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Benno von Achenbach avec un attelage à quatre chevaux Hackney dans le grand stade de Berlin sur un Roof-seat Break. Peinture à l'huile réalisée par lui-même en 1923 (détail, collection Siegward Tesch, Wiehl).
Résumé de la biographie publiée en 2025 par Andres Furger « BENNO von ACHENBACH und der Fahrsport »
Traduction
BENNO von ACHENBACH
et
L'art d’atteler et de conduire
SOMMAIRE
A. Nouveau sport d'attelage– nouveau système d'attelage
(1861 à 1905)
B. L'Angleterre comme modèle
(vers 1900)
C. Les écuries royales de Berlin, un modèle
(1906 à 1914)
D. Essor des sports d'attelage en Allemagne
(1915 à 1936)
E. Rayonnement de l'enseignement allemand de l'attelage
(1937 à 2025)
La philosophie fondamentale d'Achenbach est que l'attelage doit être pratiqué et considéré comme un art.
A. Nouveau sport d'attelage – nouveau système d'attelage
(1861 à 1905)
Benno Achenbach (1861-1936), fils d'un célèbre peintre paysagiste, grandit à Düsseldorf avec quatre sœurs aînées. Il s'intéresse très tôt aux attelages et lit des livres anglais tels que « Book of the Horse » de Samuel Sidney. Alors qu'il est encore lycéen, il est déjà autorisé à conduire des voitures hippomobiles. Lors d'un voyage en Italie avec son père, il est témoin de la maltraitance des chevaux.
Benno Achenbach n'apprend pas de métier à proprement parler, mais son père lui enseigne le dessin et la peinture. Il suit également une formation militaire pour devenir hussard, c'est-à-dire cavalier, dans sa ville natale, une ville de garnison prussienne.
C'est ainsi que le jeune Benno Achenbach a immortalisé son parent, August Graf von Bismarck (1849-1920), en tant que hussard. Avec celui-ci, il a très tôt pratiqué l'attelage sportif. Son tandem est visible ci dessus. Il se trouvait au château de Lilienhof, près de Fribourg-en-Brisgau.
La Rhénanie, proche de la France, et plus généralement le sud de l'Allemagne (Bade-Wurtemberg) devinrent vers 1890 les leaders de l'attelage sportif alors peu développé en Allemagne. La proximité de la France et de la station thermale de Baden-Baden, avec son hippodrome d'Iffezheim, y contribuèrent particulièrement. Jeune homme, Achenbach conduisait les attelages du club de Baden-Baden et ceux du club hippique de Cologne. C'est là qu'ont eu lieu les premiers concours hippiques en 1895, avec la participation de plus de 10 coaches.
Avec August Graf von Bismarck, Achenbach se produisit à plusieurs reprises à Berlin dans les années 1890 et peignit son attelage lors d'un des corsos fleuris alors en vogue. Il s'agissait d'une sorte de prélude aux concours d'attelage organisés. Les élégantes apparitions des Allemands du Sud firent sensation à Berlin.
Vers 1890, la culture équestre berlinoise était encore peu développée en matière d'attelage. Achenbach, qui était devenu une sorte de meneur professionnel, s'est exprimé ainsi à ce sujet : « À l'époque, il y avait dans la capitale du Reich de nombreux attelages, chacun cherchant à copier l'autre, aboutissant ainsi au fait que 99 % des chevaux étaient des russes à queues écourtées. Il s'agissait souvent d'étalons au cou épais, à la conformation médiocre. (...) Les boucleries en acier poli et les harnais impeccables faisaient sensation alors que les boucleries plaquées argent ressemblaient à des cuillères et des fourchettes d'un hôtel de quatrième catégorie... »
Achenbach se lia d'amitié avec le riche industriel de Cologne Julius Vorster (1845-1932), qui avait lui-même importé de bons chevaux Yorkshire, puis des Hackneys d'Angleterre. Achenbach aimait les présenter en tandem. Le constructeur préféré de voitures pour les attelages utilisés à cet effet était la société Israel Söhne près de Cologne, et le fabricant de harnais Waldhausen dans la même ville.
Achenbach devint rapidement un meneur de concours très performant et commença à travailler pour certains nouveaux riches allemands avec lesquels il entretenait des relations amicales. Ces hommes se mirent à suivre la mode étrangère pour l'attelage sportif, acquérant de vastes écuries et remises à voitures. Certains de ces propriétaires confiaient l’entraînement et la présentation de leurs chevaux en compétition au meneur professionnel Benno Achenbach. Parmi eux figuraient notamment le banquier et propriétaire de haras Eduard von Oppenheim à Cologne, mais aussi le couple von Mendelssohn à Potsdam.
B. L'ANGLETERRE COMME MODÈLE
Un parent écrivait à propos du jeune Achenbach : « Achenbach était un homme imposant, mince dans sa jeunesse, très soigné et habillé à l'anglaise. Il s'enthousiasmait pour les belles femmes, souvent mariées, qui lui rendaient bien son affection. C'était un homme extrêmement cultivé, qui parlait parfaitement le français et l'anglais. »
Comme on le sait, depuis les années 1800, l'Angleterre était le grand modèle du continent européen en matière d'équitation ce qui inclut aussi l‘Allemagne. Mais ici, depuis le XVIIIe siècle, il existait des jeunes chevaux bien élevés et bien dressés. Même le grand Français François Robichon de la Guerinière avait remarqué la formation rigoureuse des chevaux d'attelage pratiquée en Allemagne, qui consistait à les débourrer en selle puis à les entraîner avec précaution. Achenbach a su tirer profit de ces bases tout en introduisant les avantages des pratiques anglaises dans son pays.
Achenbach était fasciné par tout ce qui venait d'Angleterre. Il a ainsi peint toute sa vie des tableaux dans le style de Cooper Henderson vers 1830 (image ci-dessus). L'exemple ci-dessous, un tableau tardif d'Achenbach dans un style similaire, en est la preuve : les chevaux s'effraient devant un cochon.
Dès 1850, la manière anglaise de conduire avec les guides dans la main gauche, (Four in hand) était devenue un modèle, d'abord en France puis, sur tout le continent. Cependant, divers styles de conduite d'attelage existaient encore dans de nombreux pays, et en particulier dans les différents États allemands. Mais ceux-ci ont été progressivement remplacés par le style anglais, qui trouvait son origine dans la manière dont les cochers de la poste royale tenaient les guides de leurs attelages à quatre chevaux.
Ce schéma résume les différentes vagues du coaching et leur propagation :
1 Poursuite de l'ancien coaching de la Royal Mail en Angleterre par des particuliers. 2 Propagation du coaching en tant que sport naissant, d'abord en France par des moniteurs d'équitation tels que Howlett, puis, avec un certain décalage, en Allemagne par des personnes telles que Achenbach. 3 Après un déclin temporaire vers 1900, renaissance du coaching également par les Américains en Europe (Vanderbilt) et derniers vestiges jusqu'à aujourd'hui, entre autres par le Private Driving Club.
Un lien important entre le coaching anglais et celui pratiqué sur le continent fut l'écurie d'attelage et de sport de l'Empereur français anglophile Napoléon III à Paris. C'est là que se trouvait le coach Peters & Sons illustré ci-dessus.Vers 1860, Paris était devenu le centre du monde élégant sur le continent européen et rivalisait avec Londres, même en matière d’équipages. C'est dans ce contexte qu'a grandi Edwin Howlett (1835-1914), fils d'un cocher anglais à Paris. Il y fonda une grande entreprise d'attelage avec 60 chevaux près du Bois de Boulogne, un terrain idéal pour l'attelage. La société Howlett possédait de nombreuses voitures de luxe et de sport, dont le coach « Magnet ». Howlett et ses fils enseignaient l'art de conduire à quatre chevaux à l'élite sociale, notamment à des Américains comme Fairman Rogers. Ce dernier fit connaître le style anglais aux États-Unis grâce à son livre « A Manuel of Coaching ».
Achenbach fit trois fois le pèlerinage chez Howlett, également appelé « Father of Coaching in France », après avoir étudié attentivement son ouvrage « Leçons de Guides » de 1892 (titre de l'édition anglaise « Driving Lessons »). On y lisait entre autres : « La plupart des meneurs n'ont aucune idée de la sensibilité de la bouche du cheval. Chaque cheval a besoin d'un mors adapté. Il ne faut jamais conduire avec force. Toutes les guides doivent être tenues dans la main gauche. C'est là que se trouve le pivot.
Vers 1900, Achenbach séjourna trois fois chez Howlett à Paris et le considéra dès lors comme son ami. À l'inverse, nous ne connaissons aucune déclaration de Howlett à ce sujet. Quoi qu'il en soit, il le laissa conduire le « Magnet » de Paris à Versailles.
Achenbach adopta presque tout ce qui venait de Howlett, mais il remarqua plus tard, en tant que prussien, que si les Anglais étaient les meilleurs meneurs à quatre chevaux de la planète, ils conduisaient avec une certaine imprécision et un manque d’organisation réelle. Il parvint à cette conclusion après une seconde période de formation en Angleterre, où il observa les Anglais conduire.
Achenbach fut également le moniteur d'équitation du riche Carl Friedrich von Siemens (fils du célèbre inventeur). En 1895, celui-ci avait acquis près de Londres un grand domaine historique appelé Coombe House à Kingston upon Thames. Achenbach put y séjourner longtemps et enseigna à l'épouse de Siemens, qui devint une bonne meneuse d'attelage et de tandem. C'est là qu'il peignit également le tableau présenté ci dessous, représentant un croisement de route dans les environs de Kingston avec un coach en approche.
Entre 1902 et 1908, Achenbach se rendait régulièrement à Londres depuis Kingston et écrivait à propos de la situation devant les hôtels Metropole et Victoria :
« Je les observais tous attentivement chaque jour et je me suis rapidement fait connaître. De plus, ceux qui montaient « correctement » dans un coach avec les guides, savaient manier le fouet et démarraient correctement se voyaient souvent proposer dès le lendemain de conduire un autre coach. Peu de gens prennent la peine d'apprendre cela à fond, j'ai rapidement eu une bonne réputation parce que je le faisais naturellement. »
Selon ses propres déclarations, Achenbach a constaté que les meneurs de road coaches avaient des styles de conduite différents. Il a lui-même profité de toutes les occasions pour monter à bord et conduire, et a pu à plusieurs reprises conduire des road coaches de Londres à Ascot, Brighton et d'autres endroits, et en revenir.
De retour en Allemagne, après son séjour en Angleterre, Achenbach élabora la conception précise d’une méthode correcte et améliorée du maniement des guides.
Dans son nouvel enseignement de conduite inspiré du modèle anglais, Achenbach a classé trois types de maniement des guides depuis 1905 : - la position de base - la position pratique et - la position de dressage. Le dessin reproduit ci-dessus illustre différentes façons de boucler ses guides pour corriger la position des têtes d'un attelage à deux chevaux.
En fin de compte, les différences entre Howlett et Achenbach ne sont pas très importantes. Cependant, Achenbach était généralement moins tolérant dans son enseignement. Sa devise était que quiconque veut vraiment apprendre est prêt à s'exercer jusqu'à y parvenir. Cela impliquait également de conduire davantage à deux mains (position de dressage). Avec son approche plus rigoureuse et plus ordonnée, Achenbach était encore un peu plus strict que Howlett. Il a également modifié les guides croisées anglaises pour l'attelage à deux et à quatre chevaux. Ses guides comportaient 11 trous, soit plus que les guides anglaises. Ceux-ci devaient être répartis sur exactement 40 cm. À cela s'ajoutaient désormais une petite boucle (passant cousu) devant la fourche et une petite sangle de sécurité pour accrocher l'extrémité de la guide au petit doigt (comme c'est encore le cas aujourd'hui, notamment aux Pays-Bas).
Achenbach a non seulement repris les principes de la conduite anglaise, mais il a également élevé la livrée anglaise au rang d'équipement standard pour les attelages de sport allemands. À cela s'ajoutait, dans l'Empire allemand de l'époque, l'importation croissante de chevaux anglais tels que les Hackneys, qui se sont révélés supérieurs aux races allemandes dans le domaine de l’attelage sportif. Les constructeurs de voitures allemands ont également commencé à produire des voitures de sport telles que des mail-phaetons et des coaches exactement sur le modèle anglais.
Cette évolution mit sous pression l'influence française qui prévalait jusqu'alors en Allemagne. Achenbach polémiqua à plusieurs reprises contre la France, avec les mots incisifs qui le caractérisaient.«Parallèlement à l'importation croissante de chevaux anglais à la belle allure pour atteler les voitures, apparut cependant un style parisien de livrée d'un goût hideux et exagéré : Des chapeaux haut-de-forme horriblement courbés, hauts et anguleux, des vestes aux épaules rembourrées, des roues de voitures peintes en rouge saturnin» Pour Achenbach, cette absence de style était aggravée par la mode parisienne pour un mauvais goût criard, qu'il espérait voir bannie à jamais de sa patrie. La mode avait toujours été puissante et souvent extravagante ; les gens voulaient se montrer et être vus.
En 1911, Achenbach alla même jusqu'à déclarer qu'il ne fallait jamais conduire de voitures françaises et belges, « même si on nous les offrait». Il faisait notamment référence à une voiture construite par Henry Binder. Tout au long de sa vie, Achenbach eut tendance à tenir des propos polémiques, y compris à l'encontre des mauvaises habitudes réelles ou supposées de son propre pays. L'exemple suivant en est la preuve.
Achenbach qualifiait la voiture de chasse allemande angulaire en bois naturel, particulièrement populaire en Allemagne vers 1900, de « plus horrible de toutes les voitures ». Il proposa une alternative avec le modèle représenté à droite, aux angles arrondis.
Ironie de l'histoire : l'alternative ne s'est pas imposée, le modèle critiqué a continué d'exister et est aujourd'hui souvent appelé « voiture Achenbach » ! (Le maître se retournerait dans sa tombe s'il le savait.) À mon avis, cet épisode cache un phénomène humain bien connu : lorsqu'une personne se surpasse dans son domaine, elle a tendance à se surestimer dans d'autres domaines.
Concrètement, Achenbach est entré à juste titre dans l'histoire comme un meneur extrêmement talentueux, mais pas comme concepteur de voitures hippomobiles.
Rétrospectivement, on constate chez Achenbach une tendance générale à la pédanterie et à la sévérité didactique. Cela transparaît dans certaines de ses déclarations. Dans une lettre d'Achenbach au Néerlandais Wouter Slob, que Mario Broekhuis m'a aimablement transmise, il écrit : « L'ordre, c'est la moitié de la vie ! ».
Achenbach était sans aucun doute un perfectionniste, avec les aspects positifs et négatifs que cela comporte. Mais son attitude précoce et cohérente en matière de bien-être et de dressage des chevaux a également contribué à sa bonne réputation, encore aujourd'hui, tout comme son attitude en faveur du bien être animal; une idée avant-gardiste pour l'époque. Avec sa manière de conduire qui ménageait les chevaux, il se démarquait à une époque, où beaucoup de chevaux étaient encore maltraités, même à Berlin. À l'âge de 45 ans, il fut appelé en 1906 à Berlin, à l'écurie du roi de Prusse et empereur allemand Guillaume II.
C. LES ÉCURIES ROYALES DE BERLIN, UN MODÈLE D'EXCELLENCE
(1906 À 1914)
Comme mentionné précédemment, au tournant du XXe siècle, les installations équestres de Berlin étaient encore de médiocre qualité, bien que la ville fût depuis un certain temps la capitale de l’Empire allemand. Cela valait également pour les normes d'équitation et d'attelage dans les écuries royales.
Cela changea brusquement en 1905 avec l'arrivée du baron von Reischach (1854-1934) comme nouveau directeur. Ce cavalier était un homme du monde et un diplomate de haut rang, ami même du roi Édouard VII d'Angleterre. Cet ami de l'Angleterre fit délibérément venir Achenbach à Berlin comme meneur, non pas comme directeur de l'ensemble des écuries, comme on peut parfois le lire, mais « seulement » comme responsable de l'école d'attelage des écuries royales. Le grand écuyer Freiherr von Reischach confia à Achenbach la mission concrète de diriger les cours d'attelage et d'apporter son expertise et son sens artistique au choix des nouvelles voitures, harnais et livrées qui devaient être achetés.
Le baron von Reischach était proche de l'Empereur Guillaume II et de sa famille. Sur la première photographie, il est représenté avec le prince héritier et la princesse héritière. Lui-même excellent cavalier et meneur, modernisa de fond en comble l'équitation et l'art de l’attelage en tant que grand écuyer. La deuxième photographie le montre sur un mail-phaéton attelé à des chevaux Trakehner.
Reischach connaissait bien les Écuries royales de Londres et écrivait qu'elles disposaient de bons types de voitures, que les cochers étaient habillés avec élégance et que le harnachement était de première qualité. Berlin visait également à atteindre ce niveau. Cependant, il notait aussi, à propos de Londres, que les chevaux de voiture n'étaient pas bien dressés, et qu'il avait l'impression que les cochers ne conduisaient pas avec beaucoup d'habileté. Les postillons ne l'ont pas impressionné, et les chevaux de selle n'étaient pas formés selon ses critères.
Il remarquait que la cour utilisait généralement des chevaux bais pour ses sorties, des gris pour le travail des postillons, des crèmes pour l'ouverture du Parlement, et que le Lord Chambellan employait de grands chevaux noirs. Il trouvait vraiment étrange que, dans un pays passionné par les sports équestres et doté de beaux chevaux et bien qu'on pût voir des voitures magnifiques appartenant à des particuliers, les écuries royales ne fussent pas un exemple à suivre.
Cette conclusion l'incita à faire mieux à Berlin, où l'infrastructure nécessaire était déjà en place au cœur de la ville.
Depuis 1901, Berlin disposait d'une écurie moderne à côté du château de la ville. Elle pouvait accueillir 370 voitures et, directement au bord de la Spree, des boxes et des stalles pour 300 chevaux.
À partir de 1906, Reischach et Achenbach ont acheté de nombreux nouveaux chevaux d'attelage grâce à un fonds spécial approuvé par l'Empereur. Ceux-ci ont été dressés par le marchand de chevaux Woltmann, puis formés par Achenbach lui-même. Il a fallu beaucoup de temps et d'efforts à Achenbach pour que les jeunes chevaux puissent travailler correctement dans des équipages de quatre et six chevaux.
Achenbach a également habitué les jeunes chevaux à tirer de lourds breaks de dressage à six chevaux en plein centre-ville de Berlin. Même dans de telles situations, il faisait bonne figure sur son siège. La photo ci-dessus montre son style particulier, auquel on peut se mesurer aujourd'hui : dans les virages, il ne suivait pas le mouvement avec le haut du corps, ne se penchait pas dans les virages, mais restait assis droit de manière élégante.
Reischach et Achenbach ont acheté des dizaines de nouvelles voitures, principalement chez Israel Söhne à Cologne et Neuss à Berlin. Les nouvelles voitures à la Daumont s'inspiraient d'anciennes images de berlines et de barouches anglaises, comme le montre le tableau provenant de la collection Achenbach.
Sous le règne du Roi et Empereur Guillaume II, la Prusse était restée un état militaire. Les écuries royales étaient donc organisées de manière militaire. Achenbach, officier formé dans l'armée prussienne et lieutenant dans la réserve, fut officiellement nommé aux écuries, où seuls les officiers pouvaient occuper des postes supérieurs. À l'époque déjà, rien ne se faisait sans règlement en Allemagne : en 1909, Achenbach rédigea les « Instructions pour l'attelage et la conduite » à l'écurie royale. Elles contenaient déjà des principes respectueux des animaux, tels que : « Toute forme de violence est à éviter. »
Les remises des écuries impériales comprenait également des voitures de sport, dont la voiture de Hähn à Cologne, illustrée ci-dessus, qui pesait 1 200 kg et avait un rayon de braquage de 11 m. Achenbach la conduit ici avec trois chevaux hanovriens et un cheval anglais. Il existait également un deuxième coach plus légèr de Holland & Holland à Londres, conduite ici par Son Altesse Maximilian von Thurn und Taxis, un officier également nommé aux écuries royales et une sorte de supérieur hiérarchique d'Achenbach.
Reischach et Thurn und Taxis furent invités à plusieurs reprises à Londres en tant qu'invités d'honneur de la famille royale anglaise pour assister au Olympia Hall. En 1913, pour la dernière fois, ils prirent des chevaux des écuries royales et emenèrent Achenbach pour présenter les attelages. Selon Reischach, un Anglais lui aurait avoué qu’Achenbach aurait été le meilleur meneur d’Angleterre.
Au Marstall, on menait aussi beaucoup en tandem. Les voitures de sport provenaient principalement de Zimmermann à Berlin. Apparemment, les pièces les plus volumineuses ou les voitures entières étaient importées « en blanc » de Londres, assemblées à Berlin et signées du nom de la marque. Achenbach adorait mener en tandem, car cela lui permettait de montrer ses talents de meneur.
Le temps passé à la Marstall fut l'apogée de la vie d'Achenbach. Il y trouvait l'infrastructure, les moyens et le personnel nécessaires. C'est apparemment là qu'il obtint pour la première fois une reconnaissance internationale. C'est en tout cas ce que l'on peut déduire de la source suivante.
Dans le célèbre magazine américain « Scribner’s Magazine », l'écrivain américain Price Collier (1860-1913) écrivait en février 1913 (p. 223/24) à propos de Berlin et d'Achenbach (dans un article intitulé « Germany and the Germans ») : « Je peux ajouter qu'il n'y a probablement pas de meilleur « whip » au monde aujourd'hui, que ce soit à deux, quatre ou six chevaux, que le gentleman qui entraîne les chevaux d'attelage dans les écuries impériales. »
Cette photographie emblématique de 1911/12 montre l'entrée d'Achenbach dans le stade couvert berlinois « Deutscher Sportpalast ». Six chevaux hanovriens des écuries royales sont attelés.
Pour ses services à Berlin, Achenbach recevait 500 marks par mois et un logement de fonction dans les écuries royales, où Reischach vivait également dans le luxe, comme dans un château. Cela représentait tout de même 6 000 marks par an, soit quatre fois le salaire moyen d'un employé d'écurie, mais nettement moins que les revenus du maître d'écurie en chef (20 000 marks par an). Il s'agissait néanmoins d'un revenu respectable.
Jusqu'à son entrée en fonction à Berlin en 1906, Achenbach avait mené la douce vie d'un célibataire courtisé par les femmes, changeant régulièrement de domicile. Cela ne semblait plus convenir à Berlin, dans ce nouvel environnement dominé par des officiers et la haute noblesse. À la demande de Reischach, il fut également élevé au rang de noblesse prussienne par l'Empereur en 1908 et put désormais se faire appeler «von» Achenbach.
À 47 ans, Achenbach épousa Martha Marcus, une femme de 40 ans originaire de Düsseldorf, veuve d'un riche avocat juif. Elle touchait une pension, était une excellente cavalière et également une excellente meneuse. Martha von Achenbach devint le soutien de toute une vie du maître cocher, qui écrivit : « Avant la guerre, elle préférait mener avec beaucoup d'habileté des chevaux difficiles en tandem plutôt que de taper à la machine mes expériences. Le tandem conduit par Mme von Achenbach, illustré ci-dessous, a d'ailleurs été conservé et se trouve aujourd'hui chez Manu De Landtsheer !
Peu de temps après, le couple quitta les écuries royales pour emménager dans de grands appartements loués à Berlin, qui offraient par ailleurs suffisamment d'espace pour son atelier de peinture. Son poste d'instructeur d'attelage lui laissait suffisamment de temps pour d'autres activités telles que la peinture et le dessin, la participation à des concours hippiques avec les chevaux de tiers et la gestion de ses propres chevaux et voitures.
Vers 1910, grâce notamment aux revenus de Mme von Achenbach, le couple Achenbach acquit cinq chevaux, des Hackneys anglais de couleur alezan foncé. À ceux-ci s'ajoutèrent un coach, un tandem et un mail-phaeton. Max Pape a écrit à propos de la photo ci-dessus : « Benno von Achenbach avec son attelage de quatre hackneys nerveux lors d'une promenade dans le Tiergarten à Berlin, à côté de lui sur le siège, sa femme, également excellente conductrice de tandem ». Tous deux montaient d'ailleurs régulièrement leurs chevaux en dressage.
Pendant son séjour aux écuries royales, Achenbach commença à rédiger régulièrement des articles dans le magazine équestre « Sankt Georg ». Il se concentrait principalement sur son domaine de spécialité, « l'attelage anglais » et « l'art de conduire ». Il publia également des dessins d'instruction réalisés de sa propre main.
Article sur l'art de conduire dans le magazine « Sankt Georg » avec un dessin explicatif d'Achenbach sur la priorité à droite. Avec le dessin à la plume de 1912, il expliquait pourquoi, lorsque le cocher est assis à droite, les rayons des guides sont différents dans les virages à gauche et à droite et doivent être relâchés en conséquence.
La période fastueuse à Berlin ne dura que quelques années pour Achenbach et sa femme. En 1914, l'Allemagne entra en guerre. La plupart des chevaux des écuries impériales furent envoyés au front, Achenbach perdit son poste, fut appelé sous les drapeaux en tant que lieutenant de réserve et promu capitaine. Il put toutefois continuer à exercer son activité de moniteur d'attelage en tant que capitaine de cavalerie et rédigea à cette époque son premier manuel d'équitation, qui fut rapidement largement diffusé auprès des troupes mobiles dans toute l'Allemagne.
À la fin de la guerre, en 1918, il perdit également son poste dans la Reichswehr. Il dut lutter pour gagner sa vie et ne se désigna plus comme capitaine de cavalerie, mais comme « rentier » et « artiste peintre ». Son épouse dut également faire face à des difficultés financières en raison de l'inflation de 1919. Dans ce contexte, elle poussa finalement son mari à publier un livre à compte d'auteur.
Le premier et unique livre d'Achenbach parut pour la première fois en 1920 sous le titre compliqué « Instructions pour l'attelage et la conduite, travail avec la double longe et indications pour le harnachement et l'attelage lors des concours d'attelage ». Il s'agissait encore d'une compilation de ses articles de journaux publiés jusqu'alors. Il donna aux éditions suivantes des titres plus courts et moins militaires.
La deuxième version de « Anspannen und Fahren » (Attelage et conduite), publiée en 1921, connut un grand succès, y compris à l'étranger. Une version améliorée et augmentée parut en 1925. Le livre d'Achenbach et, par conséquent, son enseignement de l'attelage furent bientôt plus connus au-delà de l'espace germanophone que les deux livres de Howlett et sa méthode d'attelage. Comment Achenbach a-t-il pu éclipser Howlett jusqu'à aujourd'hui ? À mon avis, pour quatre raisons :
1. Howlett a publié ses leçons, encore plus qu'Achenbach, uniquement sur la partie la plus difficile, l'attelage à quatre chevaux, ne s'adressant donc qu'à une élite.
2. En France, l'entre-deux-guerres n'a pas connu la même fièvre des concours d'attelage et l'existence de nombreux clubs comme en Allemagne.
3. Le système Achenbach s'est également largement répandu en Allemagne et en Suisse grâce aux règlements militaires influencés par Achenbach. L'avantage du système rigoureusement réglementé d'Achenbach était qu'il constituait une bonne base pour une transmission claire. Cela était particulièrement important pour les cochers professionnels et les conducteurs d'attelages militaires.
4. Bien qu’Howlett ait eu des disciples de son vivant, comme Fairman Rogers et Donatien Levesque, qui diffusèrent ses enseignements, aucun ne perpétua ses idées à l’instar de Max Pape, qui a mis en avant la méthode d’Achenbach après la guerre et durant l’âge d’or des sports d’attelage sous l’égide de la FEI.
D. Essor du sport équestre allemand
(1915 à 1936)
Depuis la dissolution des écuries royales à Berlin en 1919, l'Allemagne ne disposait plus d'un centre équestre comparable pouvant servir de modèle national. À partir de 1920, ce rôle fut progressivement assumé par l'école de cavalerie de Hanovre. Cet institut militaire combinait les sports équestres et la formation militaire. Au début du XXe siècle, les cavaliers de l'école d'équitation de l'armée prussienne remportèrent de plus en plus de succès internationaux. Dans le contexte de l'engouement pour les concours hippiques des années 1920, la Reichswehr y créa également sa propre section d'attelage. Les meneurs de l'armée allemande, bientôt rebaptisée Wehrmacht, devaient tous conduire selon la méthode Achenbach pendant l'entre-deux-guerres, ce qui fit connaître son nom dans toute l'Allemagne. Même après la Première Guerre mondiale, les troupes de ravitaillement se déplaçaient encore principalement en attelage, c'est pourquoi conduire selon la méthode Achenbach, qui ménageait les chevaux, revêtait une importance stratégique.
Les concours hippiques allemands, comme celui d'Aix-la-Chapelle, ont joué un rôle décisif dans la diffusion de l'attelage sportif selon la méthode Achenbach. Dans cette ville frontalière, le concours annuel était organisé à l'échelle internationale. Dans le domaine de l'attelage, il existait des disciplines distinctes pour les attelages à quatre et à deux, voire même pour les attelages aléatoires et à six. Comme à Londres, les « courses marathon » donnaient le coup d'envoi. Il s'agissait de parcours exigeants de plusieurs jours depuis d'autres villes jusqu'au stade du concours d'Aix-la-Chapelle, sur plus de 200 km. Ils entraient ensemble dans la ville pour l'ouverture du concours, comme le montre la photo ci-dessus.
Années 1930 : les attelages de Hanovre ont commencé à dominer la scène de l'attelage, tout comme leurs cavaliers aux Jeux olympiques, fortement encouragés par le nouveau gouvernement national-socialiste. Le major Litho Stein, représenté ici, en est devenu le meilleur meneur. Les meneurs et cavaliers de Hanovre étaient presque tous des opposants à Hitler ; C'est là que Claus Schenk Graf von Stauffenberg, cavalier passionné, avait travaillé pendant deux ans comme écuyer. On rapporte que le commandant de Hanovre aurait prononcé la phrase suivante le 20 juillet 1944 : « Ordonnance, une bouteille de champagne, le porc est mort. » (Les assassins pensaient alors que l'attentat avait réussi.)
La photo cidessus montre Achenbach à Aix-la-Chapelle en tant que juge en 1933, avec à sa gauche Max Pape, membre du NSDAP (fiche ci-dessous), et à sa droite le général Wilhelm Adam, opposant au nazisme et témoin aux procès de Nuremberg en 1945/46. Cette photographie est typique de la situation politique d'Achenbach, qui se trouvait entre deux camps.
Aujourd'hui, la question se pose de savoir si Achenbach était lui aussi nazi. J'ai vérifié cela avec soin. Résultat : contrairement à deux de ses principaux collègues meneurs, il n'était pas membre du NSDAP. Contrairement à l'officier de carrière Max Pape, qui ne s'est jamais distancié de sa période nazie, et des membres de la SA Bötticher. Pour les écrits de ce dernier, Achenbach réalisait des croquis de soldats portant des brassards à croix gammée sur le siège du conducteur. (La SA avait créé des écoles d’attelage en concurrence avec Hanovre.) Comme beaucoup de personnalités allemandes de son époque, Achenbach semble s'être conformé au régime, même s'il entretenait de bonnes relations avec des opposants au national-socialisme. Parmi eux figurait Hans Fellgiebel, frère d'un des auteurs de l'attentat contre Hitler. Après la guerre, celui-ci fit l'éloge de l'enseignement d'Achenbach, mais son manuel de conduite, entièrement corrigé par Achenbach, ne connut pas le même succès que celui de l'ancien nazi Pape.
Si Achenbach n'a pas été entraîné plus loin dans le marécage des fidèles d'Hitler, c'est apparemment grâce à son épouse courageuse, qui avait autrefois été mariée à un Juif. Elle l'a délibérément tenu à l'écart des fidèles du régime. Ainsi, lorsqu'il mourut à Berlin en 1936, elle cacha d'abord sa mort et le fit rapidement enterrer dans un cercle restreint à Düsseldorf, loin de Berlin. Elle empêcha ainsi les représentants du régime de s'approprier sa personne, comme cela s'était produit auparavant, en 1931, à l'occasion de son 70e anniversaire.
Hommage rendu à Achenbach à l'occasion de son 70e anniversaire en 1931 à Aix-la-Chapelle sur le terrain de concours par des personnalités nazies du monde équestre telles que Gustav Rau ou Max Pape. Ci-dessous, trois photos de l'époque nazie : fiche d'adhésion au NSDAP de Gustav Rau, exercices de recrues sur l'appareil d'entraînement à l'attelage selon la méthode Achenbach et dessin d'Achenbach avec un membre de la SA.
Avec le recul, il est amer de constater que depuis 1933, le milieu équestre allemand a toléré en silence et donc finalement approuvé l'exclusion et le dénigrement de ses collègues juifs sur les terrains de concours d’attelage. Cela vaut également pour Achenbach qui, dans sa jeunesse, a largement bénéficié du soutien de mécènes tels que von Oppenheim ou von Mendelssohn.
La couverture de la biographie d’Achenbach publiée en 2025 présente cette peinture à l’huile réalisée par l’artiste lui-même. Elle le représente conduisant un roof seat break. En 1923, Achenbach l’offrit au propriétaire de l’étalon de parade – visible sur l’image – en signe de reconnaissance. Ce propriétaire était Alfred Zentler (1884-1950), un riche marchand de textiles juif et passionné d’attelage originaire de Bad Kissingen. La photographie ci-dessus le montre avec son étalon à Aix-la-Chapelle en 1921. Zentler fut rapidement marginalisé et, craignant pour sa vie, il fuit à Londres avec son épouse juive en 1939. Son entreprise fut alors aryanisée.
E. Rayonnement de l'enseignement allemand de l'attelage
(après 1945)
La scène allemande de l'attelage s'est relativement vite remise après 1945. Aix-la-Chapelle est devenue une sorte de championnat européen informel d'attelage. Toutes les nations occidentales pratiquaient l'attelage à la manière d’Achenbach. En 1966, Max Pape a publié l'ouvrage « Die Fahrkunst » (L'art de l'attelage), un enseignement instructif sur les méthodes d'Achenbach. Le livre a été bien accueilli et traduit dans d'autres langues. L'épouse d'Achenbach avait refusé à Pape l'accès aux archives, mais elle n'a pas pu empêcher un ancien nazi de se faire passer pour un ami de son mari. Pape a également proposé ses services au prince Philip lorsque celui-ci est devenu président de la FEI en 1964, mais celui-ci l'a tenu à distance.
Le prince Philip a visité le CHIO d'Aix-la-Chapelle en tant que président de la FEI le 2 juillet 1969 et s'est fait sa propre idée des épreuves d'attelage à quatre chevaux. Il a ensuite fait élaborer des règles pour la nouvelle discipline d'attelage de la FEI sur le modèle d'Aix-la-Chapelle. Le croquis montre de manière simplifiée ce qui s'est passé à l'époque dans les grandes lignes : par des détours, le style d'attelage anglais via Paris, la Rhénanie avec Achenbach et Aix-la-Chapelle est devenu la base de la FEI et donc du sport de compétition moderne.
Ironie de l'histoire pour finir : c'est le Prince Philip lui-même qui a renversé la tendance anglaise en matière d'enseignement de l'attelage. Ces deux photos en témoignent. À Kecskemet, en Hongrie, il conduisait encore son attelage d'une seule main en 1978 (1° photo), mais déjà à deux mains en 1980 à Holker Hall, en Angleterre (2° photo).
La conduite avec des guides séparées s'est rapidement imposée à partir de 1980, d'abord dans le marathon, puis de plus en plus dans la maniabilité et même dans les épreuves de dressage. Aujourd'hui, presque plus personne dans le milieu FEI ne peut conduire à la manière d'Achenbach.
C'est donc à nous, enthousiastes de la tradition, qu'il revient aujourd'hui de perpétuer le style d'attelage anglais perfectionné par Achenbach. Non pas pour nous-mêmes, mais simplement parce qu'il est plus respectueux des chevaux et plus élégant que le style à deux mains. Après tout, l'attelage traditionnel, c'est l'alliance du sport et de l'élégance.
Je termine ce plaidoyer par une aquarelle d'Achenbach et vous remercie sincèrement de votre attention.
Texte:
Andres Furger
Note d'attelage-patrimoine.com:
Vous pouvez acquérir la biographie complète de Benno von Achenbach réalisée par Andres Furger (ouvrage de 260 pages et 500 reprographies) en allant sur le site de l'auteur en lien ci dessous.