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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 19:03

Musée des carrosses Versailles :

 Les berlines du mariage impérial

 

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  Détail de l'huile sur toile de Etienne Théophile Garnier rprésentant le cortège du mariage De Napoléon et de Marie Louise.(Représentation allégorique avec des chevaux dorés!!)

 

Ces voitures sont le symbole de la volonté de Napoléon 1° de créer une dynastie. Ne pouvant avoir d’enfant de Joséphine, il lui annonça, le 30 novembre 1809, sa décision de divorcer.

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Humblement Joséphine a signé à l’ombre du paraphe de son illustre mari qui aura soin de la garder sous sa protection jusqu'à la fin de son règne..

 Ce motif est spécifié dans la notification de divorce par Joséphine elle-même: « Je dois déclarer que, ne conservant aucun espoir d’avoir des enfants qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l’intérêt de la France, je me plais à lui donner la plus grande preuve d’attachement et de dévouement qui ait jamais été donné sur la terre……..l’un et l’autre sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie ». Si Napoléon semble lui aussi marqué par ce divorce d’état « Nous divorçons, Dieu sait combien une pareille résolution a coûté à mon cœur »,  il mena rondement son remariage. Comme le tsar tergiversait pour lui laisser épouser sa jeune sœur, il annonça dès le 7 février 1810, soit moins d’un mois après l’annulation de son mariage religieux avec Joséphine par l’officialité de Paris, son alliance avec Marie Louise, archiduchesse d'Autriche, fille de l’empereur François roi de Bohème et de Hongrie. Le 11 Mars, Berthier représentait  Napoléon à Vienne pour le mariage par procuration avec l’archiduchesse Marie Louise. Napoléon se donnait la possibilité de créer sa dynastie mais aussi s’inscrivait-il d’une certaine sorte dans la continuité dynastique de la royauté « Je me donne des ancêtres ». Par cette union, Marie Antoinette et Louis XVI devenaient, certes à titre posthume, « ses grands oncle et tante ».

Le mariage religieux se devait donc d’être somptueux. Napoléon avait, entre la fin 1809 et début 1810, commandé 50 voitures, destinées à ses invités pour former un cortège montrant la grandeur de la France aux cours étrangères et au peuple parisien.

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 Intégrale de la peinture de Garnier.

Pour lui-même, il utilisa le carrosse qu’il avait fait construire pour son sacre en 1804 et qu’il avait donc déjà utilisé en compagnie de Joséphine.

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Vue du carrosse lors du sacre en 1804

 Ce carrosse a disparu mais nous pouvons nous en faire une idée en regardant les différentes iconographies qui nous sont restées. (avec les réserves habituelles liées aux choix artistiques des peintres)

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   Départ des Tuileries

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Arret Hotel de ville (représentation de 1895)

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Carrosse lors de son utilisation pour le mariage avec Marie Louise.

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Dessin du Carrosse lors du mariage de Napoléon avec Marie louise en 1810

Les voitures du cortège avaient été commandées à plusieurs carrossiers parisiens de grande renommée : Chilbourg, Deloche, Devaux, Guetting et Rasp. La décoration extérieure des voitures avait été confiée à Gautier. Toutes ces voitures avaient des caisses et des trains sculptés et décorés de bronze dorés. Les neuf voitures retrouvées à ce jour ne sont pas peintes mais dorées à la feuille d’or sur l’ensemble de la caisse, ce qui leur a permis de garder leur éclat.

Une de ces voitures est conservée dans une collection privée au palais de Caccia di Stupinigi.

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berline napo italie

 

Une autre « La Cybèle » est conservée au musée vivant du cheval à Chantilly. Les grandes écuries étant en travaux de restauration, le public ne pourra revoir cette voiture qu’à partir de 2014. « La Cybèle » avait été retrouvée et achetée par Napoléon III. A la chute de l’empire, elle resta comme les autres voitures dans les écuries du Louvre. En 1881, à la création, par Gambetta, du ministère des beaux arts, les voitures furent déplacées des remises. L’Impératrice Eugénie put alors reprendre les voitures et harnachements qui lui appartenaient. Elle offrit  « La Cybèle » à Henri d’Orléans duc Daumale qui l’entreposa avec toutes ses collections au château de Chantilly. Il fit don de l’ensemble du château et de ses collections à l’Institut de France sous réserve que celui-ci en fît un musée.

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      La cybèle à Chantilly

Les sept autres berlines, qui avaient été rassemblées par Louis Philippe dans des locaux spécialement construits au Petit Trianon, ont été transférées au Musée des carrosses. Leur décoration actuelle est quelque peu différente de leur état initial.  En effet, certaines ont été réutilisées par Napoléon III pour transporter les invités lors de son mariage en 1853 et pour le baptème du prince impérial en 1856. Elles ont été restaurées lors de ces remises en service. S’il est certain que les tapis écarlates et certaines housses de siège (ces housses étant protégées, vous ne pouvez les voir que sur quelques photos) datent de la restauration commanditée par Napoléon III, il est difficile d'identifier les autres modifications extérieures, en particulier au niveau des peintures.

Chaque berline portait un nom et certaines gardent cette inscription sur le devant. Elles sont de deux types; berlines simples et berlines présentant l’aspect de landaus. Les deux faux landaus présents à Versailles sont l’Améthyste et la Cornaline. De fait il s’agit de berlines classiques assez légères et qui n’ont pas de capote repliable mais sont "décorées en landau".

L’Améthyste

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Elle pèse, comme la Cornaline, 2T5 et possède 3 glaces. Caisse dorée ornementée aux armes et chiffres impériaux. Les panneaux de custode sont peints d'un vernis noir et ornés de faux compas en cuivre doré. La suspension est dotée de soupentes en cuir noir.

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La Cornaline

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     Elle présente les mêmes caractéristiques que l'Améthyste mais est dotée de quatre glaces, celle de devant étant en deux parties.

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L'intérieur est fait de drap de laine et satin ivoire, galons et glands jaunes.

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Les caisses des  berlines sont entièrement  dorées à la feuille d’or. S’il semble que les housses de siège et tapis écarlates datent de la restauration soit, il est plus difficile de déterminer l’époque des décorations des caisses. Il est cependant possible que les bouquets floraux,  qui reprennent une mode italienne de décoration des berlines d’apparat à la fin du XVIII°, soient d’origine.

Une caractéristique à toutes ces voitures est la richesse et la qualité des sculptures que l’on peut ici admirer sur l’avant-train de la Topaze

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 et l’arrière-train de la Turquoise. Les ressort en C et les soupentes sont recouverts de maroquin rouge .

la turquoise 1 

Les « mains de laquais », comme ici ceux de la Victoire fixées en haut de la caisse par des crampons, sont en passementerie.

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Ces voitures ont pour nom :

L’Opale :

On lui décerna, jusqu’en 1975, un passé historique totalement erroné. Elle était présentée comme la voiture ayant ramenée Joséphine au château de La Malmaison après son divorce, le 16 décembre 1809, et elle n’aurait pas donc pas participé, par élégance, au cortège du mariage. Cette histoire est fausse car le carrossier Devaux n’avait pas encore construit l’Opale quand Joséphine revint à Malmaison. D'aprés Bernard Chevalier, cité par Yann Deniau, "La mauvaise réputation de l'Opale lui venait de la pierre fine qui lui avait donné son nom, cette pierre étant censée porter plus ou moins malheur".

Pourtant, cette voiture  était entreposée au musée de Malmaison et présentée dans les catalogues comme la berline du retour de Joséphine jusque dans les années 1960.

Extrait du catalogue de 1911 :

« Voiture Opale qui a ramené l’impératrice à Malmaison après le divorce, le 16 décembre 1809. Cette voiture a servi sous Napoléon III pour la communion du petit prince »

 La vérité est de fait moins poétique. A la création du musée de Malmaison, son conservateur Jean Ajalbert ne disposait que de faméliques collections. Il chercha à les étoffer en faisant appel  au Mobilier National et à différents autres musées. Le conservateur de Versailles lui proposa le « carrosse de Joséphine » qui était conservé au musée du Trianon.

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Arrivée de l'Opale à la Malmaison en un bien modeste équipage

La porte d’entrée de la remise de Malmaison, trop basse, fut démontée et remontée ce qui empêchait de sauver la voiture en cas d’incendie.

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L'Opale avant qu'elle soit "murée" dans sa remise 

Dans les années 1970, le nouveau conservateur de Malmaison s’aperçoit de l’erreur commise sur l’histoire de l’Opale.

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L'Opale à Malmaison

L’arrivée, en 1975, du landau berline, capturé par Blücher à Genappe et cèdé à la France par ses descendants, modifia son avenir. Par manque de place, elle fut rapatriée dans les locaux du Trianon puis, avec l’ensemble de la collection, elle rejoignit le "Musée des carrosses de Versailles". Malheureusement, l’Opale a souffert de la qualité de stockage et d’entretien de Malmaison et les motifs polychromes ont disparu.

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 l'opale

Pesant 2T8 environ, c'est une berline à sept glaces dotée de persiennes à la vénitienne.

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L'intérieur est en drap rouge et satin plissé avec des passementeries rouge et bleu

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Le plafond d'impériale est en drap brodé

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La Brillante

Berline à sept glaces, toutes coulissantes. Elle pèse environ 3T. L'intérieur est en satin blanc boutonné, avec un plafond en drap rouge brodé. Galons, franges et glands; rouge, or et bleu.

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La Topaze

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Berine à sept glaces, pesant trois T5. Caisse à fond d'or. Ceinture peinte d'une guirlande de fleurs et galerie d'impériale à décor de palmette en bronze doré.

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La Turquoise  

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Berline à sept glace d'environ 3T. Glaces de portières coulissantes avec marchepieds encastrés à tiroir extérieur. Frettes à embout décoré en bronze doré.

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La Victoire

L'imposante victoire lourde de 3T5 accueille 6 passagers dont deux sur strapontin.Marchepieds encastrés à tiroir intérieur.

 

la victoire (2)

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 LA VICTOIRE

Bouquets de fleur et guirlande décorent la ceinture alors que les armes impériales ornent les panneaux avant et arrières ainsi que les portières

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la victoire

L'intérieur est en velours blanc boutonné. Galons, franges à torsades, boufettes et glands bleu céleste sur fond d'or.

la victoire 5

la victoire 7

la victoire 8
Vous pouvez voir l'ensemble des photos en consultant l'album  

      musee-Versailles 2 Berlines Napoléon musee-Versailles 2 Berlines Napoléon

 

Texte: Figoli

Photos: Figoli et courtoisie

Bibliographie:

"Visite du Musée des carrosses" de Béatrix Saule

"Voitures chevaux et attelage" sous la direction D Roche

"Les voitures de la maison impériale" de Y Deniau

.........

Vous pouvez consultez les autres articles sur l'histoire et les voitures du musée de carrosses de Versailles:

La collection du musée des voitures de Versailles en 1851.

Musée des carrosses de Versailles.1 Traîneaux

Musée des carrosses de Versailles 2; Char funèbre Louis XVIII

 

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commentaires

Arba 03/12/2011 15:25

Il est très intéressant de voir pour la première fois de nombreux intérieurs des voitures.
Que représente la chaîne sur le ressort gauche de La Turquoise (je pense) alors que le droit est recouvert de maroquin rouge ?
Y aura t-il un reportage sur les objets ou harnais des vitrines ?
Le musée des carrosses de Versailles est gâté avec ce beau reportage en attendant que les voitures aillent faire les "Belles" à Arras ! !

figoli 03/12/2011 18:13



Pour la chaine, je pense qu'elle remplace une courroie défaillante. Ces voitures même si elles sont dans un état général satisfaisant souffrent de quelques dégradations; ex; certaines portes
sont tenues par des ficelles. Pour les objets des vitrines, je suis à la recherche de documentation. Par contre deux autres articles présenteront les autres voitures. 



rene.geauphre 01/12/2011 19:24

Merci FIGOLI ! Plusieurs fois je suis allé à Versailles, Chantilly, etc...Et jamais je n'ai réussi à m'approcher d'aussi prés de ces trésors. Et j'ajoute, les textes ont remplacés les commentaires
du guide durant cette visite...MERCI !