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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 12:00
Gravure de Cazeaux de Nestier, 1684-1754, Maître et "Ecuyer cavalcadour" de Louis XV. Réputé pour son talent avec les chevaux difficiles, la douceur de ses mors et la perfection de son attitude à cheval.

Gravure de Cazeaux de Nestier, 1684-1754, Maître et "Ecuyer cavalcadour" de Louis XV. Réputé pour son talent avec les chevaux difficiles, la douceur de ses mors et la perfection de son attitude à cheval.

La fin d'un monde

 

Il pleut… de cette pluie pénétrante et froide qui va durer toute la journée.

Au pré, les chevaux sont trempés, mais ça n’a pas l’air de les affecter.

En ce jour d’automne, pas un chat ne hante les allées du haras.

C’est le silence et l’immobilité.

Ici, on pratique le dressage dans sa plus pure expression, quelque chose qui ne sert plus à rien, sinon donner une raison d’être encore à quelques chevaux… qui demande du temps, de la rigueur et de l’humilité. Une science immuable et un art éphémère qui ne se perpétue que par l’exemple, par la voix, par la patience et par la volonté.

Une discipline dont l’horizon s’éloigne à chaque pas, des instants de beauté qui ne durent que le temps d’une valse, puis qui se désagrègent, germent et renaissent ailleurs, indéfiniment, on l’espère… pour quelques trop rares passionnés.

Ça n’attire pas les foules en ces temps où il faudrait que tout soit donné.

Le Maître de céans a suffisamment d’âge pour connaître les affres de cette arthrose qui entrave les âmes les mieux trempées. Il a, par le passé, brillé sur des scènes internationales, mais à présent qu’il butte sur les années, si la douleur le lâche un peu, il espère encore, peut-être… retourner quelques fois respirer l’encens en « grand prix ».

Il est le calme et l’élégance, l’intelligence et la modestie.

Dans ce manège crépusculaire et feutré qu’imprègne la grisante odeur de la sciure, il est assis dans la tribune à l’abri d’une vieille couverture, et de sa voix claire, il transmet.

En ombres chinoises, là-bas, dans les profondeurs du rectangle, d’un pas ample et fortement engagé, ondule le dos d’un cheval, accompagné d’une cavalière qui sait se faire oublier.

Vous aimeriez être cette élève qui un jour transmettra, mais ce n’est plus possible parce que l’arthrose, vous l’avez rencontrée trop tôt et ce Maître trop tard.

Parce que désormais vous êtes à pied.

 

Texte de Julie Wasselin

 

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