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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 07:34


De l’origine du mot….. Fiacre.

Texte : Figoli


 

Que nous soyons meneurs ou collectionneurs, l’histoire de l’attelage, des voitures, de l’utilisation des chevaux est si longue et si complexe que nous nous satisfaisons souvent de faciles certitudes.

De maigres informations se transforment en vérités, qui, elles mêmes, deviennent vite des dogmes. Et alors, de toutes parts, naît une multitude de croyants, d’apôtres même, qui de ces dogmes construisent d’immuables règles. Cela leur permet de pourfendre  celles des autres , qui d’ailleurs, le leur rendent bien. N’étant point dogmatique ni enclin à de ferventes croyances, je dois avouer prendre un certain plaisir à l’écoute ou à la lecture de ces luttes intestines (ce qui ne m’empêche pas de m’y laisser prendre). Un exemple : murmurez « Tandem » et, de clochers, minarets,… descendra un lourd tumulte sur l’origine, le type de voiture utilisée,…. Même les prépositions « en » et « à la »  feront l’objet d’âpres discussions.
Etant ce jour d’humeur badine, je me suis amusé à essayer de  suivre  le cheminement de la construction de nos certitudes. Je croyais ne pas prendre de risque en choisissant un sujet, qui, me semblait il, faisait consensus : « L’origine du mot Fiacre ».Funeste erreur !


Je fus tout de suite confronté à la pertinence et à la fiabilité des sources. La disparition d’écrits originaux, la réécriture de certains textes édités post mortem,…  renforcent la confusion.

Pour faire « jeun..sss », l’amusement du départ risquait de se transformer en «  prise de tête… gra…aaave »

Parlons de notre fiacre. Dans des temps lointains, on pensait que ce mot était lié au pèlerinage à St Fiacre en Brie, où le pèlerin implorait le Saint homme de protéger son…  fondement. La légende dit que, pour se reposer, St Fiacre (env. 630 - 670)  s’assit sur une pierre qui se ramollit et pris la forme de son fessier. Dans son histoire de Meaux, Don du Plessis  observe  « que dans la chapelle du saint, il y avait une pierre sur laquelle venaient s’asseoir les pèlerins pour guérir du fie, du mal de St Fiacre »,  autrement dit des Hémorroïdes. Il était donc entendu  que les carrosses de place, qui servaient  à voiturer régulièrement les pèlerins de Paris à St Fiacre, furent de ce fait appelés : fiacres.


Ménage (1613-1692) donne une autre explication dans son livre « L’origine de la langue française », édité en 1650  (réédité en 1694 sous le nom de « L’encyclopédie étymologique » par son neveu l’abbé Ménage). Il affirme  que le nom Fiacre vient du fait qu’un loueur de voiture avec cocher, nommé Sauvage, avait installé son bureau de location dans un hôtel particulier doté d’une enseigne à l’image de St Fiacre. Ce bureau de location était situé rue St Antoine. Son service étant de qualité et très renommé, d’autres  loueurs, pour profiter de l’élan ainsi donné, auraient utilisé (certes de façon peu honnête) cet enseigne de St Fiacre, d’où le nom de fiacre qui devient la dénomination de ce type de voiture .

 La confirmation que l’origine du fiacre vient de la « pratique » de Sauvage dans la rue St Antoine  est faite par Richelet 1631-1698, dans son  «dictionnaire françois » En voici les textes originaux mentionnant le nom de la rue et qui vous feront partager le plaisir de lire ce français d’autrefois:

Ménage :  « ….On appelle ainsi à Paris, depuis quelques années, un carrosse de louage, à cause de l’image de St Fiacre qui pendoit pour enseigne à un logis de la rue  St Antoine »

Richelet  « …Carrosse de louage auquel on a donné ce nom à cause de l’enseigne d’un logis de la rue St Antoine de Paris ou l’on a premièrement loué ces sortes de carrosses. Ce logis avoit pour enseigne un Saint Fiacre »

M Causse dans son livre de 1972  « Les fiacres de Paris au XVII° et XVIII siècle » estime que cette entreprise s’est créée entre 1612 et 1630.

A ce stade, nous aurions donc deux origines. Peut être pas ? 
 Dans son « dictionnaire historique », de 1781, Feller ne voit pas d’opposition entre les deux hypothèses  en supposant « …que le maitre d’auberge n’avait pris St Fiacre qu’à cause de la première destination de ses voitures pour ce pèlerinage; la rue Saint Antoine est précisément sur le chemin de Paris à St Fiacre. Par la suite, il en étendit l’usage dans le service des rues de Paris. »

Dans un livre « Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris », probablement  écrit vers 1656, mais édité en 1724, Sauval (1623-1670) confirme l’hypothèse sur l’origine du mot lié à l’entreprise de Sauvage, mais la situe rue St Martin. Le fait que Sauval ait eu la particularité de faire lire ou réécrire les données de son ouvrage à des éminences de l’époque, a convaincu certains historiens que cette hypothèse de la rue St Martin était la bonne. Cependant, les travaux récents "Si le roi m'avait donné Paris .." (1995)de M Fleury, B Billaud, G Dormann, relativisent cette certitude. En effet ils affirment  que  l’ami de Sauval,  Jean Claude Rousseau, avait partiellement réécrit l’ouvrage avant  de le faire éditer en 1724, ce qui questionne la fiabilité de la source.

Considérant que cette différence était bénigne et que le sieur Sauvage avait pu ouvrir lui-même un autre bureau (ce qui est confirmé par d’autres auteurs)   pour étendre son activité, je croyais avoir terminé ma narration, et patatras : c’est là que tout bascule et qu’une nouvelle polémique commence. 
 Conscient de l’insupportable suspense provoqué par ce retournement de situation, je vous laisse respirer quelques instants, en écoutant cette chansonnette reprise par Georges Brassens .


Cette différence d’adresse, attribuée au bureau de location de M Sauvage, intrigua Edouard Fournier, un auteur très reconnu à l’époque pour ses qualités d’investigation, dans « les énigmes des rues de Paris » de 1860.  Après une longue enquête, il déduisit que le dénommé Sauvage n’était pour rien dans l’origine du mot fiacre et que le nom venait du patronyme d’un autre loueur d’équidé : Monsieur Fiacre. Sa démonstration prenant un paragraphe entier de son livre, je ne prendrai qu’un seul élément qu’il met en exergue et qui a fait hésiter ses contemporains.


 
Il s’agit d’une mazarinade. Elle fut écrite en 1652 par Nicolas Damesme et avait pour titre : « Le souper royal de Pantoise fait à messieurs les députés des six corps de marchands de cette ville de Paris »                                                           
 On y lit dans une présentation burlesque de ces marchands :

                    C’étoit pour avoir des carrosses

                                               Où l’on attelle chevaux rosses,

                                               Dont les cuirs tout rapetassés,

                                               Vilains, crasseux et mal passés

                                               Représentoient le simulacre

                                               De l’ancienne voiture à Fiacre.

                                               Qui fut le premier du métier ;

                                              

Son hypothèse fut dénoncée par Eugène Auriae dans un paragraphe entier de son livre « Histoire anecdotique de l’industrie française » en 1861. Il démonta la construction de Fournier mais butta sur l’explication de la mazarinade. On peut penser avec lui, que  Monsieur Fiacre n’était surement là que pour ajouter au burlesque puisque cette dénomination était déjà très ancienne en 1652. Il n’y eut donc point de Monsieur Fiacre.

Arrivé à ce stade de mon « enquête», je pensais qu’à travers les siècles, le « françois » ne « changeoit » pas, toujours prêt à la controverse, mais que notre sagesse et notre science nous permettaient de rétablir « LA » vérité et de réfréner nos élans passionnés. 

De fait, tous les dictionnaires sont unanimes et je ne citerai que celui de l’académie française :

« Fiacre.n.m.XVII siècle. Tiré du nom de Saint Fiacre, dont l’effigie se trouvait au XVII siècle, sur l’enseigne d’un hôtel parisien de la rue St Antoine, devenu maison de carrosses de louage…… »


Donc voilà « la messe est dite » : Quoi que ?!!!


Bernard Causse affirmait en 1972 dans son livre  «  Histoire des fiacres » (déjà cité) que l’enseigne se trouvait  rue St Martin….Cette affirmation est  reprise  par de nombreux articles de journaux, et sur le net, dont wikipédia. 
                           
C’était celle également retenue entre autres par le guide du carrossier voir  Le Guide du Carrossier/ Omnibus public 1

J’espère que vous aurez eu autant de plaisir à lire cet amusement  que moi, à  l’écrire.


Mais, d’un  seul coup,  un nœud me serre la gorge, le cœur. L’angoisse, la peur m’envahissent, …..Aurais-je par mégarde  rouverte la boite de Pandore !?


Pour vous détendre de la tension entrainée par cette "épineuse question" je vous propose la même chanson "le fiacre"enregistrée par le Jazzman Moustache


Vous noterez que même les reprises des vieilles chansons sont trompeuses car le vieux monsieur ne glisse plus sur un pavet de bois(pavage utilisé fin 19° dans les quartiers bourgeois de paris; voir La vie d'un cheval à Paris vers 1890 ) mais sur le macadam..
Alors vraiment "à qui se fier"!!

Pour satisfaire certains, déçus de ne voir que de minuscules représentations de nos charmantes cochères , je vous propose de consulter l'album Les-femmes-cochers Les-femmes-cochers Vous y trouverez une vingtaine de cartes supplémentaires et quelques caricatures quelques peu mysogines  je dois l'avouer.











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commentaires

Santerne Michèle 24/10/2009 12:45


C'est plutôt une question. Sur un acte d'état-civil d'un ancêtre d'origine polonaise, je découvre comme profession (1847) : louager. Je suppose qu'il conduisait des voitures de louage. Est-ce une
bonne interprétation ?
Merci pour votre réponse.


figoli 28/10/2009 09:19


Le terme louager a plusieurs sens dans les dictionnaires.Voici la définition d'un 
dictionnaire ethymoloqique allemand signé walther von wartburg:
-locataire d'une maison XV -XVIII°.siècle
-au XIX° celui qui loue des voitures des chevaux.
 comme celui qui loue les voitures. L'utilisation de cette définition apparait en 1875 (sous réserve)


figoli 07/05/2009 16:22

A noter: un album photos représentant une quarantaine de cochères a été rajouté sur le blog.Figoli s'excuse auprés de vous Mesdames pour la cruauté inexcusable de certaines caricatures!

julie wasselin 07/05/2009 10:38

Parce que construire un fiacre en bois de bruyère aurait été trop coûteux !
Bien que... quelle poésie, quand même, d'imaginer un fiacre en bois de mimosa.
Le fiacre cependant, compte tenu de ce qu'il s'y passait parfois, quand on recommandait au cocher d'aller où bon lui semblait, était peut-être fait de
" bois de trousse-chemise ", mais ça, l'histoire ne le raconte pas !

figoli 07/05/2009 16:16


Chère amie, ne me tentez pas!
La réponse est beaucoup moins poétique car en effet pour en réduire le coût les premiers carrosses de louage étaient construits en bois de sapin.
Je crois d'ailleurs que je vais faire un article sur l'histoire des voitures de location. On pourra se rendre compte que la frénésie de réglementation de l'administration Française n'est vraiment
pas récente. Comme ne l'est pas non plus l'avidité du ministère des finances envers les voitures: taxes, amendes et impots, une trés vieille recette que nos radars ont certes
perfectionnée. (Mais toujours au nom de la sécurité,...)Mais je vous promet de le raconter de façon fleurie!!!


figoli 07/05/2009 09:23

Pour ma part tout a fait d'accord , mais au fait :
Pourquoi sapin? plutôt que bruyère, mimosa,....

Julie wasselin 07/05/2009 08:23

Sans doute serez-vous d'accord, tous deux, pour appeler ce fiacre un "sapin" !
Puisque c'est ainsi que tout le monde en parlait.