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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 19:19

La vie d'un cheval à Paris vers 1890 (Fin)

 

Nous approchons des grands lieux de l’élégance équestre. Lieux tellement renommés que des visiteurs viennent même du lointain pays de Chine.


 

L’activité dans les rues de Paris change tout au long de la journée. La circulation économique du matin, de ceux qui comme moi , approvisionnent la ville fait place à la circulation professionnelle et commerciale. Dés 11 heures apparaissent aussi quelques voitures de luxe, prémices d’une circulation mondaine. Celle ci va s’amplifier et se terminera tard dans la nuit.

Mais regardez cette drôle de voiture, un van articulé pour les chevaux ! Il n’est pas destiné au modeste percheron que je suis ! mais à l’idole des hommes ; le cheval de course !



 

Il est bien fini le temps ou la SPA traitait ces chevaux d’échassiers et qualifiait les courses de « prime à la destruction des meilleurs chevaux ». Les courses se multiplient. Elles attirent une foule innombrable où se côtoient le commis et le Baron, qui ont comme seul point commun le « vice » du pari. Pour cette raison, la ville de Paris a envisagé l’arrêt de leur financement, mais le bon sens commercial l’a emporté sur la morale.


 

 

Lors du Grand prix de Paris, prés de 7000 voitures s’agglutinent dans et autour de l’hippodrome. Le long défilé des voitures de la Concorde à Longchamp est un grand spectacle populaire .




 

Nous approchons des Champs Elysées et je ne puis vous accompagner plus loin. Les grandes avenues, des Champs Elysées, de Marigny, de Matignon, du Bois de Boulogne ,….sont interdites aux voitures de transport.( Officiellement pour fluidifier la circulation, en réalité pour préserver la sécurité et la tranquillité de ces quartiers résidentiels.)

Alors , je vous laisse aller voir le spectacle .

Vous trouverez facilement une voiture de location dont l’usage se multiplie. Si vous en avez les moyens , arrêtez vous au 40 avenue de Boulogne chez Binder Ainé, qui vous vendra une des voitures qu’il a présentées à l’exposition universelle de 1889.( Mais attention, ne prenez pas une voiture trop voyante et luxueuse, car, si vous êtes dame, vous pourriez passer pour une « théâtreuse » ou pire, une « cocotte ».)

Cette excellente maison assure bien évidemment la maintenance et même le remisage de votre voiture. Elle vous conseillera sur les meilleurs produits d’entretien à lui appliquer : l’huile de lin pour enlever les taches sur les vernis, l’huile de pied de bœuf ou de mouton pour graisser les essieux,….




 

Pour apparaître dans toute leur beauté, ces voitures étaient attelées de façon spécifique à chaque type d’utilisation. Mais, pour en parler, faisons honneur aux dames.

L’art équestre est un des facteurs de l’émancipation féminine au XIX° siècle. Ainsi, si le cirque d’été dut sa réputation à Baucher, il le devait aussi à mlle Loyo qui, formée par le maître, alternait avec lui les représentations. Plus étonnante est l’histoire de Marie Isabelle. Fille de cordonnier , elle devint dresseuse de chevaux et inventa une technique de dressage du cheval de troupe en utilisant le surfait cavalier. Nommée enseignante à l’école de Saumur elle fut rejetée par les militaires qui lui reprochaient d’être « trop femme » (ou peut être pas assez !)
 




 

Mais qu’en était il en attelage ? Au début du siècle, il était de bon goût qu’une dame de qualité fut conduite dans un équipage mené par un cocher,





 

ou mieux encore, à la Daumont,

 

 

 

 

 

Maintenant certaines suivent l’exemple des hommes et conduisent elles mêmes leur voiture.


 

 

Elles participent également au goût actuel de « l’attelage sportif »

 

 

 

 

La conduite des voitures par leurs propriétaire, déjà en vogue à la fin du XVIII°, connaît actuellement son apogée. Son expression la plus raffinée est le « Coaching ».Les meneurs de Drag et de Coach pratiquant bien évidemment le « four in hand » , se retrouvent dans des clubs.

Le Maître en la matière est Edwin Howlett.

img766Sans pouvoir vous expliquer son enseignement, le pauvre cheval aux barres meurtries que je suis, a retenu un de ses avis : « C’est une erreur de dire qu’on a mauvaise main, la main dure ou pas de main ; la main n’étant qu’un instrument dirigé par la volonté et qui doit exécuter, instantanément, ce qu’on lui commande ; mais elle le fait plus ou moins adroitement, selon l’intelligence et les aptitudes de celui qui la dirige. »
img767 Et un autre ; 
« J’aime à goûter avec ma main ce que je fais ». Pour lui aucun détail n’est futile. Ainsi, pour que votre monture de fouet s’enroule facilement sur le manche « savonnez là tous les jours au savon de Marseille ». Bon je m’arrête là, mais, foi de Paulo, cet homme et son respect du cheval me plaisent.

 

 

Rassemblement de Coachs

 

(Ce film de British pathé de 1932 en lien: link vous donnera une meilleure idée de ce type de rassemblement)
Cette exigence de la qualité dans le dressage des chevaux et l’harmonie de l’équipage n’empêche en rien le goût de la compétition, sinon du risque. Ainsi les paris sont nombreux et concernent les records de vitesse , les prouesse techniques (rues étroites ,remisage délicat,) mais aussi des « folies » comme descendre des escaliers,…

 

Le conte Sandor en action

 

Ces magnifiques équipages sont le clou de l’activité mondaine la plus appréciée; la promenade dans les grandes avenues et au Bois de Boulogne.

Départ au bois

 

 

Promenade au bois en famille

 


 

Une intruse commence à s’immiscer dans cette pratique mondaine; la voiture automobile.

(Ce film de 1900 de British Pathé vous montre cette cohabitation: link)
L’exposition universelle de 1889 a créé le déclic de son développement. Les ingénieurs René Panhard et Emile Levassor y découvrirent le moteur Daimler et obtinrent le droit de le produire. La société Peugeot se chargea de l’adapter sur ses véhicules et commence en cette fin 1890, la « production en série » (5 voitures seront produites en 1891, 29 en 1892,…)


 

Automobile et coach devant le Trocadéro

 

Le vieux cheval que je suis est fatigué. Il va vous laisser, et rentrer manger son picotin à l’écurie. J’espère que vous avez pris plaisir à m’accompagner à la compagnie des Omnibus et dans tous les endroits ou oeuvrent les chevaux.

Et tiens une maxime de Paulo pour terminer :

« Nous acceptons tout de vous, alors veillez à nous demander que ce que nous sommes capables de faire ! »

 

 

 



Texte:Figoli
Photos: de courtoisie

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La vie d'un cheval à Paris:La vie d'un cheval à Paris vers 1890

La vie d'un cheval à Paris(1):la vie d'un cheval à Paris vers 1890 (suite 1)

La vie d'un cheval à Paris(2):La vie d'un cheval à Paris vers 1890 (suite 2)
La vie d'un cheval à Paris(fin):



 

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commentaires

Jean-Louis D 04/08/2014 11:34

Bravo pour toutes ces recherches !
Les commentaires précédents évoquent l'évacuation du crottin mais qu'en est-il de celle du purin dans les "hôtels" - écuries parisiennes ? Auriez vous des plans des conduites en sous-sol car j'ai vu des rigoles convergeant vers un trou d'évacuation ?

figoli 04/08/2014 15:20

Un vieil adage du XIX° dit "que le pire ennemi du cheval est l'écurie". Cela faisait référence au problèmes de ventilation et de respiration mais aussi aux problèmes de membres dus aux plans inclinés des stalles , qui dans certaines écuries permettait l'évacuation des purins canalisés ainsi vers des fosses. Il y eu donc une profusion de systèmes de captage souvent en fonte pour évacuer ces liquides en laissant le sol le plus plat possible. J'ai deux photos et plans que je pourrai vous envoyer si vous me joignez par le contact du blog. Cordialement

PASQUET de LEYDE 17/07/2009 11:06

Qui sait comment était géré les crottins de nos chers chevaux , dans les rues des villes de plus en plein été ?
Merci par avance à ceux qui se rappellent .

Guy-René .

figoli 17/07/2009 18:10


Les fumiers des écuries étaient récupérés par les exploitations maraichères entourant Paris, les champignonières,... Le nettoyage des rues était assuré par des balayeuses dont les abjudicateurs
avaient la charge de stocker les "boues" ainsi récupérées sur leurs terrain . Je n'ai pas d'informations sur leur utilisation ultérieure. Mais pour donner une idée de leur quantité il y avait en
1850 540 chevaux et 335 balayeuses assurant le balayage.En 1913 il y avait450 balayeuses hippomobiles et 64 balayeuses automobiles.Ceci sans compter les arroseuses et tombereaux chargés du
transport des boues.


MONIQUE 02/01/2009 16:32

Bonjour, un très bon billet, j'ai passé un bon moment, de belles photos, bravo à bientôt, Monique