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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 09:03

Le  Comte d’Yanville

à l’excursion Paris- Deauville.

Première randonnée attelée connue


A Henry de Rivière de la Mure avec mes remerciements pour sa documentation.

 


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Le Comte d'Yanville sous la porte du haras du Pin lors de l'excursion Paris-Deauville 

(Aquarelle de Busson Coll.Henry de Rivière de la Mure)

 

Cette aquarelle, datée de 1905, représentant un coach sortant du haras du Pin, doit surprendre de nombreux lecteurs. La présentation de ce coach déroge, pour beaucoup, aux règles habituellement reconnues dans la pratique du coaching:

 

                                  - coach attelé à cinq chevaux  

                                  - galerie encombrée de bagages et bachée 

                                  - tenues vestimentaires du meneur et des passagers très                                                   décontractées 

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                                  -incriptions "anachroniques " sur la caisse du véhicule, ne correspondant à aucune ligne de road-coaching ayant existée

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                                  -non reproduits par l'artiste, de superbes "bonnets" que nous    retrouverons sur la photo ci dessous.

 

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Coach du Comte d'Yanville à l'excursion Paris-Deauville

(Photo Delton. coll. Henry de Rivière de la Mure)

Pourtant, le meneur représenté sur ce tableau, le Comte d'Yanville, est une personnalité de l'attelage reconnue de cette époque. En 1893, il est cité comme meneur réputé, propriétaire d'un coach dans un article du Figaro "illustré"; Le Coaching .

 Un meneur de cette compétence ne pouvait, en aucun cas, pratiquer le coaching en s'autorisant de pareilles dérogations aux règles de l'art. En fait, ce tableau ne représente pas une pratique traditionnelle du coaching mais retrace un moment particulier de l'évolution de la pratique de l'attelage, en ce début du XX° siècle: il s'agit de la première randonnée attelée connue qui rallia Paris à Deauville, en 1905.

Avant de vous présenter cette excursion, qu’a voulu commémorer le comte d’Yanville en  commandant cette aquarelle au peintre animalier Busson, il me semble nécessaire de faire plus ample connaissance avec Henry d'Yanville, né à Lyon, le 24 novembre 1865. Elève, comme beaucoup de meneurs de cette époque, d’Howlett,  il devint rapidement un meneur reconnu spécialiste de l'attelage "four in hand".


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Le Comte d'Yanville aux guides d'un tandem (photo Delton. coll. Henry Rivière de la Mure)

 

Dans les années 1900, il sera de nombreuses fois photographié  par  Delton,

  

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Photo de Delton montrant le Comte aux guides d'un tandem (coll Henry de Rivière de la Mure)

 

entre autre, pour illustrer des articles du Sport universel illustré .


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      Le Comte d'Yanville  et M du Douet de Graville s'entrainant, en 1905, en vue de leur participation au concours hippique (Coll.Henry de Rivière de la Mure)

 

Ce grand meneur  de four in hand est avant tout un amateur de coaching.


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Journée des guides en 1908 (SUI/coll Figoli)

Dés les années 1886-89, il est membre de la "Société des guides", regroupement sportif et mondain dont nous vous avons esquissé le fonctionnement des réunions dans l'article "Les Guides" Activités de ce cercle français de coaching

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Extrait du règlement de la société des guides de 1885

 

Il en devint le vice-président en 1914. Les membres de cette société faisaient des sorties communes, promenades, rallyes (trés règlementées comme le montre le document ci- dessous) mais, bien sûr, menaient également leurs équipages seulement accompagnés de quelques amis choisis. Voici quelques photos des sorties du Comte avec son coach dans les rues de Paris.

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Le comte d'Yanville aux guides de son coach (coll.Henry de Rivière de la Mure.)

 

 Lors de ces "promenades sportives", les invités, comme le montre l'exceptionnel document ci-dessous, recevaient un carton d’invitation qui  précisait même la place de la personne sur le coach. Pour l'invité, ce placement était le baromètre de sa notoriété sociale ou de l'estime en laquelle le tenait le meneur.

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Carton d'invitation de la Comtesse d'Yanville (Coll. Henry de Rivière de la Mure)

  

Il a partcicipé, à la fin du XIX°, à une autre activité; le road coaching qui consistait à créer des lignes de coachs entre deux destinations avec un respect pointilleux des horaires. Comme nous l'avons précisé dans l'article ENQUETE SUR L’ACCIDENT DU COACH «THE RAINBOW »,  le Comte a mené, entre autre, le coach Rainbow sur la ligne Paris-St Germain.  Nous ne savons pas s’il était membre à part entière du "Réunion Road club", principal organisateur de ce mouvement du "coaching revival". En effet, le nombre de membres était limité à 40 et il fallait pour y être admis avoir mené sur une ligne au moins une saison et attendre la vacance d'une place de membre.

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Extrait du règlement du "Reunion road club" de 1893

 

En 1905, année de cette excursion, le comte d’Yanville est très présent dans les activités équestres de coaching. Les articles du Sport universel illustré mettent en valeur ses prestations dans plusieurs évènements: 

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 Rallye

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Le comte au Rallye des guides avec son équipage, complèté par un cheval de renfort (SUI./ Coll Figoli)


Concours hippique

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Le comte d'Yanville avec son coach au Concours hippique de Paris (SUI. coll Figoli)

 

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 Comte Dyanville et M du Douet de Graville  à l'entraînement pour le Concours hippique 1905

(Photo Delton/coll Figoli)

 

Il est donc, en cette année 1905, un des représentants reconnus de l'art de l'attelage le plus académique qu'il soit. Il le restera de longues années.


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      Le Comte d'Yanville à la journée des coachs du Concours hippique de Paris, en 1808

(SUI/ coll Figoli)


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      Le Comte d'Yanville à la Fête de la société des guides, en 1808 (SUI/coll. Figoli)

 

Il est confronté, comme tous les adeptes de cette pratique mondaine et sportive, à la perte d'influence du coaching.  En effet, cette discipline doit faire face à plusieurs bouleversements qui vont agir sur son développement et sur l'évolution de l'attelage d'agrément: 

-La révolution "mécanique", automobile et aviation, qui séduit nombre de sportmen, modifie progressivement, mais en profondeur, l'utilisation sportive et utilitaire des chevaux; donc leur sélection, leur èlevage , ... 

-En cette période de tension politique en Europe et donc de "préparation" d'une guerre, l'orientation de la sélection des chevaux sur leur seule endurance a de plus en plus d'adeptes, comme le montre la vogue des raids qu'il soient montés ou attelés, civils ou militaires. 

-La pratique du tourisme se développe sous l'impulsion en premier du cyclisme avec la création, en 1880, de l'Union vélocipédique de France, puis de l'automobile avec la naissance du Touring club de France, initié par le Comte de Dion, en 1890. Les ballades équestres "mondaines" vont faire place à des excursions moins codées,  pratiquées par un public, certes aisé, mais beaucoup plus large.

Certains hommes de chevaux s'impliquèrent pour faire évoluer les pratiques hippiques et ainsi sauvegarder et faire évoluer les filières équestres. Le comte d'Yanville s'était engagé dans cette mouvance et était membre du comité hippique du Touring Club de France. C'est précisément le Touring Club de France qui organisa l'excursion hippique Paris-Deauville qui se déroula du mercredi 2 au vendredi 12 août 1905. Le Comte d'Yanvilles y mena donc ce coach attelé à 5 chevaux. 

 

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Le coach de profil et de face.(Photo Delton/coll figoli)

 

L'objectif premier de cette excursion était de montrer que le tourisme équestre attelé avait sa place aux côtés du tourisme automobile et vélocipédique comme le précise cet article du Sport universel illustré, signé Courtier, dont le directeur Jean Delton couvrait également l'évènement.

"Il a été prouvé, une fois de plus, que le tourisme en voiture était chose praticable et que la majeure partie des chevaux peuvent arriver à fournir des journées de 60 kms avec des vitesses variant de 12 à 14 Kilomètres à l'heure selon le poids des voitures, et ce pour une durée d'une dizaine de jours au moins, en arrivant au terme de la dernière étape avec des chevaux très frais et prêts à reprendre la route."-P Courtier/Sport Universel Illustré Aout 1905-

L'importance donnée à la défense de la place du loisir équestre par rapport à l'automobile, et à la sélection de chevaux dédiés à cette pratique, est soulignée dans cet autre article dédié à cette excursion, signé Paul Mégnin et paru dans "La vie au grand air", du 11 août 1905.

  "La visite des haras n'aura pas été seulement une distraction pour les concurents: elle a prouvé à nos éleveurs que le cheval est toujours en honneur, et que, s'il ne peut disputer la place à l'automobile pour ce qui est de la vitesse, il tient toujours le premier rang pour l'agrément qu'il procure à celui qui le monte ou qui le conduit"-La vie au grand air-

 D'autres extraits de cet article nous permettent de préciser les objectifs des organisateurs et participants au niveau de:

 

La cavalerie: Recherche de chevaux adaptés à l'attelage d'agrément

"Si dans les raids, ou courses de résistance, ce sont des pur-sang anglais ou anglo-arabes qui ont dominé, ici ce sont les demi-sang avec ou sans origine. Le demi-sang est et restera toujours le cheval de service idéal, le bon routier, pour les excursions. Moins nerveux que le pur-sang, il est tout aussi résistant, à la condition de savoir le mener, le nourir et le ménager. -La vie au grand air-

Il n'est pas anodin de souligner que chaque halte intégrait la visite d'un haras ou d'un élevage. Il s'agissait donc d'une "excursion touristique" trés orientée comme le précise l'article du SUI:

"Le simple exposé de l'itinéraire suffit à faire apprécier l'intérêt de cette excursion admirablement combinée et qui a permis à tous les participants de se faire une idée générale de notre élevage de choix en pur-sang, demi sang ... A ce point de vue, il est douteux que le touring puisse reéditer dans une autre région un voyage aussi attrayant et aussi instructif." -Sport Universel Illustré-

La nourriture: Tester des types d'alimentation, de ferrures, d'harnachement, de préparation et de soins adaptés aux longues excursions.

 "Comme nourriture, la base de l'alimentation est l'avoine, depuis que le monde est monde, et cela durera jusqu'à la fin des siècles, mais il est des adjuvants, des aliments complémentaires, qui augmentent l'endurance. Maintes fois, j'ai parlé de l'alimentation mélassée et de l'addition de sucre dans la ration des chevaux, qu'il s'agisse de cheval de travail ou de cheval de course. Le capitaine Bausil, recordman des raids, a été le grand propagateur de cette alimentation...plusieurs participants de l'excursion hippique du TCF (Touring club de France) ont préparé leurs chevaux comme le capitaine Bausil...alimentation sucrée et " "Zool" (acide phosphorique sous forme pulvérulente -La vie au grand air-

  Le respect des chevaux: Prouver que les grandes randonnées n'étaient pas dommageables aux chevaux à une période où les raids équestres et attelés causaient la mort de nombreux chevaux. (voir article Le Raid du Finistère ou… la course à la Mort 

"On a organisé des raids civils et militaires. ... Jamais, on n'avait eu l'idée d'organiser une excursion hippique. Cette épreuve aura dans le monde des chevaux un grand retentissement. On peut évidemment poser comme principe que tout cheval peut couvrir pendant huit jours de suite 40 à 45 kilomètres par jour. Nos très résistants chevaux de fiacre de Paris font certainement plus chaque jour. Mais il ne s'agit pas seulement d'atteindre Deauville, il s'agit de conduire, de mener son cheval (ou ses chevaux) avec assez de prudence et d'habileté pour qu'il n'éprouve ni fatique, ni malaise, qu'il arrive aussi frais qu'il est parti". -La vie au grand air- 

Il faut souligner qu'un vétérinaire  accompagnait les concurents.

"...enfin le bidet de la route, le cheval du vétérinaire M. Moncharmont, cheval infatiguable, capable de se porter de la tête à la queue de la colonne suivant les besoins et reprenant sa place avec aisance en tête, en steppant haut comme au sortir de l'écurie." -Sport Universel Illustré-

Avec de si nobles intentions, il ne faut donc pas s'étonner que le T.C.F. ait apprécié la présence d'un meneur de la qualité de menage du Comte d'Yanville pour participer à la manifestation.

"Parmi les concurrents de l'épreuve, il faut citer au premier rang Monsieur d'Yanville, qui mène un coach attelé de cinq chevaux fort bien appareillés. J'en appelle à ceux qui ont l'habitude du "four in hand". Il faut être trés habile et résistant pour tenir "les ficelles" plusieurs heures par jour, pendant des jours.-La vie au grand air-

"J'ai gardé pour la fin le "coach" attelé de cinq chevaux du comte Henry d'Yanville qui nous a fourni la preuve que les excursions d'une certaine durée peuvent être même accomplies par des attelages lourds, à la condition d'être conduits par de vrais hommes de cheval connaissant parfaitement le menage de la route et tous les soins à donner à l'arrivée.

En effet, le comte d'Yanville, avec un coach portant dix personnes...et les bagages de route, le tout d'un poids d'au moins 3000 kilos, est arrivé à Deauville avec des chevaux ayant tous engraissé et susceptibles de fournir le retour Deauville-Paris. Pendant toute la durée de l'excursion, le comte d'Yanville a fourni les étapes avec une régularité remarquable, arrivant à la minute de l'horaire qu'il avait indiqué au départ.  "-Sport Universel Illustré-

En dehors de sa participation, le Comte était également présent en tant que membre du Comité hippique du TCF, organisteur du périple. Nous n'avons pas trouvé de document précisant sa fonction dans l'organisation mais quelques indices permettent d'apprécier son fort niveau d'implication dans cet évènement.

En comparant le coach utilisé avec celui de son carton d'invitation présenté plus haut, nous pouvons estimer qu'il s'agit bien de son coach personnel. Dans le règlement de la société des guides de 1914, il est stipulé qu'i mène un coach dont les couleurs correspondent mais dont le terme "d'aprés Howlett" peut laisser penser qu'il s'agit d'un véhicule loué.

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Détail du coach de Monsieur Dyanville. (Photo Delton/coll. Henry de  Rivière de la Mure)

 

Par contre, il l'a fait repeindre :

-en le décorant du monogramme du Touring club de France TCF.

-en y faisant inscrire (peut être en "clin d'oeil" à sa pratique du road-coaching) les noms de deux étapes plus celui de Dozulé, un village qui ne se retrouve pas dans le déroulement de l'excursion. En fait, c'est dans ce canton de Dozulé proche de Deauville que sa famille possède le chateau de Grangues par Dives sur mer, propriété de sa mère née Eurville de Grangues. Habitant lui même à Paris, il avait donc une connaissance toute particulière du parcours entre Deauville et Paris.

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Ce coach est le seul véhicule de l'excursion ayant cette particularité de décoration.

Sa fonction "officielle" est confirmée par la qualité de ses passagers. Parmi les dix personnes transportées, il faut noter la présence d'une grande partie des organisateurs:

Teil de Havelt, président de la Société hippique française, vice-président du Comité hippique du TCF; M. Umbdenstock, secrétaire; Karl de Beaumont; Olivier Boitelle ("ame pour ainsi dire de cette belle manifestation hippique"SUI))membres du comité, et Jean Delton, le directeur du "Sport Universel Illustré", propriétaire de la maison "Photographie hippique".

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Le Comte d'Yanville menant son attelage avec à ses côtés le baron du Teil de Havelt président de la Société hippique française.


Cette implication du Comte d'Yanville semble aussi confirmée par le nombre de photos impliquant son coach, ou lui-même, dans l'article du Sport universel illustré. Vous les retrouverez dans la suite de cet article avec la présentation des différents concurrents et la description du déroulement de l'excursion.

 Suite dans le prochain article "Déroulement de l'excursion Paris-Deauville"

Texte:

Figoli

Photos:

Nous remercions chaleureusement Henry de Rivière de la Mure, pour nous avoir confié cette aquarelle et ces différentes photos représentant son arrière grand père.

Photos Delton et du sport universel illustré: collections  Figoli

Documentation:

 Sport Universel illustré d'Aout 1905

La vie au Grand air  11 aout1905 également publié dans Attelages Magazine, hors-série n° 1, été 2002, p. 28-29.   sous le titre"Première randonnée en 1905" de Nicky Grassart. 

Merci à Jean Louis Libourel pour ses compléments d'information.

 


 

 

 

 

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commentaires

Chartrain Monique 03/09/2015 13:55

Superbe article, merci,