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Découverte : une berline de voyage de la fin du XVIIIe siècle.

Elle est là, encrassée par une épaisse couche grisâtre de poussière. Sa masse sombre apparait dans la demi-pénombre d’un ancien bâtiment industriel à l’abandon, aux environs de Limoges. Nul doute, c’est bien une berline du XVIIIe siècle.

Découvrir, en mai 2025 au cœur de la France, une voiture de la fin du XVIIIe siècle, est une surprise et un bonheur exceptionnels.

Comment une voiture aussi rare est-elle restée méconnue jusqu’à aujourd’hui ? Elle a été acquise par un collectionneur français d’automobiles anciennes, vraisemblablement par échange avec une Rolls-Royce, lors d’un salon spécialisé à Barcelone en 2000 ou 2001, selon l’actuelle propriétaire, fille du collectionneur. Ce dernier étant décédé depuis plusieurs années, impossible d’avoir davantage d’informations.

La berline en mai 2025, telle qu’elle est apparue, grise de poussière…

La berline en mai 2025, telle qu’elle est apparue, grise de poussière…

Où cette berline a-t-elle été construite ? Par qui ? Pour qui ? Comment, plus de deux cents ans après sa construction, se trouvait elle en vente à Barcelone ? Ces questions resteront sans doute à jamais sans réponse. Trouvée à Barcelone, il est très probable qu’elle ait été construite en Espagne.

La berline après dépoussiérage
La berline après dépoussiérage
La berline après dépoussiérage
La berline après dépoussiérage

La berline après dépoussiérage

Une berline néoclassique

Miraculeusement, cette berline est parvenue jusqu’à aujourd’hui intégralement dans son état d’origine, à l’exception de la garniture intérieure en grande partie disparue.

Sa forme et son décor, très modeste, appartiennent clairement à la période néoclassique. La caisse présente les caractères typiques néoclassiques du dernier quart du XVIIIe siècle : élévations latérales rectilignes, profil fortement arrondi à la base s’évasant vers le haut selon des lignes très Inclinées.

Une caisse de forme et de style néoclassique

Une caisse de forme et de style néoclassique

Après un dépoussiérage minutieux, ses couleurs sont réapparues. Les panneaux inférieurs sont verts, les panneaux supérieurs noirs. Le train est peint en ocre jaune. Il est rehaussé par un rechampi noir.

La caisse présente à sa ceinture une frise peinte composée de motifs typiquement néoclassiques, figures féminines, vases antiquisants, fleurs, fruits et autres éléments végétaux, inspirés du style pompéien en vogue dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, dont l’exécution quelque peu maladroite et naïve est cependant pleine de charme.

Décor néoclassique peint sur la frise de ceinture
Décor néoclassique peint sur la frise de ceinture
Décor néoclassique peint sur la frise de ceinture
Décor néoclassique peint sur la frise de ceinture
Décor néoclassique peint sur la frise de ceinture

Décor néoclassique peint sur la frise de ceinture

Un train archaïque…. et cependant à la mode

La caractéristique des berlines réside dans leur train, différent de celui des carrosses. Celui-ci est constitué de deux flèches parallèles, dites brancards de train, entre lesquels sont tendues deux fortes et solides pièces de cuir, les longues soupentes, sur lesquelles repose la caisse. Dans son Dictionnaire universel de commerce, paru en 1723, Jacques Savary des Bruslons décrit ainsi les berlines : « ce qu’on appelle des berlines, sont des carrosses qui ne sont pas suspendus comme les autres aux moutons du train, mais dont le corps est posé sur des fortes soupentes, qu’on tient bandées et fort tendues par le moyen des roues à dents et de crémaillères qui sont attachées au lisoir de derrière […]. L’autre bout des soupentes tient à l’avant du carrosse, à une forte traverse qui est au-dessous du siège du cocher ».

Train de berline à brancards de train (bleu clair), et longues soupente (bleu foncé). Garsault, Traité des voitures, 1756 XIII.

Train de berline à brancards de train (bleu clair), et longues soupente (bleu foncé). Garsault, Traité des voitures, 1756 XIII.

L’invention de la berline vraisemblablement à Paris — et non pas à Berlin comme on le prétend habituellement — sous le règne de Louis XIV dans le dernier quart du XVIIe siècle a été le premier progrès en matière de sécurité routière. En cas de rupture d’une soupente les brancards du train empêchaient la caisse de verser, comme l’explique Garsault en 1756 dans son Traité des voitures, publication technique hippomobile la plus ancienne en langue française : « les berlines ont succédé aux carrosses. Une des principales raisons, est que quand une soupente manquait à un carrosse, il fallait qu’il versât sur le côté. Mais si pareille chose arrive à une berline, elle ne fait que se pencher sur le brancard, qui la soutient. Le nombre assez grand de ceux qui ont peur en voiture, a été suffisant pour proscrire les carrosses et adopter les berlines, où on est sans doute plus en sûreté ».

Le train de notre berline est conforme à la composition originelle à longues soupentes des trains de berline.

A l’avant, ces dernières sont fixées autour de deux courtes pièces de bois cylindriques et horizontales, appelées manchettes, fixées sur chacun des deux moutons antérieurs, décrites ainsi par Garsault en 1756 : « bouts de bois ronds en forme de tasseaux, un à chaque mouton : on y brédit les soupentes ».

Fixation des longues soupentes à l’avant-train

Fixation des longues soupentes à l’avant-train

Longue soupente fixée sur une manchette de l’avant-train

Longue soupente fixée sur une manchette de l’avant-train

Fixation arrière des longues soupentes

Fixation arrière des longues soupentes

Toujours en usage jusqu’aux années 1760, les longues soupentes sont un véritable archaïsme à la fin du XVIIIe siècle. En effet, elles ont été remplacées peu à peu par des suspensions à ressorts. D’abord par les ressorts inventés par André Dalesme, sans doute vers 1720, mais guère utilisés avant 1750, puis par les ressorts en fouet qui équipent la plupart des berlines de la fin du XVIIIe siècle.

De structure archaïque le train de cette berline pourrait paraitre plus ancien que la caisse. Cependant des motifs décoratifs typiquement néoclassiques, fleurons et grecques, sculptés sur les extrémités de toutes les traverses, y compris la barre de volée, démontrent qu’il n’a pu être réalisé qu’à la fin du XVIIIe siècle, donc en même temps que la caisse.

Avant-train

Avant-train

Grecque sculptée en bas-relief sur l’avant-train

Grecque sculptée en bas-relief sur l’avant-train

Fleuron sculpté en bas-relief sur une traverse d’avant-train

Fleuron sculpté en bas-relief sur une traverse d’avant-train

Grecque et fleuron sculptés en bas-relief sur l’avant-train

Grecque et fleuron sculptés en bas-relief sur l’avant-train

Fleuron sculpté sur une extrémité de la barre de volée

Fleuron sculpté sur une extrémité de la barre de volée

Une berline de voyage

L’aspect massif du train, dû à la forte section carrée de tous ses éléments, brancards, traverses, moutons, produit une impression de robustesse et de solidité, qualités indispensables aux voitures de voyage pour résister aux mauvaises routes espagnoles. En outre, certains équipements de la berline indiquent qu’elle était très vraisemblablement destinée aux voyages. A l’avant, à la place d’un siège de cocher, est établi un porte-bagages rudimentaire constitué de lanières de cuir tendues entre deux traverses situées au-dessus du rond d’avant-train.

Porte-bagages sur l’avant-train

Porte-bagages sur l’avant-train

A l’arrière, des pointes de fer hérissées sur une traverse surmontant l’essieu et une herse mobile pouvant se fixer sur la planche des laquais empêchaient les vagabonds de s’agripper à la voiture pour voyager clandestinement.

Train arrière hérissé de pointes

Train arrière hérissé de pointes

Herse mobile placée sur la planche des laquais

Herse mobile placée sur la planche des laquais

Traverse au-dessus de l’essieu arrière, hérissée de pointes de fer

Traverse au-dessus de l’essieu arrière, hérissée de pointes de fer

Pour le confort des passagers des courroies de cuir, les courroies de guindage, relient la caisse au train pour limiter son balancement sur les cahots de la route. Des jalousies permettant de diminuer ou supprimer la lumière à l’intérieur de la voiture pour le repos ou le sommeil des passagers équipent toutes les baies. Pour obtenir l’obscurité à l’intérieur de la caisse les glaces de custodes peuvent être obturées par des panneaux de bois, mobiles, aujourd’hui toujours en place.

Dépourvue de siège de cocher, mais encore équipée de deux palonniers attachés à la barre de volée, cette berline était attelée à deux ou plus vraisemblablement à quatre chevaux ou mules, comme souvent en Espagne, menés par des postillons.

 

Conclusion

 

Cette berline à l’apparence “rustique” est un témoin précieux et rare de l’existence d’ateliers de carrosserie modestes, aujourd’hui inconnus, dont la production aux caractéristiques sommaires contraste avec l’exécution et la finition raffinées des 80 berlines néoclassiques du dernier quart du XVIIIe siècle actuellement conservées. L’intérêt de cette berline unique en son genre est de nous renseigner sur la production d’ateliers provinciaux insoupçonnés, contrastant avec celle bien connue d’ateliers prestigieux œuvrant dans certaines capitales européennes.

 

Sous le marteau de maître Patrice Biget, commissaire-priseur bien connu dans le domaine hippomobile, cette berline sera la pièce maitresse d’une vente aux enchères de voitures au château de Dampierre le 13 septembre 2025.

 

Note attelage-patrimoine

Vous trouverez toutes les informations concernant cette vente en cliquant sur le lien ci dessous: 

Découverte : une berline de voyage de la fin du XVIIIe siècle.

Nous vous fournirons la liste complète des plus de 30 voitures, catalogues, maquettes, etc, dés la fin du mois d' aout 2025.

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