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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 10:21

 

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Nous vous proposons  un document exceptionnel qui présente avec de rares détails techniques et historiques la première collection du musée de Versailles. ll s’agit d’un large extrait  d’un article de« L’illustration, journal universel » N) 455 du 13 au 20 Novembre 1851 signé L Rosier. Il nous apporte un éclairage intéressant sur la modestie de l’ensemble de nos collections actuelles. Il est également riche de nombreuses informations qui nous n’en doutons pas vous intéresseront.

« Musée des voitures historiques à Versailles. »

« …Voici que des hommes de goût ont eu la louable pensée d’ajouter aux richesses matérielles, amassées à grand frais dans les somptueuses galeries de Versailles, une très curieuse collection de voitures de différentes époques. Si ce nouveau musée était destiné uniquement à faciliter une excursion agréable dans le domaine de l’histoire, nous pourrions nous borner à annoncer simplement l’ouverture de cette exposition ; notre tâche de chroniqueur serait remplie ; mais il se recommande par un mérite moins frivole, et cela nous engage à entrer dans quelques détails.

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            Nous devons exprimer d’abord le regret que cette collection soit tout à fait incomplète, et qu’elle ne renferme pas au moins un plus grand nombre d’objets d’une date plus ancienne. Malheureusement le temps ne nous a rien transmis en ce genre des époques reculées de notre histoire. Les révolutions politiques d’un autre côté ont fait disparaitre des objets qui auraient pu nous être conservés sans l’aveugle vandalisme qui s’attache toujours à proscrire jusqu’aux muets souvenirs d’un régime tombé. On comprend de quel intérêt serait au point de vue de l’histoire des mœurs une collection des différentes voitures en usage depuis les premiers temps de la monarchie Française. Il serait facile de suivre les progrès de la civilisation dans les changements successifs que le goût a apportés dans la construction des voitures. Il y a certainement, des mœurs des anciens francs à nos mœurs présentes, aussi loin que du Carpenton ou chariot à quatre bœufs qui, au rapport de Grégoire de Tours et d’Eginhard, servait à nos anciens rois, à la riche et magnifique voiture qui a servi au sacre de Charles X. Cette collection, impossible à former par les motifs que nous avons déjà énoncés, existe cependant à l’état de gravure, et nous engageons les curieux à consulter le savant ouvrage de Gizrot (Die wagen und Jahrwerk der verschiedenen Voelker des miltelalters und der neusler Zeilen munich 1830.)sur les voitures et rouages des différents peuples au moyen âge et dans les temps modernes, ainsi que les attelages, guides et ornements employés pour les animaux de trait et de selle.

Ce n’est donc pas la faute des personnes préposées à la formation du musée des voitures historiques, si leur collection a d’importantes lacunes. Outre les causes que nous avons assignées à la perte des anciens carrosses d’état, il en est une autre qui n’a pas peu contribué à la dispersion d’un grand nombre de ces voitures. Jusqu’au règne de Louis XVI, les règlements pour la maison du Roi attribuaient, à la mort de celui-ci, au premier écuyer, les dépouilles de la petite écurie, qui comprenaient le service des chevaux de selle, des carrosses, calèches, chaises roulantes et chaises à bras, comme ils réservaient au grand écuyer dans le même cas la propriété des chevaux de guerre, de chasse et de manège, avec tous leurs harnais. Cette coutume, renouvelée des usages de la chevalerie, a eu pour effet de faire passer en des mains étrangères des richesses qui figureraient aujourd’hui avec  avantage dans le nouveau musée. Un de nos amis qui a voyagé dans les états barbaresques, nous assure, et nous ne l’avançons que sur sa parole, avoir vu à Maroc et à Tunis de très riches carrosses de l’époque de Louis XIV et de Louis XV, employés au transport des morts d’une grande condition, et il ne met pas en doute, d’après l’examen des élégantes peintures qui décorent ces voitures, et qui n’ont aucun rapport avec le destination de celles-ci, que ces carrosses n’aient autrefois appartenus aux équipages de nos maisons royales.

Un embarras d’un autre genre est venu compliquer la formation du musée. La plupart des objets qui devaient entrer dans le catalogue n’avaient aucun indice précis qui les rattachât à tel ou tel personnage historique. Ils étaient ensevelis depuis longtemps dans les magasins du garde meuble, et avant de les comprendre dans la collection, il a fallu élucider les origines avec la scrupuleuse exactitude d’un généalogiste et d’un antiquaire. Ce travail a été conduit avec une sagacité remarquable, et grâce à ces savantes recherches, il ne reste plus aucun doute sur l’authenticité de chacune de ces reliques.

Les voitures forment la partie la plus riche et la plus intéressante de cette exposition. Elles sont au nombre de cinq, et portent chacune un nom, suivant l’usage de la maison du roi. La Victoire, le moins riche de ces équipages, est une voiture de l’empire. Elle a figuré au sacre de Napoléon, comme voiture de suite, et porté les grands dignitaires du palais, qui marchaient en avant du cortège. La caisse est dorée et d’une belle forme. La garniture intérieure, en drap blanc, rehaussée d’ornements verts n’est pas très bien conservée. La Turquoise est de la même époque et a servi dans la même cérémonie. Elle est garnie intérieurement de satin blanc avec agréments verts ; la caisse en est également dorée et décorée de guirlandes de fleurs. La Topaze est une voiture d’une très grande richesse. La tenture et les sièges sont en velours blancs avec ornements verts et filets d’or. Cet équipage, dont les panneaux sont couverts de délicates peintures, était celui de la reine Hortense à la cérémonie du sacre de Napoléon. Le Baptême est un carrosse du même modèle et du même style que les précédents. Il n’en diffère que par un luxe de broderies or et soie semées dans le ciel de la tenture qui est de velours blanc. Une draperie de soie blanche se déploie sur le fond de la voiture et autour de la glace de devant. Cette voiture a servi à la cérémonie du Duc de Bordeaux, qui eut lieu le 1° Mai 1821 à Notre –Dame. Elle contenait outre le jeune prince, Mademoiselle, sa sœur, madame la comtesse de Gontaut, gouvernante des enfants de France, et la marquise de Sereste , sous-gouvernante. Un débat s’est élevé au sujet de la voiture le Baptême. On a dit qu’elle avait été construite tout exprès pour la circonstance, contrairement à l’avis de contemporains qui affirment qu’elle avait appartenu précédemment à l’impératrice Marie-Louise, et qu’elle n’a subi aucun changement de décoration. Cette opinion est appuyée sur une conformité parfaite de construction avec les précédentes voitures. Le strapontin qui, dans les précédents carrosses, existe dans les épaisseurs des portières, a été recouvert dans le Baptême, mais on peut apercevoir la saillie malgré la tenture. Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur un sujet aussi épineux ; nous dirons seulement qu’une discussion raisonnée des hommes très compétents qui ont été appelés à se prononcer sur l’authenticité de cette voiture, l’attribuent d’abord à l’impératrice.

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Le Sacre est une voiture monumentale : c’est, à n’en pas douter, le chef d’œuvre le plus parfait et le plus riche de la carrosserie française. Elle a servi au sacre de Charles X, et a été construite sous les ordres de M. le duc de Polignac, premier écuyer du Roi, et sur les dessins de Percier, par Daldrigen, qui a fourni le train et les garnitures. La menuiserie a été faite par Ots. Les peintures sont de Delorme, élève de Girodet ; les sculptures de Roguier ; les bronzes d’ornement, ciselés par Persilli, sont sortis des ateliers de Denières, la dorure appartient à Gauthier, peintre des équipages du Roi ; les broderies par Delalande, et la passementerie par Gobert. L’exécution de ce magnifique carrosse a demandé deux ans de travail. La caisse est d’un aspect agréable ; elle est arrondie en dôme à la partie supérieure, et, dans sa partie inférieure, posée sur quatre cornes d’abondance, d’où sortent quatre caryatides en bois qui supportent le dôme. Quatre belles figures de Renommées, assises sur l’impériale, soutiennent un double écusson qui porte les initiales royales. De belles moulures forment une élégante galerie autour de la caisse. Le fond est tendu de velours cramoisi semé de roses et d’étoiles d’or. Les écrous et les essieux sont recouverts par quatre têtes de lion en bronze doré. Le siège du cocher, supporté par deux chimères, est d’une éblouissante magnificence et couvert de broderies et de riches crépines en or. Les peintures de la caisse représentant des sujets allégoriques sont exécutées sur des tablettes de cuivre dorées au feu. Enfin, le marchepied est à lui seul un chef d’œuvre de serrurerie. Il se replie sur lui-même par sept plis et rentre dans le double fond de la caisse en glissant sur une coulisse comme un tiroir de meuble. On évalue à cinq cent mille francs le prix de construction et d’ornementation de ce superbe carrosse, et cela ne nous étonne nullement. Nous devons rappeler que le carrosse du sacre de Louis XVI qui fut mis en pièces par le peuple pendant la révolution, n’avait pas coûté moins de douze cent mille francs, et si on pouvait juger de sa magnificence par le dessin qui nous est resté, on peut affirmer qu’il n’avait ni la richesse ni l’élégance de la voiture de Charles X. Il ne paraît pas même que la voiture du sacre de Napoléon qui fut dépecée en 1815, après la rentrée de Louis XVIII, pût être comparée à celle-ci. On peut conjecturer cependant qu’elle a dû coûter une somme énorme, si l’on en juge par les dépenses excessives qui furent faites à cette occasion, et qu’on évaluait à trente ou quarante millions ; prodigalité qui paraîtra monstrueuse, surtout si l’on se reporte à ces temps de simplicité où un roi de France qui s’appelle Saint Louis pouvait se faire sacrer avec faste et donner des divertissements au peuple avec une somme de quatre cent trois mille livres ! Les harnais pour l’attelage à huit chevaux qui conduisait le Sacre sont un magnifique échantillon de sellerie ; ils sont en maroquin rouge piqué de blanc. Deux chevaux postiches, attelés au Sacre, rendent l’effet de ce riche harnachement, que complète un superbe chanfrein de plumes et de velours à broderies d’or. On voit encore le costume des hérauts d’armes, en velours violet aux fleurs de lis d’or sur la poitrine.

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Plusieurs traineaux de formes très variées reportent les souvenirs vers la fin du XVIII° siècle. Un de ces traineaux d’une construction bizarre est monté sur une tortue ; il est attribué au dauphin, père de Louis XVI. Le siège de derrière est supporté par un petit dauphin. On remarque encore deux ou trois conques marines et une corbeille à deux places avec siège en velours de Hollande. Les peintures qui décorent ces traineaux sont d’une grande finesse. Nous citerons en particulier les deux charmants médaillons à la manière de Watteau, représentant une scène de patineurs et une femme en traineau poussée par un patineur ; ce sont deux ravissants petits chefs-d’œuvre.

Ces voitures se rapportent évidemment aux règnes de Louis XV et de Louis XVI. On peut se rappeler, en effet, avec quel engouement on s’adonna alors à ce genre d’amusement. Un contemporain, qui fut valet de chambre perruquier de Madame Dubarry, a consigné dans des mémoires, restés inédits, que cet amusement fut porté à un tel point que bientôt les cochers manquèrent pour cet exercice, qui demande une grande expérience et une habilité particulière. On se disputait les cochers, et on vit quelques uns payés sur le pied d’un premier commis. Le même historien rapporte encore que Madame Dubarry, qui habitait alors Luciennes depuis la mort du Roi et voulut se donner pendant l’hiver 1778 l’agrément des courses en traineau, enleva à M. de Vergennes, qui revenait de son ambassade de Suède, un cocher très expert ; ce qui lui coutâ la bagatelle de 4000 livres.

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Les chaises à porteurs sont une véritable curiosité. Signalons d’abord les chaises aux armes de France que l’on a eu le tord de vernir et de restaurer, et qui ont appartenu à Madame de Maintenon. Elles rappellent par leur simplicité et leur le peu d’ornementation les formes sèches et le caractère austère de l’ancienne maitresse de Louis XIV. Une de ces chaises d’un goût charmant et émaillé de ravissantes peintures, a appartenu à Marie Leczinska, épouse de Louis XV. Les autres à l’exception d’une qui porte des armes étrangères, ont appartenu à la cour de Louis XVI, ce que témoignent les armes de France et de Navarre dont elles sont blasonnées.

Une chaise à bras d’un autre genre et d’une époque toute récente est celle qui servait à Madame Adélaïde, sœur de Louis Philippe, pour monter et descendre les escaliers dans les dernières années de sa vie ; elle est en maroquin rouge et d’une extrême simplicité.

A voir la coquetterie de ces chaises à porteurs, on se prend à regretter que l’usage s’en soit perdu. On sent que les femmes y devaient avoir une grâce infinie. Cette mode était si générale au XVIII° siècle que les porteurs ou bricolliers, comme on les nommait alors, stationnaient sur les places comme nos cochers de fiacre pour l’usage du public. Les personnes de distinction avaient leurs chaises comme leurs voitures, et nous voyons par les comptes de la maison du Roi que la reine, le comte de Provence et le comte d’Artois avaient dans leurs écuries quatre porteurs de chaises. Nous croyons devoir faire remarquer à ceux qui seraient tentés de compulser ces comptes, qu’ils ne doivent pas confondre avec les porteurs de chaises les porte-chaises d’affaires lesquels exerçaient un office tout à fait privé dans la maison de la reine et des princesses, office toujours dévolu à des femmes.

Il nous reste quelques mots à dire de la sellerie orientale, véritable merveille de luxe. Lorsque Aladin demandait au génie de lui conduire un cheval du prix d’un million avec le harnais et la bride, il se proposait une de ces fantaisies que lui seul pouvait se permettre. Les beys de Tunis et de Tripoli, le Roi de Fez, l’empereur du Maroc, quand ils avaient des présents à offrir à l’empereur, n’avaient pas à leur disposition, comme l’esclave de la lampe merveilleuse, une profusion de pierreries et l’or à foison, mais ils avaient certainement des ouvriers non moins habiles, et qui savaient tirer un parti miraculeux des matières qu’ils employaient. Il ne se peut rien de plus somptueux et de plus bizarre de dessin et de broderie que ces princes barbaresques envoyaient en cadeau à l’Empereur. Napoléon qui aimait le faste, ne négligeait aucune occasion de produire en public ces richesses. On sait avec quel luxe il avait habillé la compagnie des mameluks qui faisaient partie de sa garde. Dans les revues d’apparat, il voulait que ces housses et ces harnais servissent aux principaux officiers de ce corps. On croit même que deux de ces équipements ont appartenu à Roustan, son fidèle mameluk.

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Trois selles historiques donnent un grand prix à cette collection ; ce sont les selles de Louis XVI, du premier consul et de Charles X. Elles sont toutes trois en velours cramoisi avec housses et chaperons brodés d’or. Les deux premières sont d’un vieux modèle ; mais celle de Charles X, la même qui a servi à son entrée à Paris au retour de Reins, est d’une élégance moderne. Elle a été travaillée par Lucot, qui a laissé un nom connu dans la sellerie, et n’a pas coûté moins de 27000 francs ; elle est enrichie de crépines d’or d’une très grande beauté. Nous croyons cependant qu’elle n’est pas très complète, et qu’une partie des broderies que l’on remarque dans le dessin original manque aujourd’hui sans qu’on puisse savoir pourquoi elles ont été retranchées.

Comme on peut le voir, la collection qui forme le nouveau musée n’est pas nombreuse, mais elle ne manque pas d’intérêt. Elle a surtout ce genre de mérite qui éclate aux yeux : la richesse. Terminons par un mot d’éloge de M. Questel, l’architecte du palais de Versailles, qui a su  approprier avec beaucoup de goût pour cette exposition une salle très convenable dans un nouveau bâtiment, construit exprès entre le Grand et le petit Trianon. Le nouveau musée ajoutera un attrait de plus au voyage de Versailles. L’administration du chemin de fer de la rive droite, qui se prête avec beaucoup de grâce aux plaisirs du public, a si considérablement réduit les places, que toute la population curieuse de Paris ne peut manquer d’aller se récréer du spectacle de ces éblouissantes merveilles, qui sont placées dans le silence de Trianon comme un songe brillant dans le sommeil. »

« L. Rosier. »

 

Documentation :

Collection personnelle Figoli.

Voir les autres articles sur le musée des carrosses

Musée des carrosses de Versailles.1 Traîneaux

Musée des carrosses de Versailles 2; Char funèbre Louis XVIII

Musée des carrosses Versailles 3: Les berlines de Napoléon

 

Quelques photos du musée avant son transfert:

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commentaires

Grand 16/02/2015 09:20

Bonjour,
Je découvre votre site particulièrement bien documenté.
J'ai récupéré, dans la maison d'une de mes soeurs décédée, 2 portraits ancien dont ma Grand-Mère parlait. Ils représenterait "Monsieur et Mme Liverneau (eaux, au...)" Lui aurait été "carrossier du roi"), sans plus de précisions.Les costumes seraient du XVIII ème siècle.
Est-ce qu'il existe le moyen de retrouver ce nom dans des archives ou des listes de fabricants ?
Les personnages semblent de la bonne bourgeoisie : je pense qu'il fallait être relativement " à l'aise" pour pouvoir s'offrir son portrait ?
Si vous avez quelqu'indice que se soit, merci de me le communiquer.
Francis Grand - Marseille

figoli 16/02/2015 10:29

Pourriez vous me préciser la date de réalisation de ces tableaux et la période de vie de vos ancêtres pour éventuellement trouver des pistes : Blogdefigoli@orange.fr