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Par Jean Louis Libourel
Les Presses Universitaires de Rennes viennent de publier (1er semestre 2026) une importante étude de Jean-Pierre Aguerre, « Les hommes et les chevaux à Lyon 1880-1939 », préfacée par Daniel Roche, professeur au Collège de France, l’universitaire le plus impliqué dans l’étude de la culture équestre, lequel m’a fait l’honneur de préfacer mon livre « Voitures hippomobiles. Vocabulaire typologique et technique » (2005).
Le travail de Jean-Pierre Aguerre, très documenté, sera très apprécié par tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du cheval dans la vie des hommes. La voie dans cette recherche consacrée précisément à la place du cheval dans la ville a été ouverte par Ghislaine Bouchet avec sa thèse magistrale « Le cheval à Paris de 1850 à 1914 » publiée en 1993.
Le travail de Jean-Pierre Aguerre, incontestablement rigoureux et très savant, fait l’impasse sur la place très importantes des métiers de la carrosserie. En cela, il est critiquable. Son livre de 335 pages ne mentionne que 4 carrossiers et 1 charron. Or, l’édition 1885 de « l’Annuaire de la Carrosserie, de la Sellerie, du Charronnage et de la Bourrellerie », dénombre 25 carrossiers, 10 selliers-carrossiers, 7 menuisiers en voitures, 13 peintres en voitures, 99 charrons, 5 fabricants d’essieux, 3 fabricants de lanternes, actifs à Lyon.
Où sont-ils dans le livre de Jean-Pierre Aguerre ? Comment ou pourquoi occulter la place importante de l’activité carrossière à Lyon ?
L’absence de ce pan entier de l’économie lyonnaise, constitué par les nombreux métiers de la carrosserie, interroge sur un éventuel parti pris idéologique de l’auteur en faveur du monde ouvrier laborieux, au détriment de la carrosserie, industrie du luxe, pour sa plus large part, dont les produits ne sont accessibles qu’aux classes fortunées.
Passionnant et très riche d’informations, ce livre pêche cependant par son choix de n’étudier et de ne s’intéresser qu’à une partie de l’histoire économique et sociale lyonnaise, ignorant le rôle majeur de la carrosserie dans l’économie lyonnaise au XIXe siècle. On le regrette fort, d’autant que Jean-Pierre Aguerre dans la masse impressionnante des documents qu’il a consultés et étudiés, notamment dans les archives municipales, départementales et nationales, a très vraisemblablement trouvé et découvert des informations et des données nombreuses concernant la carrosserie et ses métiers. Ces précieuses informations, jusqu’ici ignorées, feront-elles un jour l’objet d’un article détaillé, ou même d’un livre, sur la carrosserie lyonnaise, ses hommes et ses métiers ?
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