituels travaux d’entretien et de réparations courantes, il faut maintenant mettre en place de véritables opérations au moins de restauration préventive.

Certes, l’IFCE n’a pas pour mission d’être un conservatoire du patrimoine hippomobile. Cependant, en tant que dépositaire de biens appartenant à la communauté nationale, il est responsable de ces biens et doit en assurer la conservation. Il lui incombe de mettre en place une véritable politique de conservation de ce patrimoine unique et original. Garantir son existence longtemps encore, comme un témoignage et une richesse pour les générations futures, à l’aube du troisième millénaire, est une obligation.

 

Le 31 mai dernier, lors d’une réunion confidentielle, l’IFCE dévoilait aux représentants de l’AFA, seule invitée à cette réunion, un projet de « déconstruction de véhicules hippomobiles » (sic) s’inscrivant dans la politique de l’IFCE de conservation et de valorisation de son patrimoine. Mais quel crédit accorder à la mise en place d’une politique de conservation dont la première opération consiste à mettre en œuvre un « chantier de déconstruction de véhicules » ?

Deux voitures, au moins, auraient déjà été « déconstruites ». Selon un document IFCE daté du 15 septembre 2017, « entre 10 et 20 » autres pourraient subir le même sort.

 

 

Jean Louis Libourel

 

 

 

Voitures des haras nationaux protégées au titre des monuments historiques :

 

69 voitures protégées : 7 classées Monuments Historiques et 61 Inscrites à l’Inventaire Supplémentaire. Lorsqu’elles on fait l’objet d’une procédure de protection M.H. elles se trouvaient dans les haras nationaux

du Pin, Saint-Lô, Tarbes, Hennebont, Pau-Gélos, Saintes, et Uzès.

 

 

 

	Road-coach par Holland & Holland à Londres, classé M.H. (Haras national du Pin)

Road-coach par Holland & Holland à Londres, classé M.H. (Haras national du Pin)

	Coupé de voyage par Berlioz et Gouillon à Paris, classé M.H. (Haras national du Pin)

Coupé de voyage par Berlioz et Gouillon à Paris, classé M.H. (Haras national du Pin)

	Milord fermé par Jacques Rothschild & Fils à Paris, classé M.H. (Haras national du Pin)

Milord fermé par Jacques Rothschild & Fils à Paris, classé M.H. (Haras national du Pin)

	Carrick à pompe par Peters & Sons à Londres, classé M.H. (Haras national de Saint-Lô)

Carrick à pompe par Peters & Sons à Londres, classé M.H. (Haras national de Saint-Lô)

	Calèche huit ressorts par Clochez à Paris, classée M.H. (Haras national de Tarbes)

Calèche huit ressorts par Clochez à Paris, classée M.H. (Haras national de Tarbes)

	Grand Break par Jadras à Paris, classé M.H. (Haras national de Tarbes)

Grand Break par Jadras à Paris, classé M.H. (Haras national de Tarbes)

	Petit coupé de ville par Mühlbacher à Paris, classé M.H. (Haras national de Tarbes)

Petit coupé de ville par Mühlbacher à Paris, classé M.H. (Haras national de Tarbes)

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 09:04

 

 

Objets de sellerie du Château d’Espeyran

 

classés Monuments Historiques

 

 

Jean-Louis Libourel

 

 

 

 

 

Le château d’Espeyran à Saint-Gilles-du-Gard, propriété des Sabatier, riche famille montpelliéraine, a été dans la deuxième moitié du XIXe siècle un lieu dédié aux plaisirs de la chasse et aux sports de plein air où le cheval tenait la première place. Ecurie, sellerie, remise, à Espeyran tout témoigne du goût passionné des maîtres de maison pour ce bel animal et tout ce qui se rapporte à son utilisation.

 

Dans le cadre d’une campagne de protection au titre des Monuments Historiques du mobilier et des objets d’art du château d’Espeyran, les voitures hippomobiles conservées sur place ont été classées en 2010. (voir article précédent : Les Voitures du château d’Espeyran classées Monuments Historiques).

Dans un même souci de protection d’objets relevant du patrimoine équestre, une dizaine d’éléments conservés dans la sellerie d’Espeyran, sélectionnés pour leur qualité, leur intérêt historique ou leur rareté, ont également été classés.

 

La sellerie du château d’Espeyran (photo Patrick Magnaudeix)

La sellerie du château d’Espeyran (photo Patrick Magnaudeix)

 

La sellerie d’Espeyan est très représentative des selleries que possédait tout château ou grand domaine au XIXe siècle. Comme beaucoup d’autres, elle est entièrement lambrissée. Disposés tout autour, des patères et des porte-harnais supportent des brides élégantes et raffinées pour chevaux de sang, des brides d’officier, des selles de cavaliers et d’amazones, des harnais armoriés à colliers anglais pour attelage à un, deux ou quatre chevaux.

 

Harnais de poste à grandes guides pour quatre chevaux.

Harnais de poste à grandes guides pour quatre chevaux.

 

 Parmi ces derniers, un harnais de poste pour attelage à quatre, complet, avec licols et grelottières, identique au modèle publié en 1878 par le sellier parisien Léné dans “ La sellerie Française et étrangère ”, somptueux catalogue illustré de planches magistralement lithographiées par Albert Adam (1833-1900). 

 

Harnais de poste à grandes guides. Léné : La sellerie Française et étrangère,  1878, planche XXX.

Harnais de poste à grandes guides. Léné : La sellerie Française et étrangère, 1878, planche XXX.

 

Une vitrine murale abrite un bel ensemble d’aciers : mors et filets pour l’équitation ou l’attelage, étriers, éperons, trompes de timon et paires de chaînettes en acier pour voitures de maître.

 

Vitrine aux aciers, vue partielle.

Vitrine aux aciers, vue partielle.

 

Deux porte-fouets, dont un monumental en buis tourné, présentent des cravaches et des fouets d’attelage au milieu desquels se distingue un délicat fouet de dame au manche agrémenté d’une minuscule ombrelle en taffetas de soie couleur noisette.

 

Porte-fouets

Porte-fouets

Fouet-ombrelle de dame

Fouet-ombrelle de dame

 

Comme les voitures, signées de noms illustres de la carrosserie parisienne de la deuxième moitié du XIXe siècle, Baptiste Thomas, Ehrler, Jacques Rothschild, tous ces objets témoignent du soin que les Sabatier, anciens maîtres des lieux, apportaient au choix de leurs équipages. Luxe et anglomanie obligent, tout vient de Paris et de Londres : selles et harnais de Jones, sellier anglais installé place de la Madeleine à Paris, cœur d’un quartier où fleurissaient les métiers de la haute carrosserie ;

 

Marque du sellier Jones, estampée sur un passant de harnais

Marque du sellier Jones, estampée sur un passant de harnais

 

 aciers signés Heather à Londres ; fouets provenant pour la plupart d’une maison fondée en 1750 à Londres, Swaine & Adeney, selliers, fabricants de fouets, d’ombrelles, de nécessaires pour la chasse, fournisseurs de Sa Majesté la reine Victoria et du prince de Galles.

 

 

Marque Swaine & Adeney, fournisseurs de la reine Victoria et du prince de Galles, gravée sur un manche de fouet.

Marque Swaine & Adeney, fournisseurs de la reine Victoria et du prince de Galles, gravée sur un manche de fouet.

 

Curiosité anatomique dressée au centre de la sellerie : le squelette d’un pur-sang arabe, nommé “Actif ”, ramené d’Egypte par le général Bonaparte, témoigne du goût au XIXe siècle pour les chevaux orientaux et de leur rôle dans l’élevage comme améliorateurs de race. Ce squelette a été récemment l’objet d’une méticuleuse restauration au cours de laquelle ont été remplacés les très nombreux et invisibles fils de métal attachant les os  les uns aux autres.

 

 

Le squelette du pur-sang arabe « Actif », au centre de la sellerie.

Le squelette du pur-sang arabe « Actif », au centre de la sellerie.

 

Sélectionnés pour leur qualité, leur intérêt historique ou leur rareté, voici les objets classés en 2010 :

Les vestiges de l’attelage à la d’Aumont — le plus luxueux et le plus dispendieux des attelages — que Frédéric Sabatier utilisait à Paris pour sa calèche à huit ressorts, sortie des ateliers d’Ehrler, hélas disparue, mais mentionnée en 1864 dans son inventaire après décès :

 

Harnais d’attelage à la d’Aumont. Léné : La sellerie Française et étrangère,  1878, planche XIII.

Harnais d’attelage à la d’Aumont. Léné : La sellerie Française et étrangère, 1878, planche XIII.

 

les deux selles des postillons, taillées dans un très beau cuir fauve, aux pommeaux et aux troussequins garnis d’empiècements en métal argenté, et portant la marque  “ R. Jones & Fils selliers anglais successeurs de Mr Anderson place de la Madeleine n° 13 à Paris  ” ;  

 

Selle de postillon de l’attelage à la d’Aumont.

Selle de postillon de l’attelage à la d’Aumont.

Selle de postillon de l’attelage à la d’Aumont. Etiquette portant la marque “ R. Jones & Fils selliers anglais successeurs de Mr Anderson place de la Madeleine n° 13 à Paris  ”, collée sur les faux-quartiers de la selle.

Selle de postillon de l’attelage à la d’Aumont. Etiquette portant la marque “ R. Jones & Fils selliers anglais successeurs de Mr Anderson place de la Madeleine n° 13 à Paris ”, collée sur les faux-quartiers de la selle.

 

les deux fouets des postillons, signés Swaine & Adeney, à manches courts, gainés de fines lamelles noires de fanon de baleine  tressées, et ornés d’un culot et de viroles en argent ciselé (décor de cartouches et de feuillages), et aux montures de cuir blanc ;

 

Fouets des postillons de d’Aumont, signés Swaine & Adeney à Londres.

Fouets des postillons de d’Aumont, signés Swaine & Adeney à Londres.

 

et, rarissimes, les deux livrées de ces postillons : culottes à pont, à boutons de nacre, en peau naturelle blanche, chemises à col officier en taffetas de soie vert empire, gilets à cols en satin de soie rayé blanc et jaune, casaques en satin de soie rayé blanc et vert, couleurs des Sabatier, garnies sur le devant et aux manches de rangs de petits boutons de passementerie blancs et verts.

 

 

Livrées des postillons de d’Aumont, aux couleurs de la famille Sabatier.

Livrées des postillons de d’Aumont, aux couleurs de la famille Sabatier.

 

Outre ces quelques restes de l’équipage à la d’Aumont, plusieurs aciers ont également été classés :

Un mors du XVIIe siècle, à canon brisé et grandes branches « à la connétable » en forme de S (27 cm de longueur)  avec gourmette à anneaux ovales torsadés et fausse-gourmette faite de maillons très fins en fil de fer.

 

Mors à branches « à la connétable », XVIIe siècle.

Mors à branches « à la connétable », XVIIe siècle.

 

Un mors du XIXe siècle, à branches droites, ornée chacune d’un large motif circulaire enserrant un décor formant remplage.

 

Mors à décor de remplage, XIXe siècle.

Mors à décor de remplage, XIXe siècle.

 

Un très beau mors d’attelage, sans doute anglais, à branches complexes (29,5 cm) décorées de fleurons quadrilobés et de grandes bossettes (7 cm) en forme de cartouches rectangulaires aux angles abattus portant des armoiries sommées d’une couronne comtale.

 

Mors d’attelage à bossettes en forme de cartouches rectangulaires armoiriés.

Mors d’attelage à bossettes en forme de cartouches rectangulaires armoiriés.

 

Un mors Liverpool, à canon très légèrement cintré dit à pompe, signé “ Germain à Paris ”.

 

Une paire de mors d’attelage, anglais (?), à grandes branches complexes (25 cm), en forme de S, ornées chacune d’un fleuron quadrilobé avec motifs en pointe de diamant.

 

Paire de mors d’attelage, à grandes branches ornées d’un fleuron quadrilobé.

Paire de mors d’attelage, à grandes branches ornées d’un fleuron quadrilobé.

 

Une paire de très beaux mors d’attelage Buxton à grandes bossettes ovales armoriées (9 cm), dont les deux branches (26 cm) et la barrette courbe qui les réunie dans leur partie inférieure sont forgées d’une seule pièce.

 

Paire de mors d’attelage Buxton à grandes bossettes ovales armoriées.

Paire de mors d’attelage Buxton à grandes bossettes ovales armoriées.

 

Destiné à faire ingérer à un cheval malade des potions médicamenteuses qu’il refuse d’avaler, un mors vétérinaire, robuste, dont la beauté réside dans sa forme simple et dans la qualité de son exécution. Il est composé d’une grosse embouchure cylindrique creuse, percée en son centre d’une petite ouverture circulaire (2 cm de diamètre) pour l’écoulement des potions versées dans la bouche du cheval au moyen d’un étroit entonnoir conique encastré perpendiculairement à une extrémité de l’embouchure.

 

 

Mors vétérinaire.

Mors vétérinaire.

 

Le classement de ces objets est un véritable évènement, les ouvrages de sellerie et d’éperonnerie, à l’exception des pièces de la sellerie du château de la famille d’Orléans à Randan, étant jusqu’alors quasiment absents du gigantesque corpus des objets classés. Il constitue une avancée importante dans la reconnaissance et la préservation du patrimoine équestre.

 

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 09:22
Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"

 

Dès la création de ce site, il y a maintenant dix ans, nous avons exprimé nos inquiétudes sur le devenir des exceptionnelles collections du "Musée de la Voiture de Compiègne".

Dans l'article  "Musée National de la Voiture de Compiègne" , nous avons précisé l'histoire de ce musée et insisté sur les inacceptables conditions dans lesquelles ces collections sont, sinon exposées, du moins entreposées en spécifiant, par ailleurs, que la plus grande partie des voitures hippomobiles était inaccessible au public.

Mais bien avant cet écrit, de nombreuses personnes concernées par le devenir de ce musée ont créé, dès 1992, la "Société des amis du Musée National de la voiture de Compiègne". Cette association  s'est investie dans diverses actions de mise en valeur et de protection de ce lieu unique où se côtoient toutes sortes de véhicules; hippomobiles, automobiles, à vapeur, électriques, cycles,.. Voici une brève présentation de cette association et de ses actions.

 

 

La Société des Amis du Musée National de la Voiture (AMNV) de Compiègne

 

La Société des Amis du Musée de la Voiture et du Tourisme est régie par la loi du 1er juillet 1901; son siège social est au Palais National à Compiègne. Elle est affiliée à la Fédération Française des Sociétés d'Amis de Musées (FFSAM) et à la Fédération Française des Véhicules d’Epoque (FFVE).

Elle s’est donnée pour objet social de participer à l’enrichissement des collections du Musée, à la consolidation des liens entre ledit Musée et les milieux professionnels concernés par les collections, au soutien des opérations de recherche et de valorisation entreprises par le Musée, à l’organisation de conférences, d’expositions et d'autres manifestations qui peuvent y être liées.

A l’occasion du Salon Rétromobile de février 2018, elle a fait éditer un dépliant (en anglais et en français) qui vous permettra d'avoir une vision plus complète du fonctionnement  de l' A.M.N.V.

 

 

Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"
Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"

 

et des actions qu'elle a engagées.

 

Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"
Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"

 

L’AMNV est attentive à l’avenir des collections du Musée. Sa motivation première est la question du devenir du Musée de la Voiture, un sujet crucial tant au niveau de la conservation de ses collections que de son ouverture la plus complète aux visiteurs.

 

L’AMNV ne peut qu’encourager et soutenir le projet du futur musée.

 

Pour qu'un musée adapté à la protection et à la mise en valeur de ce patrimoine national, que le monde entier envie à la France, soit enfin réalisé, il est indispensable que nous nous mobilisions et soutenions les actions la "Société des Amis du Musée National de la Voiture de Compiègne". 

 

 

Bulletin d'adhésion.

 

 

Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"
Rejoindre les " Amis du Musée de la Voiture de Compiègne"

 

De plus, cette adhésion à l'association vous donne droit 

- à la gratuité de la visite du musée.

- au bulletin d'informations sur les activités et actualités du musée.

- à la participation à des conférences ou voyages à thème (collections privées)

- à des visites privilégiées du musée, la présentation des acquisitions, la visite       guidée des ateliers de restauration, etc 

 

 

 

 

Patrick Magnaudeix

 

 

Exemple d'une visite de l'atelier de restauration.
Exemple d'une visite de l'atelier de restauration.
Exemple d'une visite de l'atelier de restauration.
Exemple d'une visite de l'atelier de restauration.
Exemple d'une visite de l'atelier de restauration.

Exemple d'une visite de l'atelier de restauration.

 

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 08:19

 

 

Lisbonne; une scénographie

 

à la hauteur de la collection

 

 

 

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

 

 

L'article, "le musée National des carrosses de Lis bonne; En route vers l'excellence" , nous a permis de vous présenter l'exceptionnelle collection du musée des carrosses de Lisbonne.

Lors de notre visite, la scénographie, pour des difficultés de financement, n'avait pas encore été finalisée. Au mois de mai, ce point d'orgue à l'excellence de ce musée a été réalisé pendant une fermeture de quelques semaines. Cette finalisation a été précédée par une longue période de préparation ou la place et l'environnement de chaque voiture et autres objets ont été soigneusement  étudiés.

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collectionLisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

 

Tout a été fait pour que chaque voiture soit entièrement visible sous tous les angles et que rien n'entrave une vison globale de l'objet tout en étant très proche. Ici, pas de main courante ou barrière qui entravent la visibilité mais une délimitation au sol par un caisson légèrement surélevé.

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collectionLisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

 

Ces séparations relativement larges supportent une présentation succinte de la voiture et de son histoire.

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

 

Cette présentation fixe est complétée par des plots intégrant un écran d'information digital interactif permettant au visiteur de compléter son information.

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

 

Les murs sont utilisés comme des écrans permettant de recréer l'environnement historique de la voiture ou d'en mettre en exergue le moindre détail.

 

 

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

 

Depuis fin mai, le musée, dans sa nouvelle présentation, est de nouveau ouvert au public. 

Alors n'hésitez pas à visiter cette collection exceptionnelle, magnifiquement mise en valeur par sa nouvelle scénographie. 

 

 

 

 

Texte:

Patrick Magnaudeix

 

Photos

Musée de Lisbonne.

 

Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collectionLisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection
Lisbonne; une scénographie à la hauteur de la collectionLisbonne; une scénographie à la hauteur de la collection

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 08:16

 

 

La Saga de la première collection

 

 

du Baron Jean Casier

 

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Lors d’un rassemblement de voitures anciennes, une voiture très élégante devait attirer mon attention. Mon voisin me confia « c’est une voiture de la première collection du Baron Casier »…

 

Ces dernières années, j’ai eu le bonheur et le privilège de visiter plusieurs collections. A chaque fois où je fus attiré par une voiture qui« me parle », celle-ci portait la petite couronne à trois boules…

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

La collection Casier a quelque chose de mythique, d’historique et de mystérieuse. Elle est peut-être la collection la plus connue au monde. L’avez-vous vue ? Et si oui, à Nokere, en Belgique? A Charlottesville, en Virginie ? A Elizabethtown, en Pennsylvanie ou à Mannheim, Augsburg, Bromont, Dendermonde, Wenum-Wiesel, Raphèle-les-Arles, Stockbridge, Jerez de la Frontera, Wiehl ou bien une autre ville, quelque part dans le monde, chez un collectionneur de voitures anciennes.

Ces voitures ont vécu une histoire extraordinaire. Elles ont voyagé, en avion, en camion et en bateau sur des milliers de kilomètres avant d’être accueillies par leur actuel propriétaire.

Notre histoire débute en 1908, à la naissance de Jean Casier. Très jeune, il a l’occasion de voir les « anciens » au travail. Ces meneurs, souvent professionnels, de la grande époque (avant 1914) lui transmettent un savoir-faire inégalable. Le Baron Casier est d’abord grand amateur de chasse de vénerie*. Durant de nombreuses saisons, il sera maître d’équipage du Rallye Waregem qui découple dans la voie du lièvre. En 1956, la poliomyélite lui rend très difficile la marche, une selle spéciale lui permet de continuer de monter à cheval et d’entretenir ainsi sa passion.

Le cavalier est aussi meneur et les connaissances en menage qu’il acquiert pendant l’entre deux-guerres vont lui servir sitôt l’armistice de la Seconde Guerre mondiale signée. Hector Franchomme est parmi ces anciens qui lui transmettent son savoir-faire et qui relancera, avec son élève et collègue Casier, l’attelage de tradition et le coaching. Et c’est ainsi qu’en partageant le plaisir de tenir les guides, le Baron Casier conseillera et amènera des dizaines d’amateurs à se tourner vers l’attelage.

Mais revenons tout d’abord au château de Nokere, propriété familiale située prèsdeWaregem dans les Flandres belges et dont les communs abritent de nombreuses voitures hippomobiles. L’Europe est sous le joug de l’Allemagne nazie et la plus part de ces voitures vont être réquisitionnées par les occupants Allemands entre 1940 et 1945et dispersées...

Aussi, quel bonheur de les retrouver, bien des années plus tard lors d’un concours à Aix-la-Chapelle, conduites par des concurrents allemands. Les noms sur les bouchons de roues avaient été limées, elles restaient cependant familières et reconnaissables pour le Baron Casier. Pour la petite histoire, celui qui les avait réquisitionnées, un certain Major Hartmann, était devenu juge International d’attelage de renom et officiait ce jour-là… L’histoire ne le dit pas, mais d’avoir retrouvé ainsi « ses voitures » a peut-être déclenché cette envie folle d’en rassembler bien d’autres.

 

Une collection prestigieuse voit le jour

 

Pendant les années 50, le Baron Casier est pratiquement le seul à acheter des voitures ; sa collection prend forme. Connaissant sa passion, bon nombre de gens lui offrent même leurs voitures. Tous les coins et recoins du château de Nokere ainsi que les dépendances se remplissent de voitures, classées le plus souvent par type. Pas moins de 16 remises, granges ou étables différentes sont pleines à craquer. Le collectionneur tient un inventaire précis, manuscrit à l’encre bleue.

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Des acquisitions impensables aujourd’hui trouvent le chemin de Nokere.

 

A l'intérieur des remises de Nokere début des années 1980
A l'intérieur des remises de Nokere début des années 1980
A l'intérieur des remises de Nokere début des années 1980

A l'intérieur des remises de Nokere début des années 1980

 

Lydia, comtesse de Boigne, née Bugatti, la fille cadette d’Ettore Bugatti, invite le Baron Casier dans son château à Ermenonville, près de Paris. La collection d’une douzaine de voitures hippomobiles,en partie construites ou utilisées par son père,est intacte. A trois reprises, le Baron Casier prend la direction d’Ermenonville ouvrant la voie avec sa Citroën, les banquettes des voitures achetées sont arrimées sur le toit, pour faire de la place au cas où. Son camion le suit. Curieux cortège qui nécessitera force d’explications et beaucoup d’imagination pour expliquer tout cela aux douaniers. Le prince Philippe d’Édinbourg viendra à Nokere pour admirer les Bugatti. De même, le Bugatti Club d’Angleterre, bien entendu au volant de leurs automobiles à la robe bleu, si reconnaissable. Ils s’émerveilleront devant les freins du coach, identiques à ceux d’une Bugatti Type 46.

 

Poney phaéton Bugatti

Poney phaéton Bugatti

Coupé coach Bugatti, Molsheim

Coupé coach Bugatti, Molsheim

 

 Le prince Philippe d’Édinbourg viendra à Nokere pour admirer les Bugatti. De même, le Bugatti Club d’Angleterre, bien entendu au volant de leurs automobiles à la robe bleu, si reconnaissable. Ils s’émerveilleront devant les freins du coach, identiques à ceux d’une Bugatti Type 46.

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Le Roi Baudouin de Belgique n’était pas « cheval » comme on dit ; son intendant proposera au Baron Casier,un Landau et une Berline, de la maison royale, complétés par les harnais et uniformes ainsi qu’un cheval. Le Baron donnera sa parole de ne jamais atteler ces voitures avec les armes royales visibles. Par conséquent et contraire à la coutume, ces armes ne seront pas enlevées après la transaction.

 

Landau de la cours royale belge, Snutsell Freres, Bruxelles
Landau de la cours royale belge, Snutsell Freres, BruxellesLandau de la cours royale belge, Snutsell Freres, Bruxelles

Landau de la cours royale belge, Snutsell Freres, Bruxelles

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Ne croyez pas que toute acquisition était aussi facile. De très nombreuses visites à Mademoiselle de Dobbeleir, avec maintes courbettes et courtoisies, seront nécessaires avant de pouvoir amener le contenu de ses remises à Nokere.

 

Break de chasse, Dominique et Ernest Snutsel, Bruxelles

Break de chasse, Dominique et Ernest Snutsel, Bruxelles

Dog-cart Snutsel § fils, Bruxelles.

Dog-cart Snutsel § fils, Bruxelles.

Milord Mühlbacher, Paris

Milord Mühlbacher, Paris

 

Pour le simple plaisir ou pour une occasion importante, le Baron sortait une de ses voitures. La collection était vivante…, et non figée. Ainsi, s’il y avait déjà une voiture d’un certain modèle, la nouvelle arrivée était jugée, et si plus belle elle était, sa concurrente était revendue.

 

Le coupé coach Bugatti attelé à Nokere

Le coupé coach Bugatti attelé à Nokere

 

Chez les Kluge

 

Outre-Atlantique, en 1976, Gigi Fisdell, grande dame new-yorkaise, organise un dîner réunissant plusieurs amis ; parmi eux, John Werner Kluge, désigné par Forbes comme l’homme le plus riche au monde et Patricia Rose. La belle Patricia a des ancêtres écossais et irakiens. Son press-book déborde de splendides films et photos, où elle apparaît dans son plus simple appareil. Ce soir-là, Patricia montrera son talent de danseuse du ventre. John Kluge tombe sous le charme, se convertit au catholicisme pour épouser la belle Patricia à la cathédrale St Patrick, à Manhattan,le 24 mai 1981, devant un parterre de quelques 500 invités. Le couple mène une vie sociale très active. Ils achètent un pavillon de chasse en Ecosse. Leur voisine directe, la Reine Élisabeth II ne viendra jamais prendre le thé….

 

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Le couple construit une propriété dans le comté d’Albermarle, en Virginie. La propriété grandiose, conçue par l’architecte David Easton, pouvait se comparer à ces grands châteaux et demeures britanniques du XVIIIe siècle avec jardins à l’anglaise sur plusieurs niveaux, fontaines et cinq lacs qu’il aura fallu creuser. N’oublions pas la remise de 4.100 m2 avec musée, salons et restaurant. Sachez que cet endroit magnifique de la campagne vallonnée et boisée virginienne se  vante d’une densité importante de millionnaires au km2. Leurs voisins ont pour nom, Sam Shepard, Jessica Lange, Muhammad Ali ou encore Martina Navratilova ainsi que Steven Soderbergh. Un autre voisin, tout aussi célèbre,occupait le domaine de Monticello. Il s’agit de Thomas Jefferson, ambassadeur en France de 1785 à 1789, troisième Président des États Unis, signataire avec Napoléon de l’achat de la Louisiane et fondateur de l’université de Virginie.

 

 

Le manoir "British" d'Albermarle, la remise à gauche avec son clocheton. Vue sur le parc. Le tout a été créé de toutes pièces en moins de cinq ans.
Le manoir "British" d'Albermarle, la remise à gauche avec son clocheton. Vue sur le parc. Le tout a été créé de toutes pièces en moins de cinq ans.

Le manoir "British" d'Albermarle, la remise à gauche avec son clocheton. Vue sur le parc. Le tout a été créé de toutes pièces en moins de cinq ans.

 

Une grande maison, tel qu’ Albermarle, a besoin d’une collection de voitures hippomobiles. Le comte Philippe de Villegas, d’ origine belge et résidant aux USA, va jouer les entremetteurs…, pour amener les Kluge au Château de Nokere et les présenter au Baron Casier. Là, ils vont avoir l’occasion d’admirer « la plus belle collection de voitures de maître du XIXe siècle », aux dires des journaux de l’époque.

 

Show wagon, Mills, Londres

Show wagon, Mills, Londres

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier
La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Sans nul doute, une telle collection constituerait la pièce maîtresse de leur manoir « so british »,en Virginie. Le Baron Casier va se laisser convaincre de céder une cinquantaine de voitures. Celles de sa « première » collection. Et cela pour le plus grand plaisir de son épouse qui voit, dans la transaction, l’occasion de libérer de l’espace dans ses dépendances!

Reste la petite question financière. Le mythe du chèque en blanc et qui aurait été rempli par le Baron Casier, lui-même,est une légende. En effet, en Belgique, il n’y a pas de tradition de paiement par chèque et certainement pas lors d’une transaction transfrontalière. Ce qui est certain, c’est qu’une collection exceptionnelle, méritait un prix exceptionnel...

 

 

 

A vous couper le souffle

 

 

Voilà donc le contenu des remises du manoir d’Albermarle acquis par un simple trait de plume. Encore faut-il que l’intendance suive. La société Ziegler, située près du Port Fluvial de Bruxelles,va assurer le transport en camion jusqu’à leurs ateliers, emballe voitures et accessoires…Deux avions seront affrétés pour expédier ces trésors à l’aéroport de Raleigh,en Caroline du Nord.

La présentation de la collection dans le nouveau musée, enrichie par d’autres voitures, est soignée : mannequins de chevaux, harnais, mobilier ;Ettore Bugatti lui-même, en vêtements d’époque,vous accueille. Le curateur Owen Best consacrera cinq années à créer une ambiance inégalée. Et une visite s’organise deux mois à l’avance. L’historien américain, KenWheeling découvrira la collection avec les membres de la Carriage Association of America. « La collection contient chaque type de coach ou de voiture, sous la signature des meilleurs carrossiers au monde…Pouvoir examiner ces voitures merveilleuses est à vous couper le souffle. Autant d’espace pour étudier, tourner et admirer de près….De magnifiques grandes photos au mur permettent d’imaginer le contexte historique de leur utilisation».

Les voitures sont également attelées. Deux meneurs avec leur équipe et leurs chevaux sont actifs des deux côtés de l’Atlantique : Sem Groenewoud, médaillé d’or en attelage à quatre et David Saunders, un ancien cocher du Royal Mews, à Londres. Les attelages des Kluge se distinguent. C’est ainsi que sa Majesté, la Reine Elisabeth II remettra la coupe…, au cocher, après sa victoire au Royal Windsor Show, dans la catégorie à deux chevaux. 

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Madame Patricia Kluge devra « se contenter »de recevoir des mains du Prince Phillip, le trophée du Silver Partridge, une récompense pour son don de 25.000$ pour la conservation de la faune.Une distinction qui vaut une petite explication.

Albermarle, est aussi domaine de chasse. Et les invités, équipés de vêtements de tweed anglais mis à leur disposition par la maison, s’en vont tirer faisans, canards et autres volatiles, gagnant leur poste à bord des breaks, bien entendu attelés.Ici, une équipe de quatre gardes-chasse élèvent plus de 10.000 faisans, 3.000 canards…, pour le plaisir des Nemrod les plus affutés. Pour que les battues se déroulent au mieux, les gardes-chasse s’étaient « occupés » auparavant de quelques 125 faucons, espèce protégée, et inévitablement attirés par ce banquet fabuleux qui se présentait ainsi que d’une trentaine de chiens des voisins qui vagabondaient sur le domaine et qui auront été piégés. Quel scandale ! Les plaintes s’accumulent amenant une quarantaine de gardes fédéraux et de policiers de l’Etat de Virginie à faire diligence. Le chef des gardes du domaine, d’origine irlandaise et ses acolytes anglais jugés fautifs seront expulsés des Etats Unis. Une conférence de presse « magistrale » permettra à Patricia Kluge de convaincre les journalistes qu’elle était horrifiée et ignorante… Un don de 25.000$ fera le reste…

 

 

Un rêve dispersé

 

Les Kluge savent recevoir. Ainsi pour les 40 ans de Patricia, un million de dollars sont dépensés pour une petite fête d’anniversaire organisée au Waldorf Astoria de New York. Parmi les 400 invités, Frank Sinatra. La vie de jetset et ses dépenses sans mesure vont cependant prendre fin le 22 avril 1990 avec le divorce, réputé le plus cher au monde, des époux Kluge.

Patricia Kluge garde la magnifique résidence et sur les terres du domaine, elle crée un vignoble d’une qualité superbe mais d’un rendement économique médiocre. Une activité de vigneron qui va lui coûter fort cher puisqu’ elle absorbera la totalité de son indemnité de divorce, l’obligeant à vendre d’abord le contenu de la maison, puis la belle demeure et finalement le vignoble ainsi que les chais. La maison seule est évalué à 100 millions de $. Dans une histoire aussi fantastique, vous vous doutez bien qu’il y a quelques surprises. Sotheby’s organise la vente du contenu de la maison. Le catalogue de 933 lots pèse presque 2 kilos. Un ami de la famille, Donald Trump, vient à l’aide pour l’immobilier. Pour 150.000$, il achète les terres et le chemin d’accès au domaine et y plante de gros panneaux « propriété privée ». Ensuite, il achète les 80 hectares de parc autour de la maison pour la modique somme de 500.000$. Faute d’amateurs pour acheter une maison inaccessible car sans allée d’accès, la belle demeure tombera dans son escarcelle pour 6.500.000 $. Si l’envie vous prend de passer la nuit à Albermarle, le manoir a été transformé en Bed & Breakfast ; choisissez parmi les dix chambres ou suites à partir de 259$ par nuit.

 

 

 

Une vente, on ne peut plus curieuse…

 

De son côté, John Kluge fait don des fermes d’ Albermarle et leurs 3 000 hectares de terre, estimées pour la modique somme de 45 millions de dollars à l’Université de Virginia. La « plus belle »collection de voitures hippomobiles au monde suit le même sort. Cadeau empoisonné, l’ Université ne sait pas quoi faire de ces 75 voitures. Des initiés s’approchent de l’Université et plusieurs voitures exceptionnelles parmi lesquelles les voitures royales belges, changent discrètement de mains.

 

 

Les autres sont confiées à une maison de ventes aux enchères, en Pennsylvanie. La vente est fixée aux 3 et 4 Novembre 2000, à Elizabethtown. De manière forte étrange, le catalogue et la publicité autour de la vente ne mentionnent pas la provenance extraordinaire de la collection. Au contraire, les voitures sont éparpillées dans le catalogue. Une Bugatti se voit présentée suite à un Phaeton neuf de Sierakowski. La ville de Liège, en Belgique, devient« Leige » ; la marque Snutsel est orthographiée de trois manières différentes ;la nouvelle ville d’« Alouvain »est créé en France sauf si vous êtes intéressé par un Break de chasse du carrossier G. Malcorps, de Louvain, en Belgique. Vous pouvez également acheter une Van Derr Plas, une Mulbacher ou partir à la recherche du nouveau département français de la Mevre. Mais le plus incroyable est l’absence de toute mention de la provenance Casier ou Kluge dans l’ouvrage.

 

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Les voitures arrivent à Elizabethtown. Elles sont débarquées des camions et déposées, pèle-mêle, sur le terrain. Harnais et lampes, presque toutes sans description aucune, sont regroupés avec 800 lots d’objets de collection.

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Un grand restaurateur européen, bien connu pour les belles voitures américaines qu’il peut vous proposer me confiera : « Je n’ai pas assisté à la vente car je n’étais pas au courant. Si oui, je sautai dans le premier avion». Ken Wheeling écrira dans The Carriage Journal : «Quelle pléiade de voitures attend les acheteurs qui scrutent, lorgnent, si désireux de posséder, un jour, telle ou telle voiture. En finale, inévitablement et immuablement, un autre jalon a été posé dans l’histoire des collections de voitures :une autre grande collection est passée sous le marteau et a été dispersée …Des voitures que l’on voit très rarement dans notre pays (Etats-Unis)… ».

Le jeudi soir précédant la vente, lors d’un dîner, Nick Wood de Fairbourne Carriages d’Angleterre fait une présentation des voitures, il avait parcouru l’exposition et la commente aux intéressés. Le vendredi, le commissaire-priseur, Paul Z.Martin,vend 69 voitures modernes et anciennes avant d’arriver au lot 70. La première voiture « Casier » à passer sous le marteau : le Coupé Coach Bugatti. Cette voiture unique restera aux Etats Unis. Heureusement,les acheteurs ont su obtenir également les cinq harnais exceptionnels avec leurs colliers blancs à garnitures en argent et ivoire. Et pourquoi pas les quatre mannequins de chevaux et la statue d’ Ettore Bugatti, habillé en costume d’époque.

 

Coupé coach, Bugatti, Molsheim

Coupé coach, Bugatti, Molsheim

 

Suivront 23 voitures des plus grands noms de la carrosserie belge et française ; certains à des prix ridicules, 5.000$ pour un Ralli Car exquis de Gamette à Liège, un Stanhope Phaéton de Dominique&Ernest Snutsel en état parfait pour 10.000$, un Break six places par Mühlbacher pour 20.000 $ ou encore un Park Drag de Million &Guiet pour 45.000$. 

 

 

Dans les jours qui suivent, ces voitures se dispersent aux quatre coins du monde, certaines vers des marchands, d’autres vers des remises où elles seront à nouveau choyées, frottées, admirées et aimées. La plupart ont la chance de se voir atteler dans des evènements.

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Aux quatre coins du monde

 

Vous avez cinq minutes ? On fait un petit tour du monde pour rendre visite à ces perles de collection.

Au Massachusetts, nous retrouvons une voiture Coupé de voyage en compagnie d’un ravissant Poney Phaëton, les deux de la main de Maître Bugatti. Les sièges avant du Phaëtons ont réalisés avec des piliers « Stanhope », ornés de la couronne Casier. Ayant très peu servie, cette voiture est chaussée de ses bandages caoutchouc originaux. Encore une ? Un Park Drag signé Million & Guiet. La collection appartient à Harvey & Mary Waller.

 

 

Dans l’état de New York, dans les écuries et remises de Carol Lyden, nous admirons un des« bouchons » les plus rares sur un Road Cart à deux roues peint en jaune « maison » et signé Ettore Bugatti!

Le soleil de Floride baigne la collection de Gloria Austin, à Weirsdale. Aux voitures de gala royales succèdent des voitures de maître et des coachs sans oublier les traineaux ou chaises, voire des voitures singulières comme cette voiture de jardin d’un couvent brugeois ou bien cette « Vinaigrette »sauvées par le Baron Casier. Un magnifique Stanhope Gig par Rothschild & Fils de Paris, à la couleur jaune de la maison, complète la palette.

 

Stanhope Gig, Rothschild, Paris

Stanhope Gig, Rothschild, Paris

 

De Bromont, la collection exceptionnelle de Paul Bienvenu a été transportée au Musée de la Civilisation de Québec. Paul a fait don au peuple Canadien d’une collection de traineaux et de voitures de carrossiers canadiens qui retrace l’histoire de ce grand pays. Parmi les trésors ainsi conservés, un Demi mail Phaeton par Meuris frères de Bruxelles.

Près d’ Apeldoorn aux Pays-Bas, nous retrouvons une collection exquise. Chaque voiture est un exemple de son type. Un Break six places par Mühlbacher de Paris s’est lofé dans une dépendance, à côté des écuries, où il attend patiemment son tour pour être sorti lors d’un évènement prestigieux. Son propriétaire ? Fred Hollaender, Président du Private Driving Club.

Quatre voitures ont trouvé le chemin des vastes remises de la collection Heinz Scheidel, à Mannheim :

  • le Landau de Demi Gala fût construit en 1870 pour la Comtesse de Flandres, Marie, Princesse de Hohenzollern Sigmaringen et épouse du Comte Philippe de Flandres par l’éminent carrossier Bruxellois Snutsel. Leur fils, le Roi des Belges, Albert Ier, hérite de cette voiture en 1912. Elle est mise au service de la Maison Royale. Lors de l’achat par le Baron Casier, par grande exception, les armes royales n’ont pas été effacées. Les petites couronnes en laiton sur le coffre avant et les lampes avaient été enlevées et furent retrouvées, des années après, chez un marchand bruxellois. Aujourd’hui, la voiture est à nouveau complète, elle peut être sortie à la Daumont, avec les harnais et uniformes disponibles ou avec le siège de cocher amovible.
  • Ettore Bugatti a acheté ce Break de chasse chez le carrossier alsacien Widerkehr, à Colmar. Bugatti entretenait une relation étroite avec la maison Widerkehr, qui lui fournira des pièces pour, entre autres, le Poney Phaëton de sa signature. Le Grand Break de chasse, attelé à quatre, a fièrement pris place dans la rangée des Coach de la collection. Le 27 mars 2011 à Lanaken (B) lors d’une journée rencontre entre automobiles Bugatti et voitures hippomobiles, le Break, attelé à quatre, illustrait la facette« cheval »de Bugatti.
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Break de chasse Winderkehr Colmar, collection à Manheim

Break de chasse Winderkehr Colmar, collection à Manheim

 

  • Un grenier rassemble les voitures en bois naturel. Le brun foncé patiné d’un Governess Cart saute à l’œil. Cette simple voiture de travail est un exemple superbe du type.
  • Van denPlas, à Bruxelles, est connu pour son travail méticuleux. Une pièce unique, un Coach-Omnibus, a une place d’honneur à Mannheim. Chaque détail de la voiture est soigné. Le Directeur de la collection, Hans-Werner Hamacher a tenu à présenter la voiture au complet avec mannequins de chevaux et harnais. La voiture faisait partie des remises de la famille de Dobbeleir ; sa dernière sortie date de juillet 2013, lors de la 9ème Route de Lorraine.
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La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

Une collection, très privée, de renommée mondiale, à Augsburg, cache la Berline « Diane » par Schürmann de Bruxelles. Construite en 1867, sa provenance est identique au Landau: le comte et la comtesse de Flandres et le Roi Albert Ier. La voiture n’a vu que deux années de service royal avant-guerre, où elle véhiculait le roi au Parlement ainsi qu’à la Cathédrale ou bien convoyait des chefs d’Etat,en visite.

En seulement onze mois, un bâtiment moderne en bois et verre a vu le jour à Wiehl, en Allemagne. Ouvert depuis 2013, 62 voitures de la collection de Siegward Tesch y sont exposées et préservées à température et humidité contrôlées. Deux voitures « Casier » ne pouvaient pas y manquer : un Break de chasse, par Binder à Paris, vers 1890 et une voiture légère d’entrainement par Mills, à Londres. Une étude par Andres Furger de la voiture légère et sa suspension innovante indique un possible échange entre Bugatti et Bertram Mills.

 

La Saga de la première collection du Baron Jean Casier

 

A  Monte de Ravasquiera, au Portugal, les portes de la collection de la famille de Melo sont toujours grandes ouvertes aux passionnés d’attelage. Un Road Coach Million & Guiet occupe une place d’honneur. Carrossée à Paris, la voiture a reçu un système de freinage très original sur le train arrière.

Un dernier arrêt, nous mène à Jerez de la Frontera où la famille Guttierez possède un Phaëton de couleur bleu prussien avec un passage de roues très élégant.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Bien que la liste soit impressionnante, en nombre et en qualité, elle reste incomplète; les voitures ont voyagé partout en Europe et aux États-Unis. Elles ont une histoire commune et ont été sélectionnées comme« les meilleures » par un meneur, un collectionneur et un homme de cheval exceptionnel, le Baron Jean Casier.

 

 

 

 

Texte:

Stephan Broeckx

Article publié dans le N) 102 d'Attelage magazine

 

Photos:

François Durand d’Attelages Magazine, The Carriage Journal, courtoisie du Baron et Baronne Philippe Casier, d’Heinz Scheidel, d’Andres Furger etde SiegwardTesch

 

Remerciements

« J’adresse mes plus vifs remerciements au Baron et à la Baronne Philippe Casier ainsi que par ordre alphabétique à Gloria Austin, Paul Bienvenu, Mario Broekhuis, Albert de Busschere, Andres Furger, Antonio Guttierez, Hans-Werner Hamacher, Fred Hollaender, Manu de Landtsheer, Jean-Louis Libourel, Kurt Meyer, Catherine Rommelaere, Jill Ryder, David Saunders, Heinz Scheidel, Patrick Schroven, Jennifer Singleton, SiegwardTesch, Mary Stokes Waller, Ken Wheeling, Jane Wood.

Leur accueil, conseil et avis ont été précieux pour la rédaction de cet article ».

Stephan Broeckx.

 

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 08:14

 

 

 

RETROMOBILE

 

8-12 Février 2017

 

 

 

Retromobile 8-12 Février 2017 Porte de Versailles à Paris

 

 

 

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Retromobile 8-12 Février 2017 Porte de Versailles à Paris
Retromobile 8-12 Février 2017 Porte de Versailles à Paris
Retromobile 8-12 Février 2017 Porte de Versailles à Paris
Retromobile 8-12 Février 2017 Porte de Versailles à Paris
Retromobile 8-12 Février 2017 Porte de Versailles à Paris

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 10:23

 

 

Le Musée de la Voiture à Cheval, à Marcigny :

 

une collection vagabonde

 

A Marcigny, village de 1800 habitants dans le département de la Saône-et-Loire, existe l’un des tout derniers musées  hippomobiles privés de France, sinon le dernier, Le Musée de la voiture à cheval. Son créateur, monsieur Louis Lacroix, collectionne les véhicules hippomobiles depuis longtemps. Passionné, il a transmis son goût des voitures à son fils Franck. 

Contrairement à beaucoup d’autres collectionneurs, il a toujours souhaité partager sa passion des voitures avec tous. L’ouverture de sa collection au public a été une aventure qui a connu plusieurs étapes.

La première tentative, sous le nom de Musée des Attelages de la Belle Epoque remonte à 1985. La collection était alors présentée tout près de Marcigny, modestement, dans une dépendance du château de La Garde à Saint-Martin-du-Lac. C’est en ce lieu que nous l’avions vue pour la première fois en 1993. De cette première visite, outre l’aimable et généreux accueil de monsieur Louis Lacroix, nous gardons le souvenir précis d’une petite briska-wourch, alors dans son état d’origine avec une belle garniture intérieure à larges galons fleuris, signée Buy, carrossier actif à Paris entre 1837 et 1850 : une rareté ! 

 

Dans le but d’une meilleure présentation et d’un meilleur accueil du public, monsieur Lacroix transporta en 1995 son Musée des Attelages de la Belle Epoque à Souillac (Lot). Après quelques années d’une exploitation insatisfaisante, notre collectionneur rapatrie ses chères voitures dans son village de Marcigny en 2002. Là, il les installe dans un vaste bâtiment  qui ouvre ses portes au public en 2006 avec le nom de Musée de la voiture à cheval. Ainsi, après avoir vagabondé pendant plus de vingt ans, la collection Lacroix est revenue à son point de départ.

 

 

Un panorama de la carrosserie française

 

 

Les nombreux véhicules de la collection Lacroix, de luxe ou de service, voitures de ville, de promenade, de sport, fermées ou découvertes, voitures utilitaires, offrent un large panorama, à la fois typologique et topographique, de la carrosserie française au XIXe siècle. Milords, coupés, omnibus privés, sociables, wourchs, coaches, petits ducs, phaétons, wagonnettes, breaks, fourgons, tilbury, tonneau, cabriolet, illustrent la grande diversité des types. Les fabricants présents dans la collection sont également nombreux ; l’implantation de leurs ateliers sur l’ensemble du territoire national  témoigne de l’intense vitalité de l’industrie de la carrosserie dans tout le pays. Les voitures sont originaires de Pau, Roanne, Narbonne, Colmar, Digoin, Orléans, Charolles, Clamecy, Moulins, Limoges, Sancoins, Périgueux, Clermont-Ferrand, Nantes, Noyon, Angoulême, Saint-Pourçain, Villefranche-sur-Saône, Ligny-en-Brionnais, sans oublier Paris, Lyon et Toulouse, grands centres de la production hippomobile.

 

Paris tient la première place avec ses carrossiers illustres : Binder Aîné (un petit coupé de ville), Henry Binder (un coupé trois-quarts et un tonneau), Vachette (un petit coupé de ville), Valette (une tapissière), Michalon (un milord), Almire Serrée (un sociable), Mühlbacher (un sociable, un milord et un petit coupé de ville), Belvallette & Cie (un milord), Rebut (un petit coupé de ville), Buy (une briska-wourch), Morel-Thibaut (un omnibus à capucine), Kellner (un phaéton), J. Hoogstoel & Cie (un phaéton de dame), J. Palmade (un cabriolet), Million & Guiet (un road-coach et un milord), Ehrler (un milord), Morel (un park drag).

Collomb (un Sociable), Mantoux (un coupé Clarence), Faurax (un omnibus), Roberjot & Cie (un phaéton-spider), Gacon & Cie (un break petit modèle), Depigny (un break garden) illustrent la carrosserie lyonnaise.

Deux fabricants toulousains, Dupiech (un wourch ayant appartenu à la Comtesse de Ségur) et Baqué (un Omnibus) représentent la production de la ville rose.

 

Enfin, il faut citer quelques-uns des treize carrossiers qui ont été actifs à Marcigny et qui sont présents dans la collection Lacroix: Labaune (un petit coupé de ville), Cognard et Rondet (un petit duc en osier), Roux et Caron (une wagonnette), Bordat (un phaéton).

 

Coups de cœur

 

 

Plus de soixante véhicules sont exposés dans le Musée. Impossible de les mentionner tous. Aussi, nous nous limiterons à quelques-uns qui ont davantage retenu notre attention.

Viennent en premier lieu deux fleurons de la carrosserie parisienne, faisant partie des pièces maîtresses de la collection : un Road-coach et un Park-drag. Leurs auteurs sont des fabricants de grand renom : Million-Guiet pour le premier, Morel pour le second. Leurs provenances sont également prestigieuses : ils ont appartenu à deux collections réputées, celle du baron Jean Casier pour le Road-coach, et celle de madame Dina Vierny pour le Park-drag. Le Road Coach Million-Guiet n° 6559, puissant et majestueux, possède une caisse en bateau au dessin si caractéristique du style inimitable de Michel Guiet. Il est équipé d’un frein à câble d’origine et garni d’un lambris intérieur également typique de la manière Guiet. Le Park-drag Morel n° 2517, plus léger, est une rareté dans l’œuvre de ce carrossier : en effet, un seul autre exemplaire est connu, conservé au Museo delle carrozze de la Villa Pignatelli à Naples.

 

.Road-coach n° 6559 par Million-Guiet à Paris

.Road-coach n° 6559 par Million-Guiet à Paris

Park-drag n° 2517 par Morel à Paris

Park-drag n° 2517 par Morel à Paris

Nos coups de cœur vont à d’autres réalisations parisiennes. Un sociable de la maison Mühlbacher à  caisse, de forme carrée, montée sur une suspension à huit ressorts. Cette luxueuse voiture a appartenu à la famille d’Eugène Schneider, le célèbre maître de forge du Creusot. Bien avant qu’elle n’entre dans la collection Lacroix et qu’elle soit repeinte en rouge, nous l’avions découverte dans les années 1980, alors en état d’origine, abandonnée au fond d’un bâtiment industriel de Creusot-Loire désaffecté. Un élégant poney phaéton de dame, à décor de cannage, œuvre d’un carrossier quasiment inconnu, Julien Hoogstoel, actif rue Marbeuf à Paris de 1857 à 1872. 

.Sociable par Mühlbacher à Paris

.Sociable par Mühlbacher à Paris

Phaéton de dame par J. Hoogstoel & Cie à Paris

Phaéton de dame par J. Hoogstoel & Cie à Paris

Ajoutons à cette sélection, bien trop courte, deux créations lyonnaises originales. Un break petit modèle, fabrication n° 2216 des ateliers Gacon & Cie ; cette belle et robuste voiture a pour particularité deux sièges tandem, en vis-à-vis, dont les panneaux arrière et latéraux « à hauteur de coussin », selon l’expression du Guide du Carrossier (1867), sont peints du même rouge que le train ainsi qu’il est de règle pour ce type de sièges.

 

Break petit modèle n° 2216 par Gacon & Cie à Lyon

Break petit modèle n° 2216 par Gacon & Cie à Lyon

Enfin, un imposant Coupé Clarence, n° 143, réalisé par le carrossier Mantoux. C’est l’unique œuvre répertoriée de ce fabricant, connu seulement par une mention de 1841. Du coffre de siège jusqu’à l’arrière de la voiture, une ligne sinueuse unique, aux courbes profondes, donne au bas de caisse un dessin d’une grande perfection. Une ligne d’une rectitude totale, énergiquement relevée à ses extrémités, marque la ceinture de caisse, depuis le siège de cocher jusqu’au grand panneau de derrière. Une baguette métallique souligne fortement ce beau dessin de ceinture. Le volume « arrondi » de ce coupé est accentué par l’avance semi-circulaire très saillante sur le panneau de gorge. Autre intérêt de ce véhicule, conservé dans son état d’origine, son curieux avant-train minutieusement décrit par Patrick Magnaudeix dans son article « Avant-train ; ronds à coulisse” du Clarence de Marcigny », mis en ligne le 2 mars 2011 sur son site www.attelage-patrimoine.com

Coupé Clarence n° 143 par Mantoux à Lyon

Coupé Clarence n° 143 par Mantoux à Lyon

Il faudrait évoquer bien d’autres réussites de la carrosserie hippomobile amoureusement conservées par Louis et Franck Lacroix. Encourageons tous ceux qui aiment les voitures hippomobiles à découvrir les trésors du Musée de la voiture à cheval à Marcigny.

 

*****

 

 

Texte et Photos:

Jean Louis Libourel

 

 

 

Demi-mail phaéton par Firmin à Paris

Demi-mail phaéton par Firmin à Paris

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 22:57

 

 

Musée National des carrosses de

 

Lisbonne;

 

 

en route vers l'excellence.

 

 

 

 

 

Le Musée National des carrosses de Lisbonne n’est pas seulement le lieu d’exposition d'une  exceptionnelle collection de carrosses et voitures du XVI° au XIX° siécle. C’est également un emblème national que tout Portugais se doit de visiter au moins une fois dans sa vie. Donc, son évolution et son avenir sont des enjeux nationaux.

Dans cette situation, la construction d’un nouveau bâtiment, situé pratiquement en face du musée initial et destiné à accueillir une grande partie des collections, a soulevé, pour différentes raisons, de nombreuses interrogations dans tout le pays et au-delà:

- Dans la situation de crise financière actuelle, se lancer dans un tel investissement était un vrai challenge dont la finalisation n'est d'ailleurs pas totalement aboutie. Si la majorité des voitures a pris place dans le nouveau lieu d’exposition, la muséographie pour cause de manque de financement, ne sera mise en place que dans quelques mois *

- Mais c’est le pari esthétique de ce nouveau lieu d'exposition qui a sûrement suscité le plus de polémiques.

 

* Donc, La limitation des espaces par des bandes n'est bien sûr que provisoire.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Je dois avouer avoir été personnellement surpris en arrivant devant ce bâtiment à l’architecture moderne et épurée. L’intérieur est tout aussi déconcertant car constitué de grands espaces rectilignes aux  murs complètements blancs. C’est en pénétrant dans ce surprenant environnement que la magie s’opère.

 

Coupé des "Meninos de Palhava"

Coupé des "Meninos de Palhava"

Construit selon la tradition pour les enfants bâtards du Roi Joäo V, ce coupé du XVIII° siècle de construction portugaise,  dit des "Meninos di Palhavä", a une décoration attribuée au sculpteur Silvestre de Faria et au peintre José Da Costa Negreiros. Caisse vitrée avec rideaux de soie rouge, intérieur de velours rouge et toit en cuir clouté.  Les peintures de panneaux de caisse présentent génies et chérubins tenant des guirlandes et encadrant les armes royales portugaises. 

Dimensions: 560 x 189 x 265.

 

Isolée sur le fond blanc des murs, chaque voiture vous capture et s’offre à vous comme je ne l’ai jamais ressenti dans aucune autre exposition. Vous vous retrouvez comme dans un livre d’art aux images détourées. Mais c’est un livre en trois dimensions qui vous donne assez de recul pour admirer chaque véhicule et assez d’espace pour l’observer sous tous les angles et ainsi découvrir chaque détail.

 

Berline de "la maison du Roi" d'origine française deuxième quart du XVIII°
Berline de "la maison du Roi" d'origine française deuxième quart du XVIII°
Berline de "la maison du Roi" d'origine française deuxième quart du XVIII°

Berline de "la maison du Roi" d'origine française deuxième quart du XVIII°

 Sur cette berline d'apparat du XVIII° siècle, appartenant à la maison du Roi, on discerne chaque détail des décorations laquées, symbolisant les quatre saisons. Celles-ci seraient attribuées aux célèbres vernisseurs parisiens; les "Frères Martin". L'intérieur est tapissé de velours bleu. A noter également l'originalité du marchepied appelé étrier à la portugaise.

Dimensions: 560 x 189 x 265.

 

Le lieu d’exposition situé au premier étage est complété, au rez-de chaussée, par des locaux techniques, non accessibles au public, intégrant les réserves et un vaste espace dédié aux travaux de conservation, éventuellement de restauration des différents fonds du musée. Je vous propose de découvrir ces 2 locaux en commençant par les réserves. 

Ces réserves ultra modernes bénéficient, comme tout l'édifice, d’un contrôle thermique et hygrométrique. Elles abritent un magnifique ensemble constitué de pièces d'éperonnerie, habits,...et bien sur des harnais. Comme pour les voitures, la majorité de ceux ci proviennent du corps des écuries royales et de la maison des équipages. Ils sont en partie démontés pour pouvoir entreposer les pièces les plus fragiles à plat ou sur des supports adaptés. 

 

 

Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

 

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellenceMusée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

La collection d'articles d'éperonnerie et autres objets liés à l'attelage et à l'équitation est également exeptionnelle: fouets, étuis de pistolets, étriers,... 

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellenceMusée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence
Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellenceMusée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence
Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellenceMusée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

A cet ensemble s'ajoute un regroupement de garnitures pour chevaux d'attelage ou de selle; caparaçon, chabraques, housses,... ainsi que de nombreux uniformes portés par les personnels équipages royaux portugais; piqueux cochers, laquais,... 

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellenceMusée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence
Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence
Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellenceMusée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Cette présentation des réserves est incomplète et il faut lui ajouter de nombreux autres objets dont une étonnante collection de trompettes, provenant de la fanfare royale...Toutes les pièces sont classifiées et cotées, ce qui permet aux chercheurs extérieurs et à l'équipe de conservateurs de l'établissement d'y accéder facilement et de les confronter rapidement à leurs fonds documentaires ou à ceux du musée.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Un des atouts maîtres de ce musée est en effet l'existence à demeure d'une équipe technique, composée de conservateurs et techniciens relevant de plusieurs spécialités; métaux, peintures, tissus,..., qui assure le suivi des différentes collections et réalise les opérations de conservation nécessaires.

C'est aussi un lieu de formation pour des élèves se formant à la conservation et à la restauration des patrimoines hippomobiles.

Ce tableau de planification, pour les seules voitures, vous montre l'importance des actions menées.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Visitons donc, maintenant, l'immense local dédié aux travaux de conservation, qui est doté d'un ascenseur d'une taille à la démesure des carrosses exposés.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Il s'y déroulent les travaux les plus conséquents comme la desinsectification des voitures et autres objets par anoxie dynamique, ou des tâches plus méticuleuses; voir ci-dessous le démontage et la remise en état des différentes pièces de harnais. 

 

Désinfectisation par anoxie (Photo musée National des carrosses Lisbonne)
Désinfectisation par anoxie (Photo musée National des carrosses Lisbonne)

Désinfectisation par anoxie (Photo musée National des carrosses Lisbonne)

Démontage et travaux de conservation sur les harnais royaux  et autres pièces.Démontage et travaux de conservation sur les harnais royaux  et autres pièces.

Démontage et travaux de conservation sur les harnais royaux et autres pièces.

 

Une originalité du musée de Lisbonne est que certaines voitures sont traitées directement dans l'espace d'exposition.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Lors de ma visite les spécialistes prenaient soin de la voiture la plus ancienne de la collection ; le coche de voyage de Philippe II du Portugal, construit vers 1600. Il ne reste au monde que quatre coches entièrement conservés, ce qui donne à ce véhicule une grande valeur historique.

 

Voiture photographiée avant les travaux de conservation (source Musée national des carrosses de Lisbonne)

Voiture photographiée avant les travaux de conservation (source Musée national des carrosses de Lisbonne)

Bien que voiture de voyage, ce coche est d'un grand luxe intérieur. Tapissé de velours ciselé rouge sur fond jaune, il possède un superbe plafond doré et, caché sous le siège, un pratique trou d'aisance. A l'extérieur, la caisse et le coffre avant sont entièrement recouverts de cuir clouté. Les vitres sont suspendues au toit par des sangles en cuir.

Dimensions: 570 x 185 x 241

Voiture photographiée avant les travaux de conservation (source Mmusée National des carrosses de Lisbonne)

Voiture photographiée avant les travaux de conservation (source Mmusée National des carrosses de Lisbonne)

 

 

Les deux photos suivantes montrent les premiers effets des actions de conservation, dont le nettoyage des parties métalliques qui fait ressortir l'élégance de cette caisse cloutée.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence
Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Ces films décrivent les phases de ces travaux de conservation.

 

 

Les visiteurs observent avec intéret l'oeuvre et le travail effectué et certains même en "tombent à genoux" comme les élèves de cette classe.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

Les groupes scolaires ne sont pas les seuls à apprécier carrosses, berlines et autres voitures.. Le nombre de visiteurs a doublé depuis la mise en service du nouveau bâtiment.

La collection qu'ils découvrent est composée de voitures préalablement exposées dans les salles du musée initial et d'autres qui avaient été mises en dépot au musée du Palais Bragance à Vila Visçosa.

 

Déménagement des voitures provenant du mussée Bragance.

 

Les véhicules sont présentés de façon chronologique et regroupés en une quinzaine de catégories; carrosses,...carrosses de triomphe, berlines,..., voitures ecchlésiatiques, d'enfants, urbaines, de chasse,... 

Les voitures d'origine française sont largement représentées car, jusqu'à la Révolution de 1789, la carrosserie française était trés sollicitée par la couronne et la noblesse portugaise. Les pièces exposées sont souvent assez exceptionnelles comme cette voiture d'apparat, ramenée au Portugal par la cousine de Louis XIV ; La reine Marie Françoise de Savoie Nemours. 

Carrosse de la reine Marie Françoise de Savoie-Nemours
Carrosse de la reine Marie Françoise de Savoie-Nemours
Carrosse de la reine Marie Françoise de Savoie-Nemours

Carrosse de la reine Marie Françoise de Savoie-Nemours

Ce carrosse du XVII° est dit moderne et a été ramené au Portugal, en 1666, par la reine Marie Françoise de Savoie Nemours. La caisse est fermée par huit vitres et dispose, comme autres innovations, d'une flèche incurvée en col de cygne vers l'avant. Ce col de cygne, dit cinquiéme roue, forme un passage de roue qui améliore la maniabilité. Vous pouvez observer sur les panneaux latéraux des motifs  floraux, et sur les portières des médaillons au chiffre de la reine, flanqués de figures de femmes.  A l'intérieur, tapissé de velours, le plafond est galonné, frangé et clouté d'or. 

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

L'exposition présente, côte à côte, des voitures de la même époque mais d'origines diverses; France donc, mais aussi Angleterre, Italie, Espagne et bien évidemment Portugal. Elle permet  d'observer et de différencier, dans un même lieu, les spécificités techniques et artistiques de chaque pays.

Une autre originalité de cette exposition consiste en la présentation de plusieurs ensembles de voitures du XVIII° ayant eu une histoire commune.

Le premier est composé  de 3 voitures* faisant partie des 5 carrosses thématiques, intégrés dans les équipages du cortège du marquis de Fontes qui fut, en 1716, envoyé en ambassade à Rome, auprès du Pape Clément XI, par le roi Joao V. Le roi voulait que "cette ambasssade représente avec toute la magnificence possible le pouvoir d'un vaste empire conquis grace aux savoirs des découvreurs et justifié par la propagation de la foi et la victoire sur les infidèles."-Sylvana Bessone-.

Chaque carrosse est donc orné de sculptures présentant des thèmes différents; la conquête, le pouvoir de Lisbonne, la maîtrise des océans,...

Les trois voitures, avec leur caisse "dite à la romaine", sont sûrement d'origine italienne mais les groupes de sculptures proviennent d'artistes portugais.

 

 

* Ces voitures  furent les premières à être exposées au public comme oeuvres d'art, lors de l'exposition d'art décoratif  en 1882 à Lisbonne. Leur succés fit germer l'idée de la création d'un musée qui n'aboutit que vingt ans aprés.

Carrosse de l’ambassadeur.

Carrosse de l’ambassadeur.

Carrosse du couronnement de Lisbonne. Dimensions 728 x 246 x 325

Carrosse du couronnement de Lisbonne. Dimensions 728 x 246 x 325

Carrosse des océans, restauré en 1998. Dimensions 720 x 255 x 337

Carrosse des océans, restauré en 1998. Dimensions 720 x 255 x 337

Détail du groupe de sculptures arrière du carrosse des océans.

L'entretoise représente un moment de l'histoire maritime du Portugal; Au centre Apollon et à ses pieds deux vieux hommes; l'océan atlantique et l'océan indien qui se donnent la main symbolisant ainsi le passage du Cap de Bonne -espérance.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 

Un autre groupe de véhicules est aussi exceptionnel. Il s'agit d'un ensemble de plusieurs voitures de différentes origines ayant participé, en 1729, à l"échange des princesses" lors du double mariage qui scellait l'alliance entre l'Espagne et le Portugal. A noter que six de ces voitures, présentées ici, faisaient partie d'un ensemble de 24 berlines commandées, pour cette occasion, par le roi portugais Joao V, en 1727. Elles furent construites par les carrossiers parisiens, Boucault, La Fontaine, Moulon et Moutel puis transportées à Lisbonne, par bateau, en 1728.

 

 

Vue d'ensemble de trois de ces berlines

Vue d'ensemble de trois de ces berlines

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

Détails d'une de ces berlines de "La maison du Roi".

Caisse fermée tapissée de velours vert ciselé aux motifs de grandes fleurs. Les panneaux extérieurs sont également verts avec un encadrement rouge et or. Ces voitures, par leur qualité technique et artistique, témoignent de la virtuosité des artisans parisiens; selliers, charrons, sculpteurs,.., sous le règne de Louis XV. 

 

 

 

Si ce bâtiment du Musée National des carrosses présente une cinquantaine de véhicules des XVI°, XVII° et XVIII° siecle; carrosses berlines mais aussi chaises, voitures de parc, litières, chaises à porteur,... il propose également au visiteur plus d'une vingtaine de voitures du XIX° siecle. Le clarence d'origine portugaise y cotoie le char à bancs et la voiture de la couronne. 

 

Clarence

Clarence

Ce clarence est une réalisation du fabricant portugais Gomes à S. Roque Lisbonne. Cette voiture marquée aux armes royales et au chiffre du roi Pedro V  (1853-1861)  se caractérise par un style romantique; trés prisé à l'époque au Portugal. La caisse, éclairée par onze baies de forme ogivale,  est ceinte d'une surprenante frise constituée de petits panneaux recouverts de bandes de soie rouge, le tout protégé de glaces. Le siège du cocher, garni d'une galerie, est supporté par de fines ballustres aux formes mouvementées.

Dimensions: 505 x 191 x 218

Char à bancs

Char à bancs

Ce char à bancs, commandé par la reine Maria II au carrossier londonien Thrupp and Co, porte le monogramme du roi Carlos, son dernier utilisateur. Construit en 1850, ce trés beau modèle est ceint d'une frise sculptée. Il dispose de quatre bancs aux montants paillés, garnis de fleurs bleues et beiges. Afin de faciliter l'accès par le marchepied retractable, le troisième banc est rabattable.  A noter le solide système de freinage avec ses deux volants. 

Dimensions: 420x250 x 280

Voiture de la couronne.

Voiture de la couronne.

Voiture d'apparat, elle fut commandée à Londres, en 1824, pour le roi Joao VI. L'usage de la cour portugaise de s'adresser aux carrossiers parisiens a sûrement été modifié par la Révolution française qui poussa le roi et la noblesse  à se tourner vers Londres. De style empire, cette berline dispose d'un système de suspension par ressorts en C et de marchepieds dépliants, décorés de colonnettes. Cette voiture, à l'intérieur tapissé de soie blanche capitonnée, a subi plusieurs modifications et restaurations au gré de ses propriétaires royaux, dont Carlos 1° qui  a fait ajouter son monogramme pour son couronnement.

Dimensions:456 x 198 x 270 

 

Présentation de la voiture de la couronne attelée à 6 chevaux.

Présentation de la voiture de la couronne attelée à 6 chevaux.

 

Les voitures de transport public sont également présentées avec, entre autres, cette malle poste portugaise.

Malle poste

Malle poste

Cette malle poste transportait courrier et voyageurs sur la route de Lisbonne à Porto. Elle a été construite en Belgique par Jones frères, à Bruxelles. Elle est composée d'un coupé à l'avant, d'une rotonde à l'arrière et, en son centre, d'un coffre destiné au courrier. Les baggages des voyageurs prenaient place sur le toit équipé d'une grille de protection.

Dimensions:500x 298 x210

 

Mais le Musée National des carrosses ne se limite pas à ce seul lieu d'exposition et dix autres carrosses sont exposés dans le bâtiment initial ainsi qu'une collection d'objets d'art équestre. 

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence
Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

 Cet ancien manège, construit  à partir de 1886 et dont le projet est attribué à l'architecte italien Giacomo Azzolini, est un magnique espace aux décorations somptueuses et aux aménagements très luxueux pour une telle utilisation.

Vu d'ensemble du manège et escalier d'honneur.
Vu d'ensemble du manège et escalier d'honneur.

Vu d'ensemble du manège et escalier d'honneur.

C'est dans ce lieu que la reine Amélie d'Orleans imagina de créer un musée qui fut aménagé par Rosendo Carvalheira, architecte des palais royaux et inauguré en 1905. Les premières pièces rassemblées provenaient des biens de la couronne et de ceux privés de la Maison du Portugal, que ce soient les carrosses, les harnais ou les objets liés aux activités equestres, dont certains provenaient d'ailleurs du manège. Ces collections et leur lieu d'accueil forment donc un ensemble historique porteur de l'évolution des techniques équestres et de leur matériels..

Dès le début, l'ancien manège s'avéra trop exigu pour abriter toutes les collections mais il fallu attendre 1940 pour voir réaliser un local supplémentaire. Ce lieu est maintenant dédié à des expositions temporaires. Lors de ma visite, se préparait une exposition sur les véhicules d'incendie.

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

Cet ensemble de 3 espaces;

- le manège, porteur de l'histoire de l'équitation par sa fonction et témoignage de la muséographie d'une époque par l'exposition de carrosses et matériels equestres, 

-la salle, dédiée aux expositions temporaires qui ouvrent le musée vers l'extérieur, amplifiant ainsi son impact économique,

-le nouveau bâtiment, lieu permettant un rare accès aux voitures, équipé de tous les moyens nécessaires à l'étude et à la conservation des collections, doté d'outils pédagogiques et d'enseignement propres; auditorium, bibliothèque, archives,...

font du Musée National de Lisbonne une entité unique au monde.

Dès que la muséographie, retardée par des problèmes de financement, sera finalisée, espérons prochaînement, on ne dira plus du Musée National de Lisbonne qu'il est en "route vers l'excellence" mais qu'il est l'excellence! 

 

Exemple de muséographie, proposé en 2012, recourant aux nouvelles technologies.

Exemple de muséographie, proposé en 2012, recourant aux nouvelles technologies.

 

 

Texte:

 

Patrick Magnaudeix

(figoli)

 

P.S:

Je tiens à remercier chaleureusement la direction et l'équipe du Musée National de Lisbonne pour la qualité de leur accueil.

 

Photos:

 

Musée des carrosses de Lisbonne, Patrick Magnaudeix.

 

Documentation:

 

Sylvana Bessone; conservateur du musée; "Le Musée National des carrosses" 1993 

 

Sylvana Bessone"Le Musée National des carrosses un défisur le site In Situ.

 

Jean Louis Libourel; "Vila Viçosa un avant goût des trésors portugaissur le site de l'AIAT

 

Jean Louis Libourel; "Le nouveau musée National des carrosses de Lisbonne Grandiose"  dans la revue "Attelage Magazine" N°99 (Aout-Septembre 2015) 

 

...

 

 

Musée des carrosses de Lisbonne; vers l'excellence

Voiture offerte par le roi Victor à son petit fils le prince Carlos. Suspendue par des ressorts en C, ce vis à vis construit par le carrossier italien Cesare Sala, est d'un raffinement pour une voiture pour enfant; toit garni de pommettes d'argent en forme de couronne, marchepieds dépliables, intérieur tapissé de velours bleu,...

Dimensions:285 x 109 x 149

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