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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 17:03

Kim s’est fait la malle, Kimono est

parti…


 
kim

 

 

 

 

                                                                                

Jeudi 14 janvier 2010

 

 

 

        -Pas une fois elle n’est venue me voir sans craquer ni sans

fondre de joie

devant ma bouille ébouriffée, sauf hier…

Ben oui… je suis mort hier. Je n’en pouvais plus, j’avais trente neuf

ans.

Vous, ça vous ferait dans les 120 ans !

Même pour un “ Shet “, une peluche inoxydable comme moi, ça faisait

très beaucoup.

De tous les chevaux qui ont remplacé ses enfants, je suis le seul à ne

l’avoir pas déçue,

même l’ombre d’une fois.

Alors, j’ai fait un effort, mais vraiment, là, avec cet hiver de

misère qui nous est tombé

sur le poil, je n’ai pas su faire plus.


- Je suis désolée ma mie, mais tu sais que les meilleures des choses

ont une fin.

J’ai été son poussin d’amour… elle souriait aux anges quand elle

marchait à mon côté,

le bras dessus mon encolure, la main glissée au chaud sous

l’incroyable crinière pie

qui me poussait tellement dru qu’elle balayait la poussière devant moi.

Si vous ne le savez pas, quand un cheval sauvage, après avoir usé ses

molaires,
ne peut plus user l’herbe, il se meurt de faim.

J’en étais là, perdant de mon état, quand elle a décidé que ça ne se

pouvait pas.

Je l’ai regardée manier la masse, les piquets, les isolateurs et les

rubans électriques,

regardée m’inventer une salle à manger avec un passage à la hauteur de

mon garrot

qui empêcherait “ les autres “ de venir chouraver les grains que seuls

mon

râtelier usagé consentait encore à croquer.

J’ai compris la manœuvre aussitôt et nous avons cru que nous étions

sauvés.

J’ai retrouvé ma bedaine, je la portais comme le saint sacrement, mais

bon…

on ne peut pas être et avoir été, hein ?

Seize mois plus tard, hélas, après un novembre printanier, l’hiver

dégainant

ses couteaux m’a convaincu que la vie ne valait plus la peine d’être

vécue.

Je n’ai jamais été malade… que faire alors, pour en finir, si ce n’est

cesser de manger ?

Je la voyais pâlir. Elle me tirait, elle me poussait vers la mangeoire

des

“ autres “. Pour ne pas la décevoir, je grignotais quelques grains,

puis je retournais tête basse prendre racine le long d’une haie,

ou bien je m’isolais dans l’abri, espérant en finir… passant la tête

par la porte quand même,

simplement par curiosité… le temps passe si lentement quand on attend.

J’allais encore tout doucement voir les “ autres “, histoire de ne pas

faire bande à part,

quand venait l’heure des repas. Dans ma salle à manger, je ne faisais

plus que passer.

Quand je ne venais pas, elle me portait un seau jusque dans la cabane,

sachant bien,

après avoir veillé sur le peu que je me décidais à avaler,

que ce serait  “ les autres “ qui viendrait le vider.

Hier encore, j’avais la tête à la porte, mais elle reposait dans la

neige boueuse de l’entrée…

j’étais au bout du chemin.

Oh, je vivais encore… je voulais me lever, mais ne le pouvais plus.

De toutes ses forces, elle a tenté de me soulever, mais en vain.

 Mes sabots ont brassé le vide, et mes poumons se sont emballés…

c’était fichu, je ne me releverais plus.

Alors elle a appelé le vétérinaire… pas question de me laisser

agoniser comme on laisse

les hommes profiter de ces moments là… elle m’a dit qu’elle me devait

ça,

que c’était la dernière chose qu’elle pouvait faire pour moi et je

suis mort doucement

dans ses bras, lui faisant de la peine, je cois, pour la toute

première fois.

Aujourd’hui on a lié mes sabots à l’arrière d’un tracteur, traîné et

abandonné ma carcasse

sous une bâche le long du mur qui borde la route afin de faciliter

l’ouvrage à l’équarrisseur.

Ces gens là dont pressés.

Falone, ma jument, toi qui n’as pas eu de petit, toi qui m’avais pris

sous ton aile,

qui m’a toujours protégé… toi qui me gratte-grattait le garrot quand

je ne pouvais te gratter

que l’épaule, tu n’en as cru ni tes yeux ni ton cœur quand tu m’as vu

partir ainsi,

et tu m’as suivi pas à pas…

Qui a dit que les animaux ne comprennent pas ?

Après ?… Oh, c’est l’enfer pour ceux qui aiment les chevaux.

Le camion grue m’a balancé au milieu des cadavres du jour et le

chauffeur,

par sa fenêtre ouverte, en guise d’homélie, a beuglé la somme que tu

lui devais.

 

- Ma mie, tu peux dormir en paix, tu m’as offert une si jolie vie…

Je sais que tu tournes en rond dans le pré sans arriver à y croire…

je sais qu’il ne te reste plus que Falone et Doudou et qu’après eux,

ma foi…

mais aussi j’espère en toi : dans ma mangeoire, ne viens-tu pas de

voir un rouge-gorge

se gaver de cette orge dont je ne voulais plus ?

J’ai bien vu que tu as souri.



Julie Wasselin 

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commentaires

grognet 25/01/2010 13:22


bisessss Julie


Monique 19/01/2010 21:57


Le bel age pour se rendre au paradis des chevaux,
bon courage pour cette perte, Monique


in-So-lite 19/01/2010 17:43


C'est touchant, émouvant, merveilleusement bien écrit et simplement magnifique. Il en faut du courage pour les laisser partir...


in-So-lite 19/01/2010 17:42


C'est touchant, émouvant, merveilleusement bien écrit et simplement magnifique. Il en faut du courage pour les laisser partir...


Thierry GEORGETON 18/01/2010 19:26


Quel bel hommage ! C'est toujours le même déchirement que la perte d'un compagnon de vie...
Courage à vous et bravo pour ce témoignage poignant.