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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 19:34

"Le Célérifère"

Société de diligence et voiture

 

 

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      Voiture de type célérifère  plus tardive

Le terme de diligence désigne un service accéléré de transport de voyageurs. Ce service imaginé au XVII° siècle concurrençait directement la poste au chevaux et n'eut qu'un faible développement jusqu'à la réforme de Turgot en 1775, qui lui donna un nouvel élan. Mais il faudra attendre les lois et décrets de libéralisation du transport public, pris entre 1790 et 1817, pour voir la généralisation de ce type de service. La liberté totale d'installation, décrétée en 1817, amena une concurrence effrénée entre de multiples prestataires mais surtout un bouleversement dans la rapidité, la régularité et la fréquence des voitures sur les lignes de diligences. Nous en trouvons un témoignage dans un ouvrage de Dejoigny: "L'ermite en province". Il y relate son voyage en Normandie, en 1824, donc 7 ans seulement aprés le dernier décret autorisant l'installation d'entreprise de transport sans demande préalable d'autorisation.

"En effet ce serait omettre un fait important...que de ne pas parler des voitures qui partent, presque à chaque heure du jour et de la nuit, de Rouen pour Paris, et de Paris pour Rouen. Cette grande cité semble devenue, par ses relations, un faubourg de la capitale. On ne met guère plus de temps aujourdhui, pour aller à Rouen, qu'on en mettait autrefois pour aller à Versailles ou à Saint Germain." 

 Cette qualité de service, que l'auteur présente quand même comme encore exceptionnelle en France, est provoquée par la concurrence faite aux grandes sociétés de messagerie par différentes sociétés de diligence;"L'éclair", "Le velocifere", "L'hirondelle", "Les jumelles, "L'impulsive","Le célérifère".

"L'annuaire statistique du département de la Seine inférieure" reprenant les données de 1822, soit deux ans auparavant, nous confirme cette situation avec cependant une concurrence moins développée qu'en 1824.

 

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Il nous fournit même les horaires et les services de diligence.

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Ce tableau nous montre que, dès 1822, la société "Célérifère" est fortement implantée au départ de Rouen. Cette société a été crée, en 1816, par Jean Henri de Sievrac. Le 18 octobre 1816, il "soumettait à l'inspection" (c'est à dire qu'il en demandait et obtenait l'autorisation d'exploitation) une voiture publique nommée Célérifère qu'il venait d'importer d'Angleterre où elle était en usage depuis 6 à 8 ans. En 1817, le duc d'Orléans et la Compagnie générale de messagerie décidaient eux aussi d'importer ce véhicule. La suppression de la demande d'autorisation d'installation favorisait l'arrivée d'autres importateurs. Pour lutter contre cette concurrence sauvage et déloyale, Jean Henri Sievrac  demanda la protection du gouvernement sous forme d'un brevet d'importation et de propriété de droit pour 10 ans.

"...Comme il vient d'apprendre que d'autres individus veulent s'approprier le fruit de son industrie en faisant construire de semblables voitures, il sollicite la protection du gouvernement par un brevet d'importation et de perfectionnement qui lui assure sa propriété." -Extrait de la lettre de demande de brevet du 4 Juin 1817 envoyée par Jean Henri Sievrac-

 Il obtient satisfaction le 31 Juillet 1817.


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Le dépot et l'instruction du dossier de brevet a donné lieu à l'échange de différents courriers dont je possède une copie (les originaux sont déposés à l'INPI). Ces documents nous permettent de reconstituer les débuts de l'activité de la société et d'avoir une description assez précise de la voiture utilisée;

"Le célérifère"(Celer: vite et fere: porter)

"On a donné à ces voitures le nom générique de célérifère pour exprimer d'un seul mot la vitesse avec laquelle elles peuvent être trainées et les distinguer de toutes celles qui ont existées en France jusqu'à ce jour" -Extrait du dossier-

Cette voiture se présente en deux modèles; un pour l'hiver et un pour l'été. En voici la description technique en commençant par le modèle d'été:

 

 

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Célérifère version été


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      Célérifère version été vue arrière

"Le Célérifère, comme on peut le voir par les deux dessins ci-joint est composé:

1°-d'une berline d'une forme aussi élégante que commode, contenant 6 personnes, savoir trois sur le devant et trois sur le derrière.

2°-d'une espèce de calèche ouverte, attachée par l'arrière à la dite berline, et qu'on a appelée galerie à cause de sa forme ovale qui ressemble à un petit bateau.

Cette galerie contient 4 personnes assises en face les uns des autres. ...

3°-sur le devant de l'impériale, et dans toute sa largeur, est pratiqué un siège qui peut contenir trois personnes. Il est séparé du reste de la superficie par un dossier en fer. ...L'impériale elle même est construite de manière à supporter les plus grands poids et entourée d'une galerie en fer pour retenir les effets qu'on pourrait y déposer.


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      Célérifère Disposition des places

Dans la voiture d'hiver; "La galerie, au lieu de rideaux de cuir, est fermée par des panneaux percés sur trois ou 5 points pour les glaces.

Le siège est remplacé par une caleche qui contient six places y compris celle du cocher...l'impériale de la caleche peut se replier sur celle de la berline. ..."


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      Célérifère version hiver

Détails extérieurs

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Présentation de l'intérieur:

 

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    Intérieur Célérifère

 La particularité de cette voiture repose sur sa suspension qui pour l'époque est une innovation:

"Tout le corps de la caisse repose sur des ressorts d'acier, d'invention nouvelle, pour laquelle l'auteur a obtenu en Angleterre le brevet que le sieur Sievrac sollicite en France pour l'importation et le perfectionnement. Ces ressorts sont entièrements nus, dénués de cuir, suspendus l'un à l'autre par des menottes de fer croisés, en sorte que ceux qui supportent la caisse se trouvent eux mêmes suspendus à ceux du train et forment ensemble un carré aussi solide que doux au mouvement."


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     Détail suspension et flèche du célérifère

Il ne fallut que deux mois à Jean Henri Sievrac pour obtenir son brevet d'importation et d'exploitation du Celerifere (demandé le 4 juin et obtenu le 31 juillet 1817). Cette reconnaissance de propriété ne se fit pas sans contestation par la concurrence, en particulier par la société des "Gondoles françaises". Pour régler le litige avec M Hebre, propriétaire des gondoles, Jean Henri Sievrac fit appel à un expert, M Cathrein, puis écrit en 1818 un mémoire intitulé "Parallèle entre la gondole et le célérifère".

  Dans le même temps, il développait son réseau de lignes de diligences et la construction de voitures ce qui nécessitait la recherche d'investisseurs. Le 20 Juillet 1817, il faisait construire une voiture par M de Montauban et le payait en actions.


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Celui-ci devenait alors propriétaire pour moitié de la société "Des Célérifères" pour gérer la ligne Paris-Versailles. Fin 1817, M de Montauban devenait propriétaire de l'exploitation des droits du brevet sur les lignes de Versailles, Chartres, Saint Cloud et à l'interieur de Paris. M Sievrac gardait la propriété des droits sur toutes les autres routes de France. La société se développa ainsi par ce système d'association et de cession des droits du brevet initial.

 

Texte:

Figoli

 

Documentation et photos:

Coll. Figoli

 

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commentaires

Fabre Richard 08/03/2013 15:42

Tres interessant les documents,et félicitation a monsieur HARDY pour trouver ces belles voitures à quand une présentation de sa collection sur le site R F Montpellier