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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 10:29

Physique élémentaire.

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Il a trimé tout le matin, courbé sur la forte pente accrochée

aux flancs des Monédières.

Au loin, les monts bleutés dans la tiédeur du bel été finissant, s’apprêtent à roussir et déjà, les hirondelles se rassemblent  pour la grande traversée.

Lui ne prend pas garde à toute cette douceur.

Il est ouvrier agricole dans cette ferme depuis des années déjà.

Son employeur le garde plus par affection que par réel intérêt  et ainsi, pense-t-il,  notre  homme ne finira pas ses jours, oublié dans quelque fossé, imbibé d’alcool et pétrifié de froid.

Il faut dire que le brave garçon a depuis fort longtemps su faire preuve de réelles compétences avec le dernier cheval du domaine, malgré son handicap ou peut-être d’ailleurs, grâce à lui…Il est idiot.

Comme souvent à cette époque-là, dans nos villages reculés des Marches Limousines, les  “innocents” trouvent leur place dans la société, gagnent leur vie et sont pris en charge par la communauté quand le besoin s’en fait sentir.

Comme dans les institutions modernes actuelles, les murs en moins !!!

Par cette belle matinée d’automne, il a donc arraché, trié et mis en tas pas moins de 100 doubles de pommes de terre, aidé dans sa tâche par le robuste animal.

 

Il s’agit pour l’heure de porter cette récolte en cave et c’est après avoir mis aux limons son vieux complice, qu’armé d’un grand panier de bois, il charge à présent le lourd tombereau.

Aux ordres, le cheval attend patiemment le léger sifflet

pour, tranquillement , descendre de quelques mètres et s’arrêter à nouveau.

Eh oui, descendre, car notre homme, voulant bien faire sans aucun doute, s’est attelé à sa tâche dés la barrière passée.

Chaque panier versé alourdit d’autant la charge, et c’est un tombereau chargé à pleines ridelles qui tourne maintenant en bout de la raie.

 

Las, comme les lois de la physique peuvent être cruelles !!!

La douce pente est soudain devenue une forte montée et les roues cerclées de fer s’enfoncent désormais dans la terre fraîchement remuée.

La croupe basse, la peau plissée par l’effort, les flancs battus par un soufflet de forge, le brave animal a beau s’arc-bouter  à s’en faire péter les boyaux, rien ne saurait faire bouger la charge d’un pouce .

 

A l’époque, l’affaire avait fait beaucoup rire et qu’importe la façon dont le brave gars s’est sorti d’affaire, elle avait fait les belles heures de nombreuses veillées.

 

De nos jours, les pommes de terre se récoltent en grandes surfaces, les cultures vivrières sont devenues industries agroalimentaires et bien peu trouvent encore le temps de se pencher sur la glèbe pour y trouver pitance.

 

Pourtant, lorsque chez nous, aujourd’hui encore tel ou tel nostalgique utilise un énorme tracteur agricole pour récolter quatre pauvres paniers de pommes de terre, il se trouve toujours un petit malin pour  lui demander :

 Dis donc, tes patates, tu les sors par le haut ou par le bas ??

 

Michel Meton

 

  Vous êtes nombreux à apprécier les textes de michel Meton. Pour vous accompagner dans vos lectures nous vous proposons ces images du

cheval-a-la-ferme cheval-a-la-ferme

 

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