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Victor Morel carrossier à Paris

Victor Morel carrossier à Paris

Victor Morel

Victor Jacques Morel figure parmi les carrossiers parisiens les plus importants de la deuxième moitié du XIXe siècle. Cependant, peu d’informations à son sujet et sur la création de son entreprise sont parvenues jusqu’à nous.

Victor Morel est né le 19 mars 1814 à Bernesq, petit village à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Bayeux en Normandie. On ne sait rien de ses parents, Jean-Baptiste Morel et Adélaïde Douchin, tous deux décédés à Bernesq, le premier en 1839, la seconde en 1842. Victor est l’aîné de deux frères, Alexandre né en 1816 et Médéric né en 1818. Alexandre figure en tant que témoin sur l’acte de mariage de son frère Victor où il est qualifié de « cultivateur à Bernesq ». Ainsi, Victor Morel appartient à une famille, vraisemblablement paysanne, attachée au territoire rural de Bernesq. Il n’a donc pas été formé au métier de carrossier dans sa famille.

 

Lorsqu’il se marie, à l’âge de trente ans, le 14 septembre 1844 à Neuilly-sur-Seine, son acte de mariage précise qu’il exerce le métier de sellier-carrossier. Il épouse Alexandrine Virginie Béhagle. Née le 17 novembre 1823, elle est la fille d’Alexandre Charles Béhagle demeurant Enclos des Thermes à Paris. Or plusieurs membres de la famille Béhagle sont carrossiers : Jean-Baptiste, actif jusqu’en 1836,et Jean-Alexandre mentionné dans L’Almanach du commerce de la ville de Paris de 1865 à 1882. 

 

Jean-Baptiste Béhagle, sellier-carrossier rue de Provence à Paris, a été l’un des quatorze carrossiers qui ont fourni trente-quatre berlines neuves pour le mariage de Napoléon 1er avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Louise en 1810. Pour cette grandiose cérémonie il a reçu commande de deux berlines de ville à fond d’or, doublées de drap blanc, avec les armes impériales et des bouquets de fleurs peints sur les panneaux, au prix de 7500 francs chacune.  La commande ayant été passée le 28 mars 1810 et le mariage impérial ayant eu lieu le 10 juin de la même année, ces deux berlines de grand luxe ont été construites en à peine plus de deux mois. 

Victor Morel carrossier à Paris

Carte commerciale de Béhagle

Á la date de son mariage Victor Morel semble bien intégré dans le milieu professionnel de la carrosserie, comme l’indique parmi ses témoins la présence de François-Désiré Gauthé, sellier-carrossier installé à Paris, rue Roquépine n° 7 où il est actif de 1844 à 1854 selon l’Almanach du commerce de la ville de Paris. Son mariage avec une jeune fille appartenant à une famille de carrossiers n’a donc rien d’étonnant, les mariages au sein d’une même corporation professionnelle étant chose courante au XVIIIe siècle et encore au XIXe. Comment Victor Morel a-t-il connu la famille Béhagle ? Serait-ce grâce à Jean-Baptiste Béhagle, fournisseur de Napoléon 1er, auprès duquel il aurait pu apprendre le métier ? Cette hypothèse est très plausible. La formation solide acquise chez un tel maître serait sans doute à l’origine de la réussite de Victor Morel, devenu l’un des carrossiers les plus réputés de Paris.

Victor Morel carrossier à Paris

Acte de mariage de Victor Morel, 14 septembre 1844  (Archives municipales de Neuilly-sur-Seine)

L’Almanach du commerce de la ville de Paris, bottin professionnel dressant la liste des artisans par corps de métier, mentionne un carrossier Morel de 1849 à 1853 rue Houssaye, puis en 1854 et 1855 rue Taitbout. Or la rue Houssaye a pris le nom de rue Taitbout en 1853. Ainsi le carrossier Morel mentionné rue Houssaye de 1849 à 1853 et celui situé rue Taitbout en 1854 et 1855 ne sont qu’un seul et même personnage installé de 1849 à 1855 dans la même rue, qu’il quitte cette même année 1855 pour la rue Roquépine.Ce Morel est Victor Morel comme le révèle le Catalogue Officiel de l’Exposition Universelle de Paris de 1855 qui indique sous le numéro 067 une « calèche très légère à un siège et à huit ressorts présentée par V. Morel à Paris, rue Roquépine ». 

Cette Exposition universelle « des produits agricoles et industriels ouverte aux productions de toutes les nations » en 1855 à Paris avait été décidée par l’empereur Napoléon III en réponse à l’Exposition universelle, première du genre, organisée à Londres en 1851.

 

Un nouveau venu dans le métier de la carrosserie, sans une sérieuse assise à la fois technique et commerciale aurait-il pu figurer et concourir dans une exposition internationale, grandiose vitrine de la modernité, la deuxième du genre après celle de Londres en 1851, réunissant le meilleur de l’industrie carrossière d’Europe ? La présence de Victor Morel à cette prestigieuse manifestation indique qu’il jouissait déjà d’une notoriété certaine et de moyens solides. Ces derniers ne peuvent s’acquérir sans plusieurs années d’activité et sans une production de qualité reconnue.

Aussi est-il très vraisemblable que les mentions d’un carrossier Morel durant la période 1849-1855 précédant l’Exposition universelle concernent bien Victor Morel qui aurait fondé son entreprise au cours des années 1840, peut-être en 1845. Cette dernière date est en effet mentionnée, très tardivement, dans deux documents des établissements Grümmer, successeurs de Morel, un catalogue de Carrosserie de luxe entre 1909 et 1914 et un encart publicitaire dans le journal L'Intransigeant du 10 mai 1919.

 

Etrangement, la participation de Victor Morel à l’Exposition Universelle de 1855 a été ignorée, de manière inexplicable, par la presse qui prétendit unanimement, plus de vingt ans après, que Morel participait pour la première fois en 1878 à une exposition universelle.

 

Quelle a été l’activité de Victor Morel dans la période de ses débuts précédant l’exposition de 1855 ? On sait grâce aux archives de la Chambre syndicale de la carrosserie fondée à Paris en 1844, que Victor Morel y a été admis le 27 mars 1851.

Les seuls autres témoignages connus pour cette période se résument à quatre dessins réunis dans un Album de Carrosserie conservé à la Bibliothèque du Centre National des Arts et Métiers à Paris. Ces dessins sont l’œuvre de Baslez, architecte et dessinateur spécial pour la carrosserie. Selon L’Almanach du commerce de la ville de Paris il aurait exercé le métier de carrossier de 1824 à 1843. À ce jour, le nom de Baslez n’a été relevé que sur une seule voiture : une berline de gala ayant appartenu au cardinal Gioacchino Pecchi, archevêque de Pérouse, plus tard pape Léon XIII. Longtemps exposée au Museo di Roma dans le palais Braschi à Rome, cette berline est actuellement conservée dans une collection privée allemande.

Victor Morel carrossier à Paris

Berline du cardinal Gioacchino Pecchi, futur pape Léon XIII, construite par le carrossier Baslez. (Allemagne, collection privée)

Chacun de ces quatre dessins de Baslez indique en légende qu’il a été « relevé aux ateliers de M. MOREL ». Réalisés en 1852, ils représentent des modèles de voitures sportives destinées à la chasse : un « tandem Dog-cart à 4 places, n° 382 » ; le même dans une version « à 2 places suspendu sur 2 ressorts en travers 2 feuilles à jour dans chaque, n° 383 » ; un « dog-cart à 4 places dont le trot du cheval est rendu insensible par le jeu des brancards dans la partie qui longe la caisse, n° 390 » et sa version « à 2 places, le dossier et les lanternes sont fixés à la parclose du devant, n° 391 ».

 

Grâce à l’Almanach du commerce de la ville de Paris, on peut suivre les installations successives de Victor Morel dans Paris. Entre 1849 et 1855 il se situait rue Houssaye, devenue rue Taitbout. En 1855 il se déplace rue Roquepine au numéro 7, qu’il quitte en 1857 pour la rue Ville-l’Evêque, devenue en 1867 rue de Cambacérès. La maison Morel-Grümmer y restera, au numéro 26, jusqu’en 1919.

 

 

Production

 

La notoriété de Victor Morel s’était rapidement établie. Pour preuve, quelques mois après sa participation à la première Exposition universelle de Paris, il reçoit la commande d'une voiture pour les grandioses cérémonies du baptême du Prince impérial, fils de Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie, qui eurent lieu le 14 juin 1856. Pour obtenir une telle commande il fallait de toute évidence appartenir à l'élite des carrossiers parisiens. Cette place parmi les meilleurs est confirmée par le rédacteur du journal Le Cocher français qui déclare en juillet 1869 : « parmi les plus anciennes maisons qui se distinguent le plus dans la carrosserie de luxe, je placerai celle de M. Morel. L’originalité et le bon goût des formes tout entières sacrifiées au confortable ont placé cette maison en première ligne ».

 

Le souci de perfection de la maison Morel dans ses fabrications se manifestait, entre autres, dans l’emploi, malgré le coût élevé de leur importation, des vernis de la maison new yorkaise Valentine & Co, les meilleurs de l’époque pour leur solidité, leur transparence et leur éclat. L’entreprise de peintures et vernis Valentine avait été créée à la fin du XVIIIe siècle par un Américain d’origine française.

 

Tôt établie, la réputation de Victor Morel ne tarda pas à être aussi reconnue hors de France. Ainsi, le « Gran taller de coches de Récoletos » à Madrid, élevé au rang d'atelier de carrosserie de la Maison royale par Isabelle II, reine d’Espagne de 1833 à 1868, a fait appel à lui dans le courant des années 1860. Deux voitures réalisées pour la famille royale espagnole par ce « Grand atelier de carrosserie de Récoletos » sous la direction de Morel sont conservées par le Museo de carruajes à Madrid : une grande berline de voyage et un superbe coupé de gala à siège à housse et à huit ressorts construit en 1860.

Victor Morel carrossier à Paris

Berline de voyage pour la famille royale d’Espagne (Madrid, Museo de caruajes )

 

Victor Morel carrossier à Paris

Coupé de gala pour la famille royale d’Espagne (Madrid, Museo de caruajes)

Un registre des comptes du peintre héraldiste Louis-Charles Larue (1823-1882), dont la fille Marie épousera en 1876 Antoine-Joseph Grümmer proche collaborateur puis successeur de Victor Morel, donne des renseignements ponctuels sur la production de Victor Morel. Ce registre récapitule les travaux de Larue durant l’année 1860, exactement de janvier 1860 à janvier 1861.Durant cette courte période d’un an, Larue a peint des armoiries sur 138 voitures provenant des ateliers Morel : un coupé d’Orsay, un poney-chaise, deux coupés Clarence, deux omnibus, deux sociables, deux dog-carts, trois tilburys, trois berlines, trois landaus, quatre victorias, cinq Stanhope, huit breaks, onze calèches, quinze cabriolets, dix-huit phaétons et cinquante-huit petits coupés de ville.

Le Guide du Carrossier du 15 avril 1860, indique que les petits coupés de ville sont la principale spécialité de Victor Morel. « On fait beaucoup de petits coupés, mais nulle part ils ne se font mieux et en aussi grand nombre, que dans un établissement qui a acquis, depuis longtemps, une faveur méritée dans cette spécialité ». Cet établissement est celui de Victor Morel, cité quelques lignes après.

Le nombre important de petits coupés de ville, cinquante-huit, confiés par Victor Morel à Louis-Charles Larue pour la seule année 1860 pour y exécuter les armoiries de leurs propriétaires, clients du carrossier, démontre bien que les petits coupés étaient une spécialité de Morel, comme l’indique Le Guide du Carrossier en avril 1860.

Victor Morel carrossier à Paris

Petit coupé de ville, dessin de V. Morel (Collection Philippe Grümmer)

Bien après la mort de Victor Morel en 1879, son successeur Antoine-Joseph Grümmer maintient le savoir-faire particulier dans la construction des coupés, qui semble avoir assuré, en partie, la notoriété de l’entreprise. Ainsi, Le Guide du Carrossier du 15 février 1894 décrit un coupé entièrement tendu en maroquin par Grümmer « l’un de nos premiers faiseurs. On sait qu’une telle garniture est d’une exécution beaucoup plus difficile que la garniture capitonnée. La netteté du travail et le confort sont moins faciles à obtenir […] Son aspect est peut-être un peu froid, mais son entretien plus facile ». Un dessin de la garniture de ce coupé avait été précédemment publié le 15 septembre 1891 dans le numéro 11 de La Carrosserie Française.

Victor Morel carrossier à Paris

Garniture intérieure d’un petit coupé Morel (La Carrosserie Française, n° 11, septembre 1891)

Une soixantaine de voitures conservées portant la signature Morel sont actuellement recensées. Leur diversité prouve que la production de Morel ne se limitait pas à la spécialité de « petits coupés ». Bien au contraire, le riche éventail typologique de la fabrication hippomobile lui était familier. Comme tous ses concurrents Morel réalise dans ses ateliers tous les modèles de voitures nécessaires aux besoins ou aux caprices d’une clientèle exigeante. Landaus, phaétons, Park-drag, coupés, breaks, petits ducs, ducs-victorias, milords, omnibus privés, wagonnettes, tilburys, conservés dans des musées ou des collections privées sont les témoins de la diversité de cette production.

 

 

Clientèle

 

Si les connaissances sur la production de Victor Morel sont très lacunaires, il est plus difficile encore de savoir quelle était sa clientèle. Seule certitude, elle appartenait aux classes sociales fortunées, les voitures de luxe étant des objets très coûteux.

Les archives de Philippe Grûmmer, petit-fils d’Antoine-Joseph Grûmmer, conservent plusieurs projets de voitures, dessinés sur papier calque, pour le sultan ottoman d’Istanbul : une calèche de gala, à caisse ronde à col de cygne devant, huit ressorts, siège de cocher à housse, pouvant être transformée en Berline de gala à quatre lanternes et siège de laquais à l’arrière ; une berline de gala à huit ressorts et quatre lanternes riches ; une berline de gala à huit ressorts, siège à housse et deux lanternes ; un coupé de gala pour attelage à la d’Aumont, à huit ressorts, grand garde-crotte devant, siège de laquais derrière, « caisse brun grenat, train rouge rechampi or ».

Victor Morel carrossier à Paris

Projet de berline de gala pour le Sultan ottoman d’Istanbul, dessin sur papier calque (Collection Philippe Grümmer)

 

 

Victor Morel carrossier à Paris

Louis-Charles Larue : projet d’armoiries pour une voiture du Sultan ottoman (Collection Philippe Grümmer)

 

Mais la plupart des informations connues se trouvent dans le registre de comptes du peintre héraldique Louis-Charles Larue, déjà cité, pour la courte période de Janvier 1860 à janvier 1861. La lecture de ce registre révèle que les clients directs de Larue ne sont pas les propriétaires des voitures mais les carrossiers eux-mêmes. Ces derniers doivent en effet livrer à leurs commanditaires des voitures entièrement terminées, peinture des armoiries comprise. C’est donc aux carrossiers que le peintre héraldiste facture ses travaux. Les 26 pages du registre consacrées à Morel mentionnent 138 voitures sur lesquelles l’artiste a exécuté des armoiries. Le nom de leur propriétaire n’est hélas mentionné que pour 49 seulement.

Parmi eux dix sont des clients fidèles de Morel dont ils possèdent plusieurs voitures. Messieurs Lobgeois, Berthelon, Alfonso, Delmontes, de Rothschild, le marquis d’Angosse, le vicomte de Quelen, ont chacun deux voitures de la maison Morel. Le comte de Mieulle en a trois ; le Marquis de Portes quatre ; le Marquis du Roger de Sainte-Marie cinq.

Parmi les 49 propriétaires nommément cités figure un certain Monsieur Fould pour lequel Larue peint en juillet 1860 « une tête de lion dans une jarretière avec devise, sur les deux côtés » d’un phaéton. S’agit-il du banquier Achille Fould (1800-1867) ministre des finances de la Deuxième République sous Napoléon Bonaparte, puis ministre d'état de 1852 à 1860 durant le Second Empire, dont les armoiries comportaient en effet un lion ?

Victor Morel carrossier à Paris
Victor Morel carrossier à Paris

Registre de comptes du peintre héraldique Louis-Charles Larue, pages consacrées à Victor Morel, Janvier 1860 et janvier 1861 (collection J. L. Libourel)

 

Figure aussi parmi les clients de Morel la famille de Luynes dont le château de Dampierre conserve quatre exemplaires Morel : deux voitures de gala à huit ressorts, un coupé et une calèche, portant les numéros de fabrication 1561 et 1562, réalisées pour le mariage du duc Charles-Emmanuel de Luynes avec Yolande de La Rochefoucauld en 1867 ; un petit coupé de ville à huit ressorts n° 1578 ; un grand break de chasse, ayant vraisemblablement figuré à l’Exposition universelle de 1878 à Paris.

Victor Morel carrossier à Paris
Victor Morel carrossier à Paris
Victor Morel carrossier à Paris
Victor Morel carrossier à Paris

Calèche huit ressorts n° 1562 pour le du duc Charles-Emmanuel de Luynes, 1867 (Château de Dampierre)

 

Victor Morel carrossier à Paris

L’Exposition universelle de 1878 : une médaille d’or

 

En 1878, au moment où une nouvelle Exposition Universelle est organisée à Paris, Victor Morel figure parmi les carrossiers les plus en vue de la capitale. Aussi ne pouvait-il qu’y participer et concourir avec l’élite de la carrosserie parisienne, les maisons Binder, Mühlbacher, Kellner, Belvallette, Million-Guiet, Rothschild, Desouches, Geibel, Bail Jeune, Labourdette….

Victor Morel carrossier à Paris

 Carte commerciale de Victor Morel pour l’Exposition universelle de 1878

Il y présente cinq voitures dont N. Belvallette et E. Quenay soulignent la qualité dans leur Rapport sur la carrosserie, le charronnage. Exposition universelle internationale de 1878 à Paris: un mail-coach « particulièrement remarqué parmi les mail-coaches exposés », un petit coupé de ville de forme carrée, un milord également carré « bien remarquable de forme et de fini, un très beau landau à quatre chevaux de forme bateau, avec siège en fer devant attenant à la caisse et siège derrière pour deux domestiques » à double suspension, c’est-à-dire à huit ressorts, et un grand break. Les caractéristiques de ce dernier sont détaillées par l’ingénieur Anthony : « Le grand braeck (sic) de chasse de M. Morel a de même un grand coffre. L’accès des places intérieures est très facile ; le montage est à quatre ressorts à pincettes ; les mains sont retenues par des cuirs pour empêcher le recul des grandes roues sous l’action du frein» (Anthony : La carrosserie, in Etudes sur l’Exposition de 1878. Annales et archives de l’industrie au XIXesiècle).

Ce break, le landau, et le milord ont été sélectionnés par le dessinateur en voitures Charles Gourdin pour figurer dans son Album des principales voitures exposées en 1878 (planches 52, 53, 54).

Le grand break conservé au château de Dampierre, conforme au dessin de Gourdin n° 53, pourrait donc être le break ayant figuré à l’Exposition universelle de 1878.

Victor Morel carrossier à Paris
Victor Morel carrossier à Paris

Mylord exposé en 1878 par Morel, dessin de Charles Gourdin (Album des principales voitures exposées en 1878 au Palais du Champ-de-Mars dessiné et publié par Ch. Gourdin dessinateur en voitures, pl. 54)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Break exposé en 1878 par Morel, dessin de Charles Gourdin (Album des principales voitures exposées en 1878 au Palais du Champ-de-Mars dessiné et publié par Ch. Gourdin dessinateur en voitures, pl. 53)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Grand break de chasse de la famille de Luynes identique au dessin n° 53 de l’Album des principales voitures exposées en 1878 par Charles Gourdin (Château de Dampierre)

 

 

L’excellente exécution de ces cinq voitures, leur beauté et leur élégance valent à leur auteur une grande médaille d’or. La presse salue sans réserve ce succès. Les louanges sont unanimes. Le Sport du 23 octobre 1878 déclare : « Nous apprenons avec plaisir à nos lecteurs que la maison Morel, 26 rue Cambacérès, bien connue depuis longtemps dans la carrosserie de luxe, vient d’obtenir une grande médaille d’or à l’exposition de 1878. Ce succès est d’autant plus flatteur pour cette maison que c’est pour la première fois qu’elle s’était décidée à exposer. On ne peut, en effet, rien voir de plus élégant que les voitures sortant de cette maison, et qui ont été soumises à l’appréciation des connaisseurs. Comme la majorité de nos lecteurs rentrent dans cette catégorie, nous croyons devoir leur rappeler en passant le légitime renom et la réputation sans tapage de cette ancienne et bonne maison ».

Le Figaro du 24 octobre 1878 est plus élogieux encore : « Il est peu de visiteurs […] qui n’aient remarqué, entre toutes, les cinq voitures exposées par la maison Morel, 26 rue Cambacérès. Point de couleurs voyantes, point de tapage, point de singularités ; pour la première fois, paraît-il, la maison Morel dont la réputation est cependant faite depuis si longtemps, se présentait à une Exposition, et voici que, d’emblée, on lui décerne une médaille d’or. Il y a là une preuve d’excellence que nous nous devons de signaler à nos lecteurs, en les engageant à aller, avant la fin de l’Exposition, faire une promenade de ce côté. Ils n’y verront que des types connus et usités, coupé, victoria [en réalité un milord], landau à huit ressorts, grand breack [sic] et mail-coach : mais ils aimeront, nous en sommes sûrs, la pureté irréprochable des formes, la grâce de l’ensemble, et le bon goût de la tonalité générale de ces voitures, pour lesquelles la maison Morel s’est attachée, non pas à créer des modèles plus ou moins excentriques d’Exposition, mais des exemplaires de sa fabrication habituelle. Jamais médaille d’or ne récompensa travail plus artistique ».

Le Monde Illustré du 2 novembre 1878 souligne la « grâce » et le « bon goût tout parisiens » des créations de Victor Morel : « Mentionnons encore la maison Morel, de la rue Cambacérès, qui, pour ses débuts dans les expositions — car c’est la première fois qu’elle expose — a remporté une médaille d’or pour la carrosserie. Ses voitures avaient été fort remarquées au Champ-de-Mars, où elles se distinguaient des modèles plus ou moins excentriques sortis d’autres ateliers par une grâce et un bon goût tout parisiens ».

Quant à La Vie Parisienne du 2 novembre 1878, elle relève la « fabrication irréprochable » des voitures exécutées dans les ateliers Morel : « La maison Morel, 26 rue Cambacérès, qui n’avait jamais exposé, a eu une médaille d’or. C’est bien commencer que de conquérir d’emblée la première place quand on n’a pas encore concouru. Il est vrai que ses voitures, phaétons, huit-ressorts, landaus, victorias, etc., sont d’une fabrication irréprochable, du goût le plus sobre et le plus distingué. Tous les connaisseurs ont applaudi au discernement des jurés ».

Victor Morel carrossier à Paris

Médaille d’or de Victor Morel à l’Exposition universelle de 1878, avers (Collection Philippe Grümmer)

 

Curieusement et sans aucune explication connue, tous prétendent que Morel participait pour la première fois à une grande Exposition, ignorant ainsi sa présence à celle de 1855 à Paris, deuxième du genre après celle de Londres en 1851, où il avait figuré avec une « calèche très légère à un siège et à huit ressorts » mentionnée dans le catalogue officiel de l’exposition.

 

 

 

Le style Morel

 

Les contemporains de Victor Morel s’accordent à reconnaître que ses voitures se caractérisent par leur élégance et la beauté de leurs formes. « L’originalité et le bon goût des formes tout entières sacrifiées au confortable ont placé cette maison en première ligne » (Le Cocher français, juillet 1869).« On ne peut rien voir de plus élégant que les voitures sortant de cette maison » (Le Sport, 23 octobre 1878). « Point de couleurs voyantes, point de tapage, point de singularités. Pureté irréprochable des formes, grâce de l’ensemble, et bon goût de la tonalité générale de ses voitures» (Le Figaro, 24 octobre 1878). « Ses voitures se distinguaient des modèles plus ou moins excentriques sortis d’autres ateliers par une grâce et un bon goût tout parisiens » (Le Monde Illustré, 2 novembre 1878). « Ses voitures, phaétons, huit-ressorts, landaus, victorias, etc., sont d’une fabrication irréprochable, du goût le plus sobre et le plus distingué » (LaVie Parisienne, 2 novembre 1878). 

Le goût de Victor Morel s’exprimait aussi dans le choix très sûr des peintures de ses voitures, notamment « un fond brun, imitation de la terre d’ombre naturelle, rechampi à baguette et filets détachés en noir d’ivoire » dont Gastelier, peintre en voitures de renom auteur d’un Manuel complet du peintre en équipages (1858),déclarait en mars 1860 dans Le Guide du Carrossier : « Cette nuance fait très bon effet, rechampie de couleurs claires. Mais l’origine de cette peinture à laquelle elle doit sa vogue est le rechampi et filets noir d’ivoire. M.MOREL, à qui l’origine de cette peinture est due en a conservé la propriété sans brevet. Car aujourd’hui dans la capitale, elle est encore désignée sous le nom de peinture Morel ».

 

Petite sélection de dessins témoignant du « bon goût tout parisien » de Victor Morel :  

Victor Morel carrossier à Paris

Projet de Coupé de gala (Collection Philippe Grümmer)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Projet de Coupé trois-quarts (Collection Philippe Grümmer)

 

 

Victor Morel carrossier à Paris
Victor Morel carrossier à Paris

Projet de Calèche à caisse à l’anglaise montée sur huit ressorts (Collection Philippe Grümmer)

 

Victor Morel carrossier à Paris

 Projet de Landau à caisse à brancards à jour (Collection Philippe Grümmer)

 

Victor Morel carrossier à Paris

 Projet de Duc à huit ressorts (Collection Philippe Grümmer)

De Victor Morel à Antoine-Joseph Grümmer

 

N’ayant pas de fils, Victor Morel avait intéressé à ses activités un de ses chefs d’atelier Antoine-Joseph Grümmer, issu d’une famille de charrons originaire de Belgique, devenu son associé et fondé de pouvoir depuis 1870, et dans lequel il voyait un successeur potentiel. A l’Exposition universelle de 1878 Antoine-Joseph Grümmer, qualifié de « collaborateur de la Maison Morel »,avait obtenu une médaille d’argent. C’est à lui que la veuve de Victor Morel, décédé en 1879, et son gendre, monsieur Boulanger, vendent en 1881 la société Morel.

La renommée de Victor Morel était si solidement établie que son successeur Antoine-Joseph Grümmer conserva le nom de Morel comme marque commerciale dans les différentes appellations successives de la société. Aussi est-il quasiment impossible aujourd’hui de savoir si les voitures hippomobiles conservées dont les chapeaux de roues sont gravés du nom de Morel ont été construites avant la mort de celui-ci en 1879, ou après par son successeur Antoine-Joseph Grümmer.

Victor Morel carrossier à Paris

Marque Morel sur un chapeau de roue d’Omnibus (Allemagne, collection privée)

Sélection de quelques voitures Morel parmi les 62 actuellement recensées :

Victor Morel carrossier à Paris

. Park drag n° 1096 (Belgique, Alost, Collection privée)

 

Victor Morel carrossier à Paris

. Park drag n° 2517 (France, Marcigny, Musée de la Voiture à cheval)

 

Victor Morel carrossier à Paris

.Park drag n° 1589 (Naples, Villa Pignatelli, Museo delle Carrozze)

 

Victor Morel carrossier à Paris

. Petit duc n° 2024 (France, château de Meillant)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Petit coupé de ville n° 2355 (France, Château de Launay)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Phaéton (France, Saint-Hilaire-la-Gravelle, collection privée)

 

Victor Morel carrossier à Paris

. Omnibus (Allemagne, Peisenberg, collection privée)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Landau (Argentine, Buenos Aires, Cavalry School)

 

Victor Morel carrossier à Paris

Landaulet trois-quarts (Argentine, collection privée)

 

Cet article est une version revue et augmentée du chapitre « Une maison de premier ordre : la carrosserie Victor Morel » rédigé par Jean-Louis Libourel pour le livre bilingue Victor Morel and Antoine-Joseph Grümmer Builders of Exceptional Carriages / Constructeurs de Voitures d’Exception, par Philippe-Gaston Grümmer, Jean-Louis Libourel et Laurent Friry, éditions Dalton Watson Fine Books, Deerfield USA, 2022.

 

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