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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 16:07

 

La vie d'un cheval à Paris vers 1890 (suite 2)

 

 

Hé voilà ! Nous sommes enfin dans la capitale.

 

Cette multitude d’attelages divers rend la circulation difficile. Les embarras de Paris sont légendaires depuis plus de cent ans mais ne font que s’amplifier.
Ce film sur les rues de Londres en 1900 vous donnera une idée sur la circulation en ces temps là:



Dés 1828, un service des voitures fut créé. Ses agents surnommés « Les voituriers de Lutèce » furent affectés à la circulation . En 1858, le service s’est transformé en compagnie des voitures et a augmenté ses effectifs. Il est même question, comme à Londres, de doter les fonctionnaires de bâtons blancs pour mieux voir leurs gestes.(C’est le préfet Lépine, qui dotera les agents de la circulation du fameux bâton blanc en 1896, et du sifflet en 1900) Mais tout cela ne suffit pas à sécuriser la ville.



 

De plus, foi de cheval, l’homme aime le danger. Il a même créé une voiture qui ne sert à rien, sauf à nous faire peur «  La voiture réclame » (Vu le nombre d’accidents causés, elles seront supprimées en 1900)

 

                                            Voiture réclame américaine de chapelier )

 

Mais il y a pire. Ce sont vos nouvelles voitures à vapeur , au pétrole,... et surtout, un an après l’exposition universelle de 1889, les voitures électriques. (Les premiers fiacres électriques seront mis en service de façon régulière en 1892 à Paris ).

Ben tient ! quand on parle du loup…et voyez les dégâts.



Fiacre électrique emballé dans une descente
 

Ces accidents de la circulation, représentent la moitié des accidents (En 1882 sur 2928 accidents la préfecture recensait 1546 accidents de voiture). Les moyens d’intervention se limitent à des brancards, disponibles dans les postes de police et les Mairies. Les blessés doivent être transportées à main d’homme à l’Hospital le plus proche. Les plus fortunés pourront peut être trouver un fiacre qui accepte de salir ses coussins.

(Là, ils ne seront pas tirés d’affaire car l’organisation des soins d’urgence est balbutiante et l’hygiène , à cette époque, est peu respectée comme le déplore le docteur Chapput, intervenant en 1890 à l’Hospital du nouveau hôtel dieu.)

Mais nos blessés ont de la chance ! Vous entendez ? C’est le timbre d’une des deux seules ambulances d’intervention sur la voie publique Ils ont du être prévenus par les avertisseurs télégraphiques qui commencent à être installés.. Le docteur Natchel, soutenu par Victor Hugo créa cette œuvre privée des « ambulances urbaines » en 1887 Ces ambulances sont attelées à deux chevaux et sont servies par un cocher et un interne pourvu d’une trousse de secours spéciale.

(Depuis l’épidémie de variole de 1882, il existe également quelques ambulances municipales gérées en régie pour transporter les contagieux )

                                                                              Ambulance de la ville de Paris



Pour nous, les chevaux, il y a encore moins de solutions. La SPA , la Mairie, diffusent des brochures pour expliquer les gestes à faire pour nous relever en cas de chute. La loi Grammond demande que la police réquisitionne un vétérinaire ;mais, il n’est pas facile d’en trouver un de disponible, et il ne pourra faire que des soins sur place .Les chevaux qui ne peuvent se relever, agonisent sur la voie publique en attendant l’équarrisseur.





 

Il est question que les pompiers s’occupent de sécurité civile et interviennent aussi pour les chevaux mais ce n’est pas encore le cas. (Il faudra attendre le début du 20° siècle)

 

                                          Exercice de sauvetage en 1920

                                                                           
                                                                                     Hé oui ! La seule activité des pompiers de Paris est la lutte contre l’incendie, mais ils eurent d’autres fonctions. Leur histoire mérite d’être racontée.

Inventées en Allemagne, les pompes aspirantes- refoulantes furent introduites en France en 1712 par Du Perrier, qui fut nommé par louis XIV « Directeur des Pompes ».Les personnels furent appelés les Gardes pompes. Pendant la révolution, ils furent armés d’un sabre et d’un fusil afin d’assurer des missions de maintien de l’ordre. Napoléon les intégra dans l’armée et ils prirent le nom de «  sapeurs pompiers ».Désarmés en 1848, ils n’assurent, depuis, que des fonctions de lutte contre l’incendie.

Depuis 1885, tout ce matériel est peint en rouge vermillon.

 
Poussées au début à bras d’homme, les pompes furent vite attelées . Grandes échelles, dévidoirs de tuyau, rutilantes pompes à vapeur, réseau de bouches d’incendie, vinrent compléter les moyens d’intervention des pompiers. 

























 


Tout en parlant nous nous rapprochons des halles où nous allons décharger nos produits.



 

Profitez de cette halte pour admirer cet élégant Omnibus qui passe . C’est celui des Postes et télégraphes pouvant transporter 32 personnes.Il amène les facteurs à la limite de leur circonscription de distribution.

D’énormes fourgons transportent les lettres des gares au centre de tri de la rue Rousseau.



                                      Déchargement des fourgons au centre de tri

 

Des voitures légères et maniables (appelées Tilbury par l’administration des postes ) ramènent le courrier des bureaux postaux des différents quartiers à ce même centre de tri.

 

Nous allons repartir en faisant un détour par les écuries du Bon Marché, pour charger du fumier, car tous ces légumes que nous venons de décharger demandent soins, mais aussi, engrais. Mais avant, laissons passer ce cortège des pompes funèbres

Messieurs, chapeau bas ! devant cette voiture.

Foi de Paulo, et sauf votre respect, le rêve d’un cheval ! Ne transporter qu’un seul passager et au pas !


Mais ce fut aussi  un métier périlleux . Ainsi, lors de la « Commune », si certains chevaux de labeur furent épargnés, toute la cavalerie des pompes funèbres fut réquisitionnée pour nourrir la population. 

De toute façon, les pompes funèbres ne veulent que des chevaux dits élégants ; des Normands ou des Hollandais (de préférence noir de robe ou blancs) et sûrement pas un percheron. Pour les voitures mortuaires, fabriqués dans les ateliers de l’administration, il existe cinq classes. A ce parc s’ajoute des berlines pour le transport des familles et du clergé. Mais leur nombre est souvent insuffisant et l’administration loue berlines, chevaux, et depuis peu des Omnibus à la Compagnie générale des Voitures .




Berline de clergé

 

L’accès aux écuries du Bon Marché ne va pas être facile. Mais devant le spectacle de ces voitures de livraison parfaitement entretenues, nous ne pouvons que patienter.

Leur propreté est l’un des soucis principaux du grand Magasin. Elles représentent son image de marque et sont donc son premier outil de publicité.


 


Pénétrons dans les écuries. Situées en plein centre de Paris , nécessairement proches du magasin, elles ne doivent pas pour autant gêner la clientèle. Leur construction fut donc un modèle de recherche au niveau de l’esthétique, de l’éclairage ,de l’aération,…






 

Bien, ma voiture est pleine de crotins ,nous devons rentrer.


Ha ! vous ne voulez pas partir ?Vous voulez voir une autre facette de Paris ; cette belle époque pleine de chevaux élancés , de dames et messieurs élégants, de landaus , calèches, coach,… D’accord ,je suis bon prince , je vous y amène .Regardez, on voit déjà le sommet de la tour Eiffel, du moins sur l’affiche !


 

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La vie d'un cheval à Paris:La vie d'un cheval à Paris vers 1890

La vie d'un cheval à Paris (1):la vie d'un cheval à Paris vers 1890 (suite 1)

La vie d'un cheval à Paris:(2)

La vie d'un cheval à Paris:(fin):La vie d'un cheval à Paris vers 1890 (fin)

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commentaires

midolu 30/08/2015 11:43

Très intéressant et abondamment illustré. Merci pour tous ces partages.

MONIQUE 18/12/2008 21:41

Bravo, beau billet sur les chevaux et leurs voitures, bonne soirée, Monique