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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 07:40

 

 

Fusionnelle

 

 

au général Pierre Durand qui vient de nous quitter.

 

 

Fusionnelle

 

Ma belle jument, au pré, ne fait pas de cadeau.

            Elle est la dominante et personne ne s’y trompe ni ne tente de lui ravir l’ascendant.

            D’un discret coup de nez, elle écarte l’intrus.

            D’un sabot à peine levé, elle chasse l’importun, surtout quand il s’agit d’approcher la mangeoire.

            Elle sait aussi marcher sur l’ennemi, lui signifiant clairement qu’il lui faut décamper.

 

            Elle a ses exilés, et puis ses favoris.

            À ceux-là, elle accorde sa protection et parfois même quelques privautés.

            Un « gratte-gratte » mutuellement partagé, c’est… hum, je ne vous dis pas !

 

            Ainsi que le général Durand le dit un jour à un journaliste qui lui demandait ce qu’il attendait d’un cheval :

            - Qu’il m’accepte comme l’un des siens…

            J’attends de ma jument cette relation affective, ce passage de l’autre côté du miroir, où elle devient mon reflet, où j’espère devenir le sien.

            Le général ne manquait  jamais de rapporter l’anecdote en ajoutant que ce journaliste avait dû le prendre pour un fou.

 

            Franchie la porte du pré, je deviens cheval, et ma jument le sait qui me suit comme un chien, dans la fusion, dans l’amour, dans le bien vouloir absolu.

 

            Elle blottit sa tête dans mon bras, je lui frotte les yeux doucement, pose mes lèvres dans le satin de ses naseaux, y souffle doucement et lui demande si elle vient travailler.

 

            Elle me répond qu’elle sera douce et qu’elle m’écoutera.

            Nous ne faisons plus qu’une alors, et partons atteler dans la joie.

     

Julie Wasselin

 

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