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Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon

C'est dans les locaux du musée du monastère de la "Nouvelle Jerusalem" à Istra dans l'oblast de Moscou qu'un coche, jusque là inconnu en occident, a été présenté au public le 24 décembre 2024.

La propriété de cette voiture est attribuée au patriarche Nikon (1605-1681), qui joua un rôle central dans l'histoire religieuse et politique de la Russie au XVII° siècle.

 

Bref historique de la place du patriarche Nikon en Russie.

Nikon, devenu patriarche de Moscou en 1652, était un proche du tsar Alexis I°. Il entreprit une réforme majeure de l'Église orthodoxe russe, visant à rapprocher les pratiques liturgiques russes de celles de l'Église grecque, considérée comme plus authentique. Cette réforme, soutenue par le tsar, provoqua un schisme au sein de l'Église russe, opposant les « vieux-croyants » (qui rejetaient les changements) aux réformateurs. Fort de l'appui du tsar, Nikon obtint une grande autorité, allant jusqu'à superviser l'administration du pays pendant l'absence d'Alexis I° parti en campagne militaire.

Représeentation du patriarche Nikon.

Représeentation du patriarche Nikon.

Avec l'appui du tsar, il fit construire un monastère sur le modèle de Jérusalem, symbolisant ainsi la volonté de Nikon de faire de la Russie une nouvelle Terre sainte, un centre spirituel et politique orthodoxe : « Le monastère de la Nouvelle Jérusalem » (devenu musée national en 1920). Ce projet reflétait également l'ambition du tsar et de Nikon de renforcer l'indépendance et le prestige de la Russie face à l'Occident et à l'Empire ottoman, notamment dans le contexte des tensions autour de la garde des lieux saints à Jérusalem.

Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre NikonRenaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon

La relation entre Nikon et le tsar se détériora lorsque ce dernier, fort de son autorité spirituelle, entra en conflit avec Alexis I° au sujet de la préséance du pouvoir religieux sur le pouvoir politique. En 1658, Nikon abandonna sa charge de patriarche, puis il fut déchu et exilé en 1666-1667, après avoir été jugé par un concile. Malgré tout, son héritage perdure, notamment à travers le monastère de la Nouvelle Jérusalem, qui reste un symbole de l'ambition russe de se poser en héritière de la tradition byzantine et en protectrice des chrétiens orthodoxes. Le patriarche possédait plusieurs voitures, dont le coche présenté dans cet article, le seul à avoir été conservé. Les recherches préalables à sa restauration, entamées dès 1989, ont permis de retracer son histoire et de confirmer qu'il  appartenait bien au patriarche Nikon. 

Documents d'archives et photographiques  permettant de confirmer l' attribution de la propriété de cette voiture à l'archipretre Nikon.

Archives et documents.

Même si elles ont été en partie détruites lors de la révolution et de la  deuxième guerre mondiale, les archives du patriarche Nikon, conservées au monastère, ont permis de confirmer qu'il possédait bien plusieurs voitures. L'une d'entre elles, achetée en 1658, est décrite de manière très détaillée dans un de ces documents : « ... de fabrication allemande, le dessus et les côtés sont recouverts de cuir de veau noir, quatre pommes en cuivre doré sont placées sur le dessus, les portails, les coins et les colonnes arrière et avant sont sculptés et dorés, une couronne sculptée et dorée est placée sur les colonnes arrière ; l'intérieur de la voiture est recouvert de soie rouge et jaune, deux coussins sont recouverts de soie, le haut et les côtés de la voiture sont recouverts de franges de soie de différentes couleurs, les avant-corps et les fenêtres avant sont vitrés, les montants arrière sont équipés de poignées en fer... les roues en sont recouvertes et les moyeux sont en fer, ainsi que les loquets, pour un total de 170 roubles»Pour les restaurateurs, cette description, correspond presque littéralement aux caractéristiques du coche présenté. 

Éléments documentaires et iconographiques.

Un siècle plus tard, en 1779, sa présence dans les locaux du monastère est confirmée par A. M. Andreev, assistant de l'académicien G. F. Miller, qui découvrit le coche dans des bâtiments agricoles attenants au monastère de la « Nouvelle Jérusalem »; « Non loin de ce ruisseau se trouvent quatre étangs et une étable en bois avec une grange dans laquelle est conservée la calèche du patriarche Nikon. » 

En 1903, le clergé du monastère offrit au tsar Nicolas II un album commémoratif présentant les plus beaux objets et éléments décoratifs du monastère. Deux photographies de cette voiture y figurent sous la dénomination « Voiture du patriarche Nikon ».

Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon
Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon

La présence de ces photographies, sous cet intitulé, dans un cadeau officiel contribue à confirmer l'attribution de la voiture au patriarche. Bien que son état soit déjà détérioré, il s'agit des seules représentations de ce coche, qui le montrent au plus près de son état d'origine. 

Après la révolution de 1920, le monastère fut transformé en musée et le coche fut intégré dans ses collections.

Le coche a subi d’importants dommages lors de la destruction du monastère de la Nouvelle Jérusalem par les troupes allemandes en décembre 1941. Ces dégradations ont notamment touché la flèche de quatre mètres reliant les trains ainsi que les roues. Le pavillon (toit), et les quenouilles (montants) qui le soutenaient ont été presque entièrement détruits . La plupart du revêtement en cuir de la carrosserie,  à l’exception de quelques fragments, a disparu. Les clous décoratifs, en grande partie perdus, sont pour ceux qui restent fortement corrodés. Il est probable que ce véhicule ait été abandonné à l’air libre pendant une période prolongée, ce qui a accéléré sa désagrégation et entraîné la perte de plusieurs de ses éléments.

Photographie d'une partie des pièces datant de 1989. On y constate la présence de parties vitrées citées dans le document d'archive.

Photographie d'une partie des pièces datant de 1989. On y constate la présence de parties vitrées citées dans le document d'archive.

Présentation de la voiture remontée en 1989

Présentation de la voiture remontée en 1989

Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon

Les travaux de restauration.

 Diagnostic:

La première phase d'évaluation a été réalisée en 1989 par la coopérative de restauration « Statina », sous l’égide du Conseil du Fonds soviétique pour la culture. Pour cette première évaluation des travaux à réaliser, chaque détail du véhicule a été photographié, mesuré, puis dessiné et reproduit à l’échelle 1:1. Cette étude préliminaire s’est révélée une source d’information inestimable pour la restauration entreprise en 2022, à l’occasion du 420e anniversaire de la naissance du patriarche Nikon. Ce projet a été financé par le Département de la culture et du tourisme de la région de Moscou. Aujourd’hui, les restaurateurs considèrent cette intervention comme la plus importante de l’histoire du musée « Nouvelle Jérusalem ».

En complément des recherches menées en 1989, le processus de restauration, qui a duré trois ans, s’est appuyé sur un travail historique et technique approfondi, ainsi que sur l’étude des exemplaires encore conservés de ce type de voiture.

Les travaux de restauration de la structure du coche ont été confiés à une entreprise externe. La restauration des autres éléments a été assurée par plusieurs spécialistes du musée : Vladimir Chiriakov (métal), Alexeï Gordantchouk (bois et cuir) et Maria Martychkova (sculpture décorative).

Travaux de restauration et de consolidation:

 Le pavillon et les quenouilles ont été reconstitués en hêtre, à partir des parties conservées ou identifiées sur les représentations iconographiques. La Flèche reliant les tains ainsi que les bas de caisse ont été reconstruits à l'identique.(les pièces originales ont été consolidées et conservées au musée.)

Photo de la restauration présentant les pièces reconstruites du bas de caisse et du pavillon.

Photo de la restauration présentant les pièces reconstruites du bas de caisse et du pavillon.

Les autres parties sauvegardées de la voiture ainsi que les peintures et sculptures ont été uniquement  renforcées et  consolidées pour être gardées dans leur état.

Vue arrière avec son tiroir après consolidation.

Vue arrière avec son tiroir après consolidation.

Détail du tiroir après consolidation.

Détail du tiroir après consolidation.

Le revêtement extérieur en cuir clouté a été recréé. Les restaurateurs ont utilisé du cuir dont la texture et la couleur correspondaient à celles de l'original tout en conservant quelques fragments  encore intacts.

Partie dans son état d'origine et élément regarni en cuir.

Partie dans son état d'origine et élément regarni en cuir.

Bien que la décision ait été prise de conserver et consolider les éléments d’origine, cette restauration relève en grande partie d’un travail de reconstruction. Deux choix majeurs des restaurateurs méritent d’être soulignés, car ils s’écartent des archives disponibles :

-La partie vitrée, mentionnée dans les documents d’archives et visible sur la photographies de la voiture démontée, n’a pas été réinstallée. Les raisons de cette omission me restent inconnues.

-La garniture intérieure, entièrement disparue, est décrite dans les archives comme étant en soie rouge et or, agrémentée de franges multicolores. En l’absence de vestiges de cette garniture, les restaurateurs, pour présenter le véhicule au public, ont opté pour un « cuir de propreté » (alors que ce matériaux n'étaient pas utilisé en garniture au XVII°). Ce choix étonnant,  renforce l’aspect déjà austère de la voiture.

Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon

Cette restauration que l'on peut considérer partiellement comme une reconstitution permet néanmoins de présenter en situation les vestiges conservés. D'autre part, elle fait renaître et révéler au public un type de coche extrêmement rare. 

Renaissance d'un coche méconnu du XVII° siècle: celui de l'archiprêtre Nikon

En effet, seuls trois exemplaires de ce type de coche sont connus et conservés; respectivement au musée des Armures du Kremlin, au musée de Veste Coburg et au musée de Lisbonne. Nous vous les avons précédemment décrits dans l'article joint ci dessous.

 

Description de la voiture:

D’un point de vue technique, cette voiture se distingue par des caractéristiques tardives pour son époque. Réalisée au début de la seconde moitié du XVIIe siècle; période où la majorité des voitures couvertes sont fermées par des parois souvent vitrées et accessibles par des portes, elle reprend en réalité les caractéristiques des modèles de la fin du XVIe et du tout début du XVIIe siècle présentés dans l'article précédemment joint : côtés fermés par des tentures et présence de bottes à l'entrée.

Coches début XVII° conservés au musée des armures du Kremlin, au musée de Veste Coburg, au musée de Lisbonne.Coches début XVII° conservés au musée des armures du Kremlin, au musée de Veste Coburg, au musée de Lisbonne.Coches début XVII° conservés au musée des armures du Kremlin, au musée de Veste Coburg, au musée de Lisbonne.

Coches début XVII° conservés au musée des armures du Kremlin, au musée de Veste Coburg, au musée de Lisbonne.

Détail des bottes du coach du patriarche Nikon.

Détail des bottes du coach du patriarche Nikon.

D'autre part, même si ce véhicule est une voiture de voyage, son aspect esthétique est d'une grande sobriété et tranche, en pleine époque baroque avec celui plus flamboyant des voitures occidentales.

Cette particularité est potentiellement liée à la personnalité de son propriétaire; le patriarche Nikon. En effet les réformes de Nikon ont freiné l’évolution naturelle de l’art russe, en imposant un retour à des formes plus anciennes et en limitant la créativité locale.

Vue avant

Vue avant

Je terminerai cet article par la diffusion du film réalisé lors de l'inauguration de l'exposition de la voiture au public. Il vous en fera découvrir tous les moindres détails.

Texte:

Patrick Magnaudeix

 

 

 

 

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