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Les intérieurs textiles des voitures hippomobiles des XVIIIe et XIXe siècles, conservées au musée national de la Voiture, domaine national du palais de Compiègne. 2° parie.

Seconde partie

Place et nature des textiles dans les intérieurs des véhicules hippomobiles du XIXe siècle, quelques exemples au sein du musée national de la Voiture.

Maria-Anne Privat

Intérieur du grand coupé de gala de Francis Leveson Bertie

Intérieur du grand coupé de gala de Francis Leveson Bertie

L’analyse des textiles ornant l’intérieur des voitures hippomobiles conservées au musée permet de distinguer trois catégories : les voitures d’apparat, les voitures de ville et les voitures de voyage. Leurs usages spécifiques influencent le choix de ces étoffes, en fonction de leur préciosité, de leur résistance et de leur praticité.

 

1- Les intérieurs des voitures d’apparat ou de demi-gala du XIXe siècle témoignent d’une évolution du goût vers des étoffes techniquement plus simples, mais plus fragiles et des garnitures plus élaborées.

Les véhicules du musée national de la Voiture, datés de la première moitié du XIXe siècle, sont couverts de cuir parfois enrichi de drap brodé. Un exemple emblématique est l’intérieur de la berline boule, réalisée sous le Premier Empire, qui allie solidité et élégance.

Dès le milieu du XIXe siècle, le satin s’impose pour la couverture des sièges, des assises et des dossiers, voire des plafonds, de manière presque « standardisée » tant elles présentent de grandes similitudes. Plusieurs exemples viennent illustrer cette tendance.

La berline offerte par Eugénie à Napoléon III en 1867 (CMV. 1), offre un intérieur capitonné de satin vert, rehaussé de boutons rouges et de galons à motifs de feuillages rouges sur fond vert. Les stores en taffetas sont agrémentés de franges et de mèches rouges et vertes, tandis que les franges à petits et gros bouillons sont en filés métalliques dorés. Le tapis moquette fleuri, qui garnit le sol, achève cette harmonie chromatique en écho aux couleurs impériales, qui se retrouvent dans les grands décors contemporains, que ce soit à Saint-Cloud ou dans les salons d’apparat du Louvre.

Intérieur de la berline de ville de Napoléon III, Ehrler, 1867Intérieur de la berline de ville de Napoléon III, Ehrler, 1867

Intérieur de la berline de ville de Napoléon III, Ehrler, 1867

Une harmonie de bleu nuit et de rouge domine l’intérieur de la berline Schickler (CMV. 19). Le satin bleu nuit de couverture, les galons et la passementerie ainsi que le tapis moquette reprennent ces deux couleurs, tandis que les rideaux sont en taffetas bleu, enrichis d’une passementerie rouge et bleue, qui n’est pas sans rappeler le décor du salon de toilette de l’Impératrice à Saint-Cloud[1]. La housse du siège de cocher reprend les mêmes couleurs, avec quelques nuances : les franges sont rouges et non bleues, tandis que les glands de la passementerie sont bleus agrémentés de rouge. La housse est moulée sur le siège et ne peut pas être démontée. Une analyse des élèves de Patricia Dal Prà, révèle que le décor en passementerie de cette housse, est appliqué le long des bords du dessus et du bas. Il s’agit d’effilés double ginoline avec une jupe composée de franges moulinées rouge et de jasmins de boules de bois recouvertes de soie noire et rouge. Les parties latérales, plus longues, intègrent un troisième rang de passementerie en partie inférieure. Autour de l’écusson en métal doré, pendent des câblés mille perles rouge et noir et quatre glands, composés d’un moule satiné et grappé, et d’une jupe identique aux effilés, composée de franges rouges moulinées et de jasmins de boules.

 

[1] Jean-Baptiste Fortuné de Fournier, Cabinet de toilette de l’Impératrice à Saint-Cloud, aquarelle, 1855 (musée du Second Empire, Compiègne)

 

Intérieur de la berline de ville Schickler, Ehrler, vers 1860Intérieur de la berline de ville Schickler, Ehrler, vers 1860
Intérieur de la berline de ville Schickler, Ehrler, vers 1860Intérieur de la berline de ville Schickler, Ehrler, vers 1860

Intérieur de la berline de ville Schickler, Ehrler, vers 1860

Fournier Jean-Baptiste Fortuné de Cabinet de toilette de l'Impératrice à Saint-Cloud avec la reine Victoria et Salon  Daniel Arnaudet Compiègne musée national du châteauFournier Jean-Baptiste Fortuné de Cabinet de toilette de l'Impératrice à Saint-Cloud avec la reine Victoria et Salon  Daniel Arnaudet Compiègne musée national du château

Fournier Jean-Baptiste Fortuné de Cabinet de toilette de l'Impératrice à Saint-Cloud avec la reine Victoria et Salon Daniel Arnaudet Compiègne musée national du château

Un ciel élaboré orne le plafond de la berline de l’ambassade ottomane (CMV. 22) à sept glaces et portant le chiffre du sultan Abdul Medjid, carrossée par Binder. Elle fut utilisée à l’occasion du baptême du prince impérial en 1856. Les mêmes principes esthétiques sont respectés : un damas crème à motifs de bouquets de roses, couvre la garniture à capitons agrémentée de boutons roses, les galons, lamés d’argent, sont décorés de motifs floraux caractéristiques des productions ottomanes des XVIIe ou XVIIIe siècles[1], les stores sont réalisés en taffetas blanc. Une giroline souligne les côtés, tandis que les galons se terminent par une frange moulinée. Le ciel, plus élaboré, est tendu de taffetas plissé sur un fond de damas fleuri, enrichi de broderies d’application, tandis que le tapis moquette présente un décor floral polychrome.

 

 

[1] Voir par exemple, mais ils sont nombreux, Tissu avec iris et œillet, Perse, dynastie Safavide, XVIIe siècle, dans The Fine Art of Textiles, Philadelphia Museum of Art, 1997, n°209, p.115

Intérieur de la berline de l'ambassade ottomane, Binder, 1856Intérieur de la berline de l'ambassade ottomane, Binder, 1856
Intérieur de la berline de l'ambassade ottomane, Binder, 1856Intérieur de la berline de l'ambassade ottomane, Binder, 1856

Intérieur de la berline de l'ambassade ottomane, Binder, 1856

Sous la IIIe République, ce type de garniture perdure pour les voitures de gala comme en témoigne la dernière berline d’apparat commandée par la République française à l’occasion de la venue de Nicolas II à Paris en 1896 (CMV. 2). Carrossée par Mülhbacher, elle présente un intérieur capitonné recouvert de satin blanc, rehaussé d’une passementerie assortie aux nuances de couleurs crème. Celle-ci est ornée d’un courant de feuillages et de fleurs. Les stores, en taffetas, sont agrémentés de franges et de mèches assorties, tandis que le ciel, un plissé soleil, est orné en son centre d’une rose en satin. La housse du siège de cocher s’accorde aux couleurs de la peinture extérieure et à celles de la République : le rouge, l’or et le bleu dominent en effet avec une délicate attention portée à la passementerie, aux filés métalliques sans doute du cuivre doré, de la soie rouge, cartisanes rouges et or, galons identiques, enrichis de glands pour les mains des laquais à l’arrière du véhicule[1].

 

[1] Cette berline possède tous ses harnais de gala (attelage à deux chevaux) et les costumes des livrées.

Intérieur de la berline de gala de la République française, Mühlbacher, 1896Intérieur de la berline de gala de la République française, Mühlbacher, 1896
Intérieur de la berline de gala de la République française, Mühlbacher, 1896Intérieur de la berline de gala de la République française, Mühlbacher, 1896

Intérieur de la berline de gala de la République française, Mühlbacher, 1896

2- Une plus grande diversité caractérise l’intérieur des voitures de ville, même de grand luxe

Le satin demeure en effet en usage dans des voitures de ville d’un usage plus régulier comme le coupé d’Orsay, dont la caisse présente une forme Brougham. Il est aux armes des familles de Dreux-Brézé-Grammont et fut carrossé par Binder (CMV. 36). Il présente un intérieur couvert de satin bleu sur garniture capitonnée. La passementerie aux nuances de bleus arbore des motifs de rayures pour les galons.

Quelques détails de l'intérieur (en mauvais état) du coupé d'Orsay de la famille de Dreux-Brézé Grammont, Binder, dernier tiers du XIXe siècleQuelques détails de l'intérieur (en mauvais état) du coupé d'Orsay de la famille de Dreux-Brézé Grammont, Binder, dernier tiers du XIXe siècle

Quelques détails de l'intérieur (en mauvais état) du coupé d'Orsay de la famille de Dreux-Brézé Grammont, Binder, dernier tiers du XIXe siècle

La voiture de la baronne Schickler (CMV. 27), dont la caisse à deux places est de fabrication anglaise par Houlditch, arbore une garniture à capitons rouge, un Gros de Tours moiré. Elle est enrichie de galons rouges ornés d’un courant de feuillages proches de ceux déjà décrits. Le plafond, un plissé soleil en satin de soie blanc sans doute chargé, est flanqué des chiffres de la propriétaire sur une plaque en bronze doré en son centre. Ce décor évoque certains ciels de lit ou de dais. Les remises de la baronne, situées 17 place Vendôme, jouissaient d’une certaine renommée sous le Second Empire.

Intérieur de la berline en vis-à-vis de la baronne Schickler, Houlditch, seconde moitié du XIXe siècleIntérieur de la berline en vis-à-vis de la baronne Schickler, Houlditch, seconde moitié du XIXe siècleIntérieur de la berline en vis-à-vis de la baronne Schickler, Houlditch, seconde moitié du XIXe siècle

Intérieur de la berline en vis-à-vis de la baronne Schickler, Houlditch, seconde moitié du XIXe siècle

Deux grands coupés de gala du musée offrent un intérieur garni à capitons recouvert d’une étoffe mélangée, un reps façonné.

Ainsi, des variations de blancs animent l’intérieur du grand coupé de ville ayant appartenu à Lord Francis Leveson Bertie, ambassadeur du Royaume-Uni en France entre 1905 et 1918 (CMV. 15), carrossé par Backer et Cie de Londres. La garniture est capitonnée et recouverte d’une étoffe à motifs de feuillages, probablement un reps façonné. Les grands et petits galons, assortis, sont ornés d’un courant de feuilles de vigne. 

Intérieur du coupé de gala de Leveson Bertie, Backer et Cie, seconde moitié du XIXe siècleIntérieur du coupé de gala de Leveson Bertie, Backer et Cie, seconde moitié du XIXe siècle
Intérieur du coupé de gala de Leveson Bertie, Backer et Cie, seconde moitié du XIXe siècleIntérieur du coupé de gala de Leveson Bertie, Backer et Cie, seconde moitié du XIXe siècle

Intérieur du coupé de gala de Leveson Bertie, Backer et Cie, seconde moitié du XIXe siècle

Une étoffe façonnée vraisemblablement un reps, tapisse l’intérieur du grand coupé de ville de la famille Fould (CMV. 18), réalisé par Binder dans le troisième quart du XIXe siècle. L’étoffe, au décor chargé de feuillages et de fleurs présente un rapport de dessin relativement élevé. Garniture mixte, utilisée tendue ou à capitons, elle habille autant les sièges que le plafond, les côtés ou les parties supérieures des sièges. Les galons tissés sur un fond type Gros de Tours côtelés reprennent les motifs de feuillages du reps. Petits et larges, ils sont encadrés par une bordure blanche et rouge, qui s’accorde avec les glands, les mèches et les boutons en coton mouliné de la garniture à capitons, apportant ainsi une touche lumineuse à l’intérieur du véhicule. La partie centrale des portes est recouverte du même reps rouge, tandis que la housse de siège de cocher est confectionnée dans un drap de laine marron, bordée de passementerie crème, ornée des armes brodées, puis appliquées de la famille Fould.

Détails de l'intérieur du coupé de gala de la famille Fould, Binder, seconde moitié du XIXe siècleDétails de l'intérieur du coupé de gala de la famille Fould, Binder, seconde moitié du XIXe siècle

Détails de l'intérieur du coupé de gala de la famille Fould, Binder, seconde moitié du XIXe siècle

Les mêmes harmonies de couleurs caractérisent l’intérieur du coach privé ayant appartenu au prince de Hénin (CMV. 21, vers 1860) : la garniture à capitons et recouverte de cuir, est complétée par un galon rouge uni à côtes. Les sièges sont à galerie dits à pente de cuir. Les portes sont garnies de drap brun-rouge à large poche et retombée de cuir à capitons, comme les parties inférieures des assises selon une habitude déjà constatée dans d’autres voitures. La courroie des glissières de glaces est un galon avec anneau, roulettes et poignées en os. Enfin, un tapis moquette, parsemé de fleurettes aux mêmes tonalités, parachève l’ensemble dans une palette dominée par les rouges et les bruns.

Intérieur du coach du prince de Hénin, fin du XIXe siècleIntérieur du coach du prince de Hénin, fin du XIXe siècleIntérieur du coach du prince de Hénin, fin du XIXe siècle

Intérieur du coach du prince de Hénin, fin du XIXe siècle

3- Les véhicules de voyage

Le coupé de voyage carrossé par Aubry (CMV. 7), daté du Premier Empire, présente un intérieur plus sobre, mais non moins soigné et élaboré, tant dans sa réalisation que dans le souci apporté aux détails et au confort. Il est garni d’une étoffe façonnée à petits motifs, probablement en coton. La garniture à capitons, qui pourrait résulter d’une réfection postérieure à la carrosserie, est soulignée par des boutons à pompons jaunes et noirs. Les galons, larges et étroits, reprennent ces mêmes couleurs dans un courant d’étoiles aux nuances noires et grises.

Intérieur du coupé Intérieur du coupé

Intérieur du coupé

Le drap de laine enrichi de galons aux motifs stylisés est récurrent dans les voitures de voyage des premières années du XIXe siècle, comme en témoignent le coupé de poste de la princesse Tyskiewicz (CMV. 6) ou la bastardelle de François-Raymond Chastel (CMV.2021.012).

 

Quelques vues de détail du coupé de voyage de la princesse Tyskiewicz, vers 1810Quelques vues de détail du coupé de voyage de la princesse Tyskiewicz, vers 1810

Quelques vues de détail du coupé de voyage de la princesse Tyskiewicz, vers 1810

Intérieur de la bastardelle, vers 1810Intérieur de la bastardelle, vers 1810

Intérieur de la bastardelle, vers 1810

La garniture capitonnée est particulièrement appréciée pour le voyage : le coupé de voyage du duc d’Angoulême (CMV. 50.009), ayant aussi appartenu au général Mortier, daté des années 1820, illustre cette tendance. Son décor intérieur, probablement postérieur, associe le cuir vert dans les parties situées à hauteur des visages et un drap de laine rouge, un choix récurrent pour ce type de véhicule, en raison de sa solidité. Des galons rouges façonnés, ornés de petits losanges et de fleurettes, soulignent les poches avant et latérales et constituent également les crémaillères. Ainsi, un décor plus sobre mais confortable et pratique, est adopté pour cette voiture, qui a sillonné l’Europe.

Détails de l'intérieur du coupé de poste du duc d'AngoulêmeDétails de l'intérieur du coupé de poste du duc d'Angoulême

Détails de l'intérieur du coupé de poste du duc d'Angoulême

Un drap de laine, un satin et un gros de Tours liseré (mélangé soie et lin) bleus couvrent à capitons l’intérieur du coupé de voyage du prince de Hénin, daté vers 1850 (Stiebel, Paris, CMV. 1852) qui a roulé sur les routes d’Allemagne et d’Italie.

Comme le drap de laine ou le cuir, les étoffes mélangées, soie et laine ou soie et lin, sont tout à fait adaptées au voyage. Ainsi le coupé de voyage de la famille de Damas (CMV. 13) en forme de Brischka, présente une garniture à capitons couverte d’une étoffe façonnée mélangée soie et coton, un reps à rayures unies et fleurettes, enrichi de galons blancs de plusieurs largeurs. L’usure révèle la garniture de crin, tandis que le tapis moquette est de couleur beige.

Détails de l'intérieur (en mauvais état) de la voiture de la famille de DamasDétails de l'intérieur (en mauvais état) de la voiture de la famille de Damas

Détails de l'intérieur (en mauvais état) de la voiture de la famille de Damas

Le coupé de voyage du général Lamarque (CMV. 20) réalisé vers 1830 et fabriqué par Bergeon, carrossier à Bordeaux, présente un intérieur couvert d’un reps, mélangé lin et soie pour plus de solidité, dont le dessin évoque celui des gourgourans. Les portières, l’avant du véhicule, les strapontins ainsi que les carrés des marchepieds, sont, quant à eux, recouverts d’un drap de laine écru.

 

Intérieur de la voiture de voyage du général Lamarque

Intérieur de la voiture de voyage du général Lamarque

L’intérieur de la berline de voyage de Clochez, datée vers 1835 (CMV. 57.004) arbore un intérieur similaire : un reps ivoire décoré de bouquets, accompagné de galons à motifs floraux. Les banquettes, à pentes, ont cependant perdu leurs coussins.

 

La cotonnade imprimée s’avère également tout à fait adaptée aux contraintes du voyage. L’intérieur du coupé de voyage du Maréchal Maison (CMV. 12), daté de la première moitié du XIXe siècle est garni d’une étoffe sobre à rayures, qui semble correspondre au tissu intermédiaire entre la garniture et le textile de couverture. Ce type d’étoffe était d’ailleurs produit au début du XIXe siècle, comme en témoignent quelques échantillons du musée de Modène[1].

 

[1] Taffetas liseré, France ou Italie, fin du XVIIIe siècle ou début du XIXe siècle, dans op. cit., n°375, p. 336

Détail de l'intérieur de la voiture de voyage du maréchal MaisonDétail de l'intérieur de la voiture de voyage du maréchal Maison

Détail de l'intérieur de la voiture de voyage du maréchal Maison

L’étude des intérieurs textiles de quelques véhicules conservés au musée national de la Voiture, révèle d’abord le soin méticuleux apporté à la garniture et aux détails dans un souci constant d’harmonie entre l’intérieur et l’extérieur de la voiture, conçue comme un ensemble cohérent. L’analyse est révélatrice de plusieurs tendances : la garniture tendue ou la garniture capitonnée, la recherche d’un plus grand confort, caractéristique des préoccupations de la seconde moitié du XIXe siècle, témoignent de l’évolution du goût pour les velours, puis pour les étoffes unies, comme les satins et les taffetas ou les étoffes façonnées ou mélangées comme les reps.

 

Le rapport de M. M. Belvalette et Quenay sur la carrosserie et le charronnage (classe 62), de l’Exposition universelle de Paris en 1878[1], énumère les différentes matières devant orner l’intérieur des véhicules hippomobiles. On y retrouve le cuir « de fabrication française, vaches vernies, lisses, gainées ou croutes », les maroquins français ou anglais, les draps spéciaux d’Elboeuf et de Sedan de 10 à 14 francs le mètre selon le poids et la finesse. Le reps et les satins de Lyon, dont le prix varie de 20 à 30 francs le mètre, les taffetas de Lyon, les moquettes bouclées ou veloutées de Picardie, les toiles à coller, à matelasser et pour doublures, de lin, de coton ou de phormium, fabriquées dans les départements du Nord, de la Mayenne ou de la Somme dont les prix varient de 80 centimes à 1,60 francs le mètre, les crins provenant d’Amérique du Sud, épurés et frisée en France (5 à 6 francs le kg) et enfin les galons réalisés à Paris ou dans le département de Seine-et-Oise.

 

 

[1] N. Belvalette et E. Quenay, Rapport sur la carrosserie et le charronnage, Exposition universelle de Paris, Groupe VI, Classe 62, Paris, 1880, p. 19-20

Détails d'intérieurs de voiture (coach du prince d'Hénin, Détails d'intérieurs de voiture (coach du prince d'Hénin,

Détails d'intérieurs de voiture (coach du prince d'Hénin,

Il est indéniable que les intérieurs textiles évoluent au gré des goûts et les modes, tout en conservant une certaine permanence. Cette dualité représente précisément le défi des artisans spécialisés dans ce domaine, comme le souligne l’un d’entre eux, Dupont, sellier-garnisseur, dans le Guide du Carrossier en 1860[1] :

« La profession du sellier-garnisseur, comme toutes les autres dans la carrosserie, est d’autant plus difficile à remplir convenablement qu’elle dérive de la mode et du goût. N’ayant point de lois que nous puissions indiquer et faire suivre d’une manière absolue, ne pouvant pas non plus uniformiser les modes, qui dans ce cas cesseraient bien vite d’exister, nous devons nous borner à diriger nos lecteurs dans le bon goût, nous aurons en outre le soin de faire suivre toutes nos descriptions des moyens pratiques employés pour tracer et développer chaque genre de garniture ;  pour couper et appliquer avec économie les étoffes et les cuirs ; pour broder, galonner, franger, piquer et monter toutes les parties séparées, tout en conservant à l’ensemble le cachet exigé par la mode du moment ».

 

(A suivre dans un prochain article)

Maria-Anne Privat

 

[1] Le Guide du Carrossier, n°10, 1860

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