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La découverte des archives inédites de Morris Edward Howlett par Hans B. Paggen est une source précieuse pour l’histoire de l’attelage et des voitures hippomobiles au tournant entre les XIXe et XXe siècles.
Dans cette masse de documents, H. B. Paggen a repéré des coaches construits par Guiet & Cie et m’a demandé d’analyser, d’identifier les voitures à l’aide d’archives constituées d’une trentaine de photos et de 48 feuilles de carnets, traces matérielles de la mémoire d’un acteur incontournable du coaching.
Rien de plus émouvant que d’essayer de reconstituer les road trip organisés par les Howlett pour leurs riches clients américains et de découvrir les participants, les spectateurs et la France rurale en 1900.
Les notes manuscrites ou les pages dactylographiées fournissent des informations précieuses, les détails de plusieurs préparations de parcours avec les étapes, les hôtels ou auberges, les durées estimées, la rotation des trois ou quatre teams de quatre chevaux, les dépenses de trains, hôtels, chevaux, effets et salaires des grooms ou des gardes (Chauvin, Joseph, Louis, Martin, Emile).
On déchiffre dans les notes plusieurs études de parcours depuis Paris :
Les parcours les plus documentés sont :
Pour enrichir ces archives brutes, nous avons la chance d’avoir des récits par les deux acteurs et par un journaliste :
Pour la biographie d’Edwin Howlett et de sa famille, voir l’article d’Henri BAUP dans Attelage Patrimoine Edwin Howlett - attelage-patrimoine.
Rappelons aussi que Morris Edward Howlett (1873-1939) est le 7ème et dernier enfant d’Edwin Howlett. Il a raconté entre autres, qu’à l’âge de 5 ans, il a tenu un tandem ; à 7 ans, il a mené un coach à quatre chevaux au Concours hippique de Paris entre des poteaux faisant un trajet en 8. En 1889, il a débuté sur le coach paternel Magnet et il a continué jusqu’en 1902. En 1892, W. G. Tiffany lui demande de préparer la tentative de record Paris – Trouville avec son coach The Herald.
James Hazen Hyde (1876-1959), un jeune américain très fortuné, héritier de The Equitable Life Assurance, président et fondateur de la Fédération de l’Alliance française, était passionné par l’art de mener les attelages. Sorti d’Harvard, il arrive à Paris en 1899, il prend des cours d’attelage avec Howlett. Il est une des figures du Gilded Age – voir article Coaching Through the Gilded Age - attelage-patrimoine
[1] Harper’s Monthly Magazine, Fév. 1901, vol. 104, p. 914,
[2] Official horse show blue book v.9(1915), p. 28
[3] La Revue Hebdomadaire, 1903 – IX, 8
[4] Lettre dactylographiée recto-verso avec l’en-tête Morris E. Howlett, Manager - WILSHIRE FARMS, Round Hill Road, Greenwich, Conn. Archives Howlett
PARIS – CHERBOURG v 15 – 22 SEPTEMBRE 1899
Le road-book du trip Paris – Mont St-Michel – Trouville _ Archives Morris Howlett – Coll. H. B. Paggen
L’histoire de ce trip est originale. James H. Hyde, est le fils du fondateur et l’héritier d’Equitable Life, importante compagnie d’assurances située 38, Wall Street, New-York. Il est venu très souvent à Paris avec ses parents, comme de nombreuses familles américaines fortunées.
Son tropisme francophile se matérialise durant ses études à la Havard Senior Class en janvier 1898, lorsqu’il fait un don de $30,000 au Cercle français dont il est président, for an annual lectureship sur la littérature française. Sorti d’Harvard, il demande un passeport en juin 1899, aborde à Cherbourg et arrive à Paris début août 1899. Il prend des cours avec Edwin Howlett, le père, il se passionne pour le coaching en faisant plusieurs parcours autour de Paris, mais il a envie de faire un trajet plus long. Devant reprendre un bateau à Cherbourg fin septembre, il demande à Morris E. Howlett, le plus jeune fils, s’il peut mener un coach jusqu’à Cherbourg en huit jours. Morris Howlett qui ne le connait pas, lui répond : « Oui, si vous avez assez d’argent ». L’élève l’assure qu’il en a assez.
Si Morris Howlett avait souvent participé comme manager et groom à plusieurs trips et au record Paris-Trouville, il a maintenant 26 ans et doit organiser son premier parcours, long d’environ 640 km, incluant un détour chez la Mère Poulard au Mont-Saint-Michel, en fixant la route, les étapes, les deux relais journaliers, les hôtels, la rotation de trois teams de quatre chevaux, le transport en train de deux teams pour les relais du lendemain.
La distance parcouru par les chevaux entre deux relais était en moyenne de 26 km avec un maximum de 38 km. Les passagers faisaient 80 km (50 miles) par jour en moyenne. En l’absence de photo et d’information, le coach devait être une voiture de la famille Howlett.
James H. Hyde avait convié trois amis américains qui prenaient le même bateau à vapeur : Bradish G. Johnson (21 ans, directeur d’Equitable 1902-1918), Lawrence L. Gillespie (vice-président d’Equitable en 1903) et Richard T. Wilson.
Pour leur première nuit, ils s’arrêtent à l’Hôtel du Lion d’Or à Pacy-sur-Eure dont le patron est un patriote français qui demande aux gendarmes de les arrêter car il pense que le drapeau français accroché sur le coach a été volé dans le village en fête. L’objet du délit avait seulement été sauvé alors qu’il était sur le point de tomber d’un mât. Morris Howlett racontent que dix genoux se mirent à trembler, il est donc chargé d’arranger la situation en offrant 50 Fr. pour les pauvres du village, suivi d’une tournée générale offerte par J. Hyde aux gendarmes et aux clients de l’hôtel.
Le récit d’Howlett évoque ensuite le passage par le Mont Saint-Michel, la 7ème merveille du monde qui justifie bien les miles supplémentaires pour la découvrir. Le voyage terrestre se termine par l’embarquement à Cherbourg pour rejoindre New-York. Hyde reviendra à plusieurs reprises en France et Howlett aura l’occasion de lui organiser d’autres parcours, le dernier sera la périlleuse montée du Grand Saint-Bernard pour la première et sans doute la dernière fois avec un attelage de 4 à 5 chevaux.
PARIS – LE HAVRE - DIEPPE – ROUEN – PARIS v 6 – 21 JUILLET 1900
Les étapes de ce nouveau et long parcours sont dans les notes de Morris Howlett. Par ses photos et la presse, nous savons que James H. Hyde était le meneur et le client. On ne connait pas l’identité de tous les participants qui comptent environ dix personnes : deux à trois femmes chapeautées avec voilette, quatre hommes dont Hyde comme meneur et Hugues Le Roux, ami, écrivain et journaliste au Figaro, deux grooms avec chapeau haut de forme et veste noire à six boutons semblable au groom’s overcoat du New-York Coaching Club, plus Howlett qui est invisible car il prend les photos.
Le périple formait une boucle de 763 km, parcouru en 16 jours dont 2 jours de repos, les étapes de 25 à 105 km étaient plus variables, il y avait un, deux ou trois relais selon la distance.
Un chroniqueur résume le parcours ainsi :
De Paris, M. J. Hyde est allé au Havre en suivant la Seine. De là à Dieppe par Etretat et Fécamp. Puis de Dieppe à Rouen, Evreux et retour à Paris.
D’Evreux à Paris, quatre relais de quatre chevaux avaient été organisés.
Sur la quinzaine de photos qui illustrent ce parcours, on reconnait certaines étapes comme : l’Hôtel du Grand Cerf à Mantes, l’Hôtel d’Evreux à Vernon, la rencontre d’une section militaire de cavalerie à Rouen, la jetée nord du port du Havre pleine de badauds dans leurs beaux habits pour la fête du 14 juillet, le coach étant pavoisé avec le drapeau américain, l’Hôtel d’Hauville à Etretat, le Grand Hôtel des Bains à Fécamp, l’Hôtel Royal, la jetée et le chenal du port de Dieppe.
Voyons, comment J. Hyde relate ce bain de foule :
Les Français sont un peuple très patriotique. Le 14 juillet, jour de leur fête nationale, nous avons décoré notre coach de drapeaux américains et français. La foule semblait d'abord sur le point de crier « À bas les Anglais ! » lorsqu'à la vue des « étoiles et des rayures » et des « « couleurs tricolores, » elle fut transportée de joie et se précipita sur le coach comme s'il s'agissait d'une nouvelle prise de la Bastille ; cette fois-ci, cependant, avec des intentions amicales. Lorsque nous leur avons parlé en français et leur avons dit que nous étions Américains, ils nous ont presque assourdis de leurs cris de « Vive l'Amérique ! ».
Pour ce trajet, nous avons plusieurs indices pour identifier le type de coach utilisé. Les photos montrent un coach avec le bateau en U de la caisse ; les accoudoirs du meneur et des passagers forment un galbe et des volutes caractéristiques ; le siège du meneur est dans une boite en bois ; les branches des porte-lanternes fixés sur les montants de la caisse sont incurvées vers le bas, suivant la ligne de ceinture ; il y a trois marches sur les coffres avant ; le marchepied repliable fixé sous la caisse est galbé ; les coffres de devant possèdent une moulure avec une crosse en partie haute ; le siège arrière pour deux grooms est monté sur ferrures avec un dossier arrondi et une jupe en cuir. Tous ces détails constituent le style et la signature indubitable des mail-coach fabriqués par Guiet & Cie depuis la création du Herald–Lightning en 1892. Il faut aussi remarquer que le coffre arrière n’est accessible que par une trappe sous les pieds des grooms, car le panneau arrière ne montre aucune entrée de serrure, ni charnières. La voiture ne porte pas de sigle sur ses panneaux mais éventuellement un chiffre sur les frises de portière. Les essieux demi-patent possèdent une plaque métallique ronde boulonnée avec trois tirefonds.
Est-il possible de l’identifier par son nom ?
J. H. Hyde a été propriétaire de plusieurs coaches Guiet & Cie dont :
- The Columbia qui a été livré par Guiet à Eugene Higgins fin août 1892, mais on ne connait pas la date de la revente à J. Hyde. La devise « Vouloir » de Hyde était sur les portières. Il a toutes les caractéristiques décrites plus haut, sauf le siège de garde rond conçu pour une personne au lieu de deux sur les photos. Ce n’est donc pas The Columbia.
- The Tantivy qui a été commandé par James G. Bennett en 1892, mais à la suite d’un grave accident à Paris en juin 1893, il renonce à son projet de record de vitesse entre Paris et Rouen. Il vend les 55 chevaux sélectionnés pour la course. Il semblerait qu’un ou deux coaches portant les noms de Comet et Penataquit (nom indien de Bay-Shore) aient servi sur Long Island vers 1894-1895. Hyde teste et utilise le coach pour de longs voyages en France[5]. Il l’aurait acheté vers 1899. Il conserve le nom ou baptise le coach The Bay-Shore, et il fera la montée du Grand Saint-Bernard sous ce nom. Il sera rebaptisé The Liberty, à son arrivée aux USA et modifié par Brewster en 1901 et 1903 pour en faire un public-coach. Les recherches sur l’origine du Liberty seront examinées dans un des épisodes suivants.
Ce coach sera l’acteur et la vedette de trois autres événements remarquables aux Etats-Unis :
- le 9.10.1901, il bat le record de vitesse entre New-York (Holland House) et Philadelphia (Hotel Bellevue) puis retour ; circuit de 224 miles en 19h35'- 12 miles/h en moyenne, Il était mené alternativement par J. H. Hyde, A.G. Vanderbilt et Morris E. Howlett. Les photos révèlent bien un siège de groom double et arrondi. Record sur lequel nous donnerons des informations dans un seconde partie.
- du 31.03 au 15.05.1903 : il assure la liaison entre Holland House, New York et Laurel-in-the-Pines, Lakewood, New-Jersey : 79 miles en 10h. [avec une banquette de garde traditionnelle sur ferrures]
- du 6.04 au 4.05.1918 : de Buffalo à New-York (trajet historique lié à la guerre de Sécession), avec les quatre greys horses préférés d'A. G. Vanderbilt menés par le Ladies Four-in-Hands Coaching Club of NY city, supervisé par Morris Howlett pour la campagne 'Third Liberty Loan' pour réunir des fonds nécessaire à l’entrée en guerre des Etats-Unis, à la fin de la 1ère guerre mondiale. [avec siège grooms droit sur ferrures suite aux modifications réalisées par Brewster].
Donc plusieurs indices concordants, permettent de penser que ce circuit de juillet 1900 a été réalisé avec le mail-coach The Tantivy appartenant à James H. Hyde.
[5] Le Jockey, 15.06.1893
VERSAILLES–RAMBOUILLET–CHATELLERAULT-BORDEAUX v 6 – 14 AVRIL 1901
Les étapes de cet autre grand parcours sont dans les notes de Morris Howlett. James H. Hyde était encore le meneur et le client. On ne connait pas mieux l’identité des passagers qui comptent environ sept personnes : deux femmes chapeautées avec une voilette, deux adolescents en casquette et manteau long qui semblent être frères, deux à quatre hommes selon les étapes plus le meneur, deux grooms avec chapeau melon, Macintosh ou Selby et guêtres, plus Howlett qui prend les photos.
Le parcours comptait 574 km, en 9 jours, les étapes de 42 à 84 km étaient plus régulières, il y avait un ou deux relais selon la distance ou le relief.
J. Hyde relate dans son article The Charm of the road, le départ de cette course.
Après avoir traversé la majestueuse mais déserte avenue de la vieille ville de Versailles, paisible et endormie, et une fois le virage serré du passage étroit franchi, nous arrivons à l'Hôtel des Réservoirs, la demeure de la marquise de Pompadour. Nous visitons également le magnifique palais qui, au temps du Roi-Soleil, était le lieu de rendez-vous de toute la noblesse française et sur lequel se tournaient tous les regards d'Europe. Le lieu devait tellement lui plaire qu’il sera propriétaire dans les années 1920, d’un domaine au 7 rue de l’Ermitage, faisant partie de l’ancienne propriété de la favorite de Louis XV.
Les principales haltes - étapes étaient : Versailles, Hôtel des Réservoirs ; Rambouillet, Hôtel du Lion d’Or ; Chartres, Hôtel du Grand Monarque ; Vendôme, étape la plus longue ; Tours, Hôtel de l’Univers ; Châtellerault ; Couhé ; Angoulême ; La Roche Chalais ; Bordeaux, Hôtel de Bayonne.
Il fait aussi une comparaison pertinente avec son pays natal :
Après Versailles ou Saint-Germain, où une foule immense nous acclame à notre départ, nous empruntons des routes rectilignes qui s'étirent sur des kilomètres à travers une campagne charmante. Ici et là, une pierre commémore une bataille ou la mort d'un héros d'antan. Parfois, un moulin à vent dressé sur une colline anime le paysage, ou les ruines d'un château médiéval projettent leur ombre pittoresque sur l'horizon. Mes pensées se tournent vers les panneaux publicitaires vulgaires pour les médicaments brevetés qui jalonnent les routes d'Amérique, et je frémis à cette comparaison.
La vingtaine de photos prises pendant ce parcours, révèlent après Rambuillet, un climat moins clément, que pour le voyage précédent. Les étapes photographiées sont l’Hôtel du Croissant à Montbazon, Vendôme, l’Hôtel du Lion d’Or à Rambouillet, le pont Henri IV à Châtellerault, mais aussi un troupeau de chèvres et une roulotte avec des vanniers le long d’une route.
Ces deux rencontres correspondent exactement aux observations de J. Hyde dans son article The Charm of the Road, publié en mai 1902 : Partout nous rencontrions le berger (avec son troupeau de moutons presque caché dans un nuage de poussière), dont le joyeux « Bonjour, M'sieu » était toujours le bienvenu ; ou un groupe de Bohémiens, les hommes occupés avec ardeur à la fabrication de paniers, tandis que les femmes cuisinaient le poulet et les pommes de terre au bord de la route.
Tout en retrouvant la liste de certaines étapes, J. Hyde constate dans son récit :
En parlant des hôtels et auberges de France, il peut être intéressant de mentionner certains de leurs noms. En parcourant le pays, on peut croiser l'Hôtel du Cheval Blanc, l'Hôtel du Cheval Noir, de l'Écu, du Grand Cerf, le Soleil d'Or. Certains noms sont encore plus pittoresques, comme par exemple l'Hôtel de la Guimbarde, l'Hôtel du Coq Hardi, l'Hôtel du Coq Efflanqué, et ces enseignes sont généralement illustrées au-dessus de la porte, avec l'incontournable mention « On loge à pied et à cheval ». Souvent, ces enseignes ont été peintes par un artiste talentueux, contraint par la pauvreté à recourir à ce moyen de paiement pour se loger et se nourrir. J'ai vu de véritables œuvres d'art sur ces enseignes, et je me souviens avoir usé de toutes les ruses possibles pour en obtenir une exceptionnellement belle.
Le propriétaire ne voulait ni me le vendre ni me le donner en cadeau. Je lui ai offert plusieurs centaines de francs, mais il a répondu : « Je ne veux pas votre argent ; je veux mon enseigne. »
6.04.1901 – M. Howlett de profil avec l’appareil photo, à Rambouillet (photo du haut) – Avril 1901 – Relais route de Bordeaux – Coll H. B. Paggen
Est-on en présence du même coach que celui du parcours précédent en Normandie ?
Il conserve les caractéristiques propres aux mail-coach de Guiet & Cie, décrites auparavant. Toutefois, on repère quelques différences dix mois après le voyage en Normandie :
Ces modifications fonctionnelles ou esthétiques faites pour les longs périples de J. Hyde, ne semblent pas remettre en cause l’identité et l’origine de ce mail-coach historique.
CIRCUIT DANS LES ALPES ET GRAND SAINT-BERNARD v 9 JUIN – 15 AOUT 1902
« The greatest of all coaching tours » 1 871 miles – 3 011 km
The journey of the coach Liberty over the Alps.
Après leur retour des Etats-Unis et leur record entre New York et Philadelphie, Howlett organise pour Hyde un grand tour dans le nord de la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Alsace, la Suisse avec une traversée des Alpes, l’Italie, puis un retour par la vallée du Rhône. Ce parcours à travers le théâtre de la future guerre mondiale permettra au coach d’être un symbole et un porte étendard de la Liberté pour la campagne de collecte d’argent en avril 1918 pour financer l’entrée en guerre des Etats-Unis. Les détails précis de ce grand tour ne sont pas connus, mais on peut reconstituer les étapes clés pour imaginer cette dernière aventure en France grâce au reportage d’un journaliste, à quelques photos et à des légendes de photos.
Vers le 16-17 juin 1902, l’équipage traverse Charleville et Sedan, passe la nuit à l’Hôtel de l’Europe.
Vers le 17-18 juillet, ils sont à Martigny (Suisse) et vont entamer leur montée la plus périlleuse pour Howlett et la plus impressionnante pour S. Poirson, un journaliste qui les accompagne. Là encore, ils veulent relever un défi sportif en étant les premiers à grimper au Grand Saint-Bernard en mail-coach et à revenir dans la journée, alors que la diligence prend deux jours. Pour les villageois, c’est une impossibilité. Le chroniqueur, pour une fois, précise que le coach a été construit par Guiet & Cie et s’appelle, le Bay-Shore. Ses états de service sont Paris-Bordeaux ; Paris-Genève-Paris ; Paris-Clarens, ce qui complète le références de la voiture. Avec ce nom, nous remarquons que le coach a donc retraversé l’Atlantique après ses exploits en Amérique.
A cause d’un orage et d’un pont détruit, le départ est reporté au dimanche 20 juillet à 8 heures devant l’Hôtel Clerc, la voiture comprend trois passagers plus un guide et deux palefreniers, il est prévu 6 chevaux pour les 12 km les plus difficiles. La première difficulté est la traversée d’un pont provisoire en bois prévu pour des voitures plus légères, les grooms tiennent les chevaux de volée car il n’y a pas de rambardes et Morris Howlett prend une photo depuis la berge.
Orsières est le premier relais, après 22 km et un dénivelé de 430 m, durée 10 min. L’attelage passe à 6 chevaux. Le chemin devient très étroit avec le précipice d’un côté et la montagne menaçante de l’autre.
A Bourg Saint-Pierre, les passagers se détendent un peu, second relais après 15 km environ, mais un dénivelé de 730 m. Nouvel attelage à 6, mais un des chevaux de la première volée préfère « valser » que trotter, il reste à l’écurie, le cinquième cheval est donc attelé en flèche. La montée est plus lente, la neige apparait et avant l’arrivée à l’hospice du Grand Saint-Bernard, le coach passe entre deux murs de neige d’un mètre cinquante.
L’arrivée au couvent a lieu à 13h45 au son de la trompe devant des moines ébahis, après une montée d’environ 840 m sur 12 km.
L’équipage se restaure dans le couvent et après une halte de 90 min. l’attelage est réduit à quatre chevaux qui descend au grand trot. A Bourg Saint-Pierre, un cheval étant déferré, ils sont obligés de mettre le valseur en volée qui recommence ses ondulations, mais Howlett arrive à le maitriser.
Les villageois sont stupéfaits de revoir ces voyageurs intrépides aussi rapidement et sans encombres.
Ils arrivent triomphalement à Martigny vers cinq heures et demie du soir.
Le 1er août, ils partent de Brigue (Suisse) pour déjeuner à l’Hôtel Bellevue au col du Simplon, soit une vingtaine de km, une montée de 1300 m, puis direction Domodosolla en Italie – 40 km pour descendre 1730 m, avec des relais à Beresal et Gondo. L’itinéraire passe par le col du Saint-Gothard, la nuit est passée à Hospenthal et retour à Brigue.
L’étape la plus longue (95 km - 59 miles) a lieu le 3 août, en suivant la rive nord du lac Majeur, entre Palanza et Locarno, puis en passant par Canobbio, Bellizona et Cadenazzo.
Le 15 août, le Bay-Shore – Liberty est de retour à Paris avec ses passagers, ses grooms, son manager expérimenté et son intrépide whip, après avoir réalisé son plus grand tour – 3 000 km en 31 jours incluant moins de 7 jours de repos.
Les photos trouvées dans la presse n’ont pas une résolution suffisante pour une comparaison pertinente entre les coach. Toutefois, on retrouve clairement, la forme en U de la caisse et le double siège de groom à l’arrière.
L’ORGANISATION DES TRIPS PAR MORRIS E. HOWLETT
Pour la préparation de ces périples, nous pouvons confronter les souvenirs des deux acteurs. Celle d’Hyde, le meneur qui remercie toujours Howlett pour le succès de ses entreprises:
Lors de nos voyages, nous utilisions trois ou quatre attelages par jour. Morris E. Howlett, le meneur de chevaux professionnel, se chargeait de tous les détails des changements, et les chevaux étaient acheminés par train à l'avance. De cette manière, il était possible de parcourir environ quatre-vingts kilomètres par jour sans fatigue pour les chevaux ni pour le meneur, tout en laissant suffisamment de temps pour des haltes en cours de route, afin de visiter d'anciens châteaux, de magnifiques cathédrales, des boutiques de bric-à-brac et les nombreux sites d'intérêt. Avec un repos tous les cinq ou six jours, j'ai pu voyager pendant des mois sans qu'aucun cheval ne tombe malade, et sans ressentir de fatigue excessive. Nul besoin de faire de distinction dans le choix des routes. On peut aller où bon nous semble, à condition, bien sûr, que les changements de chevaux soient annoncés quelques heures à l'avance. Il n'y a jamais de difficulté à abriter les chevaux pour la nuit.
Puis, la version plus factuelle d’Howlett, l’organisateur, en 1938 :
Entre 1896 et 1900, j'ai effectué de nombreux voyages avec Eugene Higgins, James H. Hyde, Fairman Rogers et d'autres, utilisant toujours 3 attelages et parcourant en moyenne 50 miles par jour. (…)
En 1900, 1901 et 1902, j'ai voyagé en coach avec James H. Hyde, de Paris à la Belgique, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, avec trois attelages de chevaux. Nous sommes montés jusqu'au Mont-Saint-Bernard pour déjeuner avec les moines et avons franchi les cols du Simplon, du Gothard et de la Furka. Durant toute ma carrière de meneur, je n'ai jamais eu de problème de relève, de cheval manquant le relais, ni de décès. Une seule fois, un cheval a dû être renvoyé, suite à une blessure mineure survenue dans le train.
Dans un article de 1915, Howlett ajoute à propos de la montée du Mont Saint-Bernard :
Ce fut un trajet très périlleux, une première en coach, et je doute qu'il se reproduise un jour. (…) Ainsi s'acheva mon voyage en coach à travers la France avec James Hazen Hyde.
Hughes LEGRAND
Ce premier épisode sera complété prochainement par:
COACHING IN AMERICA WITH MORRIS E.HOWLETT EPISODE II
COACHING IN AMERICA WITH THE LIBERTY COACH EPISODE III