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Vous trouverez une présentation très accessible des articles en allant dans la catégorie "THEMES FAVORIS". Vous y trouverez: carnet adresse, bibliothèque, vidéos,... auteurs et un classement spécifique à chaque catégorie.

Fantastiques traîneaux

Traîneau en forme d'hippocampe, détail (photo MAP)

Traîneau en forme d'hippocampe, détail (photo MAP)

Modèles de traîneaux, vers 1770-1780, CMV.4850 (photo, RMN, Tony Querrec)

Modèles de traîneaux, vers 1770-1780, CMV.4850 (photo, RMN, Tony Querrec)

La collection des traîneaux d'apparat du Musée national de la voiture est l’une des plus belles d’Europe. Dans le cadre du cycle d'expositions temporaires "Trésors méconnus", le chateau de Compiègne vous présente sa quatrième édition: "Fantastiques traineaux", qui ouvrira le 20 octobre 2023 et se terminera le 24 septembre 2024.

 

Le Dictionnaire de l’Académie française édité en 1762 donne du traîneau la définition suivante : « Sorte de voiture sans roues, dont on ne se sert pour aller sur la neige ou sur la glace, soit par commodité, soit par plaisir. En de certaines fêtes qu’on donne dans le temps de la neige, les Dames sont menées en traîneau par des Cavaliers, qui étant derrière, conduisent le cheval. » Quant à leur décor, Roubo dans l’Art du menuisier et du carrossier de 1771 est clair : il doit être très riche, vu qu’ils [les traîneaux] ne servent qu’aux Princes.

En Europe, le traîneau tant au XVIIIe siècle qu’au XIXe siècle est surtout un véhicule d’apparat, un traîneau de carrousel ou destiné aux courses que les cours princières appréciaient particulièrement. Prenant la forme d’animaux réels ou fantastiques, ils incarnent aussi des figures mythologiques ou allégoriques. L’usage festif du traîneau s’associe à des manifestations prestigieuses permettant d’exalter sa puissance, sa fortune, son rang social. Le Mercure de France relate dans ses chroniques quelques-unes de ces courses à la fois sportives et ostentatoires. Dans son numéro de janvier 1726 par exemple, il témoigne :

« Le temps s’étant mis à la gelée vers le 6 de ce mois, on a fait à Vienne diverses courses de traîneaux, dont la plus magnifique fut celle du jeudi 10 janvier : il y parut 24 Seigneurs de la Cour, conduisant autant de Dames magnifiquement parées qui traversèrent la Ville aux flambeaux, & firent le tour de la place. »

Charles-Antoine Coypel (attribué à), Dame menée en traîneau sur la neige, 1729, estampe, Paris, Musée du Louvre, département des arts graphiques (photo RMN, Marc Jeanneteau)

Charles-Antoine Coypel (attribué à), Dame menée en traîneau sur la neige, 1729, estampe, Paris, Musée du Louvre, département des arts graphiques (photo RMN, Marc Jeanneteau)

Dans son édition du mars 1728, cette même revue décrit la fête que l’Electeur de Bavière donna à Munich le mardi 10 février pour la clôture du Carnaval « une des plus belles qui se soit jamais vûe », qui représentait une noce de village :

« A cinq heures du soir, les Seigneurs et Dames invités et habillés en Paysans et Paysannes, se rendirent au Château où étoit le rendez-vous général pour une course de Traîneaux, qui commença par un grand Chariot, en manière de jardin, tiré par six Chevaux avec un grand nombre de Musiciens. Vingt cavaliers habillés en Paysans, de différentes manières, suivoient & précédoient le Traîneau où étoient l’Electeur et l’Electrice de Bavière, représentant l’Hôte et l’Hôtesse qui donnoient le Festin […] L. Alt. Elect. étoient suivies de 58 autres Traîneaux, divisés à certaines distances par sept Chariots remplis de Musiciens, pareils au premier. Chaque Traîneau étoit accompagné de quatre Domestiques à cheval, habillés en paysans, portant chacun un flambeau. Toutes les maisons des principales rües par où la course passa, étoient illuminées. »

 

La Cour de France adopta cette tradition des courses de traîneaux venue des cours princières du Nord de l’Europe. Elles se développent pendant le règne de Louis XIII, mais connaissent un engouement certain sous les règnes suivants. Louis XV est un meneur passionné et téméraire, dirigeant son traîneau à toute vitesse.

Le Mercure de France en décrit l’engouement dans plusieurs numéros de 1729 :

« la quantité de nege [sic], dont la terre a été couverte, a donné lieu à un spectacle qu’on avoit encore vû ici, & qui a excité avec beaucoup d’empressement et de curiosité de la Cour & de la Ville. Ce sont les courses de Traîneaux, aussi galantes que magnifiques, à la manière d’Allemagne, qui ont été faites dans le Parc de Versailles, & dans les Allées du Cours de la Reine. »

La Cour en profita le 11 janvier quand « le Roi fit à Versailles sur la neige une course de Traîneaux des plus magnifiques avec un grand nombre de Princes, de Princesses, de Seigneurs & de Dames de la Cour ». La marche était ouverte par le marquis de Beringhem, Premier Ecuyer du Roi « à la tête sur un grand Traîneau tiré par quatre Chevaux pour frayer le chemin. Tous les autres Traîneaux étoient à un seul Cheval. S.M. suivoit immédiatement sur un magnifique Traîneau, dont le Cheval avoit un riche caparaçon bordé de grelots d’argent. Le Roi avec toute sa suite en Traîneaux, après avoir fait le tour du grand Canal, alla faire collation à la Ménagerie, & ensuite souper à Trianon […] Ce spectacle brillant, aussi nouveau en France qu’il est commun en Allemagne & dans le Nort [sic] a extrêmement excité la curiosité de la Cour & de la Ville & a fait un très-grand plaisir […] On n’avoit point vû depuis nombre d’années un tems si propre à aller en Traîneaux, à cause de la forte gelée & de la quantité de neige : plusieurs courses de Traîneaux se sont faites dans les allées du Cours-la-Reine, avec un très-grand concours de gens de tous états, en carrosses & à pied, que ce spectacle agréable & singulier attiroit ; la beauté des chevaux qui vont le grand galop, la richesse des harnois & des caparaçons, le bruit des grelots, les étendarts [sic] de diverses couleurs, flotant [sic] dans les airs, & la magnificence des Traîneaux peints & dorez avec beaucoup de goût, de formes agréables & toutes différentes, les habits riches et galans, quoique de la saison & en fourures [sic], des Dames & des Seigneurs, leurs coeffures & leurs bonnets de différentes figures, enfin tous leurs ajustemens variez & singuliers tout cela joint au son des fanfares, faisoit un effet très-singulier.»

Le 18 janvier la course se fit au Cours-la-Reine qui « fut la plus belle, la plus nombreuse en Traîneaux & par le plus beau jour qu’on sçauroit voir. Un grand Traîneau au Prince de Carignan attelé de quatre chevaux, sur lequel étoient les trompettes & les timbales marchoit à la tête ; suivoient le Traîneau de la Duchesse de Bourbon Doüairière, mené par le duc de Retz. Le second sur lequel étoit la Duchesse de Bourbon étoit mené par le Prince de Carignan. Mademoiselle de Sens qui étoit dans le troisième, étoit menée par le Comte de Saxe. Les Dames placées sur les autres Traîneaux qui composoient une longue file, étoient conduites par divers Seigneurs, qui quoiqu’assis sur une palette en saillie derrière le Traîneau, paroissent presque debout. »

 

Traîneau à tête de dragon, XVIIe siècle et XIXe siècle, (détail), CMV. 64 (photo MAP)

Traîneau à tête de dragon, XVIIe siècle et XIXe siècle, (détail), CMV. 64 (photo MAP)

La Cour en est friande les années de gel et de neige abondante. Ainsi le 10 décembre1731, le Mercure de France relate :

« il y eût une magnifique course de Traîneaux dans le Parc de Versailles. Elle étoit composée de dix Traîneaux à un Cheval, dans l’un desquels étoit le Roy ; d’un autre à quatre Chevaux, conduit par le Marquis de Beringhen, premier Ecuyer de S.M. d’un à cinq places, tiré par six Chevaux et de celui qui représentoit le Cerf, poursuivi par des Chiens, qui étoit à deux Chevaux. Tous ces Traîneaux étoient parez d’Etendarts, de Banderoles et autres ornemens. Les Chevaux étoient caparaçonnés et garnis de Sonnettes et Grelots d’Argent. Le Roy, après avoir fait le tour de la Pièce d’Eau, qu’on appelle de Suisses, monta dans le Parterre du Château, et passa devant les fenêtres de l’Appartements de la Reine, devant celles de l’Appartement du Duc d’Orléans, où étoit le Duc de Chartres, et devant celles de l’Appartement des Enfans de France, où S.M. s’arrêta pour prendre Mesdemoiselles de Charolois, de Clermont, et de la Roche-sur-Yon, qui entrèrent chacune dans un Traîneau, conduites par des Seigneurs de la Cour ; d’autres Dames entrèrent dans le Traîneau à cinq places ; on continua la course autour du Parc des Jardins, et on se rendit à la Ménagerie. »

 

Le 3 janvier 1739, la duchesse d’Orléans déclina l’invitation du roi à monter dans son traîneau en raison de son âge, lui préférant celui du duc de Villeroy. Julie de Mailly ne put refuser l’offre du roi, mais déclara s’être trouvée « mal de la vitesse dont le Roi attelait ». Les filles de Louis XV partageaient cette passion.

Traîneau en forme de salamandre, XVIIIe siècle (détail), CMV. 67 (photo MAP)

Traîneau en forme de salamandre, XVIIIe siècle (détail), CMV. 67 (photo MAP)

Le Journal du duc de Croÿ fait état de certaines de ces courses dont celle qui eut lieu le 20 mars 1751 : dix-huit traîneaux se sont lancés, le roi menait sa fille aînée, tandis que le duc d’Ayen et M. le Premier ouvraient la marche et menaient la bande : « On passa de la terrasse dans les jardins d’en-bas, dans toutes les petites allées, et l’on revenait toujours par le tapis vert, le montant et le descendant au grand galop, à qui plus vite, ce qui faisait un coup d’œil charmant. On relaya deux fois sur le tapis vert, ces fêtes sont très belles. Cela dura jusqu’à la nuit, que le Roi rentra. » (Cité par Christopher Augerson, « Plaisirs d’hiver les courses de traîneaux » dans Roulez Carrosses, Versailles, 2013, p. 74 et suiv.).

 

Sous l’influence de la Cour de France, le carrousel évolue vers la procession et la parade, bien qu’on apprécie la vitesse et la compétition. Marie-Antoinette aimait les courses de traîneaux, qui lui rappelaient son enfance viennoise. Mme Campan comme Mme de Genlis s’en font l’écho dans leurs Mémoires, mais ces courses sont devenues impopulaires et la reine y renonce.

Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (ensemble et détail), CMV.2021.007 (photo RMN, Tony Querrec)Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (ensemble et détail), CMV.2021.007 (photo RMN, Tony Querrec)

Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (ensemble et détail), CMV.2021.007 (photo RMN, Tony Querrec)

La mode du traîneau d’apparat perdure au XIXe siècle ; Joséphine apprécie les promenades et les courses de traîneaux. En février 1803 par exemple, elle demanda six traîneaux avec l’accord du Premier Consul et du ministre de l’Intérieur Lucien Bonaparte (Christopher Augerson, « Plaisirs d’hiver les courses de traîneaux » dans Roulez Carrosses, Versailles, 2013, p. 74 et suiv.).

L’accident de Mlle Avrillion, sa première femme de chambre, est fameux. Cette dernière en fait état dans ses Mémoires :

« Il y avait à Malmaison des traîneaux : tout de suite l’ordre fut donné d’en faire venir un à Navarre, et le malencontreux traîneau arriva précisément le jour où le dégel commença. C’était le 9 de janvier 1811, date que je ne saurais avoir oubliée, et que je n’oublierai jamais […]. Malheureusement pendant cette seconde course, nous rencontrâmes le traîneau dans lequel se trouvaient les dames de Sa Majesté, qui en faisaient l’essai. Au lieu de s’arrêter comme la prudence leur commandait de le faire, mes conducteurs, pour éviter le choc, lancèrent le fauteuil dans un chemin qui n’était pas frayé, et extrêmement raboteux ; le fauteuil culbuta et je fis une chute épouvantable. »

Georgette Ducrest évoque aussi cet accident dans ses Mémoires :

                   « Le froid était tellement vif que toutes les pièces d’eau de Navarre, et même les cascades, étaient prises. L’impératrice, toujours empressée de fournir des amusemens à la jeunesse qui l’entourait, fit venir de Paris deux traîneaux fort élégans, pour être poussés sur la glace par des patineurs […]. Dans le même moment des cris perçans se font entendre, et nous apprenons que Mademoiselle Avrillion, femme de chambre favorite de Joséphine, vient de se casser la jambe, assise dans ce fauteuil qui m’avait fait tant d’envie : une roulette avait manqué, et la secousse l’ayant renversé, Mademoiselle Avrillion était tombée à faux, et deux affreuses fractures lui arrachaient les cris que nous entendions. »

 

Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (détail), CMV.2021.007 (photo RMN, Tony Querrec))

Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (détail), CMV.2021.007 (photo RMN, Tony Querrec))

Sous le Second Empire, au Bois de Boulogne, des lacs gelés étaient réservés à ces plaisirs aristocratiques.

La collection de traîneaux du Musée national de la voiture raconte ces histoires de carrousels, de jeux de bague, de vitesse, de courses, de fêtes, de parades au tintement des grelots sous le scintillement des ors et des étoffes précieuses au sein des cours princières européennes : les traîneaux présentés datent essentiellement de la fin du XVIIe siècle, du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle et ont des provenances diverses : pays germaniques, Pays-Bas, France. Cette collection fut constituée autant grâce à de grands carrossiers parisiens (Auscher, Mühlbacher), que grâce à des collectionneurs privés ou des dépôts notamment en 1936 par le Musée national du Moyen-Age et des achats, dont le plus récent, en 2021 quand le Musée se porte acquéreur en ventes publiques du traîneau dit de Joséphine (1810).

Traîneau d'Eugénie, C60D5, vers 1860 (photo RMN, Tony Querrec)

Traîneau d'Eugénie, C60D5, vers 1860 (photo RMN, Tony Querrec)

Ehrler (attribué à), Projet de traîneau aux armes impériales, vers 1860, CMV.2017.002 (photo RMN, Tony Querrec)

Ehrler (attribué à), Projet de traîneau aux armes impériales, vers 1860, CMV.2017.002 (photo RMN, Tony Querrec)

Les traîneaux étaient attelés à un, deux ou quatre chevaux. Le meneur s’installait à l’arrière presque debout sur la sellette tandis que le passager, souvent une passagère, se tenait assis dans la caisse. Les traîneaux exposés représentent une partie de la collection du Musée national de la voiture, ce sont des traîneaux d’apparat dorés et peints, aux figures à la fois animalières et allégoriques. Le fonds d’arts graphiques du Musée permet d’en illustrer la diversité des modèles et leur utilisation.

Eugène Charles François Guérard, Traîneaux-Bois de Boulogne, 1857, lithographie colorée, CMV.2011.001 (photo RMN, Stéphane Maréchalle)

Eugène Charles François Guérard, Traîneaux-Bois de Boulogne, 1857, lithographie colorée, CMV.2011.001 (photo RMN, Stéphane Maréchalle)

Baslez, lithographie par Destouches Les Voitures nouvelles. Modèle de traîneau, La Mode, n°561 lithographie coloriée, 2e tiers du XIXe siècle CMV.777.5

Baslez, lithographie par Destouches Les Voitures nouvelles. Modèle de traîneau, La Mode, n°561 lithographie coloriée, 2e tiers du XIXe siècle CMV.777.5

 

Une restauration d’envergure

Cette présentation est aussi l’occasion d’une restauration d’envergure. Fortement encrassés, badigeonnés pour certains d’une substance à base d’huile de lin que le temps a bruni, leur nettoyage a permis de retrouver les dorures et couleurs d’origine. Ces interventions furent pour plusieurs d’entre eux une véritable résurrection. Un article plus précis sur la restauration de ces traineaux est en cours de rédaction par les restaurateurs.

Nettoyage en cours du traîneau en forme de salamandre (photo MAP). Un article plus détaillé sur la restauration est en cours de rédaction.
Nettoyage en cours du traîneau en forme de salamandre (photo MAP). Un article plus détaillé sur la restauration est en cours de rédaction.

Nettoyage en cours du traîneau en forme de salamandre (photo MAP). Un article plus détaillé sur la restauration est en cours de rédaction.

Nettoyage en cours du traîneau amstellodamois (photos MAP)
Nettoyage en cours du traîneau amstellodamois (photos MAP)

Nettoyage en cours du traîneau amstellodamois (photos MAP)

Nettoyage en cours du traîneau en forme de coquille (photos MAP)Nettoyage en cours du traîneau en forme de coquille (photos MAP)
Nettoyage en cours du traîneau en forme de coquille (photos MAP)

Nettoyage en cours du traîneau en forme de coquille (photos MAP)

Nettoyage en cours du traîneau en forme d'hippocampe qui a permis de redécouvrir deux ors et le vermillon des patins (photos MAP)
Nettoyage en cours du traîneau en forme d'hippocampe qui a permis de redécouvrir deux ors et le vermillon des patins (photos MAP)Nettoyage en cours du traîneau en forme d'hippocampe qui a permis de redécouvrir deux ors et le vermillon des patins (photos MAP)

Nettoyage en cours du traîneau en forme d'hippocampe qui a permis de redécouvrir deux ors et le vermillon des patins (photos MAP)

 

Traîneau en forme de vaisseau orné de la figure de Bellone

Pays germaniques

XVIIe siècle ou début du XVIIIe siècle (?)

Don de M. Camoin, 1928, CMV.63

H : 190 ; L : 225 ; l : 120 cm

Ce traîneau prend la forme d’un vaisseau dont la proue est ornée d’une figure polychrome sculptée en ronde bosse de Bellone armée d’une lance et d’un bouclier. Elle est placée devant les patins qui se rassemblent en crosse. La caisse imite un vaisseau de guerre : deux canons sortent des sabords avant et un autre est visible sous les pieds de Bellone. A l’arrière, la sellette du meneur est supportée par une figure de profil, représentant un masque également sculpté en ronde-bosse. De part et d’autre, sur les patins, sont positionnés les chaussons du meneur. La caisse présente une forme chantournée, les côtés sont également ornés de masques grotesques aux profils dorés. Ces traîneaux étaient particulièrement appréciés lors des fêtes de Carnaval dans les cours germaniques. L’emplacement pour un timon est fixé à l’avant sur la barre de volée, le traîneau pouvait donc être attelé à deux chevaux.

Bellone est dans la mythologie romaine la déesse de la guerre qui incarne les horreurs, mais aussi la diplomatie. Elle est parfois représentée aux guides d’un char tenant une torche ou une arme à la main. Elle est ainsi peinte en fureur par Charles Le Brun dans le Salon de la Guerre du château de Versailles, renversant sur son char attelé à deux chevaux, la Justice et les Arts (1684).

Elle prend les traits plus charmants de Anne de la Grange-Trianon (1632-1707), comtesse de Palluau et de Frontenac, « maréchale de camp » de Mademoiselle de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle dans une œuvre peinte anonyme de la seconde moitié du XVIIe siècle. Une autre représentation de Bellone, sculptée et polychrome a orné tout au long du XIXe siècle la Salle d’Armes de l’Arsenal de Toulon. Aujourd’hui conservée au Musée national de la Marine, elle offre quelques similitudes avec celle du traîneau du Musée.

Les traîneaux à figures sont populaires aux XVIe et XVIIe siècles. Dès la fin du XVIIe siècle, les formes se diversifient, quand l’influence française se fait plus importante.

Photos RMN, Stéphane Maréchalle
Photos RMN, Stéphane Maréchalle

Photos RMN, Stéphane Maréchalle

 

Traîneau en forme de dragon

France ( ?)

Fin du XVIIe siècle ou 1er quart du XVIIIe siècle (?)

Don Léon Auscher, 1926, CMV.64

H : 175 ; L : 546 ; l : 97 cm

Ce traîneau comprend une caisse à une place pour recevoir un passager. Il prend la forme d’un dragon. Une petite protubérance métallique ajourée se dresse sur la tête de l’animal et permet de placer une lanterne à l’intérieur, éclairant les yeux rougeâtres de la bête tout en laissant échapper la fumée par le sommet du crâne, renforçant ainsi le caractère mystérieux et effrayant de cet animal fantastique qui apparait certes terrifiant mais maîtrisé par le meneur.

Le dragon est en effet dans la culture occidentale symbole des forces de la nature. Il est celui que les archanges Michel et Georges ont combattu, tel Lucifer ou le Mal. Un traîneau conservé à Saint-Pétersbourg montre d’ailleurs saint Georges affrontant le dragon.

Le voici désormais maîtrisé entre le passage de deux guides, la dame, qui est assise dans la caisse, est sauvée de son emprise, glissant au gré d’un carrousel ou d’une parade. L’intérieur est garni d’un velours ciselé rouge, orné de petits motifs de flammettes disposées en quinconce, dans un souci de cohérence ornementale.

Il est possible que le velours soit contemporain du traineau (1er quart du XVIIIe siècle) ; en revanche, la structure, le corps et le décor peint et doré ont connu d’importantes restaurations. Les quatre ressorts à boudins qui soutiennent la caisse sont postérieurs et donnent au traîneau un plus grand confort. En 1961, le brigadier Piéri qui œuvrait alors au Musée national de la voiture, a effectué, d’après son rapport, « un décapage des peintures » et a rétabli dorures et argentures primitives : le décor a été repeint et un effet bronzine a été appliqué tant sur la caisse que sur les patins. L’empâtement du décor témoigne de ces interventions.

Ce traîneau a fait partie de la collection du carrossier Léon Auscher, fondateur du Musée national de la voiture en 1927 ; il en fait don en 1926. Cette œuvre a connu une certaine notoriété : il a en effet fait l’objet de plusieurs publications au cours du XIXe siècle qui témoignent de l’usage, dans la première moitié de ce siècle, de traîneaux d’apparat plus anciens et que leur utilisation était alors encore fort en vogue.

Photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo MAP
Photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo MAP

Photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo MAP

 

Traîneau en forme d’aigle

France

Fin du XVIIe siècle (?) et XVIIIe siècle ( ?) pour le train

Don du vicomte de Chezelles, 1957, CMV.57.006

H : 140 ; L : 200 ; l : 92 cm

 

Ce traîneau représente un aigle aux ailes déployées reposant sur un nuage. L’arrière de la caisse est orné d’un décor de treillis et de motifs végétaux stylisés en or sur fond sombre, dont la disposition interprète les motifs dits à la Bérain très en vogue dans les arts décoratifs à la fin du XVIIe siècle. La caisse présente un profil très chantourné, tandis qu’à l’avant se déploie la figure de l’aigle et qu’à l’arrière, reposant sur une partie du nuage, se trouve la sellette du meneur.

L’assise et l’intérieur de la caisse sont garnis d’un velours de laine rouge. Les analyses effectuées lors des campagnes de restauration ont montré que le traîneau avait été garni à quatre reprises au cours de son histoire, quatre couches de textiles différentes, dont certaines sont encore visibles.

Il en est de même pour la caisse et le train : la caisse a été réalisée dans un tronc d’arbre, les traces d’outil étant encore visibles à l’intérieur, tandis que le décor peint se répartit en trois zones principales : le décor noir et or de l’arrière, le bleu lisse et épais des nuages et la dorure aux nuances variées de l’aigle. L’intérieur a conservé quelques traces d’un décor bleu-vert recouvert d’une toile. Un second siège existait à l’avant, il a perdu sa garniture. A l’avant également se trouve le soutien des porte-guides et des lanternes. La tête de l’aigle était ornée d’un panache pour lui donner plus de noblesse. Sa langue recourbée en métal rouge lui octroie une allure effrayante.

Les patins sont centrés et se rejoignent à l’avant formant une volute. Ils ne datent pas de la même période que la caisse.

L’aigle, symbole de puissance et de victoire a toute sa place à l’avant d’un traîneau d’apparat. Il est l’attribut de Jupiter, symbole de la victoire du Bien contre le Mal et il est également associé à David et à saint Jean-Baptiste.

 

 

Photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo RMN, René-Gabriel Ogéda
Photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo RMN, René-Gabriel Ogéda

Photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo RMN, René-Gabriel Ogéda

 

Traîneau en forme de salamandre

France, Pays-Bas ou Allemagne

Fin du XVIIe siècle ou première moitié du XVIIIe siècle (?)

Dépôt du Musée national du Moyen-Age, 1936, CMV.36.D.10

H : 140 ; L : 290 ; l : 102 cm

Ce traîneau prend la forme d’une salamandre s’élançant sur les flammes. Ses yeux sont en verre rougeoyant, sa gueule est ouverte laissant voir sa langue sanglante. Ses ailes sont ramenées le long de son corps formant la caisse tandis que ses pattes avant, aux griffes argentées, prennent appui sur des flammes.

Le train, rouge et or, a un décor moins tourmenté ; il est enrichi de guirlandes d’olivier sculptées en bois doré sur un fond rouge. La queue de cet animal chimérique supporte la sellette du meneur située à l’arrière de la caisse. L’intérieur est garni de crin et couvert d’un élégant velours ciselé bleu simple corps formant un réseau de losanges disposés en quinconce intégrant un fleuron, motif assez caractéristique des textiles de la seconde moitié du XVIIe siècle.

La salamandre est un être fantastique, une sorte de triton, qui habite le feu sans être consommé qui le fait vivre et atteindre la perfection. Elle peut l’éteindre sans douleur. C’est un gardien du feu, qui est, pour le monde chrétien un symbole de protection apportée par Dieu. Dans l’iconographie médiévale, elle représente le Juste qui face aux tourments, garde confiance en Dieu. Il n’est donc pas surprenant que François 1er en ait fait son attribut accompagné de la devise « je nourris et je m’éteins ».

Acquis pour les collections du futur Musée de Cluny en 1865, il est représenté sur une aquarelle non datée acquise par le Musée en 1955 tandis que dans les archives du carrossier Mühlbacher se trouve un petit croquis à la mine de plomb le figurant avec notamment la mention « Musée de Cluny. Un traîneau du seizième siècle », ce qui atteste de sa renommée, bien que sa datation soit postérieure : ce traîneau riche en symboles est caractéristique de l’art baroque qui appréciait les traîneaux ornés d’animaux fantastiques, dragon, licorne et autre hippocampe. Ces traîneaux étaient destinés aux parades qui rythmaient la vie de cour pendant l’hiver. Ces grandes processions y jouaient un rôle important comme l’indique par exemple le Ceremonial Wissenschaft den Grossen Herren de Julius von Rohr édité en 1733.

 

Traîneau en forme de salamandre avant et après restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo MAP en cours de prise de vue)
Traîneau en forme de salamandre avant et après restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo MAP en cours de prise de vue)

Traîneau en forme de salamandre avant et après restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle, photo MAP en cours de prise de vue)

 

Traîneau en forme d’hippocampe

France, Pays-Bas ou Allemagne

XVIIIe siècle

Dépôts du Musée national du Moyen-Age, 1936, CMV. 36.D.11

H : 110 ; L : 290 ; l : 110 cm

Ce traîneau prend la forme d’un hippocampe : l’avant de la caisse est orné d’une tête de cheval tandis que la sellette est soutenue par sa queue de poisson. Animal à la fois réel et fantastique, l’hippocampe est le cheval des mers. Les Grecs et les Romains pensaient qu’il était un don de Poséidon/Neptune. Cheval des mers, deux ou quatre d’entre eux tirent le char du dieu des Océans tandis que d’autres servaient de montures à certaines divinités marines comme les Tritons et les Néréides. Il n’en demeure pas moins un poisson doté de branchies, de nageoires et d’un squelette interne.

L’hippocampe qui constitue le corps du traîneau possède des branchies discrètement représentées de part et d’autre de la tête du cheval, qui semble sortir des eaux : la végétation aquatique l’entoure en effet, représentée en bas-relief sur l’ensemble du corps de l’animal, se détachant en or vert sur un fond d’or jaune avec une grande subtilité. L’arrière de la caisse présente un décor de roseaux ajourés découvrant un décor végétal peint sur toile sur un fond rouge. La caisse au riche décor doré et sculpté se détache sur un train rouge et or. Le siège à une place est couvert d’un velours frappé orné de fleurs sans doute contemporain du traîneau.

Une étude préalable a permis d’analyser les différents vernis et peintures utilisés tandis que la restauration l’a fait renaître : le nettoyage a ôté l’encrassement noirci qui recouvrait l’ensemble de l’œuvre et de redécouvrir les deux nuances de dorures et la polychromie, en particulier le rouge vermillon qui faisait flamboyer ce traîneau : l’hippocampe semble nager au milieu des ondes et des roseaux, porté sur des patins par deux traverses décorées de coquilles.

Kreisel estime que les traîneaux de forme animale sont demeurés en vogue au cours du XVIIIe siècle. Il mentionne un autre traîneau à figure de cheval marin et queue de poisson qui sert aussi de support à la sellette, tandis que la caisse est enrichie de vagues marines. Le traîneau du Musée national de la voiture appartient à cette grande famille.

 

 

Traîneau en forme d'hippocampe, avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détails après restauration (photos MAP)
Traîneau en forme d'hippocampe, avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détails après restauration (photos MAP)
Traîneau en forme d'hippocampe, avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détails après restauration (photos MAP)
Traîneau en forme d'hippocampe, avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détails après restauration (photos MAP)

Traîneau en forme d'hippocampe, avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détails après restauration (photos MAP)

 

Traîneau

France

XVIIIe siècle

Don de M. Camoin, 1927, CMV.60

H :115 ; L : 162 ; l :98 cm

La caisse de ce charmant traîneau s’épanouit en une coquille s’ouvrant telle une fleur pour accueillir sa passagère. La restauration a permis de retrouver l’éclat du rouge vermillon, rehaussé de dorures discrètes tandis que les patins brillent à nouveau d’un jaune vif où se développent des roseaux sculptés et peints au naturel. Ils décrivent un élégant mouvement en S et se rejoignent à l’avant en un bouquet de fleurs sculpté et peint.

A l’arrière de l’assise se place la sellette du meneur reposant sur des roseaux épanouis. Ce type de traineau dont caisse et patins sont traités au naturel est en vogue dans le second tiers du XVIIIe siècle, mêlant les répertoires stylistiques rocaille et néo-classique. Le traîneau devient dès lors un véritable objet d’art à part entière, d’autant que de nombreux ornemanistes en ont donné des modèles.

Des exemples analogues sont conservés aux Musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles et au Musée des Transport de Leek aux Pays-Bas.

 

 

Vues d'ensemble après restauration (photo MAP)
Vues d'ensemble après restauration (photo MAP)

Vues d'ensemble après restauration (photo MAP)

 

Traîneau de type amstellodamois

Pays-Bas

XVIIIe siècle

Don de Mme Albert Mühlbacher, 1939, CMV.71

H : 106 ; L : 190 ; l : 86 cm

Ce traîneau a fait partie des collections du carrossier Mühlbacher et fut notamment présenté à l’exposition centennale des moyens de transport de 1900 puis à l’exposition des Costumes anciens au Musée des Arts décoratifs en 1909.

Sa caisse qui est cintrée, est fortement galbée et évasée vers le haut et caractéristique des traîneaux hollandais de type amstellodamois. Elle est ceinturée par une moulure sculptée noire à filets dorés ornée de motifs rocaille.

Le Musée national de la voiture possède huit autres traîneaux de ce type datés des XVIIIe et XIXe siècles. Cette carrosserie se retrouve aussi sur les voitures à deux roues ou sjees dont le Musée préserve deux exemplaires et une caisse. Le décor peint et sculpté est riche, la caisse portant un décor composé d’amours se réchauffant autour du feu et de guirlandes de roses peints en camaïeu sur fond jaune. Les patins sont reliés à la caisse par six pieds corniers sculptés de végétaux leur donnant une forme chantournée. La restauration a permis de redécouvrir leur dorure sur fond vert sombre.

D’après un article dédié au grand bazar royal de M. M. D. Boer et fils à La Haye dans le Panthéon de l’Industrie en 1890, ce type de traîneau hollandais avec ornements dorés et peintures sur les panneaux, proviendrait de Hinlopen, dans la Frise. L’auteur signale un traîneau similaire dans les collections du Musée de Cluny et trouve ces « vieux meubles néerlandais » fort curieux.

Le traîneau est un loisir autant aristocratique, que bourgeois et populaire dans les Pays-Bas, des traîneaux utilitaires furent même réalisés. Plusieurs types de traîneaux hollandais peuvent être distingués :  le traîneau amestellodamois dont l’avant de la caisse se prolonge jusqu’à joindre l’extrémité recourbée des patins, le traîneau à la frisonne présente des patins, similaire à la forme amstellodamoise, mais la caisse de taille plus modeste a une forme plus simple, plus classique. Enfin le traîneau dit à la française offre un style néoclassique, caisse en forme de cabriolet, coquille ou feuille sculptée à l’avant.

Vue d'ensemble avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détail de l'arrière de la caisse après restauration (photo MAP)
Vue d'ensemble avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détail de l'arrière de la caisse après restauration (photo MAP)

Vue d'ensemble avant restauration (photo RMN, Stéphane Maréchalle) et détail de l'arrière de la caisse après restauration (photo MAP)

 

Traîneau

France ou Hollande

Premier Empire

Achat par les Musées nationaux, 1944, CMV.44.001

H : 100 ; L : 85 ; l : 81 cm

Ce traîneau offre un répertoire néo-classique et impérial : la caisse au profil cintré rappelle celui des sièges de la fin XVIIIe siècle et ceux dessinés par Jacob-Desmalter sous l’Empire. Elle est peinte en rouge sombre rehaussé d’un rechampi de trois bandes en vermillon. Elle est ornée en partie haute d’une frise peinte de rinceaux habités de putti et de chiens. Certains motifs sont dorés. Les perles, cannelures, feuilles d’eau, appartiennent au vocabulaire classique tandis que les grecques, trophées et autres guirlandes de laurier et fleurons sculptés à l’avant se rapprochent plutôt du lexique ornemental du Premier Empire. Deux figures en ronde-bosse et dorées viennent enrichir le décor de ce traîneau : à l’avant un petit dragon et à l’arrière une tête de bélier soutient la sellette du meneur.

Les patins sont assortis à la caisse, formant une élégante courbe en S à l’avant où ils se rejoignent et se terminent en crosse.

Les freins sont à crampons tandis que les pièces d’accroche des brancards, disparus, sont en T.

Une étude réalisée dans le cadre de la restauration de l’œuvre a établi que quinze à vingt couches de peinture et vernis avaient été appliquées.

Le dragon est un animal commun dans la mythologie occidentale et orientale. Mené par une femme, il appartient au répertoire ducal et signifie le pouvoir de la vertu qui peut brider tout monstre effrayant symbolisant les passions.

Des traîneaux similaires sont conservés aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et dans la collection du Musée des transports de Leek où ils sont attribués à Liège et aux Pays-Bas. Il est vrai que le « traîneau à la française », de style néo-classique a été très à la mode dans ces contrées à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle.

Vues d'ensemble et détails (photos RMN, Tony Querrec)
Vues d'ensemble et détails (photos RMN, Tony Querrec)
Vues d'ensemble et détails (photos RMN, Tony Querrec)
Vues d'ensemble et détails (photos RMN, Tony Querrec)

Vues d'ensemble et détails (photos RMN, Tony Querrec)

 

Traîneau dit de Joséphine

France

Vers 1810

Achat en 2021, CMV. 2021.007

H : 300 ; l : 156 cm

Henry d’Allemagne fait état dans le Guide de l’exposition rétrospective des moyens de transports de Milan de 1906, d’un « traîneau d’une très belle allure qui a appartenu à l’Impératrice Joséphine et qui est actuellement propriété de M. Mühlbacher. La caisse de ce traîneau est formée par deux griffons qui enveloppent entièrement cette partie de la carrosserie et semblent entraîner dans leur course le voyageur assis dans ce gracieux véhicule, que nous avons si peu l’occasion de voir circuler sur nos routes françaises. Sur le devant du traîneau est fixée une statue représentant une divinité antique qui tient à la main droite une sorte de disque. Á l’extrémité des branches recourbées qui servent de supports à tout le véhicule, se trouve un aigle contourné se préparant à prendre son vol ; il est placé sous une arcature en métal toute garnie de sonnettes. Á l’arrière pour l’usage du valet de pied se trouve un siège, qui est formé d’une sorte de sellette. Le valet maintenait son équilibre à l’aide de deux étriers fixés sur le châssis et dans lequel il plaçait ses pieds. La décoration générale vert et or donne le plus gracieux effet à tout le véhicule ».

Le pedigree de ce traîneau est en effet connu depuis l’exposition universelle de 1889 où il figure parmi les Merveilles de l’exposition comme « le traîneau de l’Impératrice Joséphine ». Il serait alors la propriété du carrossier lyonnais Faurax. L’exposition rétrospective des moyens de transport de l’exposition internationale de Lyon en 1894 l’accueille à nouveau dans la salle rétrospective des carrossiers, où il est décrit comme d’un style Empire « très pur ». L’exposition universelle de 1900 le valorise à nouveau : le carrossier Georges Kellner évoque un « style qui est plus sobre, et qu’un aigle aux ailes déployées semble entraîner dans sa course. Il est actuellement la propriété de M. Mülhbacher ».

La collection Mühlbacher a fait l’objet de plusieurs ventes ; le catalogue de celle organisée le 18 mai 1912 mentionne aux numéros 192-194 trois traîneaux : la biche, l’Impératrice, le col de cygne. Il est tentant d’identifier le traîneau « l’Impératrice » avec celui acquis par le musée national de la Voiture, qui présente un décor exceptionnel et propre au style Empire : l’arrondi de l’assise de la caisse n’est pas sans rappeler certains fauteuils gondoles, tandis que les griffons à têtes et ailes d’aigle et au corps de lion, qui l’entourent, appartiennent au répertoire impérial. L’aigle aux ailes déployées qui orne l’avant du traîneau est propre au style napoléonien. Il est récurrent sous diverses formes et se retrouve dans une posture analogue sur un encrier constitué d’un amour en porcelaine jouant avec un aigle aux ailes déployées posés sur la réserve d’encre constituée d’une colonne tronquée imitant le marbre vert. La figure de Hébé, fille de Zeus et de Héra, échanson des dieux et déesse de la jeunesse, est vêtue d’un drapé traité à l’antique, ses cheveux défaits sont retenus par une couronne de laurier tandis qu’elle esquisse un pas. Elle apparait figée, comme les figures de brûle-parfums conservés au musée des arts décoratifs de Paris ou celles qui ornent une table-console de Jacob-Desmalter conservée au Grand Trianon à Versailles. Joséphine appréciait la pratique du traîneau et plusieurs témoignages l’attestent.

Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (photo RMN, Tony Querrec)

Traîneau dit de Joséphine, vers 1810 (photo RMN, Tony Querrec)

Orientations bibliographiques :

Christopher Augerson, « Plaisirs d’hiver les courses de traîneaux » dans Roulez Carrosses, Versailles, 2013, p. 74 et suiv.

Hélène Delalex, « Courses de traîneaux avec Louis XV », dans Les Cahiers de Versailles, 9 décembre 2020, site internet du château de Versailles

Dr. Fritz Fischer, "Les Traîneaux baroques", dans L'Estampille Objet d'Art, n°356, mars 2001, p. 42-52

Dr Fritz Fischer (dir.), Dem Volk zur Schau, Prunkschlitten des Barok, Munich, 2022

Jean-Louis Libourel, Voitures hippomobiles. Vocabulaire typologique et technique, Paris, 2005, p. 144

Patrick Magnaudeix, « Traîneaux…jeux et œuvres d’art », 31 septembre 2020, site attelage-patrimoine

Marie Petitot, "Jeux d'hiver à la Cour : dangers des lacs gelés", 24  mars 2018, site Plume d'histoire

Traîneaux somptueux, Musée national de Zurich, 2022

 

Un article plus approfondi est en cours de rédaction

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