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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 10:57

Les roues…. et le charron

 

Parler de l’origine de la roue, c’est se lancer dans un débat sans fin et,
de fait, sans réponse satisfaisante.

Les scientifiques semblent s’accorder pour situer son apparition dans le monde sumérien au sud de la Mésopotamie, 3500ans ans avant notre ère. Ce détail de l’étendard d’Ur (époque sumérienne) datant de 2500 ans av montre clairement un charriot sur  roues.

 

 Les plus anciennes roues trouvées sont des disques pleins.

 


Roue en chêne datant de – 2700 retrouvée dans une tourbière  à Ubbena aux Pays Bas


Cependant, l’utilisation de la roue dans les moyens  de transport, même si elle est la plus connue, ne semble pas être sa première fonction. On la retrouve à des périodes antérieures dans des objets cultuels, des tours de potiers,...  Des céramiques, utilisant la technique du tour de potier, remonteraient à -3700 ans (Période d’Uruk en Mésopotamie)

 Voici deux poteries fabriquées  au tour :
un calice daté de -3800 à -3500, provenant du site Tepe Sialk en Iran, avec décor de Léopard (conservé au musée du Louvre)

et cette céramique peinte, datée de 3500 av JC (conservée au
Métropolitan muséum)


















 

Mais la précision relative des datations amène actuellement les
 chercheurs à penser  que toutes ces utilisations sont concomitantes.

 

La roue disque.


Pour porter des charges il fallait un objet de grande résistance et les premières roues des charriots furent sûrement les roues à disque. Si l’hypothèse de roues fabriquées  dans des troncs d’arbre coupés perpendiculairement à sa longueur parait naturelle, il est évident que l’objet réalisé est par nature très fragile.

Quelles évolutions techniques et culturelles ont amené la roue disque  vers la roue à raie que nous connaissons ?

 

 Il semble que,  très rapidement, ces roues disques furent fabriquées de différentes façons. Une des plus anciennes représentations sur une tablette d’argile trouvée à Our montre un type de montage de 3 éléments : deux planches reliées par un système ressemblant à une navette.

 

Un autre système utilisait deux planches liées ensembles.



 

Ces tombereaux vietnamiens, datant du 19°, montrent un type de montage plus performant, avec trois planches reliées par des traverses.



 

 

Ces roues étaient, bien évidemment, très lourdes. Plusieurs techniques furent utilisées pour les alléger et ainsi augmenter la capacité de charge du véhicule.

Voici quelques exemples plus récents, qui montrent les différentes méthodes utilisées:

-Tombereau de Palencia en Espagne au 19°

 

Ou ce tombereau mongol soutenu par des roues à traverses de la même époque.


 

 

Roues à rais.


La première utilisation des roues à rayons pour les voitures date d’environ  2000 av Jc et est attribuée à la Babylonie, où l’on a trouvé des rayons peints sur une représentation de roue en terre cuite. Cette période correspond à l’expansion de l’utilisation des métaux et plus globalement au perfectionnement de l’ensemble des techniques.
 Définir l'origine de la création de le roue à rais semble aussi complexe que l'origine de la roue elle même. Il est cependant probable  que des pratiques cultuelles, les besoins pragmatiques de transport de marchandises, de personnes ou de combattants, l'évolution de la maitrise des métaux et du bois, y contribuèrent conjointement.
L a représentation symbolique de la roue remonte à la préhistoire ainsi que le montre cette gravure rupestre représentant une roue à 4 raies entre deux hommes.

Alors ? Culte du soleil où les rais seraient une représentation des rayons du soleil, de la foudre,  ou rite plus complexe; le cercle représentant en même temps le soleil et le monde, les rais étant le lien entres les 2 solstices et les 2 équinoxes,  délimitant ainsi les 4 saisons. Vu les luttes de territoires entre les peuples de ces époques anciennes, il y eu confrontations, et donc interpénétration entre ces différents  cultes. (Sans oublier d’autres influences comme l’eau symbolique de la naissance, la terre,…)

Ainsi un objet cultuel plus récent « le char solaire de Trundholm » (trouvé au Danemark et daté -1800,-1400)  représente le soleil et est monté sur des roues à quatre raies. On admet généralement que cette miniature en bronze  de 60 cm,  recouvert partiellement d’une feuille d’or, reproduisait un char cultuel que l’on promenait , sur un parcours  solaire magique.

 

Les connaissances techniques devaient limiter l’utilisation de ces roues à des structures légères comme ce char cultuel ou ce char de prestige  (trouvé dans la tombe de Toutankhamon)


 

 

Dans son livre « Etudes expérimentales sur l’attelage » J Spruyte présente une reconstitution de ces roues égyptiennes :

                                           Eléments constitutifs de le roue

                                                                              

 





Roue terminée vue
sous  deux angles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais pour porter des charges lourdes, les techniques durent s’améliorer. Celles-ci se développèrent en même temps dans différentes régions. Pour l’Europe, certains historiens attribuent aux celtes l’origine des techniques de charronnage actuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 Composition et construction d’une roue.


Plutôt que de faire un texte exhaustif qui pourrait être rapidement ennuyeux nous vous proposons de voir cet extrait de film datant de 1936 de Georges Rouquier...sur le travail d’un Charron.

Vous y apprendrez la nature de l’ensemble des matériaux, outils et compétences, techniques utilisés. Angles d’écuanteur, de carrossage, moyeux, frètes,… n’auront plus de secrets pour vous.

 

 

Pour ne pas alourdir l’article et pour répondre aux questions plus pointues des passionnés, vous trouverez dans les 8 pages documentaires(1.jpg 1.jpg ,2.jpg 2.jpg ,3.jpg 3.jpg ,4.jpg 4.jpg ,5.jpg 5.jpg ,6.jpg 6.jpg ,7.jpg 7.jpg ,8.jpg 8.jpg ,  composant un article de 1860 du guide du carrossier:
" De la construction de la roue") différentes indications sur la qualité des bois composant les différents éléments de la roue, l’importance des périodes d’abattage des arbres,…
 

 

Les différents dispositifs de roulement des roues ; essieux à graisse, patents, demi patents,… , les différentes types de bandage de protection, seront traités ultérieurement dans des articles spécifiques.
 

Le Charron :

 Dans cet article nous ne ferons qu’une ébauche de la présentation de
ce métier car comme le démontre cette image, il est difficile de séparer
 l’histoire du constructeur de la roue de celle du constructeur de la
voiture.

La lettre patente de Louis XIV,  du 14 Mars 1668, qui confirme le
statut des charrons,  exprime bien cette complémentarité en son article1. « Les charrons, carrossiers, faiseurs et entrepreneurs de
carrosses, coches, chariots, litières, brancards, calèches et
autres attirails, seront justiciables de la cour du parlement. »


Les éléments de base de fabrication de la roue montrés dans le film ont peu changé depuis plusieurs siècles comme le montrent ces iconographies d’ateliers du 17° et du début du 20 ° siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut dire cependant que depuis environs 1860, l’arrivée des machines outils a entrainé la séparation entre une fabrication industrielle (ici l’entrepôt d’une manufacture Tchèque)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et  le maintien d’un artisanat de luxe  (voir ci contre le chef d’œuvre d’un compagnon charron  «  Ferdinand Flouret »)

 

Nous consacrerons donc prochainement un article sur l’évolution de ces métiers du charron, constructeur de voiture, carrossier,…  
 

 

Actuellement beaucoup s’inquiètent de la multiplication de clones de voitures anciennes. Si leur utilisation à usage ludique ne pose aucun problème, la volonté de certains de les faire passer pour des voitures traditionnelles, altère à mon avis la fonction de conservation du patrimoine des concours de tradition.

Faisons confiance à nos juges qui ont la compétence nécessaire pour redresser la barre et déjouer facilement ces supercheries. Un de leurs moyens est l’observation de la roue :

Nous venons de voir qu’une roue traditionnelle est dotée d’un angle de carrossage et d’un angle d’écuanteur, une roue moderne industrielle à roulement à bille n’en a pas et est donc "plate".Cette différence est visible trés facilement sur ces jeux de photos.

                                                  Roue ancienne


                 Angle de carrossage *                                      Angle d'écuanteur.**


 











































                                                                Roue moderne


































 

Bien sur je ne dévoilerai pas les autres techniques utilisées par les juges, afin de ne pas aideur les éventuels fraudeurs.

* Angle de carrossage: "Inclinaison des roues sur la verticale par rapport à l'essieu, permettant de compenser la fléxion verticale que prend l'éssieu par suite du poids de la caisse, ..."
N.B.:Il facilite par l'angle donné, la circulation de l'huile dans les roulements à bain d'huile.


**Angle d'écuanteur:"Direction oblique des rais dans une roue, afin d'obtenir de la solidité et un bon roulage....L'écuanteur compense l'angle de carrossage en ramenant à la verticale les rais lorsque la roue tourne et augmente la résistance des roues aux chocs latéraux, comme ceux donnés contre les trottoirs par exemple." 

*/**Textes extraits de "L'attelage moderne" de  H Cazier-Charpentier
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Fabrication d'une roue
 


 

 

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commentaires

figoli 23/08/2009 09:02

Bonjour amical aux nouveaux lecteurs passionnés des arts du bois. Je vous conseille la série d'article du guide du carrossier(dans la catégorie restauration et documentation) vous y trouverez des informations techniques sur les assemblages des voitures. )
Cordialement et merci de votre visite.
Figoli

Thierry GEOREGTON 22/08/2009 20:46

Encore un très grand bravo pour cet article remarquable et pour la vidéo d'époque sur le charron.
On en redemande !!!

grognet 22/08/2009 08:11

Bravo remarquable une fois de plus .

Monique 16/08/2009 11:47

Bonjour Figoli, superbe billet sur les roues, nous avons la chance de connaître un charron consciencieux et dans la tradition, bon dimanche, Monique

figoli 16/08/2009 12:49


Cher monique,
Un des objets de ce blog est de faire connaitre nos artisans. Envoyez moi ses coordonnées par mail avec son site(éventuellement) et le type de travaux réalisés et je me ferai un plaisir de
l'inscrire dans le carnet d'adresse. Vous qui faites de si belles photos(voir site de monique dans les liens) pouvez réaliser un article sur son travail qui sera diffusé en même temps. 
Trés cordialement
Patrick.


Julie wasselin 15/08/2009 15:53

Arba, il y a des moments où j'ai envie de vous faire la bise !!!